• Rav Uriel Aviges

Vayera 5778


L’art dans la bible


1- L’harmonie dans l’art biblique Les canons de l’art occidentale n’ont pas réellement évolués depuis la Grèce antique. Platon parlait d’unité et de multiplicité, on dit aujourd’hui plus clairement, harmonie et contraste. Une œuvre d’art est jugée par sa capacité à lier de manière original ces deux caractéristiques contradictoires. Dans la peinture l’harmonie peut être dans les couleurs, et le contraste dans les lignes (Picasso), ou bien le contraire (bonnard). Parfois l’harmonie dans l’unité du sentiment et le contraste dans la forme qui les exprime.


Dans « l’art » biblique le contraste est une constante, mais l’harmonie est souvent absente. Dans le tabernacle du désert, les matériaux et les tentures renvoient des couleurs criardes qui contrastent les uns avec les autres d’une manière bigarrée et dépareillée sans qu’une harmonie quelconque semble réunifier le tout.


Il en va de même dans la littérature biblique, par exemple lisons ces versets du cantique des cantiques.


« Que tu es belle, mon amie, que tu es belle ! Tes yeux sont ceux d'une colombe à travers ton voile ; tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres dévalant du mont de Galaad. 2 Tes dents sont comme un troupeau de brebis, fraîchement tondues, qui remontent du bain, formant deux rangées parfaites, sans aucun vide. 3 Tes lèvres sont comme un fil d'écarlate et ta bouche est charmante ; ta tempe est comme une tranche de grenade à travers ton voile. 4 Ton cou est comme la tour de David, bâtie pour des trophées d’armes : mille boucliers y sont suspendus, tous écus de héros ! 5 Tes deux seins sont comme deux faons, jumeaux d'une biche qui paissent parmi les roses. »


Les rapprochements que fait le roi Salomon, sont plus que baroques, ils ne sont même pas comiques, ils expriment des contrastes disjoints qui n’expriment aucune continuité entre eux. « Ton cou est comme la tour de David, bâtie pour des trophées d’armes : mille boucliers y sont suspendus, tous écus de héros » comparer un cou a une tour, c’est déjà étrange, presque sur réaliste, mais lorsque l’on y rajoute les boucliers et les arcs des héros ont sort du surréalisme, pour entrer dans l’absurde complet. Le verset suivant « Tes deux seins sont comme deux faons, jumeaux d'une biche qui paissent parmi les roses. » n’a rien à envier au verset précèdent sur la bizarrerie de la comparaison, mais il ne s’harmonise par avec le précèdent, puisque dans le verset précèdent on nous parle d’arc et de bouclier, des références guerrières, alors que dans le verset suivant l’auteur reprend un registre champêtre et idyllique. La poésie du roi Salomon est syncopée disjointe et disharmonique. Elle rappelle étrangement le clignotement fluorescent des couleurs du tabernacle.


Dans les psaumes du roi David on retrouve ces mêmes caractéristiques.


Prenons l’exemple du psaume 29 qui l’on recite tous les vendredi soir


« La voix de l’Eternel brise les cèdres, c’est l’Eternel qui met en pièces les cèdres du Liban, 6 qui les fait bondir comme de jeunes taureaux, le Liban et le Sirion comme de jeunes buffles. 7 La voix de l’Eternel fait jaillir des flammes ardentes ; 8 la voix de l’Eternel fait trembler le désert, l’Eternel fait trembler le désert de Kadêch. 9 La voix de l’Eternel fait enfanter les biches, elle dépouille les forêts ; dans son palais tous de s’écrier : "Gloire !" 10 L’Eternel trônait lors du déluge ; ainsi l’Eternel trône en roi pour l’éternité. 11 Que l’Eternel donne la force à son peuple ! Que l’Eternel bénisse son peuple par la paix ! »


Le dernier mot du psaume est « paix » pourtant dans les versets qui précèdent l’auteur semble parler de tout sauf de la paix, « La voix de l’Eternel brise les cèdres, c’est l’Eternel qui met en pièces les cèdres du Liban, 6 qui les fait bondir comme de jeunes taureaux, le Liban et le Sirion comme de jeunes buffles. 7 La voix de l’Eternel fait jaillir des flammes ardentes », comment le roi David passe d’évocations martiales, a la bénédiction pour la paix ? par l’intermédiaire de cette métaphore tout à fait compréhensible et bien à sa place « La voix de l’Eternel fait enfanter les biches » ! houra ! maintenant tout est clair ! comme disait Rimbaud « Là, tout n'est qu'ordre et beauté, Luxe, calme et volupté ».


