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  • Rav Uriel Aviges

Yom Kippour 5779

« Etude d’exécution transcendante »

1 «  fusées »

La Mishna (éthique des pères chapitre 5, Mishna 5) dit «  Dix miracles se produisaient pour nos ancêtres dans le Temple : jamais une femme n’avorta du fait du fumet des viandes des sacrifices saints ; la viande des sacrifices saints ne fut jamais putréfiée ; on n’aperçut jamais une mouche à l’endroit où la viande des sacrifices était préparée ; il ne survint jamais de pollution nocturne au grand-prêtre à Yom Kippour … »,  la Mishna considère comme un miracle le fait que  le grand prêtre n’a jamais eu de pollution nocturne la nuit de kippour. Cette affirmation parait étrange, car, le grand prêtre ne dormait pas la nuit de kippour et il était entouré toute la nuit par les sages qui lui lisaient les prophetes, et par des prêtres qui disaient toute la nuit pour le tenir éveillé entre les différents cours de torah qu’il recevait. Il aurait donc été plus logique de dire que s’eut été un miracle si le grand prêtre avait eu une émission séminale la nuit de kippour, alors comment comprendre l’affirmation de la Mishna ?

Un des commentateurs classiques de la Mishna le Tossefet Yom Tov (rav Yom Tov Lippmann Heller 1579- 1654) demande cette question, et il répond qu’en fait logiquement, le grand prêtre n’aurait pas pu avoir d’émission séminale la nuit de Yom kippour, mais vu la sainteté du jour, et le niveau spirituel atteint pas le grand prêtre le jour de kippour, il devenait naturel que les forces impures cherchent à rendre le grand prêtre impur d’une manière surnaturelle. La flamme d’une bougie de renforce juste avant de s’éteindre, le malade retrouve ces forces quelques minutes avant de mourir, par ce que lorsque quelque chose est au bord de la destruction, il se renforce de manière surnaturelle pour livrer son dernier combat. Ainsi, explique que le Tossefet Yom Tov, malgré toutes les précautions prises pour le grand prêtre ne puisse pas avoir de pollution nocturne la nuit de kippour, la Mishna considère comme un miracle le fait qu’a aucune occasion, cette pollution ne se soit pas produite, vu que la nuit de kippour, le mauvais penchant et les forces impures auraient dû se dépasser et dépasser les lois de la nature pour impurifier le grand prêtre.

Cependant cette explication du Tossefet Yom Tov nécessite elle aussi un éclaircissement, vu que le talmud dans le traité de Yoma (20a) et dans le traité de nedarim (32 b) explique que le Satan n’a pas de pouvoir le jour de Yom kippour, le talmud dérive cet enseignement du fait que la valeur numérique du mot ha Satan équivaut a 364, puisqu’il y a 365 jours dans l’année, il y a un jour ou le Satan n’a pas de prise, le talmud explique que ce jour c’est Yom kippour. Il est donc difficile de comprendre la réponse du Tossefet Yom Tov puisqu’il dans son interprétation de la mishna au contraire des forces surnaturelles au Satan le jour de kippour. La question se pose donc à nouveau comment comprendre la Mishna qui considère comme miraculeux le fait que le grand prêtre n’a pas eu d’émission séminale la nuit de kippour.

2 « paysages »

La parasha de vayeleh (deut. 31 1) commence avec le verset suivant « et moshe est parti et il dit toute ces paroles aux enfants d’Israël », la torah ne nous explique pas ou moshe est allé, elle dit simplement qu’il est allé, qu’il est parti. Mais où est-il parti ?

L’or ahaim kadoch (rav Benattar (Meknès 1696, 1743) explique en se basant sur le Zohar que c’est l’amé de moshe qui l’a quitté, c’est son âme qui est parti, en effet, le Zohar dit que 40 jours avant la disparition de quelqu’un son âme le quitte. Il se trouve donc que tout le livre du deutéronome a été écrit pas moshe alors que son âme l’avait quitté. Mais si ce n’était pas l’âme de moshe qui parlait alors qui parlait ? qui a écrit le deutéronome, qu’est-ce qu’un homme sans son âme ? ou plutôt qu’est-ce que l’âme ?

