©2018 by Uriel Aviges.

  • Rav Uriel Aviges

Haye Sarah 5775

Résurrection et intuition

1- Amour et illusion

La parasha de la semaine nous raconte le mariage d’Isaac et Rivkah. Isaak et Rivkah se marient sans s’être jamais rencontré auparavant. Rivkah semble amoureuse d’Isaak alors qu’elle ne l’a jamais vu. Eliezer est celui qui a arrange le mariage, pour convaincre Rivkah, il met en avant la richesse d’Isaac. Les versets disent : «On lui servit à manger; mais il dit: "Je ne mangerai point, que je n'aie dit ce que j'ai à dire." On lui répondit: "Parle." 34 Et il dit: "Je suis le serviteur d'Abraham. 35 L'Éternel a béni grandement mon maître, de sorte qu'il est devenu puissant: il lui a accordé menu et gros bétail, argent et or, esclaves mâles et femelles, chameaux et ânes. 36 Sara, l'épouse de mon maître, a enfanté, vieille déjà, un fils à mon maître; celui-ci lui a fait don de tous ses biens. 3 puis il étala des bijoux d'argent, des bijoux d'or et des parures, les donna à Rébecca et donna des objets de prix à son frère et à sa mère. 54 Ils mangèrent et burent, lui et les gens qui l'accompagnaient et passèrent la nuit en ce lieu; quand ils furent levés le lendemain, il dit "Laissez-moi retourner chez mon maître." 55 Le frère et la mère de Rébecca répondirent: "Que la jeune fille reste avec nous quelque temps, au moins une dizaine de jours, ensuite elle partira." 56 II leur répliqua: "Ne me retenez point, puisque Dieu a fait réussir mon voyage; laissez-moi partir, que je retourne chez mon maître." 57 Ils dirent: "Appelons la jeune fille et demandons son avis." 58 ils appelèrent Rébecca et lui dirent "Pars-tu avec cet homme?" Elle répondit: "Je pars".

Rivkah est complètement obnubilé par la richesse supposée d’Isaac. Lorsque Eliezer arrive en Irak, il vient avec une énorme caravane de chameaux qui portent avec eux une grande partie des richesse d’Abraham, (« Le serviteur prit dix chameaux parmi les chameaux de son maître et partit, chargé de ce que son maître avait de meilleur »). Depuis le début, la stratégie d’Abraham et d’Eliezer est d’appâter Rivkah  par une exposition colossale de richesse. Rivkah est instinctivement attirée par l’argent, c’est pour cette raison, que, dés qu’elle voit arriver ce cortège de Rolls Royce, elle court à la rencontre d’Eliezer en lui proposant de l’eau et en en proposant pour ses chameaux. 

Rivkah n’a pas couru aider un pauvre mendiant, elle aide Eliezer alors qu’il est accompagne d’au moins une dizaine d’esclaves, elle est attirée par l’argent et elle cherche à fricoter avec les grands. La stratégie d’Abraham fonctionne parfaitement. 

Si Abraham a recours a ce subterfuge, c’est par ce qu’Isaac n’est pas exempt de défaut, selon le midrash, il est aveugle, cloué sur une chaise roulante, et il ne peut pas se déplacer seul. Abraham sait que s’il montre Isaac a une femme, jamais elle ne voudra de lui. La seule manière de marier Isaac, c’est de le garder caché, de séduire une fille par l’argent, pour qu’ensuite, elle se trouve bloquée sur le fait accompli.

Rivkah ne demande a aucun moment a quoi ressemble Isaac, elle ne veut pas savoir si il est beau gentil ou intelligent, elle voit l’argent et les bijoux et elle dit « je pars ».

