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  • Rav Uriel Aviges

Vayeshev 5767

Vayeshev Yaacov - Yaacov s'est assis.

Yaacov a cherché à s’établir dans le calme. Il a recherché la tranquillité; et la colère de Josef lui est tombée dessus. D a dit le plaisir du monde futur n'est-il pas suffisant pour les justes pour qu’ils veuillent en plus avoir la paix dans ce monde? Rashi, midrash.

Il y a beaucoup de questions sur ce midrash

1- La première pourquoi les justes ne peuvent pas profiter de ce monde alors que  nous voyons clairement que c'est le salaire qui est promis dans la torah pour l'accomplissement des mitsvot "tu auras une longue vie une bonne santé et beaucoup d'argent etc.".

2- De plus nous savons que dans l'alliance faite avec Avraham D avait dit que ces enfants serait en exil c'est à dire sans tranquillité pendant 400 ans, et l'on sait que le calcul commence à la naissance d'Isaac qui n'a jamais été tranquille dans le terre d'Israël, alors pourquoi incrimine-t-on Jacob de quelque chose qui était déterminée de toutes les manières.

3- Si D voulait faire bouger Jacob la méthode qui avait été employée jusqu'à maintenant avec succès sur avraham et Isaac c'est la famine, pourquoi donc essayer quelque chose de différent cette fois ci, de plus Jacob en fin de compte ne bougera qu'à cause de la famine, que fait donc l'histoire de Josef ici.

4- Pourquoi appelle-t-on ce passage la colère de Josef?

5- Du midrash il semble que les justes sont en paix dans le monde futur et qu'ils s'assoient dans le calme et la sérénité qui leur est refusée dans ce monde, or le talmud dit que les talmidei hahamim n'ont aucun repos ni dans ce monde ni dans le monde à venir ils sont condamnés à aller d'une guerre à une autre.

6- D semble dire que les justes aspirent tous à la tranquillité, est ce vrai ? On n'a du mal à voir Abraham sur un sofa avec une télécommande à la main en train de manger des chips, de toutes les manières si il avait voulu il aurait pu. On a plutôt l'impression que les justes répondent à un appel un peu comme Josef avec son rêve. Ici Jacob n'est retourné en Israël que parce que D le lui avait expressément demandé.

A mon avis le repos duquel on parle ici c'est un repos idéologique. Nous avons vu dans les cours précédents que Yaacov est toujours dans le doute il remet en doute sa prophétie et sa valeur morale, il pense que sa prophétie ne s'inscrit pas forcément dans l'éternité mais plutôt dans l'instant, il doit toujours se battre. Josef par contre est toujours passif et ne doute jamais de sa destinée.

Yaacov s'adapte et deal, Josef vit dans un monde clos d'éternité. Il a une conscience de la vérité éternelle telle qu'elle va se réaliser dans l'histoire; ce n'est plus un père, c'est un fils qui sait que c'est par lui que les promesses faites à ses parents vont s'accomplirent; il n'y a plus de guerre de succession; tout est déjà écrit.

Or ici Jacob arrête de se battre; C'est à cause du repos de Jacob que Josef s'énerve contre ses frères. Si Yaacov recherche l'épreuve et le surpassement; il crée un lien suffisant avec la vérité absolue; même si le lien reste partiel, Josef a sa place dans le groupe; par contre si Jacob ne cherche plus un dépassement le rapport de Josef à sa famille devient violent. Si il n'y a pas de remise en doute alors il n'y plus de lien avec l'histoire et c'est la colère de Josef le rapport avec la vérité eternel; ou avec le juste qui la détient; devient violent.

La remise en jeux et l'épreuve ainsi que la dialectique de l'étude sont une manière de canaliser la conscience de la vérité ou de D qui serait trop dure à vivre, et si l'on néglige le talmud ou la réflexion morale on devient automatiquement mystique.

