• Rav Uriel Aviges

Haye Sarah 5771

Pour la refuah chelemah de Mordehai Chalom ben Sarah

Dans La hafatarah il apparait que Salomon, le fils de Bat Sheva, devait hériter de la couronne de son père. Il y a lieu de s’interroger sur la raison de de choix. En effet les prophètes nous parle d’un autre fils de David appelé « Kaleav », le fils d’Abigail. Le talmud dans Berahot 4 dit que Kaleav était plus âgé que Salomon et plus sage que lui. Le talmud dit aussi que Kaleav n’a jamais commis une seule faute de sa vie. Kaleav était le chef du sanhédrin, il avait le même visage que son père David.

Pourquoi la prophétie a-t-elle choisi Salomon, le fils de Bat Sheva, plutôt que le fils d’Abigail, Kaleav ? De plus les deux femmes Abigail et Bat Sheva étaient des femmes mariées à d’autres hommes, David a fait des avances à ces deux femmes, Abigail a refusé, elle est restée fidele à son mari jusqu’à sa mort, alors que Bat Sheva a trompé son mari. Pourquoi la torah semble-t-elle récompenser la femme adultère au détriment de la femme fidele?

Pour répondre à cette question nous devons approfondir les textes qui nous parlent des ces deux femmes et de leurs rapport avec David et leur maris.

