• Rav Uriel Aviges

Hanouca 5768

1- Le grec et l’hébreu.

Dans le traite de megilah, 9 b, le talmud rapporte l'opinion de raban Shimon ben gamliel, qui dit que, selon la halacha on peut faire la lecture de la torah en publique dans la synagogue le chabat ainsi que la lecture de la hafatrah, uniquement en hébreux ou en grec. On peut écrire les rouleaux de la torah en grec, mais dans aucune autre langue a part l'hébreux, raban chimon ben gamliel dérive cette halacha d'un verset de la genèse ou Noah bénit yefet (après que yefet et chem aient recouvert la nudité de Noah lorsqu'il s'était saoule) et dit "que la splendeur de yefet c'est la langue grec, et cette langue doit résider dans les tentes de chem c'est dire dans les synagogues et les maisons d'études. Les sages du talmud sont surtout de grands admirateurs de l'écriture grecque. Dans le deuxième temple toutes les inscriptions qui servait à graduer les mesures dans les ustensiles du temple étaient écrites en grec, cette loi avait été dérivée par les sages de la grande assemblée du même verset, "il faut que la splendeur du grec réside dans les tentes de chem, c'est à dire même dans le temple". Seule l'inscription que le grand prêtre portait sur son front qui disait "kadosh l'ashem", "saint pour d'" était écrite en hébreux le reste des inscriptions était écrit sur les ustensiles du temple en grec.

Le statut privilégié du grec et de son écriture va si loin, que le ramah le plus grand décisionnaire des ashkenazim dit que l'interdit d'écrire et d'effacer shabbat, selon la torah, ne s'applique que sur la langue grec et l'hébreux, qui étaient les deux écritures utilisées dans le temple, les autres langues n'ont pas d'écriture a proprement parler, l'interdit d'effacer ou d'écrire des lettres des autres écritures n'est qu'un interdit d'ordre rabbinique. (cette distinction et même retenue subrepticement, par le rav karo lorsqu’il s'agit de faire travailler un goy shabbat dans un tel cas il y a une différence entre un interdit de la torah et un interdit d'ordre rabbinique et le rav karo semble penser aussi que l'interdit d'écrire une langue qui n'est pas le grec n'est que d'ordre rabbinique.)

Dans le traite de megilah, le talmud fait le récit du miracle qui a eu lieu lors de la traduction de la septante, ou les 70 sages ont traduit de la même manière mot pour mot en grec la torah sans pouvoir se consulter, ce miracle montre bien que le grec permet de traduire l'hébreux sans lui faire perdre la pluralité de ses 70 facettes, qui correspondent, aux 70 langues de tous les peuples. Il y aurait dans le grec l'universalité qu'il y a dans la langue hébraïque. Et pourtant, le talmud dit " que le jour ou la torah a été traduite en grec (pour l'empereur Ptolémée et la bibliothèque d'Alexandrie,) ce fut un jour ou l'obscurité est descendu dans le monde" le talmud dit sur le verset de la genèse et "une grande obscurite recouvrait le tehom" c'est le jour ou l'on a traduit la torah en grec, ce jour qui était, je crois, le 8 Thevet, quelque jours après la fin de hanoucah, a été institue comme un jour de jeune publique par les sages, et ce jeune ne fut annule par les sages qu'après la destruction du temple.

Pourquoi le jour de cette traduction est il vu comme un jour d'obscurité? Par ce que justement maintenant que la torah est traduite, le peuple d'Israël perd sa spécificité, avec la traduction en grec de la torah, le peuple juif semble perdre l'essence même de son identité.