Le talmid hacham n'a pas de menouha dans le monde futur mais il a un repos de la dialectique; de la recherche incessante du vrai et du faux, le vrai étant ce que l'on comprend dans l'instant comme le dit le maharal qu'il faut suivre son interprétation du talmud même si elle est fausse si on la comprend plutôt que de suivre la décision du Choulhan Harouch ou du Rambam si on ne comprend pas d’où elle vient, même si plus tard on changera d'avis, mon rosh yeshivah a l'habitude de dire que si l'on demande à un décisionnaire deux fois la même question et qu'il répond deux fois la même chose c'est une preuve qu'il n'a pas réfléchit au problème entre temps.

A l'opposé de la vision dialectique de Jacob il y a la vision mystique de Josef, or la vérité mystique révélée est une violence et une colère pour l'homme vivant; c'est la colère de Josef, une vision mystique de D ne peut être reposante que dans le monde futur.

Cependant si on prend le point de vue de Josef on peut dire qu’ici la raison devient l'ennemie de l'esprit. (Heidegger). On pourrait voir dans les recherches hypercomplexes pratiquement infinis du talmud une sorte de maladie mentale une névrose comme si l'on voulait fuir quelque chose, et en effet c'est D que l'on essaie de fuir ou plutôt la violence de sa révélation.

L'étude et la logique servent plus à éloigner D de l'homme plutôt que le contraire, c'est le reproche de Levinas à Maimonide, c'est pour cela que Levinas (parce qu'il est l'élève de Heidegger) pense que le talmud ne peut avoir qu'une portée universelle (pas uniquement pour les juifs mais aussi pour les nations et même les athées) vu qu'il est soutenu par la raison, pour Levinas D n'a rien a faire dans le talmud.

Pour lui, même si l'on peut dire que D "recherche" la justice; il n'empêche que la justice vient de l'homme uniquement; si il y a une recherche de D par l'homme elle ne peut passer que par la phénoménologie. La vérité est une révélation et non pas une spéculation.

(C'est ce qui explique que le destructeur d'Esaü c'est Josef, qui montre que la logique elle même n'est pas uniquement une relation à l'absolu mais bien au contraire l'expression d'une passion et qu'il ne pouvait y avoir que Isaac qui était entièrement consacré à D qui pouvait avoir un rapport absolu à D par la logique.)

Les justes recherchent le repos, dit le midrash, même pour les justes qui cherchent D par la dialectique, on ne peut pas rechercher constamment, il faut que l'on ressente qu’à un certain point que l'on est arrivé à une vérité, même si plus tard on doit dépasser cette révélation qui nous fait sentir le vrai. Si non on tournerait en rond, alors qu'il faut monter "step by step".

Mais cela implique que la révélation de la vérité n'est pas plus infinie que celle de la spéculation logique, et qu'elle est tout aussi douteuse; c'est ce que dit Jacob à Josef en disant lorsqu'il écoute le rêve de Josef, (qui représente son père et se mère et ses frères se prosternant a lui') "ta mère est morte", ton rêve peut être tout aussi faux que ma spéculation.

Mais si la logique ou la révélation ne peuvent justifier une morale qu'est ce qui peut la justifier? C'est l'histoire.

C'est le pari de Jacob, il dit à Josef va voir si tes frères te tuent, si oui tu as tort si non ils avaient raisons, Josef accepte le parie et part.

(Il est évident que Jacob soupçonnait le désir de meurtre des frères le verset dit que leur haine était ouverte; on voit par la suite que Josef n'avertis pas son père pour dire qu'il est devenu vice roi et les commentaires disent que Josef pensait que Jacob était le chef du complot).

En se séparant Jacob et Josef étudient ensemble le passage de la eglah haroupha. C'est une mitswah ou l'on demande aux rabbins d'une ville à proximité de laquelle on a trouvé le cadavre d'une personne assassinée de dire" nous ne somme pas responsables de cette mort etc."