3 « feux follets »

Le talmud, dans le traité de kidoushin 49b, dit que celui qui donne une bague a une femme en disant « je me marie avec toi à condition que je suis un juste parfait », même s’il a été un pécheur toute sa vie, on considère le mariage valide, car il est probable qu’au moment où il a donné la bague il a pensé faire techouvah. Les rabbins déduisent de ce passage du talmud que faire techouvah c’est accepter sur soi de faire tous les commandements de la torah, même si par la suite il est peu probable que la personne puisse tenir ses engagements.

Dès qu’un homme accepte sur lui d’être moralement parfait à Yom kippour toutes ses fautes sont automatiquement pardonnées. Dans cette optique un homme doit à Yom kippour décider d’être complétement parfait, même si cette décision n’est pas réaliste, et qu’elle e peu de chance de se concrétiser dans le futur, l’homme doit verbaliser cette décision devant D à Yom kippour et au moment où il la prend il devient un juste parfait.

Au contraire, faire des concession et décider simplement de devenir meilleur que l’an dernier, est considéré par les rabbins  comme une rébellion contre D. puisque  D nous ordonne de respecter scrupuleusement la torah et d’être parfait, si on commence à marchander et à  temporiser, si on décide de vouloir simplement faire le mieux possible, on rejette implicitement, dans notre situation présente une partie de la torah,  on se révolte donc contre D. si on se met dans cette position, il est évident que D ne peut rien pardonner. Pour que D nous pardonne il faut que l’on décide de devenir parfait, de ne plus rien faire de mal, même si lorsque l’on prend cette décision on a l’impression que l’on se ment et que l’on ment a D., mieux vaut mentir qu’insulter.

Pourtant à Yom kippour ainsi qu’a Roch Hachana, toute la prière est basée sur la recherche de la vérité.

Dans chaque prière de ces jours saints nous disons « Et purifie nos cœurs pour te servir en vérité, car tu es le vrai Dieu, et ta parole est vraie et durable pour toujours ».

Comment pourrait-on donc faire une techouvah devant D qui ne sont pas honnête ou réaliste ?

Dans cette optique la techouvah consisterait plutôt de décider de faire du mieux que l’on peut de prendre des décisions réalistes qui nous permettraient de nous transformer petit à petit.

Quel est donc le véritable chemin de la techouvah ?

4 « vision »

En réalité, l’homme est constitué de deux éléments distincts, d’une part, il y a les traits de caractères, la personnalité et les attributs figés d’une personne. Les hommes changent difficilement leurs traits de caractères, d’une certaine manière ils restent toute leur vie les mêmes.

 Mais d’un autre côté il y a l’âme. « La nechama » contrairement aux traits de caractère, n’est pas de nature stable, chaque matin nous disons dans la prière « mon D l’âme que tu m’as donnée est pure » cette prière indique que chaque jour, c’est une nouvelle âme que D nous insuffle.

 Il n’y a pas de relation entre l’âme d’hier et l’âme d’aujourd’hui, ou bien celle de demain. Un homme peut se réveiller un matin en se découvrant homosexuel, il ne sait pas pourquoi aujourd’hui cette âme a ce désir. On se réveille un matin amoureux on ne sait pas pourquoi, du jour au lendemain, on ne peut plus voir son époux, ou ses enfants ou ses parents et on ne sait pas pourquoi. Un jour on veut passer 10 h à étudier ou à prier ou à travailler, le lendemain, on voudrait passer 5h au bar, ou au spa.

Il n’y a pas de relation causales et mécanique qui peuvent expliquer réellement le passage d’un état d’âme a un autre. L’homme cherche toujours à rationaliser ces sauts et ces mouvements, il voudrait les inscrire dans un récit logique, il rêve de déterminer une causalité entre les différents états d’âme ou les différentes étapes d’un développement, par ce que la raison rassure, mais en réalité, il n’y a pas de logique qui pourrait inscrire les différentes âmes qui nous habitent quotidiennement dans une relation causale ou dans un récit continu. Un matin on adore son voisin, le lendemain on le déteste, on ne sait pas vraiment pourquoi.