Lorsqu’elle rencontre Isaac pour la première foi les versets disent : « Rébecca, levant les yeux, aperçut Isaac et se jeta à bas du chameau; 65 et elle dit au serviteur: "Quel est cet homme, qui marche dans la campagne à notre rencontre?" Le serviteur répondit: "C'est mon maître." Elle prit son voile et s'en couvrit. » 

Rashi explique « Elle l’a trouvé si beau qu’elle en est restée saisie », c’est un avis du midrash, pourtant, un autre midrash explique qu’Isaac était accompagne d’un esclave qui l’aidait à marcher, et Rivkah est tombée amoureuse de l’esclave. C’est pour cette raison que le verset dit «  qui est cet homme la ? » comme si, au départ elle est déçu de l’aspect d’Isaac. 

Le verset dit que Rivkah s’est couvert la tête, le midrash compare ce passage avec celui ou tamar, la bru de judah, se couvre le visage pour passer pour une prostituée. Le midrash dit : « Deux personnes se sont recouvertes d’un voile et elles ont eu des jumeaux. Tamar et Rivkah, au sujet de tamar il est dit « et elle se prit dans un voile et s'en couvrit», et au sujet de tamar il est dit  « elle prit le voile et s'en couvrît ». Le midrash veut dire que de la même manière que tamar a eu des relations avec Judah, a son corps défendant, uniquement pour faire la mitswah, de la même manière, lorsque Rivkah a des relations avec Isaac, elle le fait a corps défendant, comme une prostituée. 

Tout ce récit n’est pas écrit dans la torah pour amoindrir le niveau de spirituel de Rivkah, au contraire. Le texte veut nous montrer que, bien qu’au début, Rivkah s’est mariée sur un coup de tête, uniquement aveuglée par l’or des bijoux, malgré tout, elle a travaillé sur elle même et elle a appris à aimer son mari.

Le message de la torah est de nous dire que l’on se marie toujours pour les mauvaises raisons, on est toujours victime d’un leurre ou d’une illusion. C’est pour cela qu’en suite on est toujours déçu, mais  justement le but du mariage, c’est de se transformer et d’apprendre a aimer malgré tout. 

La grandeur de Rivkah ne vient pas du fait qu’elle était mature à l’âge de trois ans. La grandeur de Rivkah c’est qu’elle a assumé les erreurs qu’elle avait faites à l’âge de trois ans. Grandir c’est apprendre à aimer.

2- L’attrait érotique de la mort

Cependant cette lecture pose problème. En effet, si l’amour n’est qu’une illusion, si tout est un leurre, alors, il devrait être très facile de tomber amoureux ou amoureuse de toutes les femmes tres belles ou de tous les hommes tres riches, a plus forte raison des filles et des hommes riches et beaux. Pourtant, il apparait clairement que beaucoup d’hommes riches ont du mal à se marier, même si ils sont beaux, et que beaucoup de femmes tres belles ont peu de succès même si elles sont riches. Pourquoi ?

Lorsque l’on est chadhan,  (marieur), on se rend compte que souvent, une femme va préférer un homme idiot moche et pauvre, a un type riche intelligent et beau, et que souvent un homme choisira une femme moche et bête, et qu’il refusera une fille belle et intelligente. Pourquoi ?

Le leurre de l’amour moderne a l’air de fonctionner de manière beaucoup plus complexe que celui décrit dans l’histoire de Rivkah.

Dans la vie courante on a l’impression que le leurre amoureux est en fait la révélation d’une vérité très profonde de l’essence de l’être. Le désir, même si il est aveugle et irrationnel, n’est pas un sentiment superficiel il semble être le reflet d’une intuition extrêmement profonde et personnelle.

Pour expliquer ce phénomène, je suis obligé de faire une digression et de commenter un verset de la torah qui semble a priori n’avoir aucun rapport.

Dans la genèse il est écrit : « Dieu dit: "Faisons l'homme à notre image, à notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail; enfin sur toute la terre, et sur tous les êtres qui s'y meuvent." 27 Dieu créa l'homme à son image; c'est à l'image de Dieu qu'il le créa. Mâle et femelle furent créés à la fois. »

Il y a deux questions évidentes sur ce texte ; la première, Il est tres difficile de comprendre comment D peut dire qu’il va créer  « l’homme à son image et à sa ressemblance. » En quoi l’homme peut il ressembler à D ? 

