• Rav Uriel Aviges

Chavouot 5773


Partie 1. Comment Moshé est monté au ciel


Maimonide dans les lois de la techouvah explique notre foi est fondée sur le  don de la torah au  mont Sinaï. 

Maimonide dit : «  Moïse notre maître, les juifs n’ont pas eu foi en lui du fait des miracles qu’il a accomplis, en effet, celui dont la foi est fondée sur des miracles, [sa foi] est défaillante, car il est possible que ce miracle ait été accompli par des incantations ou par sorcellerie. En réalité, tous les miracles accomplis par Moïse dans le désert n’étaient pas destinés à appuyer sa prophétie, mais avaient [chacun un but précis,] suivant la nécessité. Quand il fut nécessaire de noyer les égyptiens, il fendit la mer et les y englouti. Quand ils [les hébreux] eurent besoin de nourriture, il fit descendre la manne. Quand ils eurent soif, il fendit le rocher. Lorsque l’assemblée de Korah se rebella contre lui, la terre l’engloutit. Et de même pour les autres miracles. Qu’est-ce qui nous donna foi [en Moïse] ? [La révélation] du Sinaï. Nos propres yeux – et non un étranger – virent, nos propres oreilles – et non un autre – entendirent le feu, les sons, et les flammes. Il [Moïse] approchait du brouillard, la Voix lui parlait et nous entendions : « Moïse, Moïse, va, dis-leur ceci et cela ». Et ainsi il est dit : « D.ieu parla face à face avec vous », et il est dit : « Ce n’est pas avec nos pères que D.ieu a contracté cette alliance [c’est avec nous-mêmes qui sommes ici, aujourd’hui, tous vivants] ». D’où apprenons-nous que [la révélation du] Sinaï est la seule preuve que sa prophétie est authentique, et ne laisse aucun doute ? Car il est dit : « [L’Eterne-l dit à Moïse :] “Voici, moi-même, Je t’apparaîtrai au plus épais du nuage, afin que le peuple entende que c’est Moi qui te parle, et qu’en toi aussi, ils aient foi constamment », ce qui implique qu’avant [cette révélation], leur foi en lui n’était pas parfaite, mais laissait place à des doutes. »

La foi que nous avons en D n’est pas basée sur des miracles, mais sur quelque chose de beaucoup plus fort, sur la révélation de la présence de D sur le mont Sinaï.

Il y a lieu de s’interroger sur la nature de cette révélation. Le talmud dans le traité de Soucah (5a) dit « Moshé n’est jamais monté au ciel, et D n’est jamais descendu sur la terre pour donner la torah ».

En se basant sur ce passage du talmud, Maimonide dit, dans le guide des égarés (livre 1 chapitre 46), que D ne s’est jamais révélé à travers du feu ou des éclairs sur le mont Sinaï. Pour Maimonide le film de Cecil b DeMille n’est qu’une pure fiction. En fait, toute la révélation du mont Sinaï n’était qu’une révélation prophétique que les juifs auraient eu, en étant plongés dans une transe prophétique. 

Pour Maimonide, le dévoilement du mont Sinaï n’était qu’une sorte de rêve, une hallucination collective. Si c’est le cas, il est difficile de comprendre pourquoi Maimonide pense aussi que cette révélation du mont Sinaï était la preuve le plus définitive possible de l’existence de D. 

Comment cette hallucination serait-elle plus crédible que tous les miracles bien tangibles et bien réels de la sortie d’Égypte et des 40 années du désert. Comment peut-on penser une chose pareille ?

La réponse à cette question se trouve dans le texte même de Maimonide.

« Alors que ce qui n’est ni matière ni énergie n’existe pas du tout, en aucune manière, dans la compréhension naturelle de l’homme, si ce n’est  par l’imagination. Ainsi, la multitude ne peut pas appréhender la vie sans mouvement et tout ce qui ne se déplace pas suivant sa volonté propre n’est pas considéré vivant par la masse. Pourtant, le mouvement n’est pas l’essence de la vie, il n’en est qu’une propriété. De même la perception est pour nous toujours sensible, c’est à dire que l’on entend par les oreilles et que l’on voit par les yeux, de même l’âme d’un homme est associée à son corps et à son existence on ne peut pas comprendre qu’une âme puisse aller d’une personne à une autre. …   Pourtant, l’hébreux échange les perceptions sensibles les unes avec les autres, on dit « voit la parole de D » et aussi « regarde l’odeur de mon fils » car la perception dépasse  les sens qui ne sont que des propriétés de la perception. (De même l’âme d’une personne n’est qu’une propriété de sa vie.) Et ainsi le verset dit « et tout le peuple vit les voix et les flammes » bien que tout ce passage du dévoilement du mont Sinaï ne soit qu’une vision prophétique. (Puisque tous les dévoilements ne sont que des paraboles pour montrer la profusion de l’épanchement de D. …)    En fait, tous les attributs de D qui semblent multiples ne sont en fait que les différentes facettes d’une seule essence unique. »