2- le judaïsme et la sagesse grecque

Dans baba Kama 82, la gemarah nous raconte que, deux frères de la dynastie asmonéenne se battaient, l'un était a l'intérieure de Jérusalem et l'autre assiégeait son frère a l'extérieure. Tous les jours, les assiégeants donnaient deux agneaux pour le sacrifice holocauste journalier du temple, en l'échange d'une somme d'or, mais un jour, un vieux qui connaissait la sagesse grecque a dit aux assiégeants "tant que les assiégés continuent a offrir des sacrifices vous ne pourraient jamais faire tomber la ville", le lendemain les assiégeants au lieux de donner des agneaux on fait monter deux cochons qui ont plantes leurs sabots dans la muraille de la ville et qui on fait trembler la terre d'Israël sur une superficie de 400 parsah carres. Ce passage du talmud, raconte d'une manière allégorique un événement historique, en effet deux frères hasmonaim se sont battus pour le pouvoir, et l'assiégeants ne réussissant pas à prendre le dessus, a fait appelle a l'empire romain pour l'aider à prendre Jérusalem, on sait que l'empire romain avait pour symbole le sanglier, le cochon, et que, c'est a partir de ce moment que l'état hébreux est devenu de plus en plus tutélaire de Rome. Le talmud nous raconte ainsi la fin de l'independence juive qui avait été acquise si durement face aux grecs. Mais ce qui est étrange, c'est la conclusion du talmud qui dit "en ce moment les sages ont interdit et maudit celui qui élève des cochons, et celui qui apprend la sagesse grecque". Puis le talmud continue en disant, que cet interdit ne concerne que la sagesse grecque mais pas la langue ou l'écriture grecque. Or, il cette malédiction des sages sur la sagesse grec est difficile a comprendre; qu'est ce qu'il y avait de tellement grec dans le raisonnement du vieux qui a conseille aux assiégeants d'arrêter de fournir des sacrifices aux assiégés? Ce raisonnement montre plutôt que le vieux croyait en d' et en la force des sacrifices?

3- La Grèce comme la source de la pluralité dans le judaïsme.

Je veux rapporter un dernier point avant de commencer mon analyse. Rashi rapporte le talmud de Jérusalem dans haguiga 15 disant que la première discussion halachique qui est restée ouverte sans être résolue, parmi les sages juifs remonte exactement a la fin de la grande assemblée, c'est a dire a partir de l'occupation grecque, a cette époque le nassi et le roch av beit din, sont rentres en désaccord a savoir si il faut faire la semicha, c'est-à-dire s'appuyer de toutes ses forces sur le sacrifice qu'on apporte yom tov ou non, et cette discussion n'a jamais été tranchée, elle s'est perpétuée jusqu'a la fin du sanhédrin, comme le dit la Mishna dans le deuxième chapitre de haguiga. Puis les points, ou les avis ont diverges entre les sages, sont devenus de plus en plus nombreux. Mais, avant le contacte avec la Grèce, il n'y avait pas réellement de discorde entre les sages en ce qui concerne des points de halacha. Cela fait aussi partie de l'obscurité que la Grèce a porte sur le judaïsme. Mais cette obscurité est une source de lumière car le fait même que les avis divergent, c'est en soit un élargissement de la torah, comme le talmud le dit ailleurs, lorsque deux sages discutent et que la loi n'est pas tranchée "les deux avis sont les paroles de du D' vivant".

4- l'écriture et l'abstraction. Tout ce paragraphe n'est qu'un compte rendu très rapide et sommaire du livre de jean pierre Vernant (dont on se rapproche du premier yorzheit) "Les Ruses de l'intelligence, la métis des Grecs" écrit avec Marcel Détienne.

Revenons à la sagesse grecque et à l'écriture grecque, si on fait un peu de recherche on apprend que dans la Grèce antique, le système de la pensée et de la politique grecs ont subi un changement radical avec le développement de l'écriture. Avant l'écriture, les grecs suivaient un régime palatial avec un roi, qui administrait l'état. Ces régimes étaient très proches des régimes des états du moyen orient de l'époque. Ce qu'il est intéressant d'analyser, c'est le changement du rapport a la sagesse, avant le développent de l'écriture et des mathématiques, la sagesse c'était principalement la "metis", la ruse. Pour les grecs, dans cette période, pour comprendre l'autre et le vaincre il fallait s'identifier a lui, "c'est le même qui comprend le même”, c'est l’idée de la ruse d'Ulysse que l'on retrouve dans l'Iliade, (et qui a disparue dans l'odyssée) toute la ruse du cheval de Troie, ou les grecs se déguisent pour gagner. Cet épisode du cheval de Troie ne fait il pas penser à l'episode du cochon qui remplace les agneaux dans l'histoire de la gemarah?  Le midrash, lorsqu'il parle de la sagesse grec parle souvent des histoires de renard, or, on sait que chez les grecs le renard est l'animal le plus ruse par ce qu'il est capable de changer de direction quand il court sans bouger de place comme si il était bidirectionnel.  C'est avec le développent de l'écriture que le rapport a la vérité a change chez les grecs, c'est a ce moment, que, les grecs inventent avec la démocratie l'idée de "l'idee vraie" qui peut être démontrée, et débattue publiquement, l'individu n'a plus a lutter par la ruse contre son gouvernement et contre son univers, (comme un Josef qui interprète les rêves), l'individu fait maintenant partie d'un cosmos organisé ou il a un rôle a tenir. Il ne doit plus luter, il doit comprendre, expliquer démontrer et convaincre, le message doit être transmis a tous par l'écriture, et la démonstration passe désormais par des concepts abstrait universels compréhensibles de tous. (C’est Zeus qui avale la metis). Mais il y a parallèlement une perte de l'identité dans l'organisation du cosmos. Avant l'écriture, la philosophie est transmise oralement par des mises en scène théâtrales, et des poèmes. Ces poemes présocratiques ne peuvent être que vécus immédiatement dans l'instant, lorsqu’ils sont racontes et mis en scène par le sophiste-magicien-poète, qui ne cherche pas la vérité mais la séduction et la ruse. Avec l'écriture par contre le message passe a la cite par l'abstraction.

