©2018 by Uriel Aviges.

  • Rav Uriel Aviges

Haye Sarah 5769


1- La feuille et les épines

Le verset dit « Et Avraham s’est remarié (après la mort de Sarah) et il prit une femme dont le nom était Ketorah », Le Midrash Rabah 61:1 commente ce verset, “ il est écrit dans les psaumes (1)”heureux est l’homme qui n’est pas allé dans le chemin des mauvais” etc. il sera comme un arbre”, c’est Avraham, “qui donnera son fruit en son temps”, c’est Ishmaël, “et dont la feuille ne flétrira pas”, c’est Itzhak, “et tout ce qu’il fera réussira”, ce sont les enfants de Ketorah. Or ce Midrash est étonnant, car ce que le Midrash veut dire en appliquant le verset des psaume à Avraham, c’est que le véritable fruit d’Avraham, c’est Ishmaël, et que la véritable réussite d’Avraham ce sont les enfants de Ketorah (des tributs africaines), alors qu’Itzhak n’est qu’une feuille, or la feuille d’un arbre fruitier n’est là que pour protéger le fruit, comment le Midrash peut il donc dire qu’Itzhak n’est même pas un fruit comparé aux autres enfants d’Avraham?

Le Yalkut Chimoni dans Chir Hachirim 985 commente sur le verset (2-1) “comme une rose au milieu des ronces”, c’est Rivkah la fille de Betuel la sœur de Lavan”, si Itzhak est une feuille Rivkah est une rose, c’est une rose entourée de ronces, son frère et son père, les épines protègent la rose, mais ils peuvent aussi l’abimer. Le sens de l’histoire de notre parasha qui raconte le mariage de Itzhak avec Rivkah, c’est sortir la rose des ronces qui la protège pour qu’elle se retrouve protégée par des feuilles, on peut aussi déduire de ces Midrashim que c’est de Rivkah, que principalement va dépendre la descendance du couple, Itzhak n’est que la feuille qui protège la fleur qui donnera le fruit.

2- Le chameau et l’âne

Le verset stipule que lorsqu’Eliezer a ramené Rivkah en Israël à la maison d’Avraham et Itzhak, il a fait chevaucher Rivkah sur un chameau, ce qui était rare pour l’époque, en général on voyageait à dos d’âne, le Midrash (Rabah ad hoc), dit que la raison pour laquelle Eliezer est venu chercher Rivkah avec des chameaux, c’est par ce qu’il savait prophétiquement que de la même manière qu’un chameau a un signe de pureté, il rumine, et qu’il a un signe d’impureté, il n’a pas les sabots fendus, ainsi Rivkah allait avoir deux fils, un qui serait un juste, Jacob, et un qui serait un racha, Esaü. 

Note : ce paragraphe a ete ecrit en assumant que l'ane avait les sabots fendus ce qui n'est pas le cas

Ce Midrash est difficile car dans le cas de l’âne on trouve aussi deux signes contradictoires, un signe de pureté il a des sabots fendus, et un signe d’impureté il ne rumine pas, donc le Midrash n’a pas répondu a la question initiale, pourquoi un chameau, plus qu’un âne? On pourrait même renforcer la question, puisque l’on sait qu’Esaü est symbolisé par le cochon qui ne rumine pas mais qui a les sabots fendus. On dit que le symbole d’Esaü était le cochon par ce que la perfection d’Esaü est uniquement extérieur, et que l’intérieur est pourri, comme le cochon dont les sabots sont fendus, ce qui est un signe apparent de pureté extérieure, alors qu’il ne rumine pas, ce qui est un signe d’impureté intérieure, or les signes du cochon sont aussi ceux de l’âne, donc un âne qui a les même signes que le cochon aurait été plus approprié qu’un chameau, pour symboliser le rapport entre Jacob et Esaü en gestation chez Rivkah, puisqu’à l’extérieur Jacob et Esaü étaient parfaits, et ce n’est qu’à l’intérieur qu’Esaü avait un problème.

Une autre question se pose sur le Midrash, pourquoi Eliezer savait il déjà d’avance que Rivkah allait mettre au monde un rasha, et si c’était le cas pourquoi l’a-t-il choisi comme épouse pour Jacob?

