• Rav Uriel Aviges

Roch Hachana 5774 - III

Roch Hachana et les 10 jours de repentance


Dans ce cours nous essayons d'entrevoir la nature du jugement de roch hachanah. D nous juge-t-il sur les transgressions de la halaha? ou bien le jugement est-il plus acces sur le sens de notre vie et notre mission dans l'histoire? les deux choses sont elles etre liees? c'est a ces questions que nous cherchons a repondre. Une partie de la video est en anglais.

Le jour de Roch Hachana est appelé le jour du jugement. Le talmud (traité de Roch Hachana 15a) explique qu’il y a trois livres ouverts à Roch Hachana, celui des justes, celui des mauvais et celui des moyens. Les justes sont inscrits immédiatement dans le livre de la vie, alors que les mauvais sont inscrits dans le livre de la mort et le jugement des moyens est suspendu jusqu'à Yom kippour, si ils se repentent, alors, ils sont inscrits dans le livre de la vie, si non, ils sont inscrits avec les mauvais. Rashi explique que ceux qui ont une majorité de mérites sont les justes, ceux qui ont une majorité de fautes sont les mauvais et les moyens sont ceux qui ont autant de fautes que de mérites. 

Il reste cependant à comprendre de quelles fautes et de quels mérites il est question dans ce jugement. A première vue, il semblerait qu’il s’agisse du respect ou du non respect des lois de la torah ou de la halacha. 

Il y a deux indices qui portent à envisager cette interprétation. Premièrement, dans les différents « vidouim » (confessions) que l’on retrouve dans les selihoth, et dans la prière de Yom kippour, il est essentiellement question de transgressions halachique. Il y est écrit « nous avons volé, nous avons dit des propos de médisance, nous avons donné de mauvais conseils etc.. ».

Dans d’autres « vidouim » de Yom kippour les fautes sont énumérées suivant la gravité de la punition prévue par la torah. Dans ce vidouy ont confesse les fautes ou on a transgressé une mitsvah positive, puis les fautes que l’on a commises en transgressant un commandement négatif, puis celles sur lesquelles on est passible de kareth, celles sur lesquelles on est passible de mort, ou différents types de sacrifices. Ces textes montrent que le jugement de Roch Hachana et de Yom kippour est principalement axé sur les transgressions halachique que l’on a commises.

De plus, le talmud (traité de Yomah (85)) est assez explicite, lorsqu’il parle du pardon et de la techouvah de Yom kippour, pour expliquer que ce pardon s’applique d’une manière très précise et très graduelle suivant les différents interdits halachiques qui ont été transgressés. 

Maimonide résume les conclusions de ces pages du talmud dans les lois de la techouvah chapitre 1 halacha 4 : « 4. Bien que le repentir fasse expiation pour toutes [les fautes] et que l’essence du jour de Kippour fasse expiation, certaines fautes sont expiées immédiatement, et d’autres ne sont expiées qu’après un certain temps. Comment cela ? Quand un homme néglige un commandement positif qui n’implique pas de [peine de] retranchement, et se repent, il lui est pardonné immédiatement. À ce sujet, il est dit : « Revenez, ô, enfants rebelles, Je guérirai vos égarements ». S’il transgresse un interdit qui n’est pas passible de retranchement, ni de mort par le tribunal, et se repent, le repentir met en suspend, et le jour de Kippour fait expiation. À ce sujet, il est dit : « En ce jour, il sera fait expiation pour vous ». S’il transgresse des [interdits] passibles de retranchement ou de mort par le tribunal, et se repent, le repentir et le jour de Kippour mettent en suspend, et les souffrances qui l’assaillissent achèvent l’expiation. Son expiation ne sera complète que lorsqu’il endurera des souffrances. À ce sujet, il est dit : « Je châtierai leur rébellion avec une verge, leur impiété par des fléaux ». Dans quel cas cela s’applique-t-il ? S’il n’a pas profané le nom [de D.ieu] en transgressant. Mais celui qui profane le nom [de D.ieu], bien qu’il se soit repenti, que le jour de Kippour soit passé alors qu’il persévère dans son repentir, et qu’il ait subi des souffrances, son expiation ne sera pas complète jusqu’à ce qu’il meure. [Dans ce cas,] le repentir, le jour de Kippour, et les souffrances mettent tous les trois en suspend, et la mort fait expiation, comme il est dit : « Mais l’arrêt de l’Eterne-l des Armées a été révélé à mes oreilles : ce péché ne vous sera point pardonné, jusqu’à votre mort ».

