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  • Rav Uriel Aviges

Vayeshev 5778


La parasha fait le récit de la relation entre Tamar et Yehouda. Yehouda a eu une liaison avec Tamar, cette dernière s’étant déguisée en prostituée. A la suite de cette relation Tamar va tomber enceinte de jumeaux. Yehouda reconnait les enfants, mais par la suite il semble cesser d’avoir des rapports avec Tamar. Le verset dit en effet : « Comme on l'emmenait, elle envoya dire à son beau-père : "Je suis enceinte du fait de l'homme à qui ces choses appartiennent."  Et elle dit : "Examine, je te prie, à qui appartiennent ce sceau, ces cordons et ce bâton."  26 Juda les reconnut et dit : "Elle est plus juste que moi, car il est vrai que je ne l'ai point donnée à Chéla mon fils."  Cependant il cessa, dès lors, de la connaître. » on peut s’interroger sur la raison de la décision de Judah. En effet s’il pensait avoir accomplie la mitswah du lévirat en ayant donner des enfants a Tamar, alors, il aurait dû rester marié avec elle. Dans la loi du lévirat, (celui qui marie la femme d’un proche décédé sans enfants afin de laisser une descendance au nom de ce proche), l’homme reste marié avec la femme de son défunt proche, il ne la répudie pas après qu’elle soit tombée enceinte. Alors pourquoi Judah a t il abandonné Tamar?

Le mot utilise pour exprimer l’abandon de Tamar par Yehouda est un terme ambigu, c’est le mot « yassaf », la torah dit « Lo yassaf ledaatah », « il n’a pas ajouté à la connaitre ». Mais ce même mot peut avoir une signification opposée, il peut vouloir dire « il n’a pas arrêté de la connaitre ». Rashi rapporte ces deux traductions opposées, en disant « Et il n’ajouta pas Certains expliquent (Sifri Baha’alothekha 88) : « il ne continua pas ». D’autres (Sota 10b) : « il ne cessa pas » [il ne se sépara pas d’elle]. On trouve la même expression à propos d’Eldad et Médad : « et ils n’ajoutèrent pas (vélo yassafou) », que le Targoum traduit par : « ils n’ont pas cessé de prophétiser ».

On retrouve surtout cette même expression concernant le don de la torah. Dans le deutéronome le verset dit : « Ces paroles, l'Éternel les adressa à toute votre assemblée sur la montagne, du milieu des feux, des nuées et de la brume, d'une voix puissante, sans y rien ajouter ; puis il les écrivit sur deux tables de pierre, qu'il me remit. ».

Rashi aussi rapporte deux traductions opposées : « Et elle ne continua pas Le Targoum Onqelos rend ce mot par : « Elle ne s’arrêta pas ». Il n’est pas possible, au niveau de l’être humain, d’émettre en un seul souffle tout ce que l’on a à dire, et l’on a besoin de s’interrompre [pour reprendre haleine]. Il n’en est pas ainsi, en revanche, pour le Saint béni soit-Il : Il ne s’interrompait pas, et du moment qu’Il ne s’interrompait pas Il ne reprenait pas, car Sa voix est puissante et éternelle. Autre explication : « Et elle ne continua pas » – Il ne continua pas de Se manifester aussi solennellement. »

En général, en ce qui concerne le don de la torah et la prophétie des soixante-dix sages, on a coutume de reconcilier ces deux traductions, en expliquant qu’en tant qu’évènement historique,( c’est-à-dire, le dévoilement de D lors du don de la torah a travers une voix puissante le tonnerre et les éclairs,) la révélation sinaique fut un évènement circoncis dans le temps, qui ne s’est pas répété, mais que la portee spirituelle du message de D, elle, au contraire, ne s’est jamais arrêtée. Le talmud dit que tout ce qu’un élève ou un étudiant pense lorsqu’il étudie la torah, a été donne au mont Sinaï, le dévoilement spirituel du mont Sinaï ne s’est jamais arrêté.

De même, lorsque l’on parle de la prophétie des soixante-douze sages à propos desquelles la même expression est employée, le rav Yehouda Halévy explique, que les prophètes n’ont reçu la prophétie qu’un seul instant dans leur vie, en cet instant ils sont reçu une vision complète et frappante de tout le message spirituel qu’ils pouvaient transmettre, et toute leur vie ils ont dû essayer d’interpréter cette vision, et la retranscrire dans un discours oral. Dans ce cas aussi, donc, on rétablie le double sens du mot « ne pas s’arrêter » et « ne pas continuer », en expliquant que l’évènement physique de la révélation est resté un moment accidentel qui n’a pas duré, mais que d’un autre côté le message spirituel, lui ne s’est jamais arrêté, puisque dans le message du prophète il y a quelque chose d’éternel.