Commençons par Abigail voici le chapitre du livre de Samuel qui parle de sa rencontre avec David …Or, il y avait un homme à Maon, ayant son bien à Carmel; cet homme était très notable, possédait trois mille brebis et mille chèvres, et il assistait à la tonte de son bétail à Carmel. 3 Cet homme avait nom Naval, et sa femme s'appelait Abigaïl. La femme était intelligente et belle, l'homme dur et de mauvaise conduite; c'était un Calébite. 4 David, ayant appris dans le désert que Naval faisait tondre son bétail, 5 envoya dix serviteurs en leur disant: "Montez à Carmel, allez trouver Naval, et saluez-le en mon nom. 6 Et vous direz: Ainsi soit pour la vie! Sois en paix, en paix ta maison, en paix tout ce qui t'appartient! 7 Or, j'ai appris qu'on fait pour toi la tonte; tant que tes bergers ont été près de nous, nous ne les avons pas molestés, ils n'ont éprouvé aucune perte tout le temps de leur séjour à Carmel. 8 Demande à tes gens, qu'ils te le disent! Et que mes serviteurs trouvent bon accueil auprès de toi, puisque nous sommes venus en un jour de fête. Veuille donner ce dont tu peux disposer à tes serviteurs et à ton fils David." 9 Les serviteurs de David y allèrent et dirent fidèlement toutes ces paroles à Naval de la part de David; puis ils attendirent. 10 Naval répondit aux serviteurs de David: "Qui est David? Qui est le fils de Jessé? Il y a beaucoup de serviteurs aujourd'hui qui s'émancipent de chez leurs maîtres! 11 Et je prendrais mon pain, mon eau, mes bêtes que j'ai tuées pour mes tondeurs, et je les donnerais à des hommes venus je ne sais d'où!" 12 Les serviteurs de David rebroussèrent chemin et, de retour, lui rapportèrent toutes ces paroles. 13 Et David leur dit: "Que chacun de vous ceigne son épée! Et chacun ceignit son épée, David aussi ceignit la sienne, et ils montèrent à la suite de David, au nombre d'environ quatre cents hommes, et deux cents restèrent près des bagages. 14 Cependant un des serviteurs informa Abigaïl, femme de Naval, en disant: "David avait envoyé des hommes chargés de saluer notre maître, mais celui-ci les a rudoyés. 15 Or, ces hommes étaient très bons pour nous; nous n'avons subi aucun désagrément, aucune perte, tout le temps que nous avons frayé avec eux, que nous étions aux champs. 16 Ils nous ont servi de rempart la nuit comme le jour, tant que nous avons été avec eux, paissant le bétail. 17 Avise maintenant à prendre un parti, car c'en est fait de notre maître et de toute sa maison; il est d'ailleurs trop violent pour qu'on ose lui parler." 18 Abigaïl, en toute hâte, prit deux cents pains, deux outres de vin, cinq brebis tout accommodées, cinq mesures de froment grillé, cent gâteaux de raisins secs et deux cents gâteaux de figues, qu'elle fit charger sur des ânes, 19 et elle dit à ses serviteurs: "Passez devant moi, je vous suis"; mais à son époux Naval elle n'en dit rien. 20 Or, tandis que, montée sur un âne, elle descendait par un pli de la montagne, David et ses hommes descendaient à l'opposite; et elle les rencontra. 21 David avait dit: "C'est donc en vain que j'ai préservé tout ce que cet homme possédait dans le désert, de sorte qu'il n'a éprouvé aucune perte! Et lui m'a rendu le mal pour le bien! 22 Que Dieu en fasse autant et plus aux ennemis de David, si d'ici au point du jour je laisse subsister, de ce qui lui appartient, la moindre créature!" 23 Abigaïl, en voyant David, descendit de l'âne en toute hâte, se jeta sur la face devant David et se prosterna par terre. 24 Puis elle se jeta à ses pieds et dit: "A moi, seigneur, à moi la faute! Mais permets à ta servante de t'adresser quelques mots, et écoute les paroles de ta servante. 25 Que mon seigneur ne s'occupe pas de cet homme indigne, de Naval, car il ressemble à son nom: Naval il se nomme, et naval est son caractère. Pour moi, ta servante, je n'ai pas vu les jeunes gens envoyés par mon seigneur. 26 Et maintenant, seigneur, j'en atteste le Dieu vivant et ta propre vie, ce Dieu qui t'aura préservé de t'engager dans le sang et de te venger par ta propre main, oui, ils seront comme Naval, tes ennemis, ceux qui veulent du mal à mon seigneur. 27 Quant au présent que ta servante a apporté à son seigneur, qu'il soit remis aux jeunes gens de sa suite. 28 Daigne faire grâce à ta servante! Certes, l'Eternel donnera à ta maison, seigneur, une existence durable, car ce sont les guerres de l'Eternel que tu soutiens, et, de ta vie, le malheur ne t'atteindra. 29 Que si on s'avisait de t'attaquer et d'en vouloir à ta vie, l'existence de mon seigneur restera liée au faisceau des vivants que protège l'Eternel, ton Dieu, tandis qu'il lancera au loin, avec la fronde, celle de tes ennemis. 30 Or, quand l'Eternel aura accompli pour toi, seigneur, tout le bien qu'il t'a promis, et qu'il t'aura institué chef d'Israël, 31 il ne faut pas que ceci devienne pour toi, seigneur, un écueil, une cause de remords, d'avoir versé le sang inutilement, et de t'être fait justice toi-même. L'Eternel te rendra heureux, seigneur, et tu te souviendras de ta servante." 32 David répondit à Abigaïl: "Béni soit l'Eternel, Dieu d'Israël, de t'avoir envoyée aujourd'hui à ma rencontre! 33 Et bénie soit ta prudence et bénie sois-tu, toi qui m'as empêché aujourd'hui de m'engager dans les sangs et de demander secours à ma propre main! 34 Mais certes, par l'Eternel, Dieu d'Israël, qui m'a préservé de te faire du mal, si tu n'avais pas pris les devants en venant à moi, certes, d'ici au point du jour pas la moindre créature ne fût restée à Naval!" 35 David accepta de sa main ce qu'elle lui avait apporté, et lui dit: "Retourne en paix chez toi; vois, j'ai cédé à ta parole et t'ai fait bon accueil.” A la fin du chapitre Naval meurt et Abigail se marie avec David.

La conduite d’Abigail parait exemplaire. Elle est mariée avec un homme mauvais, elle reçoit des avances de la part de David et elle choisit de sauver son mari et sa famille plutôt que d’accepter les avances de David. Le talmud dans Mégila 14b est pourtant plus mitigé lorsqu’il parle de cet épisode. Le talmud dit “le verset dit que “tu sois béni de m’avoir sauvé de m’engager dans « les sangs », le pluriel du verset signifie qu’il y avait au moins deux types de sang, quels sont les deux sangs dont il est question? Cela vient nous apprendre qu’Abigail s’est dénudée devant David, et que David lui a couru après sur une distance de plusieurs kilomètres, consumé par le désir. Il lui a demandé d’avoir des rapports avec lui, et elle lui répondu “il ne faut pas que cette action soit pour toi une embuche”. Du fait qu’elle dise “cette action” on comprend qu’elle savait qu’il y aurait une autre action. D’ici on peut déduire qu’Abigail savait par prophétie que David allait avoir des rapports avec une autre femme mariée plus tard.” Le talmud continu “ et D fera du bien à mon maitre et il se souviendra de son esclave”, rav Nahman dit d’ici on comprend le proverbe disant “une femme lorsqu’elle file la laine elle continue à parler” (Rashi explique dans son commentaire sur le talmud, qu’Abigail savait par prophétie que son mari allait mourir, et, par cette phrase, “il se souviendra de son esclave”, elle demande à David de se marier avec elle après la mort de son mari. Abigail refuse les avances de David, mais elle a attisé le désir de David pour qu’il se marie avec elle après la mort de son mari. Comme dit le proverbe de « la femme qui file tout en parlant », lorsqu’une femme dit “non” elle pense “oui”). Le talmud continue en citant un autre proverbe : « D’autres expliquent “une oie arrête de marcher mais ses yeux regardent au loin” (pour rachi ce proverbe signifie la même chose que le précédent. L’oie fait semblant de ne voir que le présent en s’arrêtant de marcher, alors qu’elle pense au futur, ainsi les femmes font semblant de réagir sur l’instant alors qu’elles calculent le futur.)