La deuxième question est, de savoir a qui D s’adresse t il quand il dit « faisons un homme a notre image etc.. » si D est unique, il a créé le monde seul, il n’a pas besoin de l’aide ou du conseil de personne pour créer l’homme.

A mon avis ces deux questions se répondent l’une l’autre. 

On ne sait rien de l’essence de D, donc, a priori, quand D dit « faisons un être à notre image », cela ne veut rien dire. A moins, qu’en disant cela, D fasse référence a une information qu’il est justement en train de donner dans ce verset. Or que fait D dans se verset ? Il se parle à lui même !

Donc, lorsque D dit  « faisons un être a notre image », il veut dire, faisons un être qui soit doté d’une conscience réflective, c'est-à-dire qui soit capable de se parler a lui même. 

C’est a ce sujet que le verset conclut que « Mâle et femelle furent créés à la fois. » ce qui veut dire que lorsque l’homme se parle a lui même, il y a une partie male et femelle qui s’expriment en lui.

Mais a qui parle-t-on lorsqu’on se parle a soi même ?

Dans les psaumes chapitre 19 on peut lire les versets suivants

Au chef des chantres. Psaume de David. 2 Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament proclame l’œuvre de ses mains. 3 Le jour en fait le récit au jour, la nuit en donne connaissance à la nuit. 4 Point de discours, point de paroles,  sans que leur voix ne se fasse entendre. 5 Sur toute la terre  s’étend leur harmonie, et leurs accents vont jusqu’aux confins du monde, là où Dieu a assigné une demeure au soleil. »

Que veut dire le verset lorsqu’il dit « le jour, en fait le récit au jour, et la nuit en donne connaissance à la nuit ».

Le roi David veut expliquer le fonctionnement du dialogue intérieur. Le jour sait qu’il va disparaitre et qu’il sera suivi par un autre jour, de même, la nuit sait qu’elle va disparaitre et qu’elle sera suivie par une autre nuit. Lorsque la nuit parle, elle parle à la nuit suivante. Lorsque le jour parle, il parle au jour suivant.

Lorsqu’un homme se parle à lui même, il parle en faite à sa descendance.

Parler c’est déjà avoir conscience de sa mort. Lorsque l’on parle à quelqu’un, on reconnait implicitement  que l’on est fini et que l’on est limité. Si je parle à un autre, je sais que je ne suis pas tout, je sais que je suis limité dans le temps et dans l’espace, puisque l’autre existe aussi dans le temps et dans l’espace et qu’il y occupe sa place propre, une place dont je suis absent. 

Lorsque l’on se raconte ses émotions, et lorsque l’on se souvient de ce que l’on a vécu, au fond, on raconte ces émotions pour les jours à venir, c'est-à-dire à l’homme ou a la femme qui viendront après nous, mais que l’on sent  a l’instant présent, potentiellement présent à l’intérieur de nous.

Lorsqu’on se parle a soi même, en quelque sorte, on parle a un enfant, l’enfant ce n’est pas nous, c’est l’enfant qui naitra de nous. Lorsqu’on se parle à soi, on parle toujours au fruit à venir de ses entrailles.

Tous discours intérieur porte en lui une mort et une résurrection. Notre propre mort et notre propre résurrection. Si dans notre conscience  réflexive, on parle a  un autre  nous même, un nous même,  qui reste « a naitre », on reconnait par la même, que l’on doit mourir, on ressent un besoin de mourir pour pouvoir parler ce nouveau moi qui doit renaitre. 

Le leurre qui nous attire vers le sexe opposé, c’est le leurre de notre propre mort. La nuit est la mort du jour, le jour est la mort de la nuit, l’homme est la mort de la femme, et la femme est la mort de l’homme.

Inconsciemment, Rivkah sait, lorsqu’elle dit « je pars », qu’elle tombe dans un piège. Toute l’histoire est tres suspecte, si Itzhak est aussi beau et aussi parfait qu’elle l’imagine, alors, pourquoi ne vient-il pas lui même chercher une épouse ? 