Si on applique cette méthode au cas de Yehouda et Tamar cela voudrait dire que physiquement Yehouda n’a plus eu de relation avec Tamar, mais que mentalement et spirituellement il n’a pas arrêté de la connaitre, elle n’est jamais sortie de sa tête.

A mon avis, cette interprétation du texte qui me parait la plus véridique, n’explique pas le comportement de Judah bien au contraire, dans la halacha, l’amour platonique est toujours vu d’un mauvais œil, et les relations d’amitié entre homme et femme, sont toujours suspectes (à juste titre) aux yeux des talmudistes. Il est aussi très difficile de comprendre pourquoi la torah nous donne cette information, qui ne regarde en fait que l’intimité de Judah.

Je me permets de citer à nouveau le commentaire de Rashi sur ce verset « Et il n’ajouta pas Certains expliquent (Sifri Baha’alothekha 88) : « il ne continua pas ». D’autres (Sota 10b) : « il ne cessa pas » [il ne se sépara pas d’elle]. On trouve la même expression à propos d’Eldad et Médad : « et ils n’ajoutèrent pas (vélo yassafou) », que le Targoum traduit par : « ils n’ont pas cessé de prophétiser ».

Il y a lieu de remarquer plusieurs anomalies dans ce Rashi. la première, c’est que Rashi omet de citer la référence au don de la torah, ou l’on retrouve la même expression. la deuxième, c’est si on regarde la source citée par Rashi concernant la prophétie d’Eldad et Médad, on se rend compte que l’expression « vélo yassafou », n’est pas utilisée à leur sujet mais plutôt comme se référents aux autres soixante-dix prophètes, Rashi en général est très précis lorsqu’il apporte une référence. Mais l’anomalie la plus étrange que l’on peut relever sur ce Rashi, c’est une autre omission, beaucoup plus étonnante, en effet quelques versets plus hauts la même expression a déjà été utilisée, avec cette double signification, en effet, en parlant de la naissance de Josef le verset dit « Le Seigneur se souvint de Rachel : il l'exauça et donna la fécondité à son sein. 23 Elle conçut et enfanta un fils ; et elle dit : "Dieu a effacé ma honte." 24 Elle énonça son nom Joseph, en disant "Dieu veuille me donner encore un second fils !" »

Or, en hébreux, l’expression « Dieu a effacé ma honte », se dit « Assaf Eloqim et herpati ». D a retranché et stoppé ma honte. Dans ces versets la racine Assaf est utilisée deux fois dans la torah pour dire deux idées totalement opposées. Puisque lorsque rachel utilise cette racine pour parler de la honte, elle veut dire que « D a arrêté sa honte », alors que lorsqu’elle nome son fils Josef elle signifie, par la même racine « que je puisse continuer à avoir des enfants ». Il est excessivement bizarre et étonnant que lorsque Rashi veut justifier la double traduction du mot Assaf concernant Tamar et Yehouda, il ne fait pas référence a ce passage, qui pourtant, prouve bien la nécessité de traduire ce terme de deux manières différentes.

Quoi qu’il en soit, je pense que lorsque la torah utilise cette locution pour parler de Tamar et Yehouda, elle fait référence a l’épisode de la naissance de Josef.

Le midrash dit que les descendant de Rachel ont la force du silence puisqu’Esther n’a jamais dit qu’elle était juive, aussi Saul a gardé son onction secrète, Josef aussi est un homme du silence. Alors que les descendant de Leah utilisent la force de l’expression. Le roi David écrit des louanges à D, Salomon construit le temple, etc.

Or d’un autre côté nous avons vue aussi que les descendant de Leah on une sexualité très forte, qu’ils ont du mal à dominer, Leah est elle-même enfermée, chez elle par Lavan, qui a peur de la voir fréquenter les bergers autours du puit, Dinah est à son tour enfermée dans une boite par Jacob pour les même raisons, David va faillir avec Bethsabée et Salomon pratique l’idolâtrie par ce que les femmes ont détourné son cœur. Yehouda, aussi, ne se contrôle par vraiment avec Tamar.

Par contre les descendants de rachel ont une libido très faible, on voit qu’à plusieurs reprise Rachel a des difficultés à avoir des relations avec son mari, Josef arrive à se contrôler avec la femme de Putiphar, mais les descendant de Rachel on un grand désir d’argent et ils aiment amasser des richesses, Rachel vole les statues de son père, Josef amasse tous l’argent qui se trouve en Egypte etc.

Or il y a un lien entre le désir sexuel et l’expression d’une part, et l’amour des richesses et la force du silence, d’autre part.

L’expression est un abandon, lorsque l’on exprime quelque chose, on perd la chose que l’on exprime, le talmud dit « celui qui a des soucis doit les exprimer » puisque l’expression même de ses sentiments les diminue. En exprimant ce que l’on ressent on abandonne ce que l’on ressent.