Je vais citer encore un dernier exemple dans les psaumes ou l’on retrouve les mêmes disproportions.


« Que les fleuves battent des mains, qu’à l’unisson les montagnes retentissent de chants, 9 à l’approche de l’Eternel qui vient juger la terre ! Il va juger le monde avec équité, et les nations avec droiture. »


L’éternel va juger la terre avec droiture et équité, dans la bible le jugement n’est jamais joyeux par ce que personne n’est totalement innocent devant D. comme dis job « même les cieux ne sont pas innocents devant lui, et il est plein de reproche pour la terre ». Pourtant, ici les fleuves doivent battre des mains et chanter avec les montagnes des chants joyeux par ce que l’éternel vient juger la terre !


En fait dans l’art biblique l’harmonie et absente, il n’y a que du contraste, le contraste crée un vide qui met à nu les limites du langage et celles de l’imagination.


Créer artistiquement une unité et une harmonie à partir de contraste, serait vu par le judaïsme comme une rébellion face à D.


Je me permets de citer à ce propos un texte de Camus dans « l’homme libéré » qui a très bien vu cette idée.


« Il est possible de séparer la littérature de consentement qui coïncide, en gros, avec les siècles anciens [320] et les siècles classiques, et la littérature de dissidence qui commence avec les temps modernes. On remarquera alors la rareté du roman dans la première. Quand il existe, sauf rares exceptions, il ne concerne pas l'histoire, niais la fantaisie (Théa gène et Charclée, ou l'Astrée). Ce sont des contes, non des romans. Avec la seconde, au contraire, se développe vraiment le genre romanesque qui n'a pas cessé de s'enrichir et de s'étendre jusqu'à nos jours, en même temps que le mouvement critique et révolutionnaire. Le roman naît en même temps que l'esprit de révolte et il traduit, sur le plan esthétique, la même ambition. « Histoire feinte, écrite en prose », dit Littré du roman. N'est-ce que cela ? Un critique catholique 96 a écrit pourtant : « L'art, quel que soit son but, fait toujours une coupable concurrence à Dieu. » Il est plus juste, en effet, de parler d'une concurrence à Dieu, à propos du roman, que d'une concurrence à l'état civil. Thibaudet exprimait une idée semblable lorsqu'il disait à propos de Balzac : « La Comédie humaine, c'est l'Imitation de Dieu le Père. » L'effort de la grande littérature semble être de créer des univers clos ou des types achevés. L'Occident, dans ses grandes créations, ne se borne pas à retracer sa vie quotidienne. Il se propose sans arrêt de grandes images qui l'enfièvrent et se jette à leur poursuite. Après tout, écrire ou lire un roman sont actions insolites. Bâtir une histoire par un arrangement nouveau de faits vrais n'a rien d'inévitable, ni de nécessaire. Si même l'explication vulgaire, par le plaisir du créateur et du lecteur, était vraie, il faudrait alors se demander par quelle nécessité la plupart des hommes prennent justement du plaisir et de l'intérêt à des histoires feintes. La critique révolutionnaire [321] condamne le roman pur comme l'évasion d'une imagination oisive. Le langage commun, à son tour, appelle « roman » le récit mensonger du journaliste maladroit. Il y a quelques lustres, l'usage voulait aussi, contre la vraisemblance, que les jeunes filles fussent « romanesques ».On entendait par là que ces créatures idéales ne tenaient pas compte des réalités de l'existence. D'une façon générale, on a toujours considéré que le romanesque se séparait de la vie et qu'il l'embellissait en même temps qu'il la trahissait. La façon la plus simple et la plus commune d'envisager l'expression romanesque consiste donc à y voir un exercice d'évasion ».


L’harmonie dans l’art, tout comme la représentation de D, est un simulacre qui trahit le réel. Pour l’ancien testament D est l’harmonie de l’univers, or D est immédiatement présent partout et maintenant. Le rôle de l’art dans la bible, n’est pas de créer une harmonie, qui imiterait celle de la création divine, au contraire, le rôle de l’art biblique est de mettre en valeur les contrastes qui se trouve dans la nature et l’univers, pour faire apparaitre en creux de manière immédiate l’harmonie universelle du réel qui fait défaut à l’œuvre d’art.


