• Rav Uriel Aviges

Vayera 5774

Dans cecours nous parlons de l'economie de la ville de Sodom selon le talmude, comment l'economie et la morale sont dependantes l'une de l'autre.

Les 120 journées de Sodome


« On a fait semblant de réguler » 

Jean-Michel Naulot, membre de l’AMF. (Autorité des marchés financiers)


Dans ce cours nous allons tenter de répondre à deux questions, la première : Est-il possible de réguler les marchés ? La deuxième : pourquoi, dans la société moderne, la vie semble-t-elle absurde?

Ce programme peut paraitre étonnant, car ces deux questions semblent n’avoir aucun rapport, pourtant le talmud va nous montrer qu’elles sont intimement liées. Répondre à la première question, revient à répondre à la deuxième.

1- Introduction : L’auto destruction de Sodome

Le talmud dans Sanhédrin 96b, raconte, que lorsque Nabuchodonosor a détruit le temple, il s’en est enorgueilli. Une voix du ciel lui a dit « c’est une farine déjà moulu que tu as broyé ! C’est un peuple déjà mort que tu as tué ! C’est un temple détruit que tu as brulé !». 

Pour le talmud, lorsque D punit, il ne fait qu’entériner une situation pré existante. Les civilisations, les peuples, les hommes, s’effondrent et disparaissent de l’intérieur, l’agression extérieure ne fait que détruire une forme dont la substance avait déjà disparue.

Celui qui transgresse la torah s’autodétruit de lui même, la punition divine ne fait que frapper un homme déjà mort depuis longtemps. Cette idée du talmud a été envisagée par les rabbins d’une manière rationnelle et d’une manière mystique.

D’une manière rationnelle, Maimonide explique, que la volonté de D, s’exprime à travers l’organisation de la nature. Lorsqu’une société va à l’encontre de l’organisation naturelle des choses, elle est condamnée, à plus ou moins long terme, à s’autodétruire. La morale de la torah est l’expression de l’ordre naturel de l’univers. Transgresser la torah, c’est transgresser les lois de la nature, et transgresser les lois de la nature c’est s’autodétruire.

Comme le dit le roi Salomon « Les désirs du paresseux le tuent, car ses mains se refusent à agir». La torah condamne la gloutonnerie et l’alcoolisme, sombrer dans ces deux travers, c’est s’autodétruire. Il en va de même pour tous les travers condamnés par la torah. Pour Maimonide, c’est toujours dans cette optique qu’il faut envisager le sens des mitsvoth.

Pour les mystiques (le Hari zal, le gaon de Vilnah et ses élèves), celui qui transgresse la torah s’autodétruit, car les mitsvoth de la torah permettent de faire descendre une énergie spirituelle transcendante dans le monde. Cette force spirituelle est l’énergie qui permet à l’univers matériel d’exister, or, cette énergie ne peut s’insuffler au monde matériel que lorsqu’il est lié à cette force par la pratique des mitsvoth. De ce fait, lorsqu’un homme ou un peuple s’effondre moralement, l’énergie vitale transcendante les quitte, ils deviennent vulnérables, et ils sont détruits physiquement par des éléments extérieurs.

Ces deux courants de pensée s’opposent sur la nature de la raison, pour le courant rationaliste, la raison est immanente au monde, elle n’est pas transcendante, pour le courant mystique la raison est transcendante à la matière, elle le dépasse. 

L’origine de la division de ces deux courants est une opposition sur la définition du lien qui unit D à sa parole, l’une des opinions pense que D fait « un » avec sa parole, alors que l’autre pense que la parole de D est elle une création séparée de D.

Si la parole est une création, elle peut être incluse dans l’immanence de la nature (Maimonide) puisqu’elle n’est pas D.

Par contre, si D fait « un » avec sa parole, alors, la raison, c'est-à-dire la parole de D, est une force qui transcende la nature (Hari zal). Paradoxalement dans le judaïsme, les mystiques sont ceux qui croient en la transcendance de la raison, alors que les rationalistes pensent que la raison est limitée. 