Il semble donc que le pardon de Yom kippour est principalement orienté sur les transgressions halachique qu’un homme commettrait durant l’année. Or, si le pardon de Yom kippour s’applique aux transgressions halachiques, il y a tout lieu de penser que le jugement de Yom kippour et de Roch Hachana s’applique dans ce domaine.

Pourtant, dans la prière de moussaf de Roch Hachana il est écrit que l’homme est jugé par D sur « le degré d’accomplissement de sa mission et pas sur sa pratique de la halacha. Dans le passage « des souvenirs » le texte rituel dit : « tu te souviens des actions d’un homme et de sa mission, des accomplissements de ses pas, de sa pensé et de ses plans, et des motifs qui motivent ses actions » 

On voit bien, qu’il n’est pas question de transgression halachique dans ce passage, l’homme est jugé sur son intériorité, et sur sa mission. Selon la halacha l’homme n’est jamais puni si il transgresse la loi par la pensée, pourtant dans le texte rituel, il apparait clairement que l’homme est jugé à Roch Hachana sur sa pensé et sa motivation.

Il est aussi jugé sur sa mission personnelle, qui n’a rien à voir avec l’accomplissement de la halacha. Un homme peut avoir remplit sa mission dans ce monde sans avoir respecté la halacha et vice versa, certaines personnes peuvent respecter la halacha sans avoir accompli leur mission personnelle. 

D’une manière générale, dans le talmud, il apparait a de nombreuses reprises, que le jugement de D n’est jamais conditionné par les modalités de la halacha. (Guitin 53, kidouchin 24, 42, baba Kama 22, 29, 47, 91 etc.) Dans de nombreux cas, un homme peut être innocent devant le jugement humain et coupable dans le jugement de D.

On peut citer, à titre d’exemple, celui qui fait peur à son ami, celui qui approche le blé de son ami a coté d’un incendie, dans tous ces cas un homme occasionne un dommage à un autre, sans transgresser la halacha a proprement parlé. Dans tous ces cas, le talmud dit que l’homme est innocent devant les hommes, mais qu’il est coupable devant D.

De plus rabbi Yehudah Hassid (ashkénaze 13ème siècle) prouve du passage de la sotah que le jugement de D n’est pas proportionnel à la gravité de la transgression halachique. La sotah est une femme soupçonnée d’adultère. Son mari pouvait l’amener au temple pour la faire boire de l’eau ou le nom de D avait été effacé. Avant de boire, si la femme admettait avoir trompé son mari, elle devait divorcer et elle était quitte de toute punition, par contre si elle affirmait ne pas avoir trompé son mari elle devait boire l’eau, si elle avait effectivement trompé son mari, son ventre éclatait et elle mourait.

Rabi Yehudah Hassid remarque qu’une femme qui trompe son mari est normalement passible de peine de mort, selon la halacha, si elle a été prévenue par des témoins. Alors qu’une personne qui jure à faux ne fait que transgresser un interdit négatif passible simplement de 39 coups de bâtons.

Pourtant, dans le passage de la sotah, une femme qui trompe son mari, mais qui ne jure pas à faux peut être acquittés par D, puisqu’elle n’est punie que si elle boit, et jure à faux. Par contre, lorsque la femme jure à faux elle est obligatoirement punie par D de mort.

Rabbi Yehudah Hassid, déduit donc du passage de la sotah, qu’il n’y a pas de relation entre le jugement de D, et le degré de la transgression halachique. D peut punir gravement une action qui n’est même pas sanctionnée par la halacha, et il peut ne pas punir une faute qui est passible de peine de mort. 

Quoi qu’il en soit, les différents textes semblent se contredire à savoir si le jugement de D à Roch Hachana et Yom kippour est axé principalement sur le respect des détailles de la halacha, ou si c’est un jugement plus intime et plus personnel correspondant à la mission spécifique de chaque individu.