Dans la société occidentale gréco chrétienne, l’art doit sublimer la nature et l’homme. Par le beau, l’homme doit être inspire à s’élever moralement ou spirituellement au-dessus de lui-même. L’harmonie qu’a créé l’artiste dévoile le potentiel créatif de l’être humain, et le regardeur doit être inspiré par le dévoilement de ce génie.


Dans le judaïsme l’art doit dévoiler la présence divine existant dans l’immédiateté de l’existence universelle.


Comme chez Proust, le récit de la bible n’est pas linéaire, il n’y a pas d’ordre chronologique.


Mais ce qui différencie l’ancien testament de « la recherche du temps perdu », c’est que chez Proust, comme chez tous les romancier, l’histoire retrouve un sens à la fin. Finalement, à la fin de l’histoire le temps est retrouvé, toutes les fractions du temps se retrouvent dans une sensation unique et harmonique qui fait sens à la fin du livre.


Dans la bible, récit reste brisé, il n’y a pas d’harmonie finale qui vient conclure le récit. « Le Chalom » n’est pas avenir, il est déjà là. Même l’avènement messianique, n’est pas une finalité absolue de la torah, c’est une période, mais une période qui passera, comme est passée la choah.


Le temple et le tabernacle, sont des maisons vides, pourtant tout y est ! la lampe (menora) la table (le chulhan), le fumoir (mizbah haketoret), la bibliothèque (le saint des saints), le seul absent c’est l’habitant de la maison. Mais justement ! la maison vide fait ressentir par « l’absurde » la présence universelle et immédiate de l’habitant.



2- Imagination dans l’art et expérience médiatisée.


Proust a été le premier à remarquer la difficulté de l’homme moderne à ressentir une expérience immédiate et spontanée. L’art occidental a définitivement médiatisé notre expérience au réel. Le monde virtuel d’internet et des jeux vidéo, ne sont pas une réaction anti artistique, ils sont la continuation et la conclusion logique de l’expérience artistique occidentale.


Lorsque le premier prêtre a fait son premier crucifix, il y a plus de deux milles ans, il était évident qu’à terme, les gens préfèreraient le monde virtuel au monde réel, devenant même incapable de connecter avec le réel. Le crucifix est la première image pornographique. (Mishima a vaincu son impuissance et s’est masturbe la première foi de sa vie en regardant un crucifix).


Je me permets de citer encore un texte, le dernier rassurez-vous, d’oscar Wilde qui a bien décrit la médiatisation de l’expérience de la nature par l’art. "Qu'est-ce donc que la Nature ? Elle n'est pas la Mère qui nous enfanta. Elle est notre création. C'est dans notre cerveau qu'elle s'éveille à la vie. Les choses sont parce que nous les voyons, et ce que nous voyons, et comment nous les voyons, dépend des arts qui nous ont influencés. Regarder une chose et la voir sont deux actes très différents. On ne voit quelque chose que si l'on en voit la beauté. Alors, et alors seulement, elle vient à l'existence. À présent, les gens voient des brouillards, non parce qu'il y en a, mais parce que des poètes et des peintres leur ont enseigné la mystérieuse beauté de ces effets. Des brouillards ont pu exister pendant des siècles à Londres. J'ose même dire qu'il y en eut. Mais personne ne les a vus et, ainsi, nous ne savons rien d'eux. Ils n'existèrent qu'au jour où l'art les inventa. Maintenant, il faut l'avouer, nous en avons à l'excès. Ils sont devenus le pur maniérisme d'une clique, et le réalisme exagéré de leur méthode donne la bronchite aux gens stupides. Là où l'homme cultivé saisit un effet, l'homme d'esprit inculte attrape un rhume.

Soyons donc humains et prions l'Art de tourner ailleurs ses admirables yeux. Il l'a déjà fait, du reste. Cette blanche et frissonnante lumière que l'on voit maintenant en France, avec ses étranges granulations mauves et ses mouvantes ombres violettes, est sa dernière fantaisie et la Nature, en somme, la produit d'admirable façon. Là où elle nous donnait des Corot ou des Daubigny, elle nous donne maintenant des Monet exquis et des Pissarro enchanteurs. En vérité, il y a des moyens, rares il est vrai, mais qu'on peut cependant observer de temps à autre, où la Nature devient absolument moderne. Il ne faut pas évidemment s'y fier toujours. Le fait est qu'elle se trouve dans une malheureuse position. L'Art crée un effet incomparable et unique et puis il passe à autre chose. La Nature, elle, oubliant que l'imitation peut devenir la forme la plus sincère de l'inculte, se met à répéter cet effet jusqu'à ce que nous en devenions absolument las. Il n'est personne, aujourd'hui, de vraiment cultivé, pour parler de la beauté d'un coucher de soleil. Les couchers de soleil sont tout à fait passés de mode. Ils appartiennent au temps où Turner était le dernier mot de l'art. Les admirer est un signe marquant de provincialisme".