Or de même que l’homme abandonne ses sentiments en les exprimant par la parole, il abandonne aussi ses sentiments à travers la jouissance physique, la jouissance, est un type d’expression, dans le sens ou, comme la parole, elle affaiblit un vécu sentimental. (Je vais développer cette idée plus tard)

Par contre le silence, exprime une volonté de ramasser sa vie intérieure de ne pas la dissoudre dans l’expression d’un discours, pour la garder à l’intérieur de soi. Le silence est une manière de garder et de cultiver en soi une vie sentimentale plus authentique, cette volonté d’amasser se retrouve aussi dans le désir d’amasser des richesses et des biens.

En ce qui concerne la jouissance physique Maimonide dit la chose suivante : « Quant à ce qui est indispensable, comme de manger et de boire, il doit se borner à ce qui est le plus utile et avoir en vue le seul besoin de se nourrir, mais non la jouissance. Il doit aussi éviter d'en faire un objet de conversation et de réunion. Tu sais combien nos docteurs avaient en aversion « les festins non consacrés à un acte religieux, » et que les hommes vertueux, comme Pinhas ben Iaïr, ne mangeaient jamais chez personne <3) : notre saint docteur ayant désiré que ce dernier accepta un repas chez lui, il refusa.

Tu connais cette sentence des docteurs : « Les pensées du péché sont pires que le péché (â), » et j'ai là-dessus une explication très-remarquable. C'est que l'homme qui commet un péché ne pèche que par suite des accidents qui s'attachent à sa matière, comme nous l'avons exposé, je veux dire qu'il pèche par son animalité ; mais la pensée est une des propriétés de l'homme qui appartiennent à sa forme. Si donc il porte sa pensée sur le péché, il pèche par la plus noble de ses deux parties. Or, celui qui, par injustice, fait travailler un esclave ignorant n'est pas aussi coupable que celui qui exige le service d'un homme libre et distingué ; car cette forme humaine et toutes les propriétés qui lui appartiennent (3) ne doivent être employées que pour ce qui est digne d'elles, c'est-à-dire pour s'attacher à ce qu'il y a de plus élevé, et non pour descendre au degré le plus bas (*). Tu sais aussi avec quelle sévérité on défend chez nous l'obscénité du langage ('), et cela doit être ; car le langage est une des propriétés de l'homme et un bienfait qui lui a été accordé et par lequel il se distingue (*), comme il est dit : Qui a donné une bouche à l'homme (Exode, IV, 11) ? et le prophète a dit : Le Seigneur Dieu m'a donné une langue exercée (Isaïe, L, 4). Il ne faut donc pas que ce bienfait qui nous a été accordé pour notre perfectionnement, pour apprendre et enseigner, soit employé au plus grand vice et à la chose la plus honteuse, de manière que nous disions tout ce que les gentils ignorants et impies disent dans leurs poésies et dans leurs narrations (3), qui leur conviennent bien à eux, mais non pas à ceux à l'égard desquels il a été dit : Vous serez pour moi un royaume de prêtres et un peuple saint (Exode, XIX, 6). Et si quelqu'un applique sa pensée et sa parole à une chose relative à ce sens qui est une honte pour nous, de manière à penser, plus qu'il n'est nécessaire, à la boisson ou à l'amour physique, ou à réciter des vers là-dessus sus, il abuse du bienfait qui lui a été accordé et s'en sert pour se révolter contre le bienfaiteur et pour désobéir à ses commandements, de sorte qu'il ressemble à ceux dont il a été dit : L'argent et l'or que j'ai donnés à elle en abondance, ils l'ont employé pour Baal (Osée, H, 10). »

Pour Maimonide le corps et l’esprit sont deux choses séparées qui ne doivent pas cohabiter, l’esprit doit se cantonner à l’abstraction, la réflexion ne doit se concentrer que sur des abstraction philosophique ou mathématique, alors que le corps lui, doit chercher à assouvir ses besoins de la manière la plus simple et la plus minimale qui soit.

Pour ma part je suis convaincu qu’il est impossible de rassasier son corps si on ne rassasie pas son esprit en même temps. Un homme qui aura développé une complexité d’esprit en étudiant des abstractions, ne pourra jamais être rassasié pleinement d’une nourriture, s’il ne retrouve pas une complexité similaire dans ce qu’il mange. La satisfaction et la jouissance sont des expériences spirituelle et mentale, ce ne sont pas vraiment des perceptions physiques. On voit bien que, parfois, on peut rester une journée entière sans manger, alors qu’a d’autres moment on éprouve un appétit insatiable qui nous oblige à manger toutes les deux heures. La faim et la satiété sont des états beaucoup plus psychologiques que physiques.