En voyant l’étalage indécent des richesses d’Isaac, Rivkah se doute de quelque chose, au fond, elle sent qu’elle est en train de se faire avoir, mais c’est justement ce qui l’attire irrésistiblement vers Isaac. Elle veut se faire avoir, elle veut mourir, pour pouvoir ressusciter.

Un homme, ou une femme, riches et beaux peuvent être repoussants, s’ils n’ont rien à cacher. S’ils ne sont rien d’autre que la surface plane qu’ils montrent. C’est le coté obscure qui attire, par ce que c’est le coté obscure qui est dangereux. 

L’homme ne peut pas regarder en face sa propre mort, mais il peut la voir a travers l’autre, c’est justement pour cela qu’il est attiré vers l’autre. 

L’homme  a besoin de sentir sa mort et sa finitude pour se parler à lui-même. Ce discours intérieur s’articule autours de la conscience de la mort.

L’homme à besoin de vivre un discours intérieur pour être a l’image de D,  il doit mourir pour pouvoir renaitre et parler a l’enfant à venir qui se trouve déjà potentiellement en lui.

Proust disait « certain hommes naissent posthume », je pense, qu’en fait, tous les hommes naissent posthume. On ne peut adresser un discours qu’a un homme à venir. Le jour parle au jour suivant, la nuit parle à la nuit suivante.

3- Mort et résurrection

Ces idées peuvent paraitre un peu abstraites. Je vais essayer de donner un exemple concret pour les clarifier.

Lorsque quelqu’un bave devant la vitrine d’un magasin en regardant un nouveau téléphone, ou un nouveau sac a main hors de prix. Ce qui l’attire dans ces objets, c’est avant tout, qu’ils sont hors de prix. 

Lorsque l’on va acheter ce sac a  main ou ce téléphone, on ne jouit pas du fait de s’être fait ouvrir. Contrairement a ce que pensait Baudrillard, l’acheteur ne jouit pas d’avoir assouvie sa pulsion d’achat, il jouit du fait d’avoir payé, c'est-à-dire d’être mort, et d’avoir survécu, c'est-à-dire d’être ressuscité.

La jouissance de l’achat c’est la jouissance de la résurrection, c’est pour cette raison qu’elle est addictive. (Toutes les addictions, sont  des simulacres de mise a mort et de renaissance.)

Après avoir dépensé beaucoup d’argent sur un téléphone ou un sac a main, le consommateur a la sensation de devenir un autre homme a chaque foi qu’il utilise l’objet nouveau. Le lien qui le lie avec l’objet c’est la mort qu’il a vécu lorsqu’il a du paye.

La mort que l’acheteur ressent au moment du payement est proportionnelle au sentiment de renaissance qu’il ressent lorsqu’il utilise l’objet. 

La renaissance n’est pas fictive, souvent des objets permettent a une personne de se renouveler et de renaitre. Mais ce n’est pas l’objet qui a fait ce miracle, c’est la mort qu’il a fallu ressentir pour acquérir l’objet qui a créé le miracle. 

Pour sortir de la dépression, il suffit parfois d’un café ou d’un verre de whisky, mais ce n’est pas le café qui guéri, c’est la souffrance vécue qui permet la renaissance. Le café n’est qu’un acte symbolique qui transforme la souffrance en mort, déclenchant ainsi le processus de la renaissance. 

Lorsque l’on désir un objet hors de prix ce n’est pas l’objet qu’on désir, c’est le sentiment de renaissance que son achat peut nous procurer.

Ainsi, si on peut parler ainsi, lorsque l’on tombe amoureux ce n’est pas de l’autre que l’on tombe amoureux, c’est simplement que l’on anticipe inconsciemment le sentiment de déception que l’autre va nous procurer, et que l’on anticipe aussi le sentiment de renaissance qui en découlera dans un deuxième temps. Rivkah n’était pas aveugle lorsqu’elle s’est mariée avec Isaak, elle était extra lucide.