3- Le foulard qui couvre même le visage

La torah nous raconte la rencontre entre Rivkah et Itzhak, dans les versets on met en opposition radicale la réaction de Itzhak a celle de Rivkah, en effet le verset dit “Itzhak a vu des chameaux qui venaient” alors, que Rivkah voit Itzhak et “elle tombe du chameau”, et “elle demande à l’esclave, qui est cet homme qui vient à notre rencontre, et l’esclave dit c’est mon maitre, et elle prit un foulard et elle se recouvrit.”

D’un cote la torah montre une sidération de Rivkah quand elle voit Itzhak, cette sidération est d’ailleurs accentuée dans les Midrashim que Rashi rapporte partiellement.

Ensuite le Midrash commente “il y a deux femmes qui se sont recouvertes avec un foulard, et qui ont eu deux jumeaux, Rivkah et Tamar.”, en effet la même expression est utilisée à quelques chapitres d’intervalle pour les deux femmes. Simplement pour Rivkah il est marqué et elle prit le foulard et elle se recouvrit “elle même”, alors que chez Tamar (qui était la belle fille de Yehudah qui s’était déguisée en prostituée pour avoir des rapports avec lui) il est marqué et “elle prit le foulard et elle recouvra” (sous entendu elle même). Il semble que le Midrash veuille mettre en relation, le comportement de Tamar qui se déguise en prostituée, en couvrant sa face et celui de Rivkah qui se recouvre la face en voyant Itzhak.

4- Le visage caché, c’est un visage double

Cependant il y a une différence fondamentale entre Tamar et Rivkah, les deux femmes auront des jumeaux, mais ceux de Tamar seront deux justes qui naissent prématurés, alors que les enfants de Rivkah naissent à terme, et un sera un tsadik et l’autre un rasha. Pourtant il y a un point commun entre les deux couple de jumeaux, c’est leur antagonisme, Esaü et Jacob se battent déjà dans le ventre de leur mère, et Perets et Zarah les enfants de Tamar aussi se battent dans le ventre de leur mère pour savoir qui sortira le premier, l’un est appelé au nom du soleil l’autre au nom de la lune, en général ils ne peuvent pas se marier entre eux, dans plusieurs passage du talmud on constate que les mariages entre les deux parties de la tribu de Juda finissent mal. Ce qui est clair c’est que dans les deux cas, de Tamar et de Rivkah, l’antagonisme des enfants provient du faite que leur mère a couvert son visage. Mais qu’est ce que cela veut dire?

5- Trop bon, trop con

Reprenons le récit de la parasha, la torah nous raconte tout le dialogue de Eliezer avec D pour choisir une femme, il choisit Rivkah par ce qu’elle lui donne à boire et par ce qu’elle donne aussi à boire au chameau et tout ça en courant, comme à l’armée, sans demander aucune rétribution. Tout ceci parait très joli si on lit la torah comme un compte de fée, ou un Harlequin, mais si on lit la torah come un livre de moral, alors, l’histoire n’a plus aucun sens. Imaginons que je suis dans un café en train de boire une bière, et qu’un type arrive entouré d’esclave, et garni de bijoux comme un sapin de noël, et qu’il me demande: “tu peux m’apporter une bouteille d’eau?, et est ce que tu peux faire le plein de mes voitures?”, si je lui répond “mais bien sur, si tu veux je peux même te cirer les chaussures”, je suis le roi des cons, la réaction normale est de lui répondre “t’as des esclaves, t’as de la tune, fais toi servir par ta clique ou bien sert toi toi même, je suis pas ton pigeon!” Si une fille se fait pigeonner comme Rivkah ce n’est pas de la bonté c’est de la connerie.

Pourquoi Eliezer a fait cela et pourquoi la torah nous raconte ca?