La relation entre le corps et l’esprit me parait encore plus évidente en ce qui concerne la sexualité.

En disant cela je ne m’oppose pas simplement à la pensée de Maimonide, je m’oppose aussi à la pensée freudienne, Freud reconnait le lien existant entre le psychique et le physique chez l’être humain, mais en réalité Freud, part d’un principe non formulé, selon lequel cette jonction est quelque part pathologique. L’enfant crée un lien avec le lait pour remplacer le vide affectif de l’absence de la mère, etc.., chez Freud aussi, le lien entre le corps et l’esprit et toujours irrationnel, un évènement historique contre nature, le produit d’un traumatisme ou d’une frustration. Je pense pour ma part, que le lien entre le psychique et la jouissance physique est naturel et non consécutif d’une frustration ou d’un traumatisme.

Il y a lieu cependant de définir la relation existante entre la psychè et le corps dans la jouissance. Elles sont à mon avis de deux ordres, on pourrait appeler le premier « le souvenir imaginaire » et le deuxième, « l’imaginaire abstractif ».

Le mécanisme du souvenir est parfaitement décrit chez Proust. Lorsque l’homme éprouve une jouissance, pour vraiment la ressentir, il doit ramener cette jouissance a son « moi », a sa conscience. Or la conscience c‘est avant tout une mémoire. A chaque fois que l’homme va éprouver une sensation, il va chercher à la lier cette sensation nouvelle a des sensations passées, a sa mémoire. Il va aussi chercher à revivre une expérience passée différemment à travers la jouissance présente. Dans ce sens la jouissance donne à l’homme l’occasion de réécrire ou de réinterpréter son histoire, mais principalement, c’est par le retour vers son passé que l’homme arrive à intégrer la sensation nouvelle et à l’ingérer. L’homme intègre le nouveau en changeant la vision de son passée. En faisant cela il a l’impression de se redécouvrir.

L’imagination joue un grand rôle dans ce travaille de résurgence de pseudo souvenir. Dans ce processus d’après la jouissance, l’imagination reste aliénée a la mémoire, elle ne fait donc que réécrire différemment un récit déjà existant. La jouissance inscrit l’imagination dans un récit.

Mais la psyché intervient dans le rapport au corps d’une autre manière. Cette manière est largement décrite par Flaubert dans madame Bovary. L’imagination de madame Bovary est délirante par ce qu’elle n’est aliénée à aucune une histoire, a aucun passé. En réalité madame Bovary, comme Maimonide, rejette la jouissance physique, elle ne veut imaginer que dans l’abstraction. Son imagination n’est pas axée sur l’invention de divers récits fictifs, mais elle reconnait des cycles, des symboles qui la projette dans une autre dimension ou plusieurs futurs deviennent possible. Ce sont les bottes ou le cheval de son amant qui la font rêver (mais elle ne sait jamais qui est son amant).

L’imagination de madame Bovary s’apparente presque a de la spéculation métaphysique, par ce qu’elle en fait basée sur un rejet de la perception sensible, c’est une imagination « abstractive ».

Les femmes tombent amoureuse par ce qu’elles sont capables d’imaginer à travers l’homme qu’elles aiment l’ouverture vers un autre monde ou une autre dimension ou presque tout est possible. Cette imagination est activée par le refoulement du désir d’une perception physique sensible.

Mais, lorsque la perception sensible est avérée, alors « l’imagination abstractive » s’effondre.

L’expérience du plaisir physique est le point de basculement entre les deux modalités de l’imaginaire. L’« imagination abstractive » s’active avant l’expérience, alors que « l ’ imagination souvenir », s’active après l’expérience.

Leah et ses descendants s’inscrivent dans la modalité du souvenir, c’est pour cela qu’ils sont constamment à la recherche de nouvelles expériences à travers lesquelles ils recherchent à réinterpréter leurs histoires, et à se redécouvrir, alors que Rachel et ses descendants sont dans la modalité de l’imagination abstractive, qui part de la négation de la perception sensible. (Rachel cherche à amasser des richesses par ce qu’elle est incapable d’amasser des expériences et d’écrire sa propre histoire. Cette incapacité à écrire son histoire entraine une sensation de vide intérieur, qui a son tour entraine un désir plus grand encore de silence et de l’enfermement pour ne pas dilapider le peu qu’elle ressent)

On comprend donc que le Tikun ou la techouvah de Yehouda est justement de garder une relation totalement abstraite avec Tamar, pour sortir du désir infini de nouvelles expériences.

Alors que le Tikun de rachel s’effectue à travers Esther qui va devoir avoir des relations sexuelles forcées avec un homme qu’elle n’aime pas.