Dans ce texte Maimonide commence par nous montrer que nous nous trompons sur la définition de l’imagination.

En ce moment, par exemple, je pense voir une table et un ordinateur. Maimonide explique qu’en pensant cela je me trompe, car en fait,  j’imagine voir une table et j’imagine voir un ordinateur. Pourquoi ? Par ce qu’en fait la perception que nous avons du monde dépasse nos sens. Je ne fais pas que voir la table avec mes yeux, je la voix aussi avec mes oreilles et  avec mon nez, l’homme a naturellement un lien direct avec le monde qui dépasse sa perception sensorielle.

L’homme filtre sa perception du monde à travers ses sens pour pouvoir agir et prendre conscience de lui-même, mais ce filtrage n’est qu’une imagination une interprétation du réel. 

Pour Maimonide, l’homme est conscient de la partialité des ses perceptions sensorielles et de son interprétation imaginaire du monde. L’homme sait qu’au fond il y a une unité en lui, qui dépasse ses interprétations sensorielles, il sait aussi qu’il y a une unité dans le monde qui dépasse la perception morcelée qu’il en a par les sens.  

Cette connaissance évidente c’est la conscience de la présence de D et c’est le dévoilement du mont Sinaï. 

L’unité de D, et la spiritualité de l’âme n’ont pas besoin d’être prouvées par des miracles, elles sont une évidence sensible dont l’homme est conscient à chaque instant de sa vie.

Dans la révélation du Sinaï le verset dit « et tous le peuple voyait les voix » c'est-à-dire qu’ils ont compris que la nature de la perception du réel chez l’homme dépasse la représentation imaginaire qu’il utilise  pour le percevoir a travers  ses sens.  

Tout le sens de la révélation sinaïque était de rendre compte de l’évidence  l’unité de D dans l’univers. Le dévoilement du mont Sinaï c’était la prise de conscience par le peuple de l’évidence de la  transcendance de l’existence de l’univers et de l’homme. 

Le rêve ce n’est pas la transe de prophétie, c’est le réel de la vie quotidienne qui est un rêve. A travers la révélation du mont Sinaï la torah voulait nous montrer que l’homme est, au fond, parfaitement conscient de cet état de fait. L’homme sait qu’il imagine le réel dans la vie quotidienne, en interprétant ses perceptions sensorielles et en les morcelant, mais, dans le quotidien, il essai de  masquer cette conscience pour évoluer d’une manière efficace dans le monde.

Pour Maimonide, le dévoilement du mont Sinaï est une prise de conscience de la nature spirituelle de l’homme, et de l’unité extra sensorielle qui s’exprime naturellement dans l’univers. Au mont Sinaï les juifs ont enlevé le masque qu’ils portaient pour se révéler à eux même, ils ont vu d’une manière évidente que leur existence dépassait leur perception sensible.

C’est le sens de la guemarah disant « D n’est jamais descendu sur la terre », car en fait, D y était depuis toujours. « Moshe n’est jamais monté au ciel » par ce qu’il y était déjà depuis toujours.

Partie 2. Comment D est il descendu sur terre ? 

La torah a été donnée au mois de Sivan, le mois des gemmaux. Car il y a dans le don de la torah un mouvement double, d’une part une ascèse de l’homme vers D, Moshé montant sur le mont Sinaï, et d’autre part une décente de D dans le monde. Nous avons parlé jusqu’ici du mouvement ascendant de l’homme vers D ou l’homme arrive prendre conscience de D à travers l’existence même de l’univers.

Nous allons parler maintenant du mouvement descendant de D vers l’homme. 