Un autre passage du midrash Tanhumah parashat Toldot nous donne plus d’indications sur le rapport entre David et Abigail et son fils Kaleav. Le midrash dit “pourquoi le nom du fils d’Abigaël était Kaleav?, par ce qu’il était entièrement son père (“coulo av”, signifie “il était entièrement son père ” en hébreu)”. Le midrash continue en disant “tout celui qui voyait Kaleav disait: “il est comme son père,” par ce que son visage était identique au visage de son père David. Le midrash explique que c’était un miracle que D avait fait. Certains pensaient que Kaleav était le fils de Naval, pour faire taire les mauvaises langues D avait fait le visage de Kaleav identique à celui de son père David. Abigail a appelle son fils Kaleav, “c’est tout son père”, pour montrer à tout le monde que le père c’était David et pas Naval.

Il y a cependant un hic, le hic c’est que Naval est appelle aussi “calbi”, de la famille de Kaleb. En voulant nommer son fils au nom de David, inconsciemment Abigail l’appelle au nom de son ancien mari. Qu’est ce que ça veut dire?

En fait, pour Abigail, il n’y a pas de distinction entre David et Naval. Naval est l’homme mauvais, David est l’homme bon, mais ils sont simplement les deux faces d’un même personnage. C’est ce que le talmud signifiait en disant “une femme parle tout en filant la laine” Abigail est capable de voir en deux hommes qui s’opposent symétriquement une seule et même personne.

Les psychologues ont découvert en analysant le phénomène de l’adultère, que les individus désirent un être interdit en fonction de leur partenaire actuelle. Par exemple si Patrick vie avec Germaine, il fantasme de la tromper avec Mireille. Mais si Patrick change de partenaire et qu’il vie avec une dénommée Valérie, il ne fantasmera plus sur Mireille mais sur une autre femme, Sylvie. Par ce que dans la relation adultère l’amant ou l’amante interdits sont toujours choisit en fonction du partenaire actuel. Les amants représentent le complément symétrique du partenaire actuel. L’amant n’est désiré que par ce qu’il représente ce que le partenaire actuel n’a pas. Lorsque Abigail vivait avec Naval, qui était un vieux pervers, Abigail voulait se marier avec un jeune vertueux comme David. Mais tout en étant marié avec un jeune vertueux, elle reste liée dans le souvenir avec le vieux pervers.

Avant de revenir plus en profondeur beezrat Hashem sur la relation entre David et Abigail, j’aimerais citer la manière dont le talmud dans Sanhedrin envisage la faute de David avec Bat Cheva. Le talmud dans Sanhedrin 107 raconte l’anecdote suivante : “ David a demandé à D : “pourquoi dit-on le D d’Abraham, le D de Isaac, le D de Jacob et pas le D de David?” D a répondu : “eux ils ont été éprouvés par de épreuves, toi tu n’as pas été éprouvé”, David a répondu “éprouve-moi tout de suite!”. D a répondu “je vais t’éprouver par une épreuve concernant les rapports sexuels interdits”. Après avoir entendu cela, David, a passé sa journée à avoir des rapports sexuels avec ses femmes, en pensant ainsi affaiblir son mauvais penchant. Mais, il a fait une erreur, par ce que la halakha dit “il y a un petit membre dans l’homme, si on le rassasie il est affamé et si on l’affame il est rassasié”.