Quoi qu’il en soit, pour le talmud, lorsque la torah dit « L'Éternel fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu; l'Éternel lui-même, du haut des cieux. II détruisit ces villes, toute la plaine, tous les habitants de ces villes et la végétation du sol. » Il faut comprendre que d’une manière rationnelle, les villes de Sodome et Gomorrhe étaient vouées à une destruction inévitable. Le dévoilement de la présence divine dont il est question dans les versets, c’est le dévoilement de la justification rationnelle des principes moraux de la torah. La destruction de Sodome montrait de manière claire, qu’en s’éloignant des principes de la morale, la société s’autodétruisait.

2- Prélude : l’absurdité dans le monde moderne.

Pour les philosophes du moyen âge « la raison », ou, « l’intellect agent », étaient l’harmonie qui organisait l‘univers. Pour beaucoup de philosophes séfarade du moyen âge, (Maimonide, Ralbag et bien d’autres), le D de la thora n’était autre que « l’intellect agent ». L’homme pouvait accéder à « la raison suprême » en réfléchissant sur les causes et les conséquences des différents éléments de l’univers, et en définissant l’organisation des concepts abstraits que l’esprit identifiait en appréhendant le cosmos. Plus l’homme était raisonnable, c'est-à-dire, équilibré, en phase avec l’harmonie universelle, plus il était proche de D., et plus son existence était authentique, plus il était libre 

Au 20ème siècle, par contre, la raison est devenue l’ennemie de la liberté et l’antithèse de l’existence. La rationalité s’est transformée en une sorte de système fou, qui broie l’être humain, qui l’instrumentalise en le transformant en objet. Pour le philosophe moderne, L’homme devrait choisir entre la liberté et la raison. En suivant la raison, l’homme abdiquerait sur l’essence même de son être, il devrait se mettre au service d’un bien suprême mais inhumain. Par contre, si l’homme veut assumer l’essence de son être, s’il veut rester libre, il doit faire une croix sur la raison. (Heidegger, Sartre)

Comment expliquer que jusqu’au moyen âge les penseurs voyaient une symbiose entre l’existence et la raison, alors, qu’a partir du 20ème siècle ces deux concepts deviennent irréconciliables ?

En général, on explique cette rupture par les progrès foudroyants de la technologie et le développement de l’urbanisation. Le progrès technique a tellement sidéré l’homme, qu’il est devenu le but de l’humanité. L’homme moderne doit tout sacrifier pour le progrès technique et le développement économique, même son existence. Dans la ville moderne l’individu est dissous dans la masse, il n’est plus maitre de son temps, il n’est qu’un rouage dans une mécanique qui le dépasse. La raison, étant devenue synonyme de « progrès » et de « bien commun », est donc toujours opposée au développement de l’existence personnelle individuelle.

Les philosophes modernes imputent à la technologie, au développement économique et à l’urbanisation, l’absurdité de la vie humaine dans le monde moderne.

La technologie et le progrès ont bon dos ! Ils sont les juifs du 21ème siècle ! On leur attribue la responsabilité de tous les maux de la terre. 

Je vais, à ce sujet, vous raconter une anecdote du rav Reuven Feinstein. (La dernière anecdote que j’ai racontée a soulevé tellement d’enthousiasme que je ne peux pas m’empêcher d’en raconter une autre).

Le rav Reuven Feinstein est directeur d’école, lors d’une réunion entre les parents d’élève et les professeurs, il a commencé son discours de la manière suivante. « L’internet, c’est vraiment l’invention la plus géniale qu’il n’y a jamais eu depuis l’origine de l’histoire, il révolutionne l’éducation. Avant internet, lorsqu’un enfant avait des problèmes à l’école, les parents disaient que c’était à cause des enseignants, alors que les enseignants disaient, que c’était la faute des parents ; ainsi, les parents et les enseignants, se battaient en s’injuriant jusqu'à la fin de l’année. Maintenant, depuis qu’il y a internet, les parents et les enseignants disent ensemble « si l’enfant ne réussit pas, c’est à cause d’internet ! », et tout le monde est content ».

