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  • Rav Uriel Aviges

Pourim 5770


Une des mitsvoth de la fête de pourim c'est de boire de l'alcool et de s'enivrer. Le shulhan harouch dit "un homme à le devoir de s'enivrer à pourim jusqu'à ce qu'il ne puisse plus faire la différence entre béni soit Mordehai et maudit soit Hamann". C’est à dire qu'il faut boire au point que l'on arrive plus à parler correctement et que l'on soit même incapable de dire une phrase très simple.

Cette mitsvah, unique en son genre, peut paraitre étonnante, on sait que l'alcool peut entrainer beaucoup d'erreurs. Cette mitsvah est encore plus étonnante quand on connait l'histoire de pourim. En effet, à pourim les juifs ont été menacés par un décret d'extermination, or ce décret d'extermination a été promulgué contre eux, justement par ce qu'ils avaient participé de manière illicite à un banquet où l'alcool était plus abondant que la nourriture. La Megilah commence par nous faire le récit du banquet du roi Assuérus lors de son avènement au pouvoir, ce banquet était aussi une commémoration de la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, et par là même, la célébration de la destruction du temple, les ustensiles du temple de Jérusalem ont été utilisés dans ce banquet pour servir le roi et ses invités. On peut déduire du fait que le roi demande dans ce banquet à sa femme de danser nue devant tout le monde, que les divertissements qui eurent lieux à cette occasion n'étaient pas très habillés. Cependant les juifs ont assisté massivement avec joie à cette fête qui a duré sept jours et ils en on tiré un grand plaisir. Selon le talmud, c'est ce comportement des juifs qui a excité sur eux la colère de D, et c'est à cause de cette faute que D a voulu anéantir les juifs par l'intermédiaire de Hamann.

Il apparait donc clairement que tout les problèmes des juifs à pourim ont commencé à cause de l'alcool, si il y avait une leçon à prendre de pourim, c'est qu'il faut éviter les grandes réjouissances et les fêtes bien arrosés, or bizarrement on constate que le décret fait par Mordehai et Esther pour commémorer la fête de pourim, c'est justement une mitsvah de se saouler dans un grand repas où on doit inviter le plus grand nombre de personnes possibles. Comment comprendre cette décision de nos sages?

Cette question est la question du Sfat Emeth (Admour de Gour (1847-1905)).

Le Sfat Emeth répond à cette question en disant que justement l'essence de pourim c'est de prendre quelque chose de négatif qui a causé la chute pour le transformer en quelque chose de positif. On peut élaborer cette réponse à travers un passage du Kli Yakar (1550 1619) (élève du Maharal de Prague) dans son commentaire sur la mitsvah de la purification par la vache rousse (les nombres 19).

La vache rousse était utilisée pour la purification des personnes qui avaient été en contacte avec un mort. Le Cohen purifiait l'impure en lui aspergeant la cendre de la vache mélangée à de l'eau. Ce qui est étonnant dans cette mitsvah c'est que le Cohen qui avait purifié la personne impure devenait lui même impure. Le Kli Yakar interprète ce détail de la mitsvah de manière allégorique. Il commence par citer un passage de Maimonide dans les lois de la techouvah qui dit la chose suivante "Qu’est-ce qu’un repentir complet ? Quand [le repenti] se retrouve dans la même situation qu’auparavant, avec l’opportunité de commettre la même faute, et se refuse à celle-ci du fait de son repentir, non par crainte, ni par faiblesse. Comment cela s'applique-t-il ? S’il a eu des rapports interdits avec une femme, et après un certain temps, se retrouve isolé avec elle, alors qu’il éprouve le même sentiment d’amour, a la même vigueur, et se trouve dans la même région, mais s’abstient de transgresser, il est un parfait repenti. C’est [là le sens de] ce que dit [le roi] Salomon : « Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse »".

Le Kli Yakar déduit de ce passage de Maimonide que celui qui veut faire techouvah a le devoir de se remettre dans la situation dans laquelle il a fauté, s’il veut que sa techouvah soit parfaite.

Le Kli Yakar dit que pour le repenti le fait de s'isoler avec la femme avec laquelle il a eu des rapports interdits, c'est une mitsvah, alors que pour n'importe qu'elle autre homme le fait de s’isoler avec une femme interdite c'est une averah, une faute. Le Kli Yakar interprète par cette allégorie la mitsvah de la vache rousse qui impurifie celui qui est pure, alors qu'elle purifie celui qui est impure. Pour le baal techouvah qui veut devenir pure, le fait de se replacer dans une situation de tentation c'est une mitsvah, c'est en se replaçant dans la situation passée, que le baal techouvah peut vraiment redonner un sens à sa vie, alors que pour celui qui n'a pas fauté se mettre dans une telle situation c'est une faute.

Ainsi, le sens de la mitsvah de se saouler à pourim tient justement au fait qu'il faille se remettre dans la situation qui a occasionnée la faute et ne pas fauter pour que la techouvah soit parfaite. C’est l'idée du renversement qu'il y a pourim,

(Le verset dit dans la Megilah au sujet du jour de pourim « et il y a eu un renversement ») dans ce renversement on utilise quelque chose d'impure et on le transforme en quelque chose de pure.

Le Sfat Emeth continue son analyse et il remarque que dans le déroulement de la Megilah on peut identifier deux phases. Dans la première phase, lorsqu’un décret d'anéantissement sur les juifs a été promulgué, Mordehai et Esther demandent aux juifs de jeûner 3 jours, alors qu’ensuite, dans un deuxième temps, lorsque les juifs sont sauvés, Mordehai et Esther instaurent la fête de pourim comme des jours de joie et de fête. Il y a la aussi un retournement. Le Sfat Emeth envisage à travers la Megilah les deux phases de la techouvah décrites dans le talmud dans la traite de Yomah la techouvah par crainte et la techouvah par amour.