Dans le rapport à D cette double modalité s’exprime, dans les deux expériences que sont d’une part l’étude de la torah et la prière, et d’autre part la pratique des mitswot. Par l’étude et la prière, l’homme crée un lien avec le divin, en utilisant son imagination abstractive, en s’opposant a toutes perceptions physiques. Par l’étude et la prière l’homme s’ouvre de nouveaux horizons et de nouvelles dimensions. Mais par l’accomplissement des mitswot, l’homme inscrit sa relation à D a travers le vécu et le souvenir, et la relecture continue de son passé, c’est par les mitswot que l’homme est capable d’ingérer l’expérience spirituelle de l’étude et de la prière.


Les documents

6 Juda choisit une épouse à Ér, son premier né; elle se nommait Thamar.  7 Ér, le premier né de Juda, ayant déplu au Seigneur, le Seigneur le fit mourir.  8 Alors Juda dit à Onàn: "Épouse la femme de ton frère en vertu du lévirat, afin de constituer une postérité à ton frère."  9 Onân comprit que cette postérité ne serait pas la sienne; et alors, chaque fois qu'il approchait de la femme de son frère, il corrompait sa voie, afin de ne pas donner de postérité à son frère.  10 Sa conduite déplut au Seigneur, qui le fit mourir de même.  11 Et Juda dit à Thamar, sa belle fille: "Demeure veuve dans la maison de ton père, jusqu'à ce que mon fils Chéla soit plus grand," car il craignait qu’il ne meure, lui aussi, comme ses frères.  Et Thamar s’en alla demeurer dans la maison de son père.  12 Longtemps après mourut la fille de Choua, femme de Juda.  Quand Juda se fut consolé, il alla surveiller la tonte de ses brebis, avec Hira son ami l'Adoullamite, à Timna. 13 On informa Thamar en ces termes: "Ton beau père monte en ce moment à Timna pour tondre ses brebis."  14 Elle quitta ses vêtements de veuve, prit un voile et s'en couvrit; et elle s'assit au carrefour des Deux Sources, qui est sur le chemin de Timna.  Car elle voyait que Chéla avait grandi et qu'elle ne lui avait pas été donnée pour épouse.  15 Juda, l'ayant aperçue, la prit pour une prostituée; car elle avait voilé son visage.  16 II se dirigea de son côté et lui dit: "Laisse moi te posséder."  Car il ignorait que ce fût sa belle fille.  Elle répondit: "Que me donneras-tu pour me posséder?"  17 II répliqua: "Je t'enverrai un chevreau de mon troupeau." Et elle dit: "Bien, si tu me donnes un gage en attendant cet envoi."  18 II reprit: "Quel gage te donnerai-je?"  Elle répondit: "Ton sceau, ton cordon et le bâton que tu as à la main."  II les lui donna, il approcha d'elle et elle conçut de son fait.  19 Elle se leva et partit; elle quitta son voile et reprit les vêtements de son veuvage.  20 Juda envoya le chevreau par l'entremise de son ami l'Adoullamite, pour retirer le gage des mains de cette femme; il ne la trouva point. 21 II questionna les gens de l'endroit, disant: "Où est la prostituée qui se tient aux Deux Sources, sur le chemin?"  Ils répondirent: "II n'y a point de prostituée ici."  22 II retourna auprès de Juda et dit: "Je ne l'ai pas trouvée; et même les habitants de l'endroit ont dit qu'iln'y avait point là de prostituée."  23 Et Juda dit: "Qu'elle garde ce qu'elle a et que nous n'ayons pas à rougir; car enfin, j'ai envoyé ce chevreau et tu n'as pu la trouver."  24 Or, environ trois mois après, on informa Juda, en disant: "Thamar, ta bru, s'est prostituée et elle porte dans son sein le fruit de la débauche."  Juda répondit: "Emmenez la et qu'elle soit brûlée!"  25 Comme on l'emmenait, elle envoya dire à son beau père: "Je suis enceinte du fait de l'homme à qui ces choses appartiennent."  Et elle dit: "Examine, je te prie, à qui appartiennent ce sceau, ces cordons et ce bâton."  26 Juda les reconnut et dit: "Elle est plus juste que moi, car il est vrai que je ne l'ai point donnée à Chéla mon fils."  Cependant il cessa, dès lors, de la connaître. 27 Or il se trouva, lors de son enfantement, qu'elle portait des jumeaux dans son sein.  28 Au moment de sa délivrance, l'un d'eux avança la main; la sage femme la saisit et y attacha un fil d'écarlate, pour indiquer que celui ci était né le premier.  29 Comme il retirait sa main, voici que son frère vint au monde.  Elle dit: "Avec quelle violence tu te fais jour!"    Et on lui donna le nom de Péreç.  30 Ensuite naquit son frère, dont la main portait le fil d’écarlate.  On lui donna le nom de Zérah.

