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  • Rav Uriel Aviges

Vayikra 5774

Culpabilité morale et culpabilité physique


Dans ce cours nous parlons de la necessite de creer du mal a l'interieur de soi pour combatre le mal exterieur a soi. Il apparait dans les midrashim, que si l'homme n'a que du bien en lui il est incapable de faire du mal a l'autre meme lorsqu'il cherche a en faire, de meme il est impossible a quelqu'un qui a du mal en lui, de faire du bien a autrui, et meme lorsqu'il cherche a aider l'autre il finit par lui faire du tort. Pour detuire amalek Esther et Saul devaient transgresser des interdits de la Torah afin de creer le mal en eux. Cette idee apparait aussi dans la Parasha de la semaine, lorsque la Torah parle du sacrifice "acham" qui pardonne une faute venue d'elle meme, sans premeditation. Cette faute inintentionnelle revele, une autre culpabilité qui doit être effacée par le repentir.


La parasha nous parle des sacrifices expiatoires qui sont le « hâtât » et l’asham. Ces sacrifices sont apportés lorsqu’un homme transgresse un interdit de manière involontaire. Les versets disent « Si un individu, commettant un péché, contrevient à une des défenses de l'Éternel, et que, incertain du délit, il soit sous le poids d'une faute, 18 il apportera au pontife un bélier sans défaut, choisi dans le bétail, selon l'évaluation de l'offrande délictive; le pontife lui obtiendra grâce pour l'erreur qu'il a commise et qu'il ignore, et il lui sera pardonné. 19 C'est une offrande délictive, l'homme étant coupable d'un délit envers l'Éternel. »

Rashi est interpelé par le fait qu’un homme soit reconnu coupable par la torah, bien qu’il ne soit pas conscient de sa faute. C’est pour cette raison qu’il commente longuement ces versets en citant le midrash. Rashi dit « Et il ne savait pas et il est coupable, il portera son crime Rabi Yossi haguelili a enseigné : Le présent contexte punit celui qui a péché sans savoir. À plus forte raison punit-il celui qui a péché sciemment (Torath kohanim). Rabbi Yossi a enseigné : Si tu désires savoir la récompense promise aux justes, va l’apprendre chez Adam, à qui n’a été imposée qu’une seule interdiction et qui l’a transgressée ! Et vois combien de morts ont été infligées à lui ainsi qu’à ses descendants ! Et quelle mesure est-elle la plus abondante, celle du bien ou celle de la punition ? Nous dirons que c’est celle du bien. Si donc la mesure de la punition, qui est petite, a entraîné tant de fois la mort pour lui et ses descendants, à plus forte raison celle du bien, qui est plus abondante, procure-t-elle de bienfaits à celui qui s’abstient de ce qui est pigoul et de ce qui est nothar et à celui qui jeûne à Yom Kippour, à lui, à ses descendants, et aux descendants de ses descendants jusqu’aux générations ultimes (ibid.). Rabi ‘Akivah a enseigné : Il est écrit : « Conformément à deux témoins ou à trois témoins, sera mis à mort le mort » (Devarim 17, 6). Si la déposition de deux témoins est valable, pourquoi le texte spécifie-t-il également le cas de trois ? C’est pour inclure le troisième témoin et rendre son statut aussi rigoureux que celui des deux premiers pour ce qui est de la punition et du faux témoignage. Si donc le texte punit celui qui se joint aux pécheurs de la même peine que celle dont sont passibles les pécheurs eux-mêmes, à plus forte raison récompense-t-il celui qui se joint à ceux qui accomplissent des bonnes actions à l’égal de ce qui est promis à ces derniers (ibid.). Rabi Eléazar ben ‘Azariah a enseigné : Il est écrit : « Quand tu moissonneras ta moisson dans ton champ, tu “oublieras” une gerbe dans le champ… » Suivi de : « afin que te bénisse Hachem… » (Devarim 24, 19). Le texte octroie ainsi une bénédiction à celui qui accomplit une bonne action à son insu. Tu diras dès lors : Si un sèla’ s’est échappé du pan de l’habit de quelqu’un et est tombé, et qu’un pauvre le découvre et s’en nourrit, le Saint béni soit-Il lui réservera une bénédiction (ibid.). »

On peut dégager de ce commentaire deux principes. Premièrement, Rashi explique que celui qui accompli une mitsvah a son insu est béni par D, au même titre que celui qui accomplie une mitsvah intentionnellement, aussi, celui qui fait une faute a son insu, est puni au même titre que celui qui commet la faute intentionnellement. 