Le talmud dans le traitée de Chabath (88b) raconte que lorsque Moshé est monté au ciel, les anges ne voulait pas qu’il reçoive la torah. Moshe a convaincu les anges en leur disant « la torah dit : « honore ton père et ta mère !, est ce que vous avez des parents à honorer ? « tu n’envieras pas la maison et la femme de ton voisin », est ce que la jalousie existe parmi vous ? Etc.… » Le talmud montre que la loi ne peut avoir un sens que pour les hommes. La descente de D vers l’homme se fait à travers le don de la loi et des commandements.

Pour D, le bien et le mal n’existent pas, tout est égal,  mais D fait exister le bien et le mal à travers la loi pour pouvoir communiquer avec l’homme. 

C’est une idée très difficile à expliquer, je ne peux l’expliquer qu’à travers une anecdote.

La voici.

Cela fait déjà plus de dix  années que j’ai le mérite de donner des cours de torah. Lorsque j’analyse rétrospectivement le bilan des cours avec mes élèves, on peu globalement dire qu’il y une distinction à faire sur l’impacte des cours entre les garçons et les filles.

Je caricature un peu, mais on peu dire que, l’impacte des cours sur les garçons est globalement positif, alors qu’en général l’impacte des cours sur les filles est négatif. En général j’ai vu que les hommes avec qui j’ai étudié sont devenus plus religieux, plus stables dans leur vie et plus heureux, (pour ne pas dire plus intelligents). Alors que, chez les filles qui ont assisté au cours, on peut presque observer les résultats opposés.  

Je me suis demandé quelle était la cause de cette différence. Comme je ne trouvais pas la solution, j’ai demandé la question à ma femme qui m’a répondu la chose suivante :

« En fait, les femmes ont besoin d’apaiser une soif intellectuelle, c’est pour cela qu’elles raffolent des cours de torah, surtout quand ils sont abstraits et très philosophiques. Mais, en suite, ces concepts abstraits créent en elles une conscience éthérée du monde, un monde imaginaire qu’elles investissent de manière sensible en l’érotisant comme un objet de désir.

De ce fait, les femmes perdent la conscience spontanée de leurs corps. Puisque leur désir n’est plus charnel mais spirituel, dans le même temps leur rapport à la réalité se floute et devient de plus en plus approximatif et pulsionnel, elles ne peuvent entrevoir la réalité de leur corps que lorsqu’elles sont secouées par la violence d’une nécessité physique incompressible qu’elles  n’acceptent plus. » 

Je continue à citer ma femme, « en fait les rabanim qui ont réussi avec les femmes, sont ceux qui sont capables d’avoir un double langage, d’une part de parler de spiritualité éthérée, et d’autre part de montrer la rigueur de la loi, en imposant les contraintes des commandements de manière indiscutables et absolument nécessaire. Car c’est la contrainte de l’interdit catégorique qui permet à la femme de lier son intellect avec son corps et garder une conscience spontanée de la réalité et de ses sens.

La femme ne peut jouir de son corps que si elle est capable de s’imposer la frustration d’une discipline catégorique. Mais toi, tu es incapable de parler d’interdit catégorique, c’est pour cette raison que les femmes qui viennent à ton cours, au lieu de progresser, s’évadent du réel et finissent par ne plus ressentir  leurs corps qu’à travers des pulsions hystériques, en perdant conscience de la nécessité impérative des devoir moraux ». Fin de citation.

On ne peut que s’incliner devant une si grande sagesse. Je rajouterais simplement pour ma part que ce qui est vrai pour les femmes est vrai aussi pour les hommes dans une moindre mesure. 

La méditation philosophique dont nous avons parlée dans la première partie, ne peut avoir un sens que si elle s’accompagne d’un retour vers le réel, vers un retour vers les perceptions du corps. L’unité de D  n’est pas étrangère au monde sensible, elle n’existe que par ce qu’elle s’exprime à travers la multitude  des perceptions sensibles.

Pareillement,  l’unité de l’homme n’est pas étrangère à sa vue ou à son toucher ou à son ouïe, au contraire elle s’exprime à travers les sens en les unissant.

Dans la torah, D est accessible dans un mouvement d’aller-retour entre la spiritualité abstraite de « l’un » et la multiplicité parcellaire du monde sensible. D n’est pas immanent au monde, mais il n’est pas non plus complètement transcendant. (C’est le sens du mouvement de va et viens des anges dans la vision du char céleste d’Ezekiel, Nefech Hahaim) 

Or ce retour vers le sensible, n’est possible que grâce à l’obéissance à une loi. C’est le contrôle de soi et la discipline qui permettent à l’homme d’accepter ses perceptions sensorielles. L’acceptation spontanée de la contrainte permet  un mouvement de retour vers la réalité du corps prolongeant la conscience existentielle spirituelle.