Pour les sages du talmud, l’absurdité de la société ne vient pas des progrès de la technologie, elle est due à une autre cause. L’absurdité nait de la manière dont une société est régulée. Pour le talmud, Sodome est l’exemple de la société absurde dont la finalité est de s’auto détruire. En se basant sur des versets de Job, le talmud explique de quelle manière la société de Sodome a sombré de dans l’absurdité avant de se désagréger complètement.

3- Sodome l’exemple d’une société absurde

Pour le talmud Sodome est l’exemple type d’une société absurde.

Dans le traité de sanhédrin le talmud dit :

« Les gens de Sodome ne se sont enorgueillis qu’à cause des bienfaits que D leur avait prodigués, comme le dit le verset. (Job 28) « La terre d'où sort le pain, ses entrailles sont bouleversées comme par le feu. 6 Ses pierres sont des nids de saphirs, et là s'offre au regard la poudre d'or. Ils se sont dits : si notre terre produit du pain et si sa poussière est de l’or, pourquoi avons-nous besoin de voyageurs? Puisqu’ils ne viennent que pour nous faire perdre de l argent, allons! Faisons oublier l idée même de passage de notre pays! »

Les gens de Sodome se sont dit puisque les voyageurs ne viennent que pour nous faire perdre de l’argent, faisons oublier l’idée même de passage dans notre pays. Comme dit le verset (ibid.) « Il perce des tranchées à l'écart des habitations; ignoré du pied des passants, il est suspendu et ballotté loin des hommes. »

Dans ce passage, le talmud explique que la chute de la société est venue d’une volonté de préserver ses richesses. La ville de Sodome s’enferme dans un protectionnisme économique absolu. Puisqu’elle est une ville riche et auto suffisante, elle pense que l’échange avec les autres villes ne peut être qu’une perte pour elle. Pour préserver ses richesses, la ville doit édicter des lois qui pénalisent tout ce qui est étranger. 

Il est intéressant de noter que pour le talmud la régulation favorise toujours celui qui possède. Comme Rousseau, le talmud pense, que la loi sert avant tout à protéger celui qui a et à pénaliser celui qui ne possède pas.

Aujourd’hui un tel point de vue est considéré comme anachronique, puisque ce sont les socialistes qui régulent pour protéger les pauvres des monopoles du grand capital. Pourtant, par la suite, le talmud va montrer que mécaniquement il est impossible de protéger le pauvre en régulant le marché.

Le talmud continue 

« Rava a dit : « quel est le sens du verset (psaume 68) « Jusqu'à quand vous ruerez-vous contre un homme, lui porterez-vous tous des coups mortels, tels un mur penché, une cloison qui s'écroule? », cela nous apprend que lorsque les gens de Sodome voyait un étranger riche, il le mettait a cote d’un mur fragile, un autre poussait le mur sur l’étranger, puis il prenait son argent »

L’étranger ne connaissait pas les endroits dangereux de la ville, il était facile pour les gens de Sodome de tirer avantage de l’ignorance de l’étranger, il le mettait donc à coté d’un mur branlant et il poussait le mur sur lui, si l’étranger mourait, on pouvait confisquer son argent et si il ne mourait pas on pouvait l’accuser d’avoir causé la destruction du mur, et l’obliger à payer la valeur du dommage.

Dans un premier temps, les décrets des gens de Sodome sont uniquement dirigés contre l’étranger. Le talmud va citer d’autres exactions que les gens de Sodome pratiquaient contre les visiteurs. Ensuite, dans un deuxième temps, les lois de Sodome vont se diriger contre une partie de la population de Sodome : les pauvres. (Ici, on retrouve, dans le commentaire du Maharal, d’une manière très succincte les théories d’Henri Lefebvre -le nationalisme contre les nations-)

« La loi de Sodome disait : « celui qui possède un bœuf, doit garder les bœufs de la ville pendant un jour, par contre, celui qui n’a pas de bœuf lui, il doit garder les bœufs de la ville deux jours. Un orphelin qui n’avait pas de bœuf, devait garder les bœufs de la ville. Un jour il a égorgé tous les bœufs de la ville, il leur a dit : « maintenant il faut partager les peaux, je pense que celui qui avait un bœuf, a droit a une peau, et que celui qui n’en n’avait pas, en a droit a 2. Car, il faut que la loi soit conséquente avec elle même, puisque celui qui n’a pas de bœuf travaille le double, il est juste qu’il reçoive le double des carcasses »

Dans ce passage, le talmud décrit un tournant dans l’organisation de la ville de Sodome. Au début, les lois ne pénalisaient que les étrangers, maintenant les lois pénalisent les pauvres de la ville. Le Maharal explique que l’exclusion de l’étranger et la stigmatisation du pauvre, découlent d’une seule et même cause, l’amour de l’argent, et l’élévation du profit comme valeur morale ultime.