Deuxièmement, Rashi explique, que celui qui a voulu faire une mitsvah est récompensé, même si son action n’a eu aucun impacte sur la réalité du monde, de même que celui qui s’est associé pour faire une faute est puni, même si son action n’a eu aucun impacte réel.

Si on s’arrête au premier principe énoncé par Rashi, il apparait que la culpabilité ou le mérite d’un homme n’ont rien à voir avec le libre arbitre. Un homme peut être puni par ce qu’il a fait le mal, même si il n’avait pas choisi de faire le mal, et un homme peut être récompensé pour avoir fait le bien même si il n’avait pas choisit de faire le bien. Suivant ce premier principe, la culpabilité ou le mérite dépendent d’une réalité historique objective, et ils ne dépendent pas du choix. Cette manière d’envisager la morale en faisant abstraction du libre arbitre a été défendue longuement par Henry Atlan, il attribue cette vision à Spinoza.

Par contre, si on analyse le deuxième principe énoncé par Rashi, il apparait au contraire, que le mérite ou la culpabilité de l’homme ne dépendent pas d’une réalité objective et historique, mais qu’on contraire elles dépendent de l’intention du choix de l’individu. Puisque selon cette règle, celui qui a fait une mauvaise action est puni même si il n’a pas eu d’impact sur la réalité du monde et celui qui décide de faire le bien et récompensé même si son action n’a eu aucun impact. 

A priori, ces deux axiomes de Rashi paraissent contradictoires. Mais à la lumière de ce que nous avons expliqué dans la première partie du texte sur la parasha de Pekoude, il apparait que ces deux axiomes ne sont pas contradictoires, mais qu’ils sont au contraire complémentaires.

L’homme et sa conscience libre sont un aspect de la réalité du monde, mais ils ne sont pas l’unique aspect de la réalité universelle. Il existe un aspect de l’univers qui dépasse celui de la conscience. Comme le dit le livre de la création, le temps et l’espace objectif existent indépendamment de la conscience humaine et ils sont aussi jugés par D.

Il se trouve donc que l’homme peut être innocent et méritant dans la dimension de sa conscience, mais coupable dans sa dimension historique ou spatial. L’homme peut être coupable de s’être trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Son âme a beau être pure, il aura beau être récompensé pour ses bonnes actions dans le monde futur, il n’empêche que dans le monde matériel, il ne peut pas échapper a une culpabilité historique.

C’est ce que la genèse nous enseigne à la fin de la parasha de beréchith. Lorsque Caïn a tué Havel, D lui a dit qu’il ne le punirait pas jusqu'à la septième génération. Au bout de la septième génération, Lemekh dit à ses femmes, qu’il ne pense pas être puni, par ce qu’il tient le raisonnement suivant : « si déjà Caïn a eu un répit de sept générations, bien qu’il ait tué un homme intentionnellement, moi, Lemekh qui n’est rien fait, il est certain que je ne serais pas puni ». 