4- Naissance et renaissance

Selon les midrashim, lorsque le fœtus est dans le ventre de sa mère, il est au nirvana, il nage dans le bonheur, il  contemple l’univers entier, il connait toute la torah. (Nida 30 b) Lorsque l’enfant nait, il oublie toute la torah et il pleure. Le midrash veut nous expliquer que le nouveau né ressent la naissance comme une mort et une renaissance. Il meurt, en sortant de la béatitude du ventre de sa mère, et il renait lorsqu’il commence à respirer l’air avec ses poumons. Puisque la naissance est vécue par le bébé comme une résurrection, inconsciemment, par la suite, la psyché humaine reste constamment articulée autours de cette dialectique de mort et de résurrection. 

Selon la torah, les actions des parents ont des répercutions sur les enfants. Les enfants  « à naitre » vivent, d’une certaine manière, tout ce que les parents ont vécu avant même de les avoir conçus.

La société moderne considère le sperme et les œufs comme des matériaux physiques neutres, qui contiennent uniquement des informations  génétiques, mais dépourvues de vécu existentiel. Cependant, la torah pense que le sperme a un vécu, tout comme les ovules d’une femme. Selon la torah le corps enregistre les expériences passées, et ces expériences se trouvent transmises aux organes génitaux. (cf. genèse 49, 3, rashi et midrashim) 

Inconsciemment, depuis un très jeune âge, l’homme a le pressentiment d’être le support « d’âmes à naitre », et, depuis sa première enfance, il intuitionne que sa conscience réflexive s'adresse, en fait, aux générations à venir qu’il ressent à l’intérieur de lui. 

Mentalement, l’homme prend note de ses expériences passées, il les enregistre et il les analyses, d’abord, pour ne pas recommencer deux fois les mêmes erreurs, pour se calmer et prendre du recul, mais aussi, par ce qu’il pense que son expérience peut être précieuse aux générations futur qu’il porte en lui. Cette intuition ne peut pas être totalement dénuée de fondement.


Les documents

Baba kamah 92b

Raba [again] said to Rabbah b. Mari: Whence can be derived the saying of the Rabbis: 'If thy neighbour calls thee an ass put a saddle on thy back?'12  — He replied: As it is written: And he said: Hagar, Sarai's handmaid; Whence camest thou and whither goest thou? And she said: I flee from the face of my mistress Sarai.13

Raba [again] said to Rabbah b. Mari: Whence can be derived the popular saying: 'If there is any matter of reproach in thee be the first to tell it?' — He replied: As it was written: And he said, I am Abraham's servant.14

Raba again said to Rabbah b. Mari: Whence can be derived the popular saying: 'Though a duck keeps its head down while walking its eyes look afar'? — He replied: As it is written: And when the Lord shall have dealt well with my lord then remember thy handmaid.15  Raba [again] said to Rabbah b. Mari: Whence can be derived the popular saying, 'Sixty16  pains reach the teeth of him who hears the noise made by another man eating17  while he himself does not eat'? — He replied: As it is written, But me, even me thy servant and Zadok the priest, and Benaiah the son of Jehoiada, and thy servant Solomon, hath he not called.18  He said to him: You derive it from that verse, but I derive it from this verse, And Isaac brought her unto his mother Sarah's tent, and took Rebekah and she became his wife; and he loved her. And Isaac was comforted for his mother;19  and soon after it is written, And again Abraham took another wife and her name was Keturah.20

Raba [further] said to Rabbah b. Mari: Whence can be derived the popular saying, 'Though the wine belongs to the owner, the thanks are given to the butler'? — He replied: As it is written, And thou shalt put of thy honour upon him, that all the congregation of the children of Israel may hearken,21  and it is also written, 'And Joshua the son of Nun was full of the spirit of wisdom, for Moses had laid his hands upon him; and the children of Israel hearkened unto him. etc.22

Raba [again] said to Rabbah b. Mari: Whence can be derived the popular saying, 'A dog when hungry is ready to swallow even his [own] excrements'?23  — He replied: As it is written, The full soul loatheth an honeycomb, but to the hungry soul every bitter thing is sweet.24