On aurait pu croire que l’avènement du monde virtuel allait donner naissance à un regain de créativité et d’originalité dans la société. Le virtuel ouvre des portes presque infinies a l’imagination, pourtant, plus le virtuel s’est développé, plus la créativité individuelle a été muselée, bâillonnée et censurée.


Toute pensée originale est devenue bizarre. Pour être considéré véridique aujourd’hui, un discours doit être prévisible, illustrant sans surprise le point de vue du camp de celui qui l’énonce.


Tout ce qui n’est pas préjugé est aujourd’hui considéré comme fondamentalement faux. Le leader de l’époque virtuel c’est celui qui sait manier le mieux la langue de bois. Avoir un discours cohérent, revient aujourd’hui à avoir un discours prévisible.


Lorsque les jeunes sortent ensembles, ils doivent faire bien attention de suivre un scenario standardisé, scenario que l’on retrouve dans toutes les films et les séries produites par le cinéma mondial, qui n’en finit pas de se copier lui-même en criant au génie.


Les artistes copient leur propre œuvre, dans des séries infinies qui ne s’arrêtent en général qu’avec la mort de l’artiste.


Chacun se voit aujourd’hui comme jouant le rôle du héros d’un film dont il n’a pas à écrire le script.


A l’ère du virtuel, l’imagination de l’être humain s’est retourne contre lui-même, l’homme n’utilise plus son imagination pour transformer l’environnement qui l’entoure, ou pour créer. Déconnecté du réel, il utilise sa fantaisie pour s’inventer un monde qui correspond à ses rêves, un univers où il refuse de voir le monde et les autres tel qu’ils sont.


Pour le judaïsme l’imagination doit être intégrée au réel, l’art n’a pas pour vocation de créer un monde virtuel ou l’homme vivrait en se déconnectant de la matière.


Pour la torah, le but de l’art est justement de renouveler la perception spontanée du réel. Les fêtes de pèlerinages, pessah chavouot et Soucoth, s’inscrivent dans un cycle répétitif ou le nouveau ne peut venir que du quotidien.


Chaque année on mange la même matsah, on remue le même loulav, si la perception de la fête diffère d’année en année, c’est par ce que la relation que nous avons avec nos proche et avec nous-même a évoluée. Le rituel et l’art juif, replonge l’individu dans la perception spontanée du réel, justement par ce qu’ils sont disharmoniques et qu’il ne cherche pas de transcendance.


Lorsque le roi Salomon compare le cou d’une femme a une tour couverte d’arc et de bouclier, il ne cherche pas à standardiser la forme d’un coup féminin, il ne cherche pas à décrire un archétype ultime de la beauté auquel chaque femme devrait aspirer à ressembler. Il cherche à nous montrer la magie qu’il peut y avoir dans le cou d’une femme quel que soit sa forme. Le réel n’est pas sublimé, il est sublime en lui-même.


Les documents

Albert Camus, L’HOMME RÉVOLTÉ

Il est possible de séparer la littérature de consentement qui coïncide, en gros, avec les siècles anciens [320] et les siècles classiques, et la littérature de dissidence qui commence avec les temps modernes. On remarquera alors la rareté du roman dans la première. Quand il existe, sauf rares exceptions, il ne concerne pas l'histoire, niais la fantaisie (Théagène et Chariclée, ou l'Astrée). Ce sont des contes, non