Comme le dit Rashi : « Selon Beréchith raba (23, 4), Lèmekh n’a tué personne, et ses femmes se sont séparées de lui après la naissance de leurs enfants, car Dieu avait décrété qu’Il anéantirait la descendance de Caïn au bout de sept générations. Elles se sont dites : « A quoi bon mettre au monde des enfants puisqu’ils vont disparaître ? Demain viendra le déluge qui emportera tout ! » Il leur a opposé : « “J’ai tué un homme, est-ce par ma blessure ?” Est-ce moi qui ai tué Hèvel, qui était un homme par la taille, mais un enfant par l’âge, pour que ma descendance soit anéantie par cette faute ? Caïn, qui a tué, a obtenu un sursis de sept générations. Moi, qui n’ai pas tué, ne m’accordera-t-on pas, à plus forte raison, un sursis de beaucoup de fois sept générations ? » Ce raisonnement a fortiori est absurde, car le Saint béni soit-Il ne pourrait alors jamais faire payer sa dette à l’homme et Il ne tiendrait pas parole. »

D’un point de vue discursif, dans l’optique du « sipour », le raisonnement de Lemekh est imparable. Mais bien qu’il soit innocent, il est quand même punit, par ce qu’il était coupable historiquement. En punissant Lemekh, D punissait le temps et l’espace qui avaient été complice du crime de Caïn. Dans le monde futur, hors temps et hors espace, Lemekh est récompensé pour son innocence morale.


Les documents

Esther chapitre 4

et Mardochée lui fit part de tout ce qui lui était advenu ainsi que du montant de la somme d'argent qu'Aman avait promis de verser dans les trésors du roi, en vue des juifs qu'il voulait faire périr. 8 Il lui remit aussi le texte de l'ordre écrit qui avait été promulgué à Suse de les exterminer, pour le montrer à Esther et la mettre au courant, et pour lui recommander de se rendre chez le roi, afin de lui présenter une supplique et de le solliciter en faveur de son peuple. 9 Hatac revint et rapporta à Esther les paroles de Mardochée. 10 Mais Esther dit à Hatac, en le chargeant de transmettre sa réponse à Mardochée: 11 "Tous les serviteurs du roi et la population des provinces du roi savent que toute personne, homme ou femme, qui pénètre chez le roi, dans la cour intérieure, sans avoir été convoquée, une loi égale pour tous la rend passible de la peine de mort; celui-là seul à qui le roi tend son sceptre d'or a la vie sauve. Or, moi, je n'ai pas été invitée à venir chez le roi voilà trente jours." 12 Les paroles d'Esther ayant été communiquées à Mardochée, 13 celui-ci dit de porter cette réponse à Esther: "Ne te berce pas de l'illusion que, seule d'entre les juifs, tu échapperas au danger, grâce au palais du roi; 14 car si tu persistes à garder le silence à l'heure où nous sommes, la délivrance et le salut surgiront pour les juifs d'autre part, tandis que toi et la maison de ton père vous périrez. Et qui sait si ce n'est pas pour une conjoncture pareille que tu es parvenue à la royauté?"

yomah 22

Saul33 was a year old34 when he began to reign. R. Huna said: Like an infant of one year, who had not tasted the taste of sin. R. Nahman b. Isaac demurred to this: Say perhaps: Like an infant of one year old that is filthy with mud and excrement?35 R. Nahman thereupon was shown a frightening vision in his dream, whereupon he said: I beg your pardon,36 bones of Saul, son of Kish. But he saw again a frightening vision in his dream, whereupon he said: I beg your pardon, bones of Saul, son of Kish,37 King in Israel.

Rab Judah said in the name of Samuel: Why did the kingdom of Saul not endure? Because no reproach rested on him, And he strove in the valley.12 R. Mani said: Because of what happens ‘in the valley’: When the Holy One, blessed be He, said to Saul: Now go and smite Amalek,13 he said: If on account of one person the Torah said: Perform the ceremony of the heifer whose neck is to be broken,14 how much more [ought consideration to be given] to all these persons! And if human beings sinned, what has the cattle committed; and if the adults have sinned, what have the little ones done?15 A divine voice came forth and said: Be not righteous overmuch

Keritout 26

‘The Day of Atonement expiates sins that are known to the Lord alone;’ from which it follows that the Day of Atonement expiates only sins known to the Lord alone, but it does not expiate sins of which the transgressor himself is conscious. Then the heifer whose neck is to be broken,19 if the Day of Atonement had intervened, [should not be offered]! — Said Abaye: The murderer is aware [of the sin]. Raba said: Scripture reads, And no expiation can be made for the land for the blood that is shed therein, etc.20 R. Papa said: Scripture reads, Forgive Thy people Israel, etc.;21 this atonement was applicable even to those who went out from Egypt.