Parasha

Le serviteur prit dix chameaux parmi les chameaux de son maître et partit, chargé de ce que son maître avait de meilleur. II s'achemina vers Aram Double Fleuve, du côté de la ville de Nahor. 11 II fit reposer les chameaux hors de la ville, près de la fontaine; c'était vers le soir, au temps où les femmes viennent puiser de l'eau. 12 Et il dit: "Seigneur, Dieu de mon maître Abraham! daigne me procurer aujourd'hui une rencontre et sois favorable à mon maître Abraham. 13 Voici, je me trouve au bord de la fontaine et les filles des habitants de la ville sortent pour puiser de l'eau. 14 Eh bien! la jeune fille à qui je dirai: ‘Veuille pencher ta cruche, que je boive’ et qui répondra: ‘Bois, puis je ferai boire aussi tes chameaux’, puisses-tu l'avoir destinée à ton serviteur Isaac et puissé-je reconnaître par elle que tu t'es montré favorable à mon maître!" 15 II n'avait pas encore fini de parler, que voici venir Rébecca, la fille de Bathuel, fils de Milka, épouse de Nahor, frère d'Abraham, sa cruche sur l'épaule. 16 Cette jeune fille était extrêmement belle; vierge, nul homme n'avait encore approché d'elle. Elle descendit à la fontaine, emplit sa cruche et remonta. 17 Le serviteur courut au-devant d'elle et dit: "Laisse-moi boire, s'il te plaît, un peu d'eau à ta cruche." 18 Elle répondit: "Bois, seigneur." Et vite elle fit glisser sa cruche jusqu'à sa main et elle lui donna à boire. 19 Après lui avoir donné à boire, elle dit: "Pour tes chameaux aussi je veux puiser de l'eau, jusqu'à ce qu'ils aient tous bu." 20 Et elle se hâta de vider sa cruche dans l'abreuvoir, courut de nouveau à la fontaine pour puiser et puisa ainsi pour tous les chameaux. 21 Et cet homme, émerveillé, la considérait en silence, désireux de savoir si l'Éternel avait béni son voyage ou non. 22 Lorsque les chameaux eurent fini de boire, cet homme prit une boucle en or, du poids d'un béka et deux bracelets pour ses bras, du poids de dix sicles d'or; 23 et il dit: "De qui es-tu fille? daigne me l'apprendre. Y a-t-il dans la maison de ton père de la place pour nous loger?" 24 Elle lui répondit: "Je suis la fille de Bathuel, fils de Milka, qui l'a enfanté à Nahor;" 25 Elle lui dit encore: "II y a chez nous de la paille et du fourrage en abondance et de la place pour loger." 26 L'homme s'inclina et se prosterna devant l'Éternel 27 et iI dit: "Beni soit l’Éternel, Dieu de mon maître Abraham, qui n’a pas retiré sa faveur et sa fidélité à mon maître!" 28 La jeune fille courut dans la chambre de sa mère et raconta ces choses. 29 Or, Rébecca avait un frère nommé Laban. Laban accourut auprès de l'homme qui se tenait dehors, près de la fontaine. 30 Lorsqu'il vit la boucle et les bracelets aux bras de sa sœur; lorsqu'il entendit sa sœur Rébecca dire: "Ainsi m'a parlé cet homme", il était allé vers lui. Celui-ci attendait près des chameaux, au bord de la fontaine. 31 Laban lui dit: "Viens, bien-aimé du Seigneur! pourquoi restes-tu dehors, lorsque j'ai préparé la maison et qu'il y a place pour les chameaux?" 32 L'homme entra dans la maison et déchargea les chameaux; on apporta de la paille et du fourrage pour les chameaux et de l'eau pour laver ses pieds et les pieds des hommes qui l'accompagnaient. 