La jouissance et la présence au réel ne sont possibles pour un homme spirituel, que si elles sont précédées par la capacité de se contrôler et d’accepter une frustration et une contrainte. 

La société moderne nie la valeur positive de la contrainte et la frustration, c’est ce qui explique le rapport difficile que les gens, (surtout les intellectuels, et les femmes) ont avec leurs corps aujourd’hui.  

D descend vers l’homme en lui donnant la loi, pour donner un sens spirituel à son corps.

Partie 3 : Chavouot - Un moment post-messianique

Le talmud dans Avodah Zarah cite l’avis de Rech Lakish « si les juifs n’avaient pas fauté avec le veau d’or, alors, ils auraient vécus éternellement ». Cette idée parait étonnante, car lorsque l’on parle de la vie éternelle après le messie et de la résurrection des morts,  on s’aperçoit qu’elles sont le fruit d’un long procédé. Selon les sages, à l’époque messianique les morts vont ressusciter, mais cette résurrection ne sera pas éternelle, elle ne durera qu’un siècle ou un peu plus, en suite les ressuscités mourront a nouveau. Ensuite, D doit détruire le monde pendant 1000 ans, pour préparer de nouveaux corps aux justes, et dans un troisième temps, il va ressusciter les justes à nouveau, et, c’est lors de cette deuxième résurrection, que les justes vivront éternellement grâce a un nouveau corps plus résistant que le premier. 

On ne comprend donc pas, comment les juifs auraient  pu vivre éternellement s’ils n’avaient pas fauté, vu que naturellement, le corps qu’ils avaient ne pouvait pas tenir beaucoup plus qu’un siècle sans se décomposer.

On peut répondre à cette question à la lumière des deux paragraphes précédents,  le corps se décompose par ce qu’il est en conflit avec l’âme. Il y a une cassure entre la spiritualité et la matérialité chez l’homme, c’est le combat entre le spirituel et le matériel qui épuise l’âme et le corps. Ce combat se conclue inexorablement par un divorce.

Mais, lors du don de la torah en acceptant la loi et en prenant conscience de la présence supra sensorielle de D dans le monde, les juifs ont unifié leur corps avec leur âme en arrivant à un niveau supérieure a celui que les juste atteindront après la venue du messie lors de la deuxième résurrection des morts. (C’est pour cette raison que la fête de Chavouot est associée à un mariage, puisque c’est le mariage du spirituel avec le matériel, chez les juifs marocains on lit « la ketoubah » avant la lecture de la torah)

Le Zohar explique qu’à part avoir fait techouvah, au moment du deuxième don de la torah, les juifs ont atteint le même niveau spirituel qu’ils avaient lors du premier don, mais  ce niveau spirituel n’était plus en harmonie avec leur corps. La faute est toujours réparable par le repentir, mais après la faute  le rapport au corps reste toujours conflictuel même après la techouvah.

Le rav Guedaliah Shor développe cette idée en disant que les premières tables ont été gravées par la main de D, c'est-à-dire que l’écriture spirituelle été ancrée dans la matérialité sensible du monde. (Comme le disait Maimonide, c’est à travers la perception de la réalité sup sensorielle  du monde que l’on vivait l’expérience de l’unité de D.)

Alors que les deuxièmes tables n’étaient plus gravées par D, elles étaient gravées par l’homme, il y avait un conflit entre le matériel et le spirituel. Après la faute du veau d’or, l’homme n’était donc plus libéré de la mort ou du mauvais penchant. (En hébreux le mot gravé et le mot libre s’écrivent de la même manière).

Le Shulhan Aruch dans les lois de Chavouot dit qu’il y a une mitsvah spécifique de jouir de son corps pendant la fête de Chavouot. (Bien qu’il est déconseillé par les cabalistes d’avoir des rapports sexuels durant la première nuit de Chavouot, sauf si c’est la nuit qui suit le mikveh). Comme le talmud le dit (Psahim 68) « même  ceux qui pensent que c’est une plus grande mitsvah d’étudier et de prier pendant les jours de fête que de se réjouir physiquement, même ceux la, sont d’accord qu’à Chavouot il faut aussi jouir de son corps ». Cette halacha nous indique qu’à Chavouot ont peu atteindre, d’une certaine manière, le niveau des juifs avant la faute du veau d’or et  que l’on peut  ainsi lier le spirituel et le matériel, c'est-à-dire retrouver l’unité qui précède notre imagination sensorielle lorsque nous percevons le monde. 