De plus, les textes que nous venons d’étudier nous posent un autre problème. Si le jugement de D est déterminé par la gravité des transgressions halachiques, il est aisé de faire techouvah et de se repentir, puisque les fautes sont décrites de manières très précises par la torah. Par contre, si le jugement de D n’est pas déterminé par les critères objectifs de la loi, il est difficile de comprendre comment l’homme peut se repentir, comment l’homme peut-il savoir quelle est la mission de sa vie, comment peut-il savoir si ses motivations sont louables ou condamnables ? 

Pour répondre à ces deux questions on peut avancer l’idée suivante. L’homme n’est capable de comprendre le but de sa vie et son rôle dans l’histoire que si il sait se regarder en face, si il est capable de se dresser debout devant D.

Or, pour pouvoir se tenir debout devant D, il faut être capable d’affirmer que l’on a observé les commandements de la torah. A la mesure, qu’un homme fait des compromis avec les interdits de la loi, il devient de moins en moins capable de se faire face à lui-même, de savoir qui il est et quel est son rôle dans le monde.

C’est pour cela, que bien que le jugement de D est principalement orienté sur le sens que prend la vie d’un individu, il n’empêche que l’homme ne peut gagner ce jugement qu’à la mesure où il aura observé les lois de la halacha, ou du moins, à la mesure où il sera en paix avec sa conscience par rapport à son devoir religieux, c'est-à-dire qu’il aura fait techouvah sur ses fautes et ses manquements en les confessant comme telles.

Historiquement, le premier jugement qu’il y a eu à Roch Hachana a été celui d’elaviv18

Adam après qu’il ait mangé le fruit défendu. Lorsque l’on regarde ce passage de la torah, il semble que l’acte transgressif lui-même n’était pas grave.  Adam a mangé un fruit, la belle affaire ! Ce qui est catastrophique c’est le galimatias qui s’en suit.  Adam se cache comme un animal lorsqu’il entend la parole de D, il accuse sa femme, il est incapable de se tenir lui-même responsable de son acte.  Adam avant la faute, c’était l’homme avec un grand hach, les anges voulaient dire des louanges à son honneur. Après la faute,  Adam devient un reptile, il devient, « le serpent » il rampe devant D, il rampe devant sa femme, il rampe plus bas que le serpent car il devient l’esclave de la terre, alors que le serpent, lui, rampe sur la terre.

Lorsque l’homme transgresse la loi, et qu’il fait des compromis avec elle, il devient incapable d’avoir une conscience claire de lui-même, il est obligé de se mentir et de se fuir de se cacher, il ne peut plus se voir nu. Plus l’homme se fuit, plus il se ment, moins il est capable d’être en phase avec le but de sa vie. c’est pour cela qu’à Roch Hachana il faut d’abord se repentir sur ces transgression halachiques, pour ensuite être capable de comprendre, dans un face à face avec D, par la prière, quel est le sens de sa vie et son rôle dans l’histoire.

La Mishna dans le traité de Roch Hachana dit « le jour de Roch Hachana tous les individus sont jugés comme des « benei maron », un auteur du talmud interprète « benei maron » comme des moutons qu’un berger fait passer un a un devant lui. Rav Yehudah au nom de Chemouel s’insurge contre cette interprétation, il dit qu’à Roch Hachana l’homme n’est pas jugé comme un mouton, mais comme un soldat de l’armée de David. Ailleurs, le talmud explique que les soldats de l’armée de David étaient terrifiants et qu’ils ressemblaient à des anges destructeurs. Le talmud veut montrer que c’est justement de cette manière que l’homme doit se percevoir lorsqu’il est jugé à Roch Hachana, il doit de percevoir comme un guerrier puissant, pas comme un mouton. Dans le deutéronome (chapitre 20, verset 8) la torah définit le guerrier comme celui qui n’a pas peur de ses fautes. 

Nous avons déjà dit que par la prière de Roch Hachana l’homme interprète le sens de l’histoire et qu’il cherche le sens que sa vie peut avoir dans la construction de cette histoire. Il doit se souvenir des moments où il a senti des élévations spirituelles et il doit essayer de se reconnecter avec ces moments pour les revivre et pour en faire les fondations de son futur. 

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