On stigmatise l’étranger pour préserver les richesses de la cité, en ce faisant, on fait passer l’argent avant l’humain, et, c’est dans le même mouvement que l’on va favoriser le riche contre le pauvre, puisque le riche peut générer plus de richesse que le pauvre.

La loi disait donc, que le pauvre devait garder le troupeau du riche gratuitement pendant deux jours. Le pauvre étant coupable de ne pas posséder, il devait aider le riche à posséder plus.

Ici, le pauvre se sent exploité. Que fait-il pour se défendre ? Il détruit la propriété du riche. Lorsque le profit devient la valeur suprême, il en découle que la partie de la population exclue, n’a d’autre ressource pour se libérer que d’amoindrir la richesse du riche sans pour autant être capable d’en créer une nouvelle.

Ici, le talmud montre un autre mécanisme pervers de la société sodomique, la loi, qui avait pour vocation de protéger la richesse du riche, se transforme en une loi destructrice de richesse.

Dans l’histoire racontée par le talmud, le pauvre ne fait pas la révolution, il utilise la loi à son avantage. Le pauvre devient capable de trouver une faille dans la loi, et à partir de cette faille, il se réapproprie la richesse du riche. La loi était faite pour protéger le riche, mais à la fin elle se retourne contre lui.

Lorsqu’on régule, on ne fait que favoriser celui qui sait retourner la loi en sa faveur. Le talmud maintient que toute régulation a pour vocation d’être dévoyé de son but et d’enrichir celui qui sait la manipuler.

Celui qui va retourner la loi en sa faveur va s’enrichir, mais il va détruire la richesse globale de la société. Pour le talmud, plus on régule, plus on crée une opposition entre l’intérêt du particulier et l’intérêt de la société. Car le particulier ne peut s’enrichir qu’en manipulant la loi, et cette manipulation ne peut advenir qu’en détruisant un potentiel d’enrichissement pour la société.

La régulation du marché ou de l’économie, ne peut que générer de l’absurdité. 

Pour le talmud, la cause du sentiment d’absurdité dans la vie moderne c’est la régulation économique.

Aujourd’hui, il est acquis qu’il faille faire un choix entre donner un sens à sa vie, c'est-à-dire avoir une activité qui ait un sens pour soi et pour la société, ou bien, gagner sa vie de manière confortable.

Ce choix, est la caractéristique du monde moderne, il n’existait pas jusqu’au 20ème siècle. Il est devenu une nécessité à cause de la sur-régulation de l’économie.

Pourquoi les métiers rémunérateurs sont absurdes pour la plus part? Par ce que ces métiers n’ont pas pour vocation de créer du mieux être ou de la richesse en valeur absolue, ils ont pour vocation de tirer avantage d’une certaine loi émise par un certain gouvernement.

Le percepteur d’impôt, le notaire, les avocats, les compagnies de télécommunication génèrent du profit par ce qu’ils ont pour unique but, d’utiliser une loi à leur avantage. Ils sont comparables à celui qui égorge les bœufs pour récupérer leurs peaux.

La régulation de l’économie entraine de manière mécanique et inéluctable l’absurdité de la société et son auto- destruction. Si le talmud condamne la recherche capitaliste du profit stigmatisant l’étranger et le pauvre, il condamne aussi la régulation de l’économie et du marché.