L’homme est une créature transcendantale et schizophrénique. Il est transcendant par ce qu’il est constamment habité par des passions ou des sentiments qui naissent et qui disparaissent qui le dépassent et sur lesquelles il ne semble pas vraiment avoir de contrôle. Ces sentiments, ces passions, ces émotions, émanent de son âme de sa « nechama ». Le rav Kook avait l’habitude dire que l’âme n’habite pas l’homme, elle plane au-dessus de lui, il disait aussi, que l’homme ne possède pas son âme qu’il est uniquement en relation avec elle. Cette relation est une transcendance.

L’homme est schizophrénique, par ce que, parallèlement à cette situation transcendantale, il est aussi complètement immanent a lui-même stable et fini. L’homme peut connaitre ses traits de caractère, il peut prévoir comment il va réagir à certaine situation, il peut prévoir ce qu’il va dire ce qu’il va faire, il est parfaitement calculable et prévisible, d’une certaine manière l’homme peut être parfaitement transparent a lui-même.

Ces deux aspects de l’âme humaine sont appelés dans la kabbale par deux terminologies différentes, « la nechama », les passions transcendantes qui nous habitent, et « le nefesh », l’ensemble des traits de caractère qui déterminent notre personnalité.  (Les féministes appellent la nechama « hormone »)

5 « ricordanza »

La techouvah doit donc s’appliquer de deux manières différentes, selon qu’elle se rapporte à la nechama, ou au nefesh.

La techouvah de la nechama est une techouvah qui se fait dans le présent. Puisque la nechama se renouvelle à chaque instant, ou chaque jour. Pour purifier sa nechama, il faut l’élever dans l’instant, pour atteindre le niveau le plus haut de spiritualité atteignable à ce moment précis.

 C’est dans cette optique que l’homme doit à Yom kippour accepter les commandements de la torah d’une manière inconditionnelle. Il doit prier et faire techouvah comme si sa vie aller s’arrêter à la minute qui suit. Car c’est exactement ce qui se passe au niveau de la Nechama. La nechama n’a pas à se soucier du futur, puisque la nechama de demain n’a pas de lien avec celle d’aujourd’hui.

A Yom kippour D nous insuffle une nechama spéciale, c’est à ce sujet que le talmud dit que le mauvais penchant n’a pas de prise le jour de kippour, ou que le Satan n’a pas de pouvoir. La nechama de kippour est spéciale du fait qu’elle a la capacite de purifier toutes les fautes que nous avons fait à cause de notre nechama durant l’année passée. Cette purification s’opère grâce à la prière et a la techouvah, plus un homme cherche à rester proche de D le jour de kippour, plus il décide d’être parfait, ne serais ce que pendant le moment de la prière, plus il purifie son âme.

Le talmud demande de confesser ses fautes plusieurs fois dans la journée de Yom kippour, le soir, le matin, l’après-midi et à la neilah, car la purification de l’âme de Yom kippour se fait dans l’instant, et à chaque instant de Yom kippour il faut tenter d’être le plus parfait possible et le plus proche de D. pour purifier sa nechama.

Cette purification est surnaturelle et transcendantale, on ne peut pas la rationaliser. La Mishna explique dans le traité de taanith (26b) que le jour de kippour était le jour le plus propice pour choisir un conjoint. Car, le choix du conjoint ou son rejet et lié à la nechama, c’est une passion ou une décision qui nous dépasse. Tous les jours de l’année, il est possible que notre nechama nous entraine à faire de mauvais choix, mais à Yom kippour le mauvais penchant n’a pas de prise sur la nechama. Dans la même veine Yom kippour est un jour propice pour décider l’endroit où l’on va habiter ou le traité que l’on veut étudier dans quelle yeshiva on veut étudier, avec quels élèves etc.., pour tout ce qui est lié à l’arbitraire.

 Tous les choix subjectifs passionnels expriment des désirs qui nous dépassent. C’est pour cette raison qu’a Yom kippour, dans le temple on tirait au sort pour décider lequel des deux boucs serait offert dans le saint des saint, et lequel irait au azazel. Le tirage au sort exprimant la volonté divine qui s’affirme à travers les choix arbitraires.

6 « harmonie du soir »

A la lumière de ces idées, on peut comprendre pourquoi le Satan aurait pu provoquer une pollution nocturne la nuit de kippour, car même si le Satan n’existe pas à Yom kippour au niveau de la nechama, il existe au niveau du nefesh et des traits de caractère.