Puisque vous avez lu ce texte jusqu’ici, vous méritez que je vous raconte une anecdote tout à fait authentique, qui montre encore plus clairement la faiblesse de mes méthodes pédagogiques en ce qui concerne l’éducation des filles. Hier, un inspecteur non juif est venu visiter l’école de ma fille, la directrice de l’école a demandé à une classe d’expliquer ce qu’était la fête de Chavouot à l’inspecteur non juif, ma fille a levé le doigt et a répondu «  c’est une occasion pour les adultes de boire encore plus que d’habitude ».  En voila encore une qui a bien compris le cours ! 


Les documents

ספר מורה הנבוכים חלק א פרק מו

כן קרה בהודעת הבורא יתעלה להמון בכל ספרי הנביאים ובתורה, כי כאשר הביא הצורך להישירם כולם למציאותו יתעלה ושיש לו השלימות כולם, ר"ל שאינו נמצא לבד כמו שהארץ נמצאת והשמים נמצאים, אבל נמצא חי חכם יכול פועל, ושאר מה שצריך שיאמינו במציאותו כאשר יתבאר אחר זה, הוישרו דעות בני אדם שהוא נמצא בדמיון הגשמות, ושהוא חי בדמיון התנועה, כי לא יראו ההמון דבר חזק המציאה אמת אין ספק בו כי אם הגשם, וכל מה שאינו גשם אבל הוא בגשם הוא נמצא אצלם, אבל הוא חסר המציאות מן הגשם להצטרכו במציאותו אל גשם,

Ainsi lorsqu’il a fallu faire connaitre le créateur a la multitude de la nation, a travers les livres des prophètes et de la torah, et qu’il a fallu faire connaitre la perfection de D, et enseigner que D n’existe pas uniquement comme le ciel et la terre, mais qu’il est vivant intelligeant et puissant ainsi que tous les autres attributs qu’il faut accepter pour avoir la foi, il a fallu faire connaitre D a travers une matérialisation. il a fallu dire que D vie en étant capable de mouvement  car la multitude ne peut pas appréhender une chose dont l’existence est réelle que si elle est matérielle, et même une énergie non organique est considéré par la multitude comme une chose n’existant que partiellement.

אמנם מה שאינו גשם ולא כח בגשם אינו דבר נמצא בשום פנים בתחלת ציור האדם, ובלבד אצל הדמיון. וכן לא יציירו ההמון מענין החיים זולת התנועה, ומה שאינו מתנועע תנועה רצונית מקומית אינו חי, אף על פי שהתנועה אינה מעצם החי אבל מקרה דבק בו. וכן ההשגה הנודעת אצלנו הוא בחושים, ר"ל השמע והראות, וכן לא נדע ולא נצייר העתק הענין מנפש איש ממנו לנפש איש אחר, אלא בדבור והוא הקול אשר יחתכוהו השפה והלשון ושאר כלי הדבור. וכאשר היישרו דעותינו ג"כ אל היותו יתעלה משיג ושיגיעו ענינים ממנו לנביאים להגיעם אלינו, תארוהו לנו שהוא ישמע ויראה, ענינו שהוא משיג אלו הדברים הנראים והנשמעים וידעם, ותארוהו לנו שהוא מדבר, ענינו שיגיעו ענינים ממנו יתעלה לנביאים, וזהו ענין הנבואה.