Le talmud explicite cette idée dans une deuxième anecdote

« A Sodome, celui qui traversait le fleuve en bateau devait payer 2, alors que celui qui voulait traverser à la nage devait payer 4 »

Le Maharsha explique que cette loi avait pour but de protéger le riche propriétaire du bateau, pour obliger les gens à utiliser le bateau du riche, les législateurs avaient pénalisé celui voulait traverser à la nage. Ce dernier, devait payer une taxe à la ville équivalente à deux fois le prix de la traversé en bateau. La encore, le talmud montre que la loi, faite pour protéger le riche, empêche l’exploitation d’un potentiel énergétique. L’homme pourrait traverser à la nage et produire un bien, la loi l’en empêche.

« Lorsqu’un homme frappait une femme enceinte et la faisait avorter alors le juge disait que la femme devait vivre avec l’agresseur jusqu'à ce qu’elle tombe enceinte de lui »

Ici le talmud montre que le capitalisme le plus absolue arrive au même résultat que le communisme. Si il faut rechercher l’enrichissement à tout prix, automatiquement, la personne devient une marchandise, un embryon vaut un autre embryon. L’attachement sentimentale de la mère et du père à leurs enfants n’est pas mesurable en tant que valeur marchande, il n’existe donc pas pour les juge de Sodome. 

« Lorsqu’un homme frappait un autre en le blessant, la victime devait payer l’agresseur puisqu’il lui avait fait une saignée. Eliezer l’esclave d’Abraham est arrivé à Sodome, quelqu’un l’a frappé en le blessant, le juge a condamné Eliezer en lui disant de payer l’agresseur, Eliezer a envoyé une pierre sur le juge en le blessant, il a dit au juge « voila je t’ai fait une saignée, l’argent que tu me dois donne le a mon agresseur. »

Le talmud décrit ici un autre travers de la société libérale; l’amour de l’argent empêche de définir un dommage. Pour Sodome, tout est considéré sous l’angle de la création de valeur. Celui qui blesse son ami crée de la valeur puisqu’il va permettre au docteur et au pharmacien de gagner de l’argent. Si on juge les actions humaines en fonction de leur impacte positif sur l’économie, alors, le bien et le mal n’existent plus. La société s’auto détruit. 

4- Conclusion

Pour le talmud, plus une société est régulée économiquement plus elle devient absurde et plus elle tend à l’autodestruction. Cependant, il est certain que la société a besoin d’une justice et d’un pouvoir judiciaire. Pour le talmud, il faut que l’institution judiciaire fonctionne avec le plus flexibilité possible, sans être encadrée par une législation clairement définie.

Une régulation définie sera toujours retournée à l’avantage de celui qui sait l’utiliser au détriment du bien commun et du mieux être. Pour qu’un système légal soit efficace et dissuasif, il faut qu’il fonctionne avec une dose d’arbitraire et d’imprévisibilité. Il faut que dans un cas donné, le juge soit libre de statuer en fonction de son bon sens et de ses valeurs, il ne faut pas que son jugement soit forcé par une loi qu’il doit appliquer aveuglement. Il ne faut pas non plus que le jugement d’un juge dans un cas précis prenne force de loi pour un autre cas à venir.

Ceci nécessite une grande probité et une grande intelligence de la part du juge, pour le talmud, le juge ne doit pas appliquer la loi, il doit définir la justice dans un cas donné a un moment donné. 

Si on veut appliquer la logique du talmud au cas des marchés financiers, il ne faudrait pas réguler les marchés et les bonus, puisque de toutes les manières ces lois vont créer, à terme, de nouvelles possibilité d’enrichissement encore plus immorales que les précédentes. (Puisque la finalité de toute loi économique est d’être mise à profit par celui qui sait la contourner.) Mais il faudrait exproprier certaines prises de bénéfices ou certain salaire s’ils sont jugés immoraux, même si ils sont légaux.

Cette vision de la justice fait peur puisqu’elle responsabilise le juge, et les acteurs économiques. En effet, cet acteur ne peut pas prévoir à l’avance si son comportement est légal ou pas, elle l’oblige à se juger lui même de la moralité de son commerce, sans se sentir protéger par le confort de la loi. Cette manière d’envisager la justice, met le citoyen et le juge en face de la liberté leurs choix moraux, elle responsabilise l’homme. C’est uniquement de cette manière que la société peut retrouver un sens et devenir créatrice de richesse et de mieux être. L’alternative, c’est l’autodestruction. 

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