Jeremie 46

Prépare-toi une toilette d'exil, ô insouciante fille d'Egypte! car Nof deviendra une solitude, elle sera ruinée, dépeuplée. 20 O Egypte, génisse aux belles formes, la calamité s'avance du Nord, elle s'avance.

Aussi, lorsque l'Éternel, ton Dieu, t'aura débarrassé de tous tes ennemis d'alentour, dans le pays qu'il te donne en héritage pour le posséder, tu effaceras la mémoire d'Amalec de dessous le ciel: ne l'oublie point.

Rashi :

Tu effaceras le souvenir de ‘Amaleq « De l’homme à la femme, de l’enfant au nourrisson, du bœuf à la brebis, du chameau à l’âne » (I Chemouel 15, 3), afin que l’on ne se souvienne plus de ‘Amaleq pas même à propos d’un animal, en disant : « Cet animal appartenait à ‘Amaleq ».

Si un individu, commettant un péché, contrevient à une des défenses de l'Éternel, et que, incertain du délit, il soit sous le poids d'une faute, 18 il apportera au pontife un bélier sans défaut, choisi dans le bétail, selon l'évaluation de l'offrande délictive; le pontife lui obtiendra grâce pour l'erreur qu'il a commise et qu'il ignore, et il lui sera pardonné. 19 C'est une offrande délictive, l'homme étant coupable d'un délit envers l'Éternel."

Rashi

Et il ne savait pas et il est coupable, il portera son crime Rabi Yossi haguelili a enseigné : Le présent contexte punit celui qui a péché sans savoir. À plus forte raison punit-il celui qui a péché sciemment (Torath kohanim). Rabbi Yossi a enseigné : Si tu désires savoir la récompense promise aux justes, va l’apprendre chez Adam, à qui n’a été imposée qu’une seule interdiction et qui l’a transgressée ! Et vois combien de morts ont été infligées à lui ainsi qu’à ses descendants ! Et quelle mesure est-elle la plus abondante, celle du bien ou celle de la punition ? Nous dirons que c’est celle du bien. Si donc la mesure de la punition, qui est petite, a entraîné tant de fois la mort pour lui et ses descendants, à plus forte raison celle du bien, qui est plus abondante, procure-t-elle de bienfaits à celui qui s’abstient de ce qui est pigoul et de ce qui est nothar et à celui qui jeûne à Yom Kippour, à lui, à ses descendants, et aux descendants de ses descendants jusqu’aux générations ultimes (ibid.). Rabi ‘Aqiva a enseigné : Il est écrit : « Conformément à deux témoins ou à trois témoins, sera mis à mort le mort » (Devarim 17, 6). Si la déposition de deux témoins est valable, pourquoi le texte spécifie-t-il également le cas de trois ? C’est pour inclure le troisième témoin et rendre son statut aussi rigoureux que celui des deux premiers pour ce qui est de la punition et du faux témoignage. Si donc le texte punit celui qui se joint aux pécheurs de la même peine que celle dont sont passibles les pécheurs eux-mêmes, à plus forte raison récompense-t-il celui qui se joint à ceux qui accomplissent des bonnes actions à l’égal de ce qui est promis à ces derniers (ibid.). Rabi El‘azar ben ‘Azaria a enseigné : Il est écrit : « Quand tu moissonneras ta moisson dans ton champ, tu “oublieras” une gerbe dans le champ… » suivi de : « afin que te bénisse Hachem… » (Devarim 24, 19). Le texte octroie ainsi une bénédiction à celui qui accomplit une bonne action à son insu. Tu diras dès lors : Si un sèla’ s’est échappé du pan de l’habit de quelqu’un et est tombé, et qu’un pauvre le découvre et s’en nourrit, le Saint béni soit-Il lui réservera une bénédiction (ibid.).