On comprend aussi pourquoi moshe a pu écrire le livre du deutéronome sans sa nechama. Lorsque moshe écrit ce livre, il ne décrit pas la manière de se lier à D dans l’instant, (comme dans l’exode ou le lévitique), au contraire, Moshe veut donner une perspective historique au message de la torah, il veut inscrire la destinée d’Israël dans la logique d’un récit, ceci n’est possible qu’au niveau du nefesh.

Il est évident que l’homme peut prendre avantage de la purification de la nechama qui s’opère à Yom kippour, pour purifier aussi son nefesh et prendre des décisions réalistes qui s’inscrivent dans la continuité de l’histoire de sa vie et de son caractère présent. Mais ces deux aspects de la techouvah ne sont pas contradictoires ils se complètent.

Il est aussi évident que le point principal à Yom kippour est de purifier sa nechama, car cette purification ne peut être faite que par l’homme dans ce monde, et uniquement à Yom kippour, alors que le nefesh peut être purifié les autres jours de l’année par l’étude de la torah et l’accomplissement des mitswot, ou après la mort à travers les souffrances de la tombe et celles de l’enfer.

7 « chasse neige »

Tous les jours de l’année, chaque matin D nous donne une nouvelle âme, nous disons que cette âme est pure. Pourtant elle peut nous entrainer à la faute. (À part à Yom kippour). Lorsque notre nechama nous entraine à la faute, elle ne le fait pas par ce qu’elle est impure, elle le fait par ce que c’est son désir profond, elle veut nous faire prendre une décision qui exprime l’essence de sa vérité.

 Si on se réveille un matin avec le désir de divorcer, ou de se marier avec une fille peu valeureuse, ou de passer la journée au bar, ou de changer de sexe, ce désir n’est pas factice, ce n’est généralement pas une construction psychologique superficielle, c’est l’expression profonde de notre âme, pourtant, il est possible et probable que le Tikun, la réparation de cette nechama, soit justement de ne pas être écoutée. Pour purifier son âme, parfois l’homme doit s’opposer à elle.

 Mais comment l’homme peut-il modifier ou contrôler des passions ou des désirs transcendantaux ?

8 wild jadg

La kabbale nous explique que l’homme est composé de trois aspects.

 La nechama, la partie transcendante, ou l’homme est habité par des passions irrationnelles qui le dépasse. Ces passions peuvent être positives, l’envie de prier d’étudier de donner de la charité et d’aider, ou plus opaques ; l’amour ou les désirs politique ou dirigiste.

La partie du « Rouach », les traits de caractère, notre moi psychologique et sociologique, ce que nous avons appelé dans le paragraphe précèdent « nefesh » pour l’opposer a la nechama

Et le « nefesh », a proprement parlé, qui est l’expression de nos désir corporel, ce que l’on aime ou ce qui nous dégoute physiquement.

Ces trois pôles de notre personnalité son rarement alignés, au contraire ils sont toujours en désaccords.

En général, lorsque l’on trouve une fille agréable physiquement, on est rarement attiré par sa psychologie et lorsque l’on aime une fille passionnément on est rarement attiré physiquement. Ce qui se constate au niveau des relations humaines, n’est que le reflet d’une contradiction interne que l’on retrouve chez tous les êtres humains. Nos passions, notre psychologie et notre physique ne sont pas accordé l’un avec l’autre.

Et c’est justement à travers de désaccord que l’homme peut choisir et trouver son chemin. Lorsque la nechama d’un homme le pousse à la faute, l’homme a le choix de ne pas l’écouter, car ce choix de son âme, s’oppose soit au choix de son nefesh, soit à celui de son Rouah. Soit à son intellect, soit à ses désir physiques. De même lorsque l’intellect ou le moi psychologique poussent un homme a l’erreur, l’homme peut toujours le contrer, soit grâce à son âme ou soit grâce à ses tendance physique. C’est à travers ces choix que le libre arbitre existe.

Il est très difficile de changer ses traits de caractère ou ses préférences physique, il est surement encore moins possible de changer son âme, mais l’homme est libre par ce que tous ses déterminismes se contredisent.


Gmar tov, chanah tovah.


Petit cadeau,



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