Rashi

Et il n’ajouta pas Certains expliquent (Sifri Baha’alothekha 88) : « il ne continua pas ». D’autres (Sota 10b) : « il ne cessa pas » [il ne se sépara pas d’elle]. On trouve la même expression à propos d’Eldad et Médad : « et ils n’ajoutèrent pas (welo yassafou) », que le Targoum traduit par : « ils n’ont pas cessé de prophétiser ».

Nombre 11 25

 L'Éternel descendit dans une nuée et lui parla, et, détournant une partie de l'esprit qui l'animait, la reporta sur ces soixante-dix personnages, sur les anciens. Et aussitôt que l'esprit se fut posé sur eux, ils prophétisèrent, mais ils ne le firent plus depuis. 26 Deux de ces hommes étaient restés dans le camp, l'un nommé Eldad, le second Médad. L'esprit se posa également sur eux, car ils étaient sur la liste, mais ne s'étaient pas rendus à la tente; et ils prophétisèrent dans le camp. 27 Un jeune homme courut l'annoncer à Moïse, en disant: "Eldad et Médad prophétisent dans le camp." Alors Josué, fils de Noun, serviteur de Moïse depuis sa jeunesse, prit la parole et dit: "Mon maître Moïse, empêche-les!"

Rashi

Et ils ne continuèrent pas Ils n’ont prophétisé que ce jour-là, ainsi que l’explique le Sifri. Quant au Targoum Onqelos, il traduit par : « et ils ne cessèrent pas », en ce sens que le don prophétique ne les abandonna pas.

Enferme-les (kelaém) Oblige-les à s’occuper des affaires publiques, et ils cesseront d’eux-mêmes. Autre explication : « Mets-les en prison (kèlè), parce qu’ils ont prophétisé que Mochè va mourir et que c’est Yehochou‘a qui fera entrer Israël dans le pays. » (Sanhèdrin 17a).

Deuteronome 5

Ces paroles, l'Éternel les adressa à toute votre assemblée sur la montagne, du milieu des feux, des nuées et de la brume, d'une voix puissante, sans y rien ajouter; puis il les écrivit sur deux tables de pierre, qu'il me remit.

Rashi

Et elle ne continua pas Le Targoum Onqelos rend ce mot par : « Elle ne s’arrêta pas ». Il n’est pas possible, au niveau de l’être humain, d’émettre en un seul souffle tout ce que l’on a à dire, et l’on a besoin de s’interrompre [pour reprendre haleine]. Il n’en est pas ainsi, en revanche, pour le Saint béni soit-Il : Il ne s’interrompait pas, et du moment qu’Il ne s’interrompait pas Il ne reprenait pas, car Sa voix est puissante et éternelle. Autre explication : « Et elle ne continua pas » – Il ne continua pas de Se manifester aussi solennellement.

Kuzari livre 4

4. Al Khazari: If there be conviction in the mind that God's is the kingdom, the unity, omnipotence, and omniscience, and that everything is dependent upon Him, He being dependent upon no one, then is not reverence and love for Him a necessary consequence, without such anthropomorphisms?

5. The Rabbi: This is a doctrine of philosophers. We see that the human soul shows fear whenever it meets with anything terrible, but not at the mere report of such a thing. It is likewise attracted by a beautiful form which strikes the eye, but not so much by one that is only spoken of. Do not believe him who considers himself wise in thinking that he is so far advanced that he is able to grasp all metaphysical problems with the abstract intellect alone, without the support of anything that can be conceived or seen, such as words, writing, or any visible or imaginary forms. Seest thou not that thou art not able even to collect the burden of thy prayer in thought alone, without reciting it? Neither canst thou reckon up to a hundred without speaking, still less if this hundred be composed of different numbers. Were it not for the sensible perception which encompasses the organization of the intellect by means of similar sayings, that organization could not be maintained. In this way, prophets’ images picture God's greatness, power, loving kindness, omniscience, life, eternity, government, and independence, the dependence of everything on Him, His unity, and holiness, and in one sudden flash stands revealed this grand and majestic figure with its splendour, its characteristics, the instruments which typify power, etc., the up-lifted hand, the unsheathed sword, fire, wind, thunder and lightning which obey his behest, the word which goes forth to warn, to announce what has happened, and to predict. Many angels stand humbly before Him, and He gives them according to their requirements without stint. He raises the lowly, humbles the mighty, and holds out His hand to the repentant, saying to them: 'Who is conscious [of a sin] shall repent' (Jonah iii. 9). He is wroth with the wicked, deposes and appoints, whilst before Him 'thousand thousands minister unto Him' (Dan. vii. 10). Such are the visions which the prophet sees in one second. Thus fear and love come to him naturally, and remain in his heart for the whole of his life. He even yearns and longs to behold the vision again and again. Such a repetition was considered a great event for Solomon, in the words: 'The Lord who has appeared to him twice' (1 Kings xi. 9). Will a philosopher ever achieve the same result?