Que veut dire le talmud avec cette halakha. Si on prend la phrase du talmud au mot elle semble signifier que la sexualité pulsionnelle spontanée n’existe pas chez l’homme. Si l’homme ne tient pas compte de sa sexualité, il ne sentira aucun désir. C’est lorsque l’homme décide d’éprouver un plaisir sexuel qu’il commence à désirer. Mais de manière spontanée l’homme ne ressent pas de désir. L’homme doit vouloir s’échapper de lui même pour désirer. Tout désir sexuel est une fuite de la réalité, si David n’avait pas cherché à s’échapper de la réalité en ayant des rapports avec ses femmes, il n’aurait pas été éprouvé par un désir adultère pour Bat Cheva.

Ce qui ressort des histoires de Bat Cheva et d’Abigail c’est que tout désir est fantasme, et que tout fantasme est infidèle. On se rend bien compte dans l’histoire de David et Bat Cheva que l’on ne peut pas séparer complètement le désir des épouses légitimes du désir adultère. Cette même idée se constate du coté féminin chez Abigail. Abigail ne sait pas si elle trompe son mari ou si elle lui reste fidele. Tout désir même pour un partenaire légitime, renferme en lui un désir adultère, puisque lorsque l’on désir l’autre, on le fétichise et en le fétichisant on lui attribut un rôle et une limite. On crée cette limite en lui créant un alter ego qui symbolise sa symétrie.

L’individu a besoin de créer l’interdit pour désirer, l’interdit n’est pas nécessairement un interdit moral, c’est plutôt une impossibilité physique. Il faut psychiquement créer le partenaire que l’on n’aura pas, le partenaire impossible, pour désirer le partenaire légitime. Le partenaire légitime n’est désirable que par ce qu’il constitue un choix entre lui même et un partenaire interdit. Le partenaire légitime est désirable par ce qu’il constitue le sacrifice du partenaire interdit.

C’est pour cela qu’Abigail n’est pas aussi fidele à son mari qu’il le paraissait à première vue, elle n’arrive pas dépasser ce stade de la relation. Elle reste liée à un mari à deux visage Naval/David.

Si on approfondit le passage du talmud de Sanhedrin cité plus haut on peut aller plus loin dans notre analyse.

En effet, on pourrait se demander la raison du phénomène décrit, pourquoi l’homme ne peut il désirer que dans un choix binaire? Pourquoi tout désir doit être un sacrifice? Pourquoi il ne peut pas y avoir de désir sans frustration?

Le talmud cité plus haut expliquait que David est amené à l’épreuve par ce qu’il veut que l’on puisse dire “le D de David”, alors que l’on dit simplement “le bouclier de David”.

En schématisant on peut interpréter que David est ambitieux. Il n’est pas satisfait de son niveau actuel. David a tout, dans la bible David c’est Mozart, Napoléon, Casanova, Maimonide, Homer et Baba Salé dans la même personne. David est un grand musicien, un grand home de guerre, un grand home d’état, un grand tombeur, le plus grand décisionnaire halakhique, et le plus pieux des hommes. David ne devrait ressentir aucune frustration, pourtant le talmud nous dit qu’il est frustré que l’on ne dise pas « le D de David ». Cette frustration entraine le fait que David va demander des épreuves, D lui envoi une épreuve liée au désir sexuel. Pourquoi le désir sexuel ? Par ce que le talmud veut nous montrer que le désir sexuel est lié à l’ambition et à la frustration sociale ou spirituelle.

David voudrait avoir plus que ce qu’il a, il est frustré. Cette frustration cette volonté d’être quelque chose d’autre, est la racine du désir sexuel. En effet, Le désir sexuel, à l’image de l’ambition, c’est une fuite dans le fantasme. Dans le désir sexuel l’homme cherche à fuir la réalité de son corps. Comme nous l’avons vu précédemment, pour le talmud le corps humain n’est pas sexué, c’est son esprit qui l’est. Toute sexualité est donc d’abord une fuite du corps et de la réalité.

De même, par l’ambition l’homme cherche à fuir sa condition corporelle actuelle. A cette étape du mouvement psychique il y a une déconnection entre la réalité, d’une part et le désir, d’autre part.

Normalement le rapport sexuel légitime permet à l’homme de reconnecter le corps avec le désir. La sexualité permet à l’homme de gérer le lien entre sa condition actuelle et son ambition. Par l’acte sexuel l’homme reconnecte la réalité corporelle avec sa volonté de changer et d’évoluer.