6- La honte de soi comme source de contradiction dans le rapport a l’autre

En fait si Rivkah a fait cela, c’est exactement pour la même raison qu’elle s’est couvert le visage, le Even Ezra dit si Rivkah s’est couvert le visage c’est par ce qu’elle avait honte, pourquoi a-t-elle honte? Par ce qu’elle se dit “qui suis je par rapport à Itzhak?, Itzhak a 40 ans elle a 3 ans, elle vient d’une famille qui n’est pas recommandable, Itzhak vient de la famille la plus importante de la région, elle ne peut que s’effacer, même devant un esclave comme Eliezer, elle n’est pas capable de tenir tête. Et c’est par ce qu’elle s’est effacée devant son mari et sa belle famille qu’elle était condamnée à avoir un enfant comme Esaü, à tomber du chameau.

Par ce que lorsque Rivkah est sidérée devant Itzhak, elle fait naitre un sentiment double, le premier c’est un sentiment d’amour pur, mais le deuxième c’est un sentiment de rejet et même de haine, puisqu’elle sent que face à Itzhak sa personnalité va être complètement écrasée. (C’est ce qui explique les crises des femmes dans la première année du mariage).

On verra dans la parasha de la semaine prochaine que Rivkah est dans un premier temps incapable d’avoir une relation de face à face avec Itzhak, puisque lorsqu’elle veut que Jacob reçoive les bénédictions elle est incapable d’avoir une discussion ouverte avec Itzhak à ce sujet, et c’est pour cela qu’elle a recourt au subterfuge, jusqu’à cette épisode Itzhak va plus considérer Rivkah comme sa fille que comme sa femme. Le face à face du rapport homme femme n’a pas encore lieu par ce que Rivkah a couvert sa face.

7- La honte comme moteur du progrès

Nous avons vu plus haut que les versets montrent explicitement l’opposition entre la sidération de Rivkah par Itzhak, et l’indifférence d’Itzhak qui ne voit que des chameaux. De plus, on se rend compte que le récit d’Eliezer à Itzhak n’est pas rapporté dans la torah, la torah dit simplement “et l’esclave raconta à Itzhak ce qu’il avait fait” Rashi explique selon le Maharal qu’Eliezer a omis toutes les choses négatives qu’il avait vu dans la famille de Rivkah, si jamais, Eliezer avait raconté à Itzhak la véritable origine de Rivkah, Itzhak n’aurais jamais accepté de se marier avec Rivkah, en effet Laban a tenté d’assassiner Eliezer, et il a joué d’autres tours pendables selon le Midrash, en fait c’est pour cela que le mariage avait du être fait par l’entremise d’un chadhan, par ce que si ce chadhan n’était pas intervenu pour arrondir les angles, le mariage n’aurait jamais eu lieu, par ce qu’Itzhak n’aurait jamais voulu.

Mais pourquoi donc ce n’était qu’à travers Rivkah que Jacob pouvait naitre?, pourquoi Eliezer a-t-il voulu faire un couple aussi déséquilibré que cela, marier une petite fille de 3 ans venant d’une famille peu recommandable, à Itzhak qui avait 40 ans et qui est immensément riche et puissant?

Pourquoi ce n’était que de cette manière que pouvait naitre le plus parfait des patriarches, Jacob, que l’on appelle dans la Kabala “la face d’homme qu’il y a dans la merkavah”? C’est par ce que la face de Jacob, c’est la face que Rivkah avait recouvert dans son foulard.

8- La face humaine dans le trône céleste

Qu’est ce que c’est que la face d’homme qu’il y a dans la merkavah?

Dans la vision de l’échelle Jacob voit des anges qui montent et qui descendent, Yonathan Ben Ouziel dit que les anges venaient voir la face de Jacob qui est la face humaine de la merkavah, et qui est le plus haut niveau que les anges peuvent atteindre dans leurs rapports à D. Qu’est ce que cela veut dire?

On sait que D est défini par les philosophes juifs Maimonide, rav Saadia etc., comme la “cause des causes” c’est à dire qu’il est la cause qui se justifie elle même, il n’a pas besoin de se justifier en autre chose. Alors que chez les humains on retrouve un besoin naturel de justifier son existence, l’homme occidental dois transformer la nature pour ne pas se sentir coupable d’exister (Levi Strauss). La face humaine de la merkavah c’est le désir du progrès qui s’applique de manière métaphorique chez D lorsqu’il crée le monde, c’est à dire qu’il y a une progression dans l’histoire du monde, la création du monde avait un sens elle tend à quelque chose à un but, à une cause, ce rapport de D au monde c’est la face humaine de la merkavah et c’est la face de Jacob. Jacob voit une échelle dans son rêve, cette échelle symbolise l’idée de progression, l’idée qu’il faut chercher un but.