6. Al Khazari: That is impossible. Thinking is like narrating, but one cannot recount two things at the same time. Should this even be possible, no one who hears them, can absorb them simultaneously. The details of a country and of its inhabitants which it is possible to see in one hour would not find room in a large volume, whilst in one moment love or hatred of a country could enter my heart. If all this were read to me from a book it would not impress me so greatly, but would, on the contrary, confuse my mind, being mixed up with errors, fancies and previous impressions. And nothing would be completely clear.

Il en est comme d'un homme à qui le souverain , dans sa colère , a ordonné , afin de l'avilir, de transporter du fumier d'un endroit à un autre; cet homme fera tous ses efforts pour se cacher au moment de cet avilissement, et tâchera de transporter peu de chose à une courte distance, afin de ne pas souiller ses mains et ses vêtements et afin qu'aucun autre ne le voie. C'est ainsi qu'agiront les hommes libres. Mais l'esclave en éprouvera du contentement et ne pensera pas qu'on lui ait imposé par là une grande peine; il se jettera de tout son corps dans le fumier et les ordures, se salira le visage et les mains et portera publiquemeni (son fardeau) en riant, en se réjouissant et en battant des mains. Telles sont aussi les (différentes) conditions des hommes. Ainsi que nous l'avons dit, il y a des hommes aux yeux desquels toutes les exigences de la matière sont une honte, une laideur, et des imperfections dont il faut subir la nécessité, et particulièrement le sens du toucher, qui, comme l'a dit Arislole, est une honte pour nous (3), et en vertu duquel nous désirons manger, boire et nous livrer à l'amour. Il faut donc restreindre ces choses autant que possible, s'en cacher , les faire avec douleur, ne pas en faire un sujet de conversation  et ne pas former des réunions pour ces choses-là; bien plus, l'homme doit dominer toutes ces exigences (de la matière), les réduire autant qu'il peut et n'en admettre que ce qui est indispensable. Il doit prendre pour but ce qui est le (véritable) but de l'homme, en tant qu'homme, à savoir, la seule conception des choses intelligibles, dont l'objet le plus important et le plus noble est de comprendre, autant que cela est possible, Dieu, ses anges et ses autres œuvres. De tels hommes ne cessent d'être avec Dieu, et c'est d'eux qu'il a été dit : Vous êtes tous des anges divins et des fils du Très- Haut (N., LXXX1I, 6). C'est là ce qui est exigé de l'homme, je veux dire que c'est là sa cause finale. Pour les autres, qu'un voile sépare de Dieu (3), c'est-à-dire pour la foule des ignorants, c'est le contraire : ils s'abstiennent de toute pensée et de toute réflexion sur les choses intelligibles, et considèrent comme leur but final (de satisfaire) ce sens qui est notre plus grande honte, je veux dire le sens du toucher, de sorte que leurs pensées , leurs réflexions, ont pour unique objet la bonne chère et l'amour. C'est ainsi qu'on a dit clairement de ces misérables adonnés à la bonne chère, à la boisson et à l'amour : Ceux-là aussi se sont oubliés par le vin, se sont égarés par la boisson enivrante (haïe, XXVIII, 7); car toutes les tables sont pleines d'excrétions immondes sans qu'il reste une place (ibid., v. 8); et des femmes les dominent (ibid., III, 12), à l'inverse de ce qui était dans l'intention divine (*) dès la création : Ton désir (t'entraînera) vers ton mari, et lui te dominera (Genèse, III, 16).

Le prophète dépeint aussi leur violente passion en disant : Chacun hennit après la femme de son prochain (Jérémie, V, 8) ; car ils sont tous des adultères (ibid., IX, 1). C'est pourquoi Salomon a consacré tout le livre des Proverbes aux avertissements concernant l'impudi- cité et la boisson enivrante; car c'est dans ces deux vices que sont plongés ceux qui sont l'objet de la colère divine et éloignés de Dieu, et dont il a été dit : Car ils n'appartiennent pas à l' Éternel (ibid., V, 10); renvoie-les de devant ma face, qu'ils s'en aillent (ibid., XV, 1).