des romans. Avec la seconde, au contraire, se développe vraiment le genre romanesque qui n'a pas cessé de s'enrichir et de s'étendre jusqu'à nos jours, en même temps que le mouvement critique et révolutionnaire. Le roman naît en même temps que l'esprit de révolte et il traduit, sur le plan esthétique, la même ambition. « Histoire feinte, écrite en prose », dit Littré du roman. N'est-ce que cela ? Un critique catholique 96 a écrit pourtant : « L'art, quel que soit son but, fait toujours une coupable concurrence à Dieu. » Il est plus juste, en effet, de parler d'une concurrence à Dieu, à propos du roman, que d'une concurrence à l'état civil. Thibaudet exprimait une idée semblable lorsqu'il disait à propos de Balzac : « La Comédie humaine, c'est l'Imitation de Dieu le Père. » L'effort de la grande littérature semble être de créer des univers clos ou des types achevés. L'Occident, dans ses grandes créations, ne se borne pas à retracer sa vie quotidienne. Il se propose sans arrêt de grandes images qui l'enfièvrent et se jette à leur poursuite. Après tout, écrire ou lire un roman sont actions insolites. Bâtir une histoire par un arrangement nouveau de faits vrais n'a rien d'inévitable, ni de nécessaire. Si même l'explication vulgaire, par le plaisir du créateur et du lecteur, était vraie, il faudrait alors se demander par quelle nécessité la plupart des hommes prennent justement du plaisir et de l'intérêt à des histoires feintes. La critique révolutionnaire [321] condamne le roman pur comme l'évasion d'une imagination oisive. Le langage commun, à son tour, appelle « roman » le récit mensonger du journaliste maladroit. Il y a quelques lustres, l'usage voulait aussi, contre la vraisemblance, que les jeunes filles fussent « romanesques ». On entendait par la que ces créatures idéales ne tenaient pas compte des réalités de l'existence. D'une façon générale, on a toujours considéré que le romanesque se séparait de la vie et qu'il l'embellissait en même temps qu'il la trahissait. La façon la plus simple et la plus commune d'envisager l'expression romanesque consiste donc à y voir un exercice d'évasion. Le sens commun rejoint la critique révolutionnaire.

Platon la republique livre 10

Prenons donc celui que tu voudras de ces groupes d'objets multiples. Par exemple, il y a une multitude  de lits et de tables. Sans doute. Mais pour ces deux meubles, il n'y a que deux Formes, l'une de lit, l'autre de table. Oui. N'avons-nous pas aussi coutume de dire que le fabricant de chacun de ces deux meubles porte ses regards sur la Forme, pour faire l'un les lits, l'autre les tables dont nous nous servons, et ainsi des autres objets? car la c Forme elle-même, aucun ouvrier ne la façonne, n'est-ce pas? Non, certes. Mais vois maintenant quel nom tu donneras à cet ouvrier-ci. Lequel? Celui qui fait tout ce que font les divers ouvriers, chacun dans son genre. Tu parles là d'un homme habile et merveilleux 1 Attends, et tu le diras bientôt avec plus de raison. Cet artisan dont je parle n'est pas seulement capable de faire toutes sortes de meubles, mais il produit encore tout ce qui pousse de la terre, il façonne tous les vivants, y compris lui-même, et outre cela il fabrique la terre, le ciel, les dieux, et tout ce qu'il y a dans le ciel, et tout ce qu'il y a sous la terre, dans l'Hadès. Voilà un sophiste  tout à fait merveilleux 1 Tu ne me crois pas? Mais dis-moi: penses-tu qu'il n'existe absolument pas d'ouvrier semblable? ou que, d'une certaine manière on puisse créer tout cela, et que, d'une autre, on ne le puisse pas? Mais tu ne remarques pas que tu pourrais le créer toi-même, d'une certaine façon. Et quelle est cette façon? demanda-t-il. Elle n'est pas compliquée, répondis-je; elle se pratique souvent et rapidement, très rapidement même, si tu veux prendre un miroir et le présenter de tous côtés; tu feras vite le soleil et les astres du ciel, la terre, toi- e même, et les autres êtres vivants, et les meubles, et les plantes, et tout ce dont nous parlions à l'instant. Oui, mais ce seront des apparences, et non pas des réalités. Bien, dis-je; tu en viens au point voulu par le discours; car, parmi les artisans de ce genre, j'imagine qu'il faut compter le peintre 692, n'est-ce pas?

Chabat 149a

Our Rabbis taught: The writing under a painting or an image11  may not be read on the Sabbath. And as for the image itself, one must not look at it even on weekdays, because it is said, Turn ye not unto idols.12  How is that taught? — Said R. Hanin: [Its interpretation is,] Turn not unto that conceived in your own minds.13

Unité dans la variété et variété dans l'unité", tel était déjà le principe esthétique fondamental selon Platon.