Alors que ce qui n’est ni matière ni énergie n’existe pas du tout, en aucune manière, dans la compréhension naturelle de l’homme, cela ne peut être qu’une imagination. Ainsi la multitude ne peut pas appréhender la vie sans mouvement et tout ce qui ne se déplace pas suivant sa volonté propre n’est pas vivant. Alors que le mouvement n’est pas l’essence de la vie, il n’en est qu’une propriété. De même la perception est pour nous toujours sensible, c’est  dire que l’on entend par les oreilles et que l’on voit par les yeux, de même l’ame d’un homme est associée à son corps et à son existence on ne peut pas comprendre qu’une ame puisse aller d’une personne à une autre. …  

ולזה תמצא לשון העברי תעשה השגת חוש אחד במקום השגת חוש אחר, אמר ראו דבר ה' כמו שמעו דבר ה' כי המכוון השיגו ענין דברו, כן ראה ריח בני כאלו אמר הריח ריח בני, כי המכוון השגת ריחו. ולפי זה נאמר וכל העם רואים את הקולות ואת הלפידים. עם היות המאמר ההוא ג"כ מראה נבואה כמו שהוא ידוע ומפורסם באומה. והושאלו לו יתעלה הפעולה והדבור להורות על שפע השופע מאתו כמו שיתבאר (פרק י"ח ח"ב). הנה כל כלי גשמי שתמצאהו בכל ספרי הנבואה, הוא אם כלי תנועה מקומית להורות על החיים, או כלי הרגשה להורות על ההשגה, או כלי המשוש להורות על הפעולה, או כלי הדבור להורות על השפעת השכלים על הנביאים, כמו שיתבאר. הנה תהיה הישרת ההערות ההם כולם לישב לנו שיש נמצא חי פועל לכל מה שזולתו משיג לפעלו גם כן, והנה נבאר כשנתחיל בהרחקת התארים, איך ישוב זה כולו לענין אחד והוא עצמו יתעלה לבד.

Pourtant, l’hébreux échange les perceptions sensibles les unes avec les autres, on dit « voit la parole de D » et aussi « regarde l’odeur de mon fils » car la perception dépasse  les sens qui ne sont que des propriétés de la perception. Et ainsi le verset dit « et tout le peuple vit les voix et les flammes » bien que tout ce passage du dévoilement du mont Sinaï ne soit qu’une vision prophétique. Puisque tous les dévoilements ne sont que des paraboles pour montrer la profusion de l’épanchement de D. … (de meme l’ame d’une personne n’est qu’une propriete de sa vie.)  Mais en fait tous les attributs de D qui semblent multiples ne sont en fait que les différentes facettes d’une seule essence unique.

רמב"ם הלכות יסודי התורה פרק ח

הלכה א

משה רבינו לא האמינו בו ישראל מפני האותות שעשה, שהמאמין על פי האותות יש בלבו דופי שאפשר שיעשה האות בלט וכשוף, אלא כל האותות שעשה משה במדבר לפי הצורך עשאם, לא להביא ראיה על הנבואה, היה צריך להשקיע את המצריים קרע את הים והצלילן בתוכו, צרכנו למזון הוריד לנו את המן, צמאו בקע להן את האבן, כפרו בו עדת קרח בלעה אותן הארץ, וכן שאר כל האותות, ובמה האמינו בו במעמד הר סיני שעינינו ראו ולא זר ואזנינו שמעו ולא אחר האש והקולות והלפידים והוא נגש אל הערפל והקול מדבר אליו ואנו שומעים משה משה לך אמור להן כך וכך, וכן הוא אומר פנים בפנים דבר ה' עמכם, ונאמר לא את אבותינו כרת ה' את הברית הזאת, ומנין שמעמד הר סיני לבדו היא הראיה לנבואתו שהיא אמת שאין בו דופי שנאמר הנה אנכי בא אליך בעב הענן בעבור ישמע העם בדברי עמך וגם בך יאמינו לעולם, מכלל שקודם דבר זה לא האמינו בו נאמנות שהיא עומדת לעולם אלא נאמנות שיש אחריה הרהור ומחשבה.