5- abstraction et pluralité dans le judaïsme

Ce qui est amusant, c'est que parallèlement au courant grec, le même changement a lieux a la même epoque chez les sages d'Israël, a l'epoque des "anchei knesset hagedolah" les gens de la grande assemblée. Avant l'occupation, grec il n'y a aucune dispute entre les sages, la chaine de la tradition n'est pas cassée, tout se transmet oralement. Les sages n'ont pas encore la liberté d'interprétation qu'ils auront plus tard face a l'interpretation d'un texte écrit qui être lu de plusieurs manières différentes. Il n'y a pas de débat de preuves et de contre preuve, la logique et la raison sont absolument absentes de la réflexion des sages-prophètes d'Israël.

C'est par la traduction en grec de la torah, que l'on se rend compte que le texte de la torah a une liberté, que les "lettres portent des couronnes" comme le dit le talmud, au sujet de rabbi Akiva qui sait "dérive des lois des couronnes des lettres de la torah", alors que moise ne les avaient pas dites explicitement. Ces couronnes sur les lettres de la torah, dit rav moshe feinstein, c'est la liberté d'interprétation qui existe face un texte écrit, qui n'est même pas ponctue, que l'on peut donc lire de différentes manières qui sont toutes vraies. L'écriture et le raisonnement logique sont un oublie et une obscurité (Heidegger), mais c'est une obscurité créatrice et libératrice. Cependant il y a une différence fondamentale dans le rapport au concept abstrait et a l'écriture chez les sages d'Israël et les philosophes grecs de la cite. La Mishna, que nous avons cite, dans haguiga, montre que les discutions entre les sages du talmud sont restes ouvertes, les deux avis restent valables et plausibles; si la logique peut les inscrire dans une lecture littérale du texte, le texte garde sa liberté et ses couronnes a 70 facettes. Pour les grecs par contre la démocratie oblige le citoyen philosophe a prendre une décision et a exercer son pouvoir de decision dans la société, la démocratie politique efface la pluralité et nie l'opinion individuelle, puisque tous les citoyen font partie d'un seul cosmos. Les sages du talmud prônent une séparation entre le pouvoir politique et la discussion théorique. C'est la différence que Gérard zyzek chlitah fait, entre la lumière de la hanoukiah qui vient du foyer et celle des grecs qui vient de l'agora.

Lorsque Spinoza écrit "que la société de le torah est la société la plus libre qui soit, du fait que, puisque c'est uniquement D' qui a le pouvoir, cela veut dire que personne parmis les être humain n'a le pouvoir" ,il ne voulait pas faire une blague, il voulait dire que la seule manière d'avoir une pluralité d'opinion c'est de ne pas lier ces opinions a une décision centrale qui concernerait tout le monde. Le talmud dans baba Batra explique que la famille des hasmonaim a été entièrement massacrée par Hérode et qu'il n'est reste aucun descendant de cette famille. Les commentateurs expliquent que c'est une punition qui est advenue aux hasmonéen par ce qu'après la guerre ils ont garde le pouvoir politique, alors que ce pouvoir politique aurait du être remis au descendant de David. Il fallait une séparation de pouvoir entre le religieux et le politique.