La première phase c'est la techouvah par la crainte, à pourim, par peur de l'anéantissement les juifs font techouvah. Dans la techouvah par la crainte les fautes sont considérées comme des actions commises par inadvertance, mais l'action qui a entrainé la faute reste mauvaise en soi. Dans cette première phase l'homme qui fait techouvah doit s'éloigner le plus possible des circonstances qui ont entrainées la faute. Dans la deuxième phase de la Megilah, les juifs (après avoir été sauvés) font techouvah par amour, dans cette phase ultime de la techouvah, les péchés sont considérés comme des mitsvoth, c'est à dire que cela devient une mitsvah de se remettre dans la situation de la faute.

Le Sfat Emeth explique que la différence essentielle qu'il y a entre les deux types de techouvah, celle de la crainte et celle de l'amour, ne tient pas dans la motivation de la techouvah, contrairement à ce que Rashi disait dans son commentaire sur le talmud. Pour Rashi la techouvah par crainte c'est la techouvah par peur de la punition alors que la techouvah par amour c'est la techouvah que l'on fait par l'amour de la torah et de D.

Contrairement à Rashi, le Sfat Emeth pense que la techouvah par peur c'est une techouvah que l'on fait dans le peur de la rechute, où on n'a pas confiance dans sa propre décision, alors que la techouvah par amour c'est une techouvah que l'on fait en étant certain d'avoir changé.

Lorsque l'homme sait qu’il a changé, la techouvah doit devenir un mouvement de retours sur sa vie antérieure, une vie que l'on n’essaye plus d'effacer, mais qu’au contraire, on essaie d'utiliser pour le bien. Pour le Sfat Emeth la fête de pourim nous montre que par la techouvah l'homme peut redonner un sens aux périodes noires de sa vie. Celui qui refuse de revenir aux circonstances de sa vie antérieure en faisant techouvah, fait preuve d'un manque de confiance en D, puisqu’il n'est pas confiant que D va lui permettre de ne pas fauter.

Le talmud dans Chabath 88 explique que le message essentiel de la fête de pourim c'est le fait de faire techouvah par amour. Jusqu’à la fête de pourim depuis la période du désert et pendant toute la période du premier temple les juifs étaient mis en danger par D lorsqu'ils fautaient, ensuite, les juifs faisaient techouvah par crainte, après la techouvah les juifs étaient sauvés de manière miraculeuse, mais à chaque fois après avoir été sauvés les juifs retombaient dans leurs anciennes fautes. Ce qui à changé à pourim c'est que pour la première fois de leur histoire les juifs ont acceptés la torah par amour, même après avoir été sauvés, alors que plus rien ne les y obligeait. Le talmud dans Chabath dit que les juifs n'ont reçu la torah de leur plein gré qu'à l'époque d'Assuérus.

Dans la Megilah, Mordehai persuade Esther à demander à avoir des rapports sexuels avec le roi Assuérus pour sauver les juifs. Esther refuse par ce qu'elle pense que c'est interdit d'avoir des rapports avec un non juif. Pour convaincre Esther, Mordehai dit cette phrase étrange "si tu ne fais rien de toutes les manières une délivrance viendra aux juifs par un autre moyen, et qui sait pourquoi D ta fait devenir une reine!" logiquement cette phrase de Mordehai est absurde. Si Mordehai est certain que les juifs vont être sauvés quoi qu’il arrive, alors pourquoi demande-t-il a Esther de transgresser un interdit halachique pour sauver les juifs! Si Mordehai pense que même si Esther ne fait rien, la délivrance viendra par un autre chemin, pourquoi chercher à faire venir la salvation de cette manière tendancieuse? Si Mordehai voulait vraiment convaincre Esther d’intervenir il aurait du dire à Esther si tu ne fais rien toute la nation va être anéantie, tu dois donc agir!, ici il dit le contraire, Mordehai dit à Esther « tu dois agir par ce que même si tu ne fais rien nous serons sauvés! » Qu’est ce que cela veut dire ?

L’explication de ce passage tiens au fait que lorsque l'homme à une confiance aveugle en D, et qu'il sait que D va le sauver spirituellement autant que matériellement, lorsque l’homme agit par amour, la motivation de l'action ce n'est pas le résultat, puisque le résultat adviendra quoi qu'il arrive, même si l'homme reste au lit toute la journée. La motivation de l'action c'est la volonté de s'associer avec D dans la création du monde, c'est une volonté de ne pas être assisté. Le juste qui a confiance en D n'agit pas pour obtenir des résultats puisque les résultats sont acquis de toutes les manières, mais le juste agit pour donner un sens à sa vie.

On comprend pourquoi dans la techouvah par amour l'homme doit chercher à récupérer le maximum d'élément de sa vie antérieure, car le but de la techouvah ce n'est pas de devenir parfait, c'est de donner un sens à l'histoire de sa vie.

Mordehai dit à Esther « si le fait est que tu es reine, et que tu as été violé de force par Assuérus, il faut que tu donnes un sens à cette période noire de ta vie, il faut que cela serve à quelque chose de grand, c'est une opportunité que D te donne pour donner un sens à ton histoire ». Mordehai ne cherche pas à convaincre Esther par la crainte de l'anéantissement mais par la l'amour que l'homme doit donner a sa vie et a son passé.

Le message principal de pourim consiste à dire que la confiance en D oblige l'homme à accepter son passé pour l'utiliser pour le bien. Cette confiance en D permet la techouvah faite par amour qui est la seule à être durable.

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