 Quant à ce passage : La femme vertueuse, qui la trouvera etc. (Proverbes, XXXI, 10), toute cette allégorie est bien claire. Si quelqu'un possède une matière bonne et convenable, qui ne prend point le dessus et ne dérange pas l'équilibre dans lui , c'est là un don divin. En général, il est facile de gouverner la matière convenable, comme nous l'avons dit (*); mais, si elle n'est pas convenable, il n'est pourtant pas impossible de la dompter à force d'exercice. C'est à cela que s'appliquent toutes les sentences morales de Salomon et d'autres (3) ; de même, les prescriptions de la Loi et ses défenses (*) n'ont d'autre but que de réformer toutes ces exigences de la matière. Il faut donc que celui qui veut être un homme véritable, et non pas une bête ayant la figure et les linéaments d'un homme, fasse tous ses efforts pour diminuer toutes les exigences de la matière concernant la bonne chère, l'amour physique, la colère et tous les vices résultant de la concupiscence et de la colère; il faut qu'il en rougisse et qu'il leur impose des limites.

 Quant à ce qui est indispensable, comme de manger et de boire, il doit se borner à ce qui est le plus utile et avoir en vue le seul besoin de se nourrir, mais non la jouissance. Il doit aussi éviter d'en faire un objet de conversation et de réunion. Tu sais combien nos docteurs avaient en aversion « les festins non consacrés à un acte religieux , » et que les hommes vertueux, comme Pine'has ben Iaïr, ne mangeaient jamais chez personne <3) : notre saint docteur  ayant désiré que ce dernier accepta un repas chez lui, il refusa.

Tu connais cette sentence des docteurs : « Les pensées du péché sont pires que le péché (â), » et j'ai là-dessus une explication très-remarquable. C'est que l'homme qui commet un péché ne pèche que par suite des accidents qui s'attachent à sa matière, comme nous l'avons exposé, je veux dire qu'il pèche par son animalité; mais la pensée est une des propriétés de l'homme qui appartiennent à sa forme. Si donc il porte sa pensée sur le péché, il pèche par la plus noble de ses deux parties. Or, celui qui, par injustice, fait travailler un esclave ignorant n'est pas aussi coupable que celui qui exige le service d'un homme libre et distingué; car cette forme humaine et toutes les propriétés qui lui appartiennent (3) ne doivent être employées que pour ce qui est digne d'elles, c'est-à-dire pour s'attacher à ce qu'il y a de plus élevé , et non pour descendre au degré le plus bas (*). Tu sais aussi avec quelle sévérité on défend chez nous l'obscénité du langage ('), et cela doit être; car le langage est une des propriétés de l'homme et un bienfait qui lui a été accordé et par lequel il se distingue (*), comme il est dit : Qui a donné une bouche à l'homme (Exode, IV, 11)? et le prophète a dit : Le Seigneur Dieu m'a donné une langue exercée (Isaïe, L, 4). Il ne faut donc pas que ce bienfait qui nous a été accordé pour notre perfectionnement, pour apprendre et enseigner, soit employé au plus grand vice et à la chose la plus honteuse, de manière que nous disions tout ce que les gentils ignorants et impies disent dans leurs poésies et dans leurs narrations (3), qui leur conviennent bien à eux, mais non pas à ceux à l'égard desquels il a été dit : Vous serez pour moi un royaume de prêtres et un peuple saint (Exode, XIX, 6). Et si quelqu'un applique sa pensée et sa parole à une chose relative à ce sens qui est une honte pour nous, de manière à penser, plus qu'il n'est nécessaire, à la boisson ou à l'amour physique, ou à réciter des vers là-des sus, il abuse du bienfait qui lui a été accordé et s'en sert pour se révolter contre le bienfaiteur et pour désobéir à ses commandements, de sorte qu'il ressemble à ceux dont il a été dit : L'argent et l'or que j'ai donnés à elle en abondance, ils l'ont employé pour Baal (Hosée, H, 10).

Le Seigneur se souvint de Rachel: il l'exauça et donna la fécondité à son sein. 23 Elle conçut et enfanta un fils; et elle dit: "Dieu a effacé ma honte." 24 Elle énonça son nom Joseph, en disant "Dieu veuille me donner encore un second fils!"

Rashi

Eloqim a ôté (assaf) Il l’a enfermée de manière qu’on ne la voie plus, comme dans : « enlève (èssof) notre honte » (Yecha’ya 4, 1), « et ne sera pas rentré (velo yéasséf) à la maison » (Chemoth 9, 19), « voilent (asfou) leur éclat » (Yoél 4, 15), « ta lune ne se retirera (yéasséf) jamais » (Yecha’ya 60, 20), [dans le sens de : elle ne sera jamais éclipsée].

Ma honte J’étais un sujet de honte parce que j’étais stérile, et on disait à mon sujet que j’allais être destinée à ‘Essaw, l’impie. Le midrach explique : aussi longtemps qu’une femme n’a pas de fils, elle n’a personne sur qui rejeter ses fautes (Beréchith raba 73, 5). A partir du moment où elle a un fils, c’est sur lui qu’elle les rejette : « Qui a brisé ce vase ? - Ton fils ! ». « Qui a mangé ces figues ? - Ton fils ! ».