• Rav Uriel Aviges

Vayigash 5767

La parasha de vaygash raconte la confrontation de deux sortes de philosophie du judaïsme; deux sortes de souverainetés et de gouvernements; d'une part la royauté de Juda de l'autre celle de Josef.

Dans la hafatrah le prophète dit que cet antagonisme durera jusqu'à la venue du messie, il va même jusqu’à dire que jusqu’à ce que le messie vienne il n'y a pas un peuple juif mais deux peuples juifs. En fait le talmud et le midrash parlent de deux messies l’un fils de Josef et l'autre de David.

Approfondissons la personnalité et la symbolique de Josef. Le symbole de Josef est le shor "le taureau"; il est aussi associé au veau; le midrash raconte que le veau d'or fut créé a l'aide d'un médaillon sacré sur lequel était dessiné le symbole de Josef ainsi que son nom, et que c'est ce médaillon que Josef avait transmis à ses enfants pour retrouver son cercueil qui était caché dans le Nil. Il est aussi associé à la vache rousse qui purifie le pur et impurifie le pur et qui dépasse l'entendement humain de Salomon (le plus sage des humains lui-même descendant de Juda.) Un autre point important le veau et le taureau étaient aussi les symboles de l'Egypte, dans maoz tsur on appelle l'Egypte "malhout haegla"; la royauté du veau.

Une autre symbolique de Josef c'est l'agriculteur la seul des tribus qui est bénie par les récoltes importantes; sa couleur est le noir sa pierre l'onyx, c'est la pierre qui sert en outre de support aux autres pierres dans le pectoral du grand prêtre ce qui symbolise la primauté de l'agriculture sur toutes les autres activités des autre tribus (royauté; science, commerce, guerriers, religieux etc.).

Un autre point frappant c'est que dans le rêve de Josef, Josef se voit comme un agriculteur ainsi que ses frères alors qu'ils ont toujours été des nomades éleveurs, et que le pays de l'agriculture c'est l'Egypte. Évidement dans les rêves de pharaon il est encore question de blé et de taureau, une question se pose pourquoi pharaon croit en l'interprétation de Josef alors qu'elle implique une volonté divine que pharaon et les égyptiens ne reconnaissaient pas jusqu’à présent; et quel est le lien entre tout ces points.

Revenons a la vache rousse le midrash dit que lorsque Moise apprend cette parasha qu'il ne comprend pas quel en est le sens comment ce fait il que le processus purificateur impurifie celui qui l'administre, et de plus comment l'impureté peut devenir pureté. Ce a quoi D répond "mais moi D, n'est ce pas ce que j'ai fait depuis le début de la création, Avraham vient de Terah; Israël vient des peuples idolâtres, etc. lorsque l'on veut récolter du blé ne faut il pas qu'il pourrisse d'abord dans la saleté pour qu'il renaisse".

En fait le passage de la vache rousse nous montre qu'il n'y a pas de pureté et d'impureté définies l'un est la conséquence de l'autre, dans la kabbale Josef est l'archétype du juste le "tsadick yessod olam" le maharal explique que le verset qui dit le tsadick tombe 7 fois et se relève ne veut pas dire qu'il tombe uniquement 7 fois, mais 7 c'est le nombre parfait c'est à dire que le juste tombe constamment mais il se relève constament; car dans la chute il y déjà chez lui la monté. Tout est une affaire de lecture en histoire tout le monde le dit, la renaissance existait en puissance dans le moyen-âge; le fascisme dans Weimar etc.; et c'est l'idée du rêve qui suit l'interprétation; les faits sont là mais si D nous envoie le message cela veut dire que l'on peut les retourner à notre avantage sinon pourquoi nous envoie-t il cette lettre; c'est pour cela que Josef raconte le rêve à ses frères; nous allons nous stabiliser en Egypte je serais votre guide là bas; autant faire la paix maintenant il y a deux choix soit nous serons des agriculteurs esclaves soit nous seront des astres; (c'est ce que Tosfot dans shabbat disent que si les frères se seraient entendus avec Josef ils n'auraient pas été asservis, ils auraient été des guides en exil). La vache rousse veut dire à celui qui a touché le mort sache que cette décomposition n'est en faite que le début d'une renaissance dans le monde futur; il faut pourrir pour revivre; c'est l'idée du blé qui doit pourir pour renaitre. Celui qui purifie devient impure car il comprend que sa vie réelle est en faite une mort; car il n'y pas de coupure reelle entre la vie et la mort. La différence essentielle que les biologistes font entre le végétal et l'animal; c'est que le végétal est capable de photosynthèse c’est à dire qu'il crée sa propre énergie; ce que l'animal ne peut pas, il doit prendre l'énergie des autres; Josef est indépendant; comme le blé; c'est le "séparé de ses frères".