9- Les ronces qui protègent la rose

Rivkah est complexée par ce qu’elle a grandi parmi les ronces, c’est pour cela qu’elle éprouve le besoin de justifier son existence, c’est ce qui explique sa bonté stupide et son effacement même face à Eliezer qui n’est qu’un esclave, mais cette effacement est en fait une volonté de puissance, une volonté de créer quelque chose, elle est la fleur qui peut donner le fruit. Le Midrash dit ailleurs que le chameau n’a pas les sabots fendus et que “c’est pour cela qu’il cherche toujours à cacher ses sabots lorsqu’il dort”, par ce que le chameau contrairement à l’âne est conscient de son défaut et il cherche toujours à le cacher. C’est pour cela que Rivkah est comparée au Gamal qui cache sont défaut, c’est par ce mérite ou ce complexe, que Rivkah peut arriver à créer le fruit qui est Jacob l’homme du dépassement, qui cherche constamment à justifier son existence.

Cependant ce dépassement est aussi celui d’Esaü, car en fait la perfection de Jacob et le mal d’Esaü tirent leurs racines de la même mère, celle qui a du mal à s’accepter tel qu’elle est.

10 La haine antisémite est l’élément central de la société occidentale

Le talmud dit dans Avodah Zarah que ce qui a permis aux romains (descendant d’Esaü) de prévaloir sur les grecs, c’est le judaïsme.

La pensée grecque est une pensée statique elle n’admet pas le progrès ou le mouvement. Le mouvement, la volonté de progrès que l’on retrouve dans la société occidentale, viennent du fait que l’homme se sent coupable d’exister si il ne transforme rien (Levi Strauss), et qu’il ressent constamment la nécessité naissante de justifier son existence, cette “culpabilité d’être” ne se retrouve que chez Jacob et Esaü, les juifs et les occidentaux. L’idée du progrès est une idée occidentale, elle est le fruit du déséquilibre qui existait dans la personnalité de Rivkah dans son rapport à Itzhak. La centralité de la nécessité de progrès et de production dans la société occidentale judéo chrétienne, est accompagnée de l’idée de romantisme qui s’oppose à l’héroïsme grec. Chez les grecs, le héros est né héros, sont but est de se sacrifier ou de sacrifier sa jeunesse pour atteindre l’immortalité, la femme est décorative dans le récit, l’idée du sacrifice de soi c’est l’idée de Itzhak qui est né héros, “sanctifié dans le ventre de sa mère”, pour Itzhak il n y’a qu’une chose à faire se sacrifier pour atteindre l’éternité, Eliezer comprend que ce rapport à soi est une impasse. Le seul dépassement possible de cet état heroique, c’est le romantisme, c’est à dire le déséquilibre, qui est pourtant la chose la plus abjecte chez les grecs. (J’ai pris l’exemple des grecs par ce que c’est la civilisation la plus proche de la civilisation occidentale actuelle, et que je voulais montrer que l’idée de progrès linéaire de l’échelle de Jacob est absent même chez eux, cependant, à plus forte raison que l’idée de progrès linéaire n’existe pas dans le monde arabe ou dans le monde africain, ou dans la culture asiatique)

11- La haine judéo chrétienne

Le progrès est le fruit du conflit entre Esaü et Jacob, Jacob et Esaü se haïssent mutuellement depuis le ventre de leur mère, jusqu’au jour de leurs morts, pourtant il ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre (talmud Avodah Zarah.) cette haine est l’essence de leurs natures, l’antisémitisme n’est pas un symptôme conjoncturel de la société occidentale moderne, pour le talmud l’antisémitisme d’Esaü, et l’anti essavisme des juifs, la haine judéo chrétienne, c’est le moteur constituant de la société occidentale d’où nait le progrès. C’est cette haine déstabilisante et angoissante, cette haine qui remet en question radicalement (comme toute haine d’ailleurs), qui fait que les seules sociétés où l’homme éprouve le besoin de justifier son existence, le nécessité de transformer pour ne pas se sentir coupable, où le progrès et la créativité sont l’axe central, sont la société occidentale romaine et la société juive. Si on enlève l’antisémitisme à l’Europe il ne reste que la Grèce. (Il est évident que cette haine doit être subjugué dans un élan créateur et non pas aboutir à un mouvement destructeur)

11- Universalisme et individualisme

Quel est la différence entre le rapport à la créativité de Jacob et celle d’Esaü?