1. Moïse notre maître, les juifs n’ont pas eu foi en lui du fait des miracles qu’il a accomplis, en effet, celui dont la foi est fondée sur des miracles, [sa foi] est défaillante, car il est possible que ce miracle ait été accompli par des incantations ou par sorcellerie. En réalité, tous les miracles accomplis par Moïse dans le désert n’étaient pas destinés à appuyer sa prophétie, mais avaient [chacun un but précis,] suivant la nécessité. Quand il fut nécessaire de noyer les égyptiens, il fendit la mer et les y englouti. Quand ils [les hébreux] eurent besoin de nourriture, il fit descendre la manne. Quand ils eurent soif, il fendit le rocher. Lorsque l’assemblée de Korah se rebella contre lui, la terre l’engloutit. Et de même pour les autres miracles. Qu’est-ce qui nous donna foi [en Moïse] ? [La révélation] du Sinaï. Nos propres yeux – et non un étranger – virent, nos propres oreilles – et non un autre – entendirent le feu, les sons, et les flammes. Il [Moïse] approchait du brouillard, la Voix lui parlait et nous entendions : « Moïse, Moïse, va, dis-leur ceci et cela ». Et ainsi il est dit : « D.ieu parla face à face avec vous », et il est dit : « Ce n’est pas avec nos pères que D.ieu a contracté cette alliance [c’est avec nous-mêmes qui sommes ici, aujourd’hui, tous vivants] ». D’où apprenons-nous que [la révélation du] Sinaï est la seule preuve que sa prophétie est authentique, et ne laisse aucun doute ? Car il est dit : « [L’Eterne-l dit à Moïse :] “Voici, moi-même, Je t’apparaîtrai au plus épais du nuage, afin que le peuple entende que c’est Moi qui te parle, et qu’en toi aussi, ils aient foi constamment », ce qui implique qu’avant [cette révélation], leur foi en lui n’était pas parfaite, mais laissait place à des doutes.

תלמוד בבלי מסכת שבת דף פח עמוד ב

ואמר רבי יהושע בן לוי: בשעה שעלה משה למרום אמרו מלאכי השרת לפני הקדוש ברוך הוא: רבונו של עולם, מה לילוד אשה בינינו? אמר להן: לקבל תורה בא. אמרו לפניו: חמודה גנוזה שגנוזה לך תשע מאות ושבעים וארבעה דורות קודם שנברא העולם, אתה מבקש ליתנה לבשר ודם? +תהלים ח+ מה אנוש כי תזכרנו ובן אדם כי תפקדנו +תהלים ח+ ה' אדנינו מה אדיר שמך בכל הארץ אשר תנה הודך על השמים! - אמר לו הקדוש ברוך הוא למשה: החזיר להן תשובה! - אמר לפניו: רבונו של עולם, מתיירא אני שמא ישרפוני בהבל שבפיהם. - אמר לו: אחוז בכסא כבודי, וחזור להן תשובה, שנאמר +איוב כו+ מאחז פני כסא פרשז עליו עננו. ואמר רבי נחום: מלמד שפירש שדי מזיו שכינתו ועננו עליו. אמר לפניו: רבונו של עולם, תורה שאתה נותן לי מה כתיב בה - +שמות כ+ אנכי ה' אלהיך אשר הוצאתיך מארץ מצרים. אמר להן: למצרים ירדתם, לפרעה השתעבדתם, תורה למה תהא לכם? שוב מה כתיב בה - לא יהיה לך אלהים אחרים, בין הגויים אתם שרויין שעובדין עבודה זרה? שוב מה כתיב בה - זכור את יום השבת לקדשו כלום אתם עושים מלאכה שאתם צריכין שבות? שוב מה כתיב בה - לא תשא, משא ומתן יש ביניכם? שוב מה כתיב בה - כבד את אביך ואת אמך אב ואם יש לכם? שוב מה כתיב בה לא תרצח לא תנאף לא תגנב, קנאה יש ביניכם, יצר הרע יש ביניכם? מיד הודו לו להקדוש ברוך הוא, שנאמר +תהלים ח+ ה' אדנינו מה אדיר שמך וגו' ואילו תנה הודך על השמים - לא כתיב. מיד כל אחד ואחד נעשה לו אוהב, ומסר לו דבר, שנאמר +תהלים סח+ עלית למרום שבית שבי לקחת מתנות באדם, בשכר שקראוך אדם לקחת מתנות. אף מלאך המות מסר לו דבר, שנאמר +במדבר יז+ ויתן את הקטרת ויכפר על העם ואומר ויעמד בין המתים ובין החיים וגו', אי לאו דאמר ליה - מי הוה ידע?