Même sous sa dimension de taureau il est herbivore il n'est pas prédateur comme le lion de Juda; il n'est pas "la haya raah" les animaux sauvages auxquels sont comparés les autres tribus. Pourtant c'est chez lui que l'on retrouve le plus l'idée de domination il rend l'egypte esclave il est esclave lui même; il voit les autres se prosternant à lui. Pourquoi? Pour cela il faut faire appel à la philosophie je vais le dire en deux mots et après je développe un peu.

2 mots: qui dit volonté dit servitude (+ un nom propre Hannah Arendt). Le tsadick c'est celui qui veut donc qui transforme l'impur en pur qui transforme la tragédie économique en Egypte par l'hégémonie de cette puissance sur toute la région. C'est celui qui se domine qui refuse les avances de la femme de Putiphar pourtant le midrash ne cesse de dire qu'il fait attention à son aspect il veut être beau; qu'est ce que ca veut dire ? Qu'il joue avec le feu ? Non. Cela veut dire que Josef n'était pas un type qui n'était pas trop porté sur la question; qui ne pensait qu'à sa carrière ou à la torah; non le midrash dit Josef voulait aller draguer; c'est pour cela qu'il est celui qui accusé tous les autres; il va contre nature; par ce qu'il le veut; c'est aussi à mon avis le sens du midrash qu'il perd dix enfants par le sperme qui sort de ses doigts; il est l'esclave de sa volonté de sainteté; il rend son corps esclave de lui même. (C’est peut être aussi le sens de la recherche esthétique). Le talmud dans Soucah dit que le messie fils de Josef égorge le mauvais penchant le yetser harah; ca veut dire ce que cela veut dire; pour Josef le mauvais penchant c'est à dire une partie de soi doit absolument être détruite par la volonté. Revenons au veau d'or comment les juifs peuvent ils dirent devant le veau voici ton D Israël qui t'a fait sortir d'egypte; alors que le veau était justement le D d'Egypte qu'ils avaient du égorger et manger devant les égyptiens pour mériter la libération?

La réponse par ce qu'ils pensaient à un dieu qui meurt et qui ressuscite; c’est le lien essentiel que le midrash fait entre la vache rousse et le veau d'or; ils pensaient être la suite de la culture égyptienne; renouvelée; qui devait servir un dieux ressuscité après une mort nécessaire; comme on l'a entendu "nous sommes le nouveau Israël"; il pensaient "nous sommes la nouvelle Egypte".( Il y ici un rapport a creuser entre le veau d'or et le christianisme on mange le veau et on le divinise; Josef est celui qui détruira Esaü).

Pourquoi pharaon croit en D parce qu'il comprend que si il y a volonté il y a servitude donc plus de pouvoir pour lui; et c'est le lien entre Josef et l'Egypte; Josef est l'homme de la volonté donc du pouvoir; symbolisé par l'agriculture sédentaire. C’est pour cela que lorsque Moise plus tard parle d’un D libérateur à pharaon; pharaon dit ce D la je ne le connais pas. Juda vient contre Josef justement pour libérer son frère; c'est le libérateur; Juda dit le talmud c'est le collelman Otniel Ben Kenaz c'est Juda le frère de Shimon dit le talmud Tmourah 16. Et quel collelman! C’est le super looser! Incapable de travailler; on doit lui donner un champ de dates qui tombent toutes seules pour calmer la colère de sa femme; incapable même de trancher la loi par son étude dit le talmud ailleurs (Yomah 26); seul le descendant de Issachar a cette capacité; la seule chose positive qu'il fait pour le peuple c'est qu'il enseigne (à Goshen); une torah donc non définie; ouverte; qui peut se dépasser elle même; qui ne tranche pas. Et c'est justement pourquoi il est libérateur.