Pour le dire en deux mots, la différence c’est l’échelle, Jacob voit une échelle c’est à dire qu’il voit un progrès avec des étapes qui amène à un résultat et ce résultat c’est son propre visage, le visage de Jacob est en bas de l’échelle et en haut de l’échelle, alors qu’Esaü voit le progrès dans une confusion déstructurante.

Pour Jacob, l’homme n’a pas à justifier sa finalité universellement, sa finalité n’appartient qu’à lui, il est seul à se battre contre D et les hommes, alors que pour Esaü la finalité de l’homme doit elle même se justifier universellement, elle doit être utile à l’univers. Esaü c’est Rivkah avant qu’elle devienne femme, il est servile il veut être utile au monde, et aux autres. Esaü sert son père beaucoup plus que Jacob, mais cette serviabilité, c’est le morcellement du moi, l’effacement dans un mouvement qui va nulle part, comme la course incessante de Rivkah qui va puiser de l’eau, qui remonte et qui redescend, qui se fuit elle même à l’infini en cherchant à faire le bien. Alors que Jacob part de lui même et arrive à lui même.

13- Préparer son cœur s’est faire le vide en soi (Nahmanide)

Jacob est appelé l’homme “Tam” simple ou parfait c’est à dire qu’il ne cherche pas à connaitre le futur, (Deut: “sois simple avec Hashem ton D,” veut dire ne cherche pas à connaitre le futur), il prépare son cœur en faisant le vide en lui même (*Ramban), il fait le vide en lui avant de réfléchir et avant de parler, faire le vide ca veut dire oublier toutes les connaissances que l’on a sur un sujet lorsque l’on commence à l’envisager encore une fois, c’est ce qui lui permet de faire une stratégie constructive de ne pas tourner en rond, car le but final reste le reflet de son cœur.

Alors qu’Esaü veut connaitre le futur avant d’avoir réfléchi ou parlé, il vient toujours avec un plan, un programme, un agenda, avant d’avoir envisagé la situation où il se trouve, c’est pour cela que son cœur est toujours déconnecté de sa bouche ou de ses actes, à cause de cela il ne peut que tourner en rond, il ne peut que détourner les choses de leurs utilités premières, pour les intégrer dans un tout, c’est ce qu’il fait qu’il est un homme des champs, qui n’arrive à rien de vrai.

14 – Créativité et maturité

La serviabilité de Esaü face à son père est en fait le même effacement de sa mère au début, c’est une réaction infantile, Esaü est appelé dans les Midrashim "l’homme jeune", dans la société chrétienne c’est la jeunesse qui est vu comme la perfection, pour eux le génie créateur c’est celui qui a su garder le regard d’un enfant toute sa vie, ils veulent oublier que l’enfant, même à la naissance, n’a jamais eu un regard vierge sur le monde, car il porte déjà l’histoire du vécu de ses parents, et de sa vie à l’état de fétus. Jacob cherche à se construire lui même dans son dépassement, il veut vieillir il veut grandir, il laisse pousser sa barbe, Esaü par contre cherche à construire l’univers et à le servir, ce qui paradoxalement l’oblige finalement à s’en servir. Jacob échappe à la serviabilité, il va dans les tentes, c’est à dire qu’il se cherche lui même d’abord, il ne cherche pas l’utilité; la serviabilité est destructurante pour le serveur comme pour celui qui est servi.

15- Repos et créativité

L’attribut de Jacob c’est le repos, nous disons dans la prière de minha du chabath “Jacob et ses enfants se reposerons dedans”, ce repos, ce n’est pas un repos statique. C’est au contraire, le repos du progrès linéaire de sa propre intériorité, lorsque ce progrès n’est pas entravé par la distraction du chaos du monde environnant.