À mon avis ce passage était choisi par ce qu'il représente la discussion qu'il y avait entre Jacob qui envoie Josef vers une mort probable, et Josef qui acceptait d'y aller

Comment peut on si facilement se dégager de la responsabilité d'un meurtre? Et pourquoi les rabbins seraient ils responsables?

Peut être que ceci est le message, pour Jacob; face à la morale absolue on est toujours responsable on aurait toujours put faire mieux; il faut le reconnaitre. Cependant il n'y pas de punition possible après cette reconnaissance car on est humain. De plus si D a puni la victime; elle; devait être coupable, pour le non responsable, après coup on peut dire, c'est D qui l'a voulu.

Quelle est la réponse de Josef ? On peut dire que D a voulu après coup puisque c'est l'histoire qui juge; mais c'est l'intention de l’homme qui compte, qui hazidou aleem, les égyptiens seront punis à cause de leurs intentions mauvaises; ce n'est pas sur le résultat que l'homme est jugé, mais sur l'intention. Atem hashavetem leraah, vous avez pensé au mal vous êtes coupables. L'histoire est entre les mains de D mais l'intention est le fait de l'homme.

Le rôle de l'esprit ne tient pas dans un jugement moral sur le corps ou l'action mais sur l'intention de l'action, si les rabanim sont lavés de la faute, ce n'est pas parce que leur responsabilité est quitte par une reconnaissance, mais parce qu'il n'y avait aucunes mauvaises intentions de leurs parts.

2eme idée le mystique et la lumière cachée

Josef fait constamment attention a son aspect extérieur c'est pour cela qu'on l’appelle un jeune, naar. Le jeune fait attention à son aspect par ce qu'il pense que c'est tout ce qu'il a, il n'a pas encore de position social ni de connaissance, tout ce qu'il ressent c'est qu'il est séduisant et plein d'énergie.

Il semble que Josef est constamment à la recherche de lui même il se sent vide, lorsqu'il interprète les rêves de pharaons il dit c'est D qui interprète les rêves, d'un coté il réussi facilement tout ce qu'il fait mais d'un autre coté on sent que sa réussite vient justement du fait qu'il n'est pas lui même et qu'il s'est gommé; c'est pour cela qu'il est efficace. Il est l'ombre de pharaon il ne fait rien de son propre chef, il ressemble à son père qui l'aime justement pour ca, on a l'impression que ses rêves c'est justement comme une révolte très profonde de son moi qui s'exprime avec fureur mais le paradoxe c'est que son rêve va se réaliser par ce qu'il s'efface il est esclave; c'est un esclave qui réussit mais après tout c'est un esclave. Il rend toute l'Egypte esclave de pharaon. Quand on voit les frères de Josef on voit des êtres humains avec des tripes Shimon et Levy qui vengent leur sœur; Yehudah qui veut sauver Binyamin; etc., alors que Josef nous échappe complètement comme s'il s'échappe a lui même.

Dans le talmud on retrouve toujours l'idée du tsadick caché sur lequel le monde repose. Ce tsadick c'est Josef il est caché de lui même; on dit que le tsadick est caché par ce qu'il reçoit la sagesse de la lumière cachée par D lors de la séparation du jour et de la nuit.

Peut être que le message est que l'homme s'échappe toujours à lui même au fond et qu'il n'arrive à saisir que la partie extérieure de lui-même, son rapport avec les autres, mais que "ce qu'il y a de meilleur en nous nous ne pouvons pas le connaitre" . Peut être que la torah veut dire justement qu'il faut garder cette partie cachée et ne pas la corrompre dans le rapport social; que c'est celui qui sépare son moi profond et sa vie spirituelle; de son rôle sociale qui réussit le mieux les deux.

Je m'excuse de ce cours un peu compliqué je pense que dans les semaines à venir je vais piquer les cours de Manitou, ou de rav Hutner, ca sera plus facile pour vous et pour moi. (Plus de révélation moins de spéculation.)

Chabat Chalom.