33 On lui servit à manger; mais il dit: "Je ne mangerai point, que je n'aie dit ce que j'ai à dire." On lui répondit: "Parle." 34 Et il dit: "Je suis le serviteur d'Abraham. 35 L'Éternel a béni grandement mon maître, de sorte qu'il est devenu puissant: il lui a accordé menu et gros bétail, argent et or, esclaves mâles et femelles, chameaux et ânes. 36 Sara, l'épouse de mon maître, a enfanté, vieille déjà, un fils à mon maître; celui-ci lui a fait don de tous ses biens. 37 Or, mon maître m'a adjuré en disant: ‘Tu ne prendras point une épouse à mon fils parmi les filles des Cananéens, dans le pays desquels je réside. 38 Non; mais tu iras dans la maison de mon père, dans ma famille et là tu choisiras une épouse à mon fils.’ 39 Et je dis à mon maître ‘Peut-être cette femme ne me suivra-t-elle pas?’ 40 Il me répondit: ‘L'Éternel, dont j'ai toujours suivi les voies, placera son envoyé à tes côtés et il fera prospérer ton voyage et tu prendras une femme pour mon fils dans ma famille, au foyer de mon père. 41 Alors tu seras libéré de mon serment, puisque tu seras allé dans ma famille; pareillement, s'ils te refusent, tu. seras libéré de ce serment.’ 42 Or, aujourd'hui, je suis arrivé près de la fontaine et j'ai dit: ‘Éternel, Dieu de mon maître Abraham! veux-tu, de grâce, faire réussir la voie où je marche? 43 Eh bien! je suis arrêté au bord de cette fontaine: s'il arrive qu'une jeune fille vienne pour puiser, que je lui dise: ‘Donne moi, je te prie, à boire un peu d'eau de ta cruche’ 44 et qu'elle me réponde: ‘Non seulement bois toi-même, mais pour tes chameaux aussi je veux puiser’, que ce soit là la femme que l'Éternel agrée pour le fils de mon maître. 45 Je n'avais pas encore achevé de parler en moi-même, voici que Rébecca s'est approchée, sa cruche sur l'épaule; elle est descendue à la fontaine et a puisé et je lui ai dit: ‘Donne-moi, s'il te plait à boire.’ 46 Aussitôt elle a oté sa cruche de dessus son épaule, en disant: ‘Bois et puis j’abreuverai tes chameaux.’ 47 Je l’ai interrogée, disant: ‘De qui es-tu fille?’ Elle a répondu: ‘De Bathuel, fils de Nahor, que Milka a enfanté à celui-ci.’ Alors j'ai passé la boucle à ses narines et les bracelets à ses bras. 48 Et je me suis incliné et prosterné devant l'Éternel; et j'ai béni l'Éternel, Dieu de mon maître Abraham, qui m'a dirigé dans la vraie voie, en me faisant choisir la parente de mon maître pour son fils. 49 Et maintenant, si vous voulez agir avec affection et justice envers mon maître, dites-le moi; sinon, dites-le moi, afin que je me dirige à droite ou à gauche." 50 Pour réponse, Laban et Bathuel dirent: "La chose émane de Dieu même! nous ne pouvons te répondre ni en mal ni en bien. 51 Voici Rébecca à ta disposition, prends-la et pars; et qu'elle soit l'épouse du fils de ton maître, comme l'a décidé l'Éternel." 52 Le serviteur d'Abraham, ayant entendu leurs paroles, se prosterna à terre en l'honneur de l'Éternel; 53 puis il étala des bijoux d'argent, des bijoux d'or et des parures, les donna à Rébecca et donna des objets de prix à son frère et à sa mère. 54 Ils mangèrent et burent, lui et les gens qui l'accompagnaient et passèrent la nuit en ce lieu; quand ils furent levés le lendemain, il dit "Laissez-moi retourner chez mon maître."