6- les limites de la guerre

(je ne veux pas dire que le message de hanoucah c'est que l'homme juif ne doit s'engager en rien, au contraire on voit bien que les hasmonaim se sont battus jusqu'a la dernière goute de sang, ils sont tous morts au combat a la fin, et ils sont appelles les saints prêtres, au contraire, le message de hanoucah est que pour survivre l'homme doit se battre jusqu'a la derniere goute de sang, cette guerre est une guerre totale, plus totale que la totalité même, comme disait gobels ymah chemo, c'est une guerre contre son corps, contre sa culture, contre son conjoint, contre les gens de sa famille et de sa société, mais cette guerre doit être justifiée par la nécessite de la survie de sa personnalité propre, une foi que la frappe chirurgicale est passée, il faut rendre le pouvoir a l'autre et lui faire confiance, si non c'est la destruction totale et l'anéantissement de soi).

7- l'amour comme résultat d'un combat identitaire Le talmud dans kidushin 30 dit, en commentant les versets des psaumes qui disent "il n'aura pas honte lorsque ces ennemis parleront sous les portails" qui sont ses ennemis? Se sont ceux avec qui il étudie le talmud, il a été enseigne dans une braitah, même un père et son fils même un rav et son élève quand il discute d'un passage de torah ils deviennent des ennemis l'un pour l'autre mais ils ne séparent pas avant d'avoir de l'amour l'un pour l'autre. Le talmud veut montrer que la pluralité et la lumière qui vient par l'étude de la torah vient d’un rapport conflictuel d'une lutte. En fait, maintenant que le rapport a la torah passe par un rapport au texte et par l'abstraction la seule manière de retrouver son individualité et son identité c'est en s'opposant dans une lutte sans merci contre le texte et l'abstraction, et contre l'autre, et c'est dans la confrontation avec le texte et avec l'autre, que l'on peut retrouver sa véritable identité. La finalité de cette confrontation avec le texte et l'abstraction et l'autre c'est une réconciliation car par le conflit et l'opposition, le texte et l'autre nous aident a mieux définir notre propre identité et a mieux nous retrouver nous même.

C'est exactement ce qui c'est passe a hanoucah durant la période hellénistique ou les juifs étaient en train de s'assimiler, mais par le combat ils ont pu se renouveler et faire naitre toute la pluralité de la torah orale que nous connaissons. C'est aussi le sens du miracle de la fiole d'huile qui symbolise la renaissance improbable du peuple juif alors qu'on le croyait complètement détruit.

8- l'obscurité de la Grèce et celle de l'hiver, la fin de la joie, qui nous rend source de lumière. C'est pour cela aussi que hanoucah est liée avec la parasha de mikets qui montre le renouveau de Josef, au début Josef dit du mal de ses frères, ce n'est pas un juste lorsqu'il est parmis les siens. Puis il est jeté en prison en Egypte, et la, il fait techouva, il comprend a travers l'adversité de l'Egypte et dans la lutte, ou est sa vérité et son essence, et il s’élève finalement dans sa lutte a un niveau supérieure a celui de ses frères. Le talmud dit qu'a l'epoque du temple il y avait une seule loi concernant les sacrifices qui était liée la fête de hanoucah. En effet, il y avait une mitswah chaque année d'apporter au temple les prémices de son champs, a chavouot on mettait un ruban pour voir quels fruits avaient muris les premiers et on commençait à les apporter au temple en offrande a D, a partir de pessah jusqu'à soucoth, car les premices devaient être apportes pendant la période de la simha une période de joie, cette période c'est l'été pour le talmud. A partir de soucoth jusqu'a hanoucah on pouvait encore apporter les premices mais on ne pouvait pas lire le texte énoncé par la torah pour remercier d', du fait que ce n'est plus vraiment le temps de la "simha" (la joie), qui se termine avec soucoth, mais c'est encore assez une période de "simha" (joie) pour que l'on puisse amener les prémices au temple sans lire le texte, mais après hanoucah le temps de la joie est complètement fini, on ne peut plus amener les prémices au temples pour remercier d'. Dans l'ordre des passages de la torah qu'on lit le chabat, c'est le début de l'exile en Egypte, l'hiver est vu come une période d'obscurité que le talmud met en relation avec l'obscurité la sagesse grec, c'est a dire le raisonnement abstrait et l'absurdité de l'universel démocratique, mais c'est le moment ou la lumière personnelle peut vraiment éclairer car c'est le moment de la lute contre l'absurdité ambiante, contre l'obscurité jusqu'a la dernière goute de sang, comme les hasmonaim, et c'est a travers cette lutte de l'homme contre l'obscurité de l'hiver, que la lumière de l'identité va aller en grandissant a l'image des bougies de hanoucah qui deviennent de plus en plus nombreuses.

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