Psaume 29

 La voix de l’Eternel brise les cèdres, c’est l’Eternel qui met en pièces les cèdres du Liban, 6 qui les fait bondir comme de jeunes taureaux, le Liban et le Sirion comme de jeunes buffles. 7 La voix de l’Eternel fait jaillir des flammes ardentes; 8 la voix de l’Eternel fait trembler le désert, l’Eternel fait trembler le désert de Kadêch. 9 La voix de l’Eternel fait enfanter les biches, elle dépouille les forêts; dans son palais tous de s’écrier: "Gloire!" 10 L’Eternel trônait lors du déluge; ainsi l’Eternel trône en roi pour l’éternité. 11 Que l’Eternel donne la force à son peuple! Que l’Eternel bénisse son peuple par la paix!

Psaume 98

Glorifiez l’Eternel avec la harpe, avec la harpe et des chants harmonieux; 6 le son des trompettes et les accents du Chofar, faites-les retentir devant le Roi Eternel. 7 Que la mer élève ses clameurs, la mer et ce qui la peuple, la terre et tous ceux qui l’habitent! 8 Que les fleuves battent des mains, qu’à l’unisson les montagnes retentissent de chants, 9 à l’approche de l’Eternel qui vient juger la terre! Il va juger le monde avec équité, et les nations avec droiture.

cantique des cantiques 4

 Que tu es belle, mon amie, que tu es belle! Tes yeux sont ceux d'une colombe à travers ton voile; tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres dévalant du mont de Galaad. 2 Tes dents sont comme un troupeau de brebis, fraîchement tondues, qui remontent du bain, formant deux rangées parfaites, sans aucun vide. 3 Tes lèvres sont comme un fil d'écarlate et ta bouche est charmante; ta tempe est comme une tranche de grenade à travers ton voile. 4 Ton cou est comme la tour de David, bâtie pour des trophées d'armes: mille boucliers y sont suspendus, tous écus de héros! 5 Tes deux seins sont comme deux faons, jumeaux d'une biche qui paissent parmi les roses.

"Qu'est-ce donc que la Nature ? Elle n'est pas la Mère qui nous enfanta. Elle est notre création. C'est dans notre cerveau qu'elle s'éveille à la vie. Les choses sont parce que nous les voyons, et ce que nous voyons, et comment nous les voyons, dépend des arts qui nous ont influencés. Regarder une chose et la voir sont deux actes très différents. On ne voit quelque chose que si l'on en voit la beauté. Alors, et alors seulement, elle vient à l'existence. À présent, les gens voient des brouillards, non parce qu'il y en a, mais parce que des poètes et des peintres leur ont enseigné la mystérieuse beauté de ces effets. Des brouillards ont pu exister pendant des siècles à Londres. J'ose même dire qu'il y en eut. Mais personne ne les a vus et, ainsi, nous ne savons rien d'eux. Ils n'existèrent qu'au jour où l'art les inventa. Maintenant, il faut l'avouer, nous en avons à l'excès. Ils sont devenus le pur maniérisme d'une clique, et le réalisme exagéré de leur méthode donne la bronchite aux gens stupides. Là où l'homme cultivé saisit un effet, l'homme d'esprit inculte attrape un rhume.     Soyons donc humains et prions l'Art de tourner ailleurs ses admirables yeux. Il l'a déjà fait, du reste. Cette blanche et frissonnante lumière que l'on voit maintenant en France, avec ses étranges granulations mauves et ses mouvantes ombres violettes, est sa dernière fantaisie et la Nature, en somme, la produit d'admirable façon. Là où elle nous donnait des Corot ou des Daubigny, elle nous donne maintenant des Monet exquis et des Pissarro enchanteurs. En vérité, il y a des moyens, rares il est vrai, mais qu'on peut cependant observer de temps à autre, où la Nature devient absolument moderne. Il ne faut pas évidemment s'y fier toujours. Le fait est qu'elle se trouve dans une malheureuse position. L'Art crée un effet incomparable et unique et puis il passe à autre chose. La Nature, elle, oubliant que l'imitation peut devenir la forme la plus sincère de l'inculte, se met à répéter cet effet jusqu'à ce que nous en devenions absolument las. Il n'est personne, aujourd'hui, de vraiment cultivé, pour parler de la beauté d'un coucher de soleil. Les couchers de soleil sont tout à fait passés de mode. Ils appartiennent au temps où Turner était le dernier mot de l'art. Les admirer est un signe marquant de provincialisme".

Oscar Wilde, "Le déclin du mensonge", Intentions (1928), trad. H. Juin, Éd. UGE, coll. 10-18, 1986, pp. 56-57.

©2018 by Uriel Aviges.