Cette reconnexion s’opère par l’intermédiaire de la bipolarisation du désir. Nous avons vu précédemment que le désir est toujours bipolaire. Dans le désir il y a d’une part l’acte interdit et impossible, et d’autre part l’acte permis et licite, l’adultère et le conjoint légitime.

Dans cette situation l’homme a deux options, soit il transgresse l’interdit, soit il reste fidèle. Si l’homme transgresse l’interdit et qu’il commet l’impossible, alors il est à jamais rejeté de la réalité du monde et du corps. L’acte impossible c’est l’acte que l’homme ne peut pas assumer, s’il le commet, il est condamné à devoir se fuir lui-même pour l’éternité. Si il transgresse l’interdit l’homme et rejeté de son corps, il est condamné à vivre dans le monde du rêve et de la négation de soi (rapport sado-maso).

Mais si l’homme choisit l’acte permis et légitime alors au contraire l’ambition et la volonté de changement peuvent se reconnecter à la réalité à travers la jouissance du corps. Par l’acte permit avec le conjoint légitime, l’homme arrive à relier son désir de changement, sa volonté de progrès avec sa condition actuelle.

La sexualité permet de gérer les rapports de l’homme à la société et à son corps. Elle peut avoir un effet schizophrénique (si on transgresse l’interdit) ou anti-schizophrénique (si on reste dans le permis). L’effet anti-schizophrénique ne peut opérer que par ce qu’il est la négation de l’effet schizophrénique. L’homme se reconnecte à sa réalité par la jouissance de son corps, par ce que cette jouissance est un choix qui nie l’impossible. C’est pour cela que le désir ne peut être que bipolaire (CQFD).

Le talmud en nous racontant cette histoire de David voulait nous décrire cette idée. David ne peut avoir du désir sexuel que par ce qu’il veut ressentir une ambition.

Revenons a la question de départ pourquoi Salomon est choisi comme roi plutôt que Kaleav ?

Par ce que dans la relation permise décrite plus haut, la reconnexion de l’homme avec son désir reste une relation narcissique. Dans cette relation l’homme se reconnecte avec lui-même par ce qu’il jouit de son corps d’une manière permise. Mais les deux partenaires restent en fait étrangers l’un à l’autre. Chacun des partenaires utilise l’autre pour se retrouver lui-même.

Apres la jouissance les partenaires redeviennent étrangers. Le midrash dans parashat Tazria dit « David a dit à D « même le pieu parmi les pieux ne cherche que son plaisir, même mon père Yshai avait abandonné son sperme, mais c’est toi D qui l’a rassemblé dans le ventre de ma mère, la preuve en est que lorsque les partenaires ont fait leurs besoins ils se retournent et dorment chacun de leurs cotés, alors que toi D tu t’occupes de ma fécondation.» la relation classique entre époux a ses limites. Apres la techouvah, celle de Bat Cheva et David était plus profonde.

Dans le cas de Bat Cheva, du fait que l’acte de David était interdit, David n’a pas pu assumer son acte sexuel. Ce n’est que grâce à la naissance de Salomon que David peut assumer sa relation avec Bat Cheva. Si Bat Cheva a un enfant, alors la relation a eu un sens, elle peut avoir existé. C’est l’existence de Salomon qui a permis à David de relier son corps et son âme. (De même que Juda n’a assumé son acte avec Tamar que par la naissance des enfants.) Le rapport entre David et Bat Cheva se trouve plus authentique que le rapport liant David et Abigail.

De ce fait le rapport de David avec Salomon était plus authentique que celui de David avec Kaleav. Kaleav avait le même visage que David, il porte le nom de son père, mais justement, le fait qu’un homme s’identifie à son père montre un éloignement entre le père et le fils. Si le fils s’identifie complètement au père, cela montre que le père n’est pour le fils qu’une image idéalisée sans consistance qu’il faut imiter. Dans ce cas, le fils ne connait pas vraiment son père et il ne s’assume pas lui même. Le fait qu’un enfant se démarque de son père montre au contraire une grande proximité entre le père et l’enfant. Lorsque le fils connait son père et ses défauts, par cette connaissance il s’assume lui-même et il devient capable de choisir son propre chemin.

Il en va de même dans le rapport maitre et élèves, si un homme veut que ces élèves s’épanouissent dans leurs chemins propres il n’y arrivera pas en s’éloignant d’eux, au contraire, en faisant cela, il deviendra de plus en plus une image idéalisée pour ses élèves. Cette image risque de dévorer leurs personnalités, c’est au contraire par le rapprochement que le maitre peut donner une autonomie à l’élève.

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