Pour comprendre Juda il faut comprendre qu'est ce que c'est que la torah sans le veau d'or; le talmud dans Avodah Zarah dit c'est la torah sans la mort; ou bien c'est la torah sans l'esclavage. Qu'est ce que cela veut dire? La gemarah dit ailleurs j'ai créé le yetser harah le mauvais penchant j'ai créé la torah pour l'assaisonner; on est loin de l'égorgement du yetser harah; dont on parlait chez Josef. D'autre part le talmud dit la torah ne peut pas recevoir la Touma; pas de vache rousse selon la torah ; dit Ramban; toute l'idée d'impureté et de pureté n'aurais pas existée sans le faute du veau d'or.

Comment est ce possible? Il y a une autre règle dans le talmud un prisonnier ne peut pas se libérer lui même de la prison; même Esther qui libère tout le peuple juif reste elle-même enfermée dans le palais d'Assuérus. Pour sortir de cette dialectique de volonté esclavage il faut être quelqu'un d'autre il faut sortir de soi; devenir carnivore; un animal qui se nourri des autres. Le Kouzari s'étonne comment se fait-il que tous les enfants de Jacob étaient prophètes alors que dans les nations ils n’en n’avaient aucun et il répond que celui qui vit à la proximité des prophètes devient automatiquement prophète lui même car le bien amène le bien, c'est l'idée des juifs qui reçoivent la torah dans le désert en mangeant de la manne; ils sont entièrement dépendants de D et indépendants de la nature; étudier c'est sortir de soi et vivre dans l'éternité.

La dernière Mishna de Kinim dit les talmidei hahamim plus ils vieillissent plus leur esprit s'éclaircit; les incultes plus ils vieillissent plus leur esprit devient confus. Dans le rapport à la torah le jeune voit d'abord une confusion: les concepts sont contradictoires ils ne collent pas vraiment la réalité; le savoir parait plus embrouillant qu'éclaircissant; si on le cherche c'est uniquement par ce que l'on a une intuition confuse qu'après décantation les idées vont s'enrichir et s'éclaircir en s'accordant, qu'il va y avoir un apport réciproque entre l'expérience et la connaissance, quand on est jeune ou que l'on débute on a cette intuition plus on avance plus on en a la vérification.

C'est ca l'assaisonnement du mauvais penchant on sort de la dialectique mécanique qu'est ce qui peut amener le bien dans le mal; pour sortir de soi; et de sa finitude mortel; dans une étude des rapports des hommes entre eux avec D et le monde; une étude en constant dépassement qui par décantation finira par nous élever sans violence ni volonté. (Par contre celui qui a fuit la connaissance même si au début; sa vie lui parait claire; plus il va aller, plus les choix moraux et existentiels et son rapport aux autres lui paraitrons confus et complexe; sans qu'il puisse leur donner une lecture ou une analyse.).

A la fin de son œuvre Hannah Arendt pose une question à laquelle elle est incapable de répondre; si toute volonté est essentiellement contraire à la liberté; puisqu’elle suppose l'aliénation d'une partie non voulant a une partie voulant, l'être libre c'est celui qui ne veut rien; mais alors qu'est ce qu'un être ou un peuple qui ne veut rien; pour Arendt l'exemple du peule libre c'est les Etats-Unis; car les fondateurs ne parlent pas de volonté du peuple (contrairement aux fondateurs de la démocratie française); mais comment envisager un peuple sans volonté? A mon avis la réponse vient de la torah un peuple sans volonté ne peut être qu'un peuple d'intellectuel, un peuple du livre.

©2018 by Uriel Aviges.