Rashi 27 1

Ses yeux étaient affaiblis Par la fumée des offrandes idolâtres de ces femmes (Midrach tan‘houma 8). Autre explication : Au moment où il avait été lié sur l’autel et où son père était sur le point de l’immoler, au même instant, les cieux s’étaient ouverts et les anges servants avaient vu cela et avaient pleuré. Leurs larmes avaient coulé et étaient tombées dans ses yeux. Voilà pourquoi ses yeux s’étaient affaiblis (Beréchith raba 65, 6). Autre explication : afin que ce soit Ya’aqov qui reçoive les bénédictions (Beréchith raba 65, 8).

Rashi 28 13

Et Eloqim de Yits‘haq Il est vrai que, nulle part dans le texte, le Saint béni soit-Il n’a associé de leur vivant Son nom à celui des justes, en écrivant « Eloqim d’un tel », car il est écrit : « même en Ses saints Il n’a pas confiance » (Iyov 15, 15). Ici, cependant, Il a uni Son nom à celui de Yits‘haq, parce que sa vue s’était assombrie et qu’il était obligé de rester chez lui. Il était donc comme mort, et son penchant au mal l’avait quitté, [de sorte qu’il était devenu hors d’état de pécher] (Midrach tan‘houma guemara).

Rébecca, levant les yeux, aperçut Isaac et se jeta à bas du chameau; 65 et elle dit au serviteur: "Quel est cet homme, qui marche dans la campagne à notre rencontre?" Le serviteur répondit: "C'est mon maître." Elle prit son voile et s'en couvrit. 66 Le serviteur rendit compte à Isaac de tout ce qu'il avait fait. 67 lsaac la conduisit dans la tente de Sara sa mère; il prit Rébecca pour femme et il l'aima et il se consola d’avoir perdu sa mère.

Rashi

Elle vit Yits‘haq Elle l’a trouvé si beau qu’elle en est restée saisie.

Midrash

בראשית רבה (תיאודור-אלבק) פרשת חיי שרה פרשה ס « רבנין אמ' הוא פילסונו, הלזה אליו זה « .

Elle l’a vu lui et son ecuiller. Puisque le verset dit qui est est cet homme lui apartenant.

ילקוט שמעוני תורה פרשת חיי שרה רמז קט

ויצא יצחק לשוח בשדה מהיכן יצא מגן עדן, ותפול מעל הגמל לפי שראתה ברוח הקדש שעתיד לצאת ממנו עשו הרשע נזדעזעה ונעשית מוכת עץ ויצא ממנה דם בתולים מיד אמר הקב"ה לגבריאל רד ושמור את הדם שלא יסריח ולא יהיה בו מום בא יצחק עליה ולא מצא לה בתולים חשדה מאליעזר אמר לה בתולותיך היכן הן אמרה לו כשנפלתי מן הגמל נעשיתי מוכת עץ אמר לה שקר את מדברת אלא אליעזר פגע בך ונשבעה לו שלא נגע בה הלכו ומצאו העץ צבוע דם מיד ידע יצחק שהיא טהורה אמר הקב"ה מה אעשה לעבד הזה שהיה חשוד אמר למלאכי השרת הכניסוהו חי בגן עדן הוא אליעזר בן נמרוד והוא תמיה גדולה יצחק יצא מגן עדן חי ואליעזר נכנס לגן עדן חי:

Par ce qu’elle a vu essav qui allait sortir de lui elle a eu peur et elle est tombe, et en tombant elle a perdu son hymen.

בראשית רבה (וילנא) פרשת חיי שרה פרשה ס

שתים הם שנתכסו בצעיף וילדו תאומים, רבקה ותמר, רבקה, ותקח הצעיף, תמר, ותכס בצעיף ותתעלף,

Deux personnes se sont recouvertes d’un voile et elles ont eu des jumeaux. Tamar et rivkah, au sujet de tamar il est dit « et elle se prit dans un  voile et s'en couvrit», et au sujet de tamar il est dit  « elle prit le voile et s'en couvri »

Genèse 38 27

Or il se trouva, lors de son enfantement, qu'elle portait des jumeaux dans son sein.

Rashi

Que voici des jumeaux Le mot « jumeaux » est écrit ici en entier : teomim, alors que chez Rivqa il est écrit dans une forme défective (tomim, sans waw ni yod). C’est que l’un des jumeaux, chez celle-ci, était un impie, tandis que chez Tamar tous deux seront des justes (Beréchith raba 85).