R. Joshua b. Levi also said: When Moses ascended on high, the ministering angels spake before the Holy One, blessed be He, 'Sovereign of the Universe! What business has one born of woman amongst us?' 'He has come to receive the Torah,' answered He to them. Said they to Him, 'That secret treasure, which has been hidden by Thee for nine hundred and seventy-four generations before the world was created.30  Thou desirest to give to flesh and blood! What is man, that thou art mindful of him, And the son of man, that thou visitest him? O Lord our God, How excellent is thy name in all the earth! Who hast set thy glory [the Torah] upon the Heavens!'31  'Return them an answer,' bade the Holy One, blessed be He, to Moses. 'Sovereign of the Universe' replied he, 'I fear lest they consume me with the [fiery] breath of their mouths.' 'Hold on to the Throne of Glory,' said He to him, 'and return them an answer,' as it is said, He maketh him to hold on to the face of his throne, And spreadeth [PaRSHeZ] his cloud over him,32  whereon R. Nahman33  observed: This teaches that the Almighty [SHaddai] spread [Pirash] the lustre [Ziw] of His Shechinah34  and cast it as a protection35  over him. He [then] spake before Him: Sovereign of the Universe! The Torah which Thou givest me, what is written therein? I am the Lord thy God, which brought thee out of the Land of Egypt.36  Said he to them [the angels], 'Did ye go down to Egypt; were ye enslaved to Pharaoh: why then should the Torah be yours? Again, What is written therein? Thou shalt have none other gods:37  do ye dwell among peoples that engage in idol worship? Again what is written therein? Remember the Sabbath day, to keep it holy:1  do ye then perform work, that ye need to rest? Again what is written therein? Thou shalt not take [tissa] [the name … in vain]:2  is there any business [massa] dealings among you?3  Again what is written therein, Honour thy father and thy mother;4  have ye fathers and mothers? Again what is written therein? Thou shall not murder. Thou shalt not commit adultery. Thou Shall not steal;5  is there jealousy among you; is the Evil Tempter among you? Straightway they conceded [right] to the Holy One, blessed be He, for it is said, O Lord, our Lord, How excellent is thy name, etc.6  whereas 'Who has set thy glory upon the heavens' is not written.7  Immediately each one was moved to love him [Moses] and transmitted something to him, for it is said, Thou hast ascended on high, thou hast taken spoils [the Torah]; Thou hast received gifts on account of man:8  as a recompense for their calling thee man [adam]9  thou didst receive gifts. The Angel of Death too confided his secret to him, for it is said, and he put on the incense, and made atonement for the people;10  and it is said, and he stood between the dead and the living, etc.11  Had he not told it to him, whence had he known it?

ספר תפארת ישראל פרק כד

(שמו"ר כח, א) כשעלה משה למרום, בקשו מלאכים לדחותו. מה עשה הקב"ה, צר קלסתר פניו של משה כדמות אברהם. אמר להם, וכי אין אתם מתביישים, וכי לא זה הוא שאתם אכלתם בביתו, שנאמר (תהלים סח, יט) "עלית למרום שבית שבי לקחת מתנות באדם". בשביל אותו שנקרא 'אדם', שנאמר (יהושע יד, טו) "האדם הגדול בענקים", עד כאן.

Lorsque moshe est monte aux cieux les anges ont voulu le repousser. qu’a fait D ? il a transforme le visage de moshe en celui d’avraham, puis, il a dit aux anges : «  est ce que vous n’avez pas honte ! n’est il pas l’homme qui vous a invite dans sa maison et qui vous a donne a mange et a boire ! ».  Comme le verset dit « tu es monte aux cieux et tu as pris des cadeaux grâce a l’homme » grâce a celui qui est appelé « l’homme », c'est-à-dire Abraham, puisque le verset dit a son propos « le grand homme parmi les géants »

ספר תפארת ישראל פרק יז

ואיך יהיה ניתן הסדר התמידי, אשר אין שנוי לו, לאברהם ליצחק וליעקב. כי במה שהם פרטיים, והפרט יש לו שנוי. כי כאשר מת אברהם - אין כאן אברהם. וכן יצחק, וכן יעקב, אין ראוי להם דרכי ה' אשר אין שייך שנוי בהם כלל. כי לא שייך התורה, שהיא סדר השם יתברך אשר הוא תמידי, רק אל המקבל אשר עומד בלי שנוי, כי שם הכללי שמו נשאר תמיד. ואין שם עם שהוא עם כללי על אברהם ויצחק ויעקב. רק כאשר יצאו ממצרים אז היו לעם.

Comment la torah aurait elle pu être donnée a Abraham Isaac ou Jacob ?  La torah est un ordre éternelle, alors que ces hommes sont des individus particuliers temporels et changeant. Car lorsqu’Abraham meurt, il n’y a plus d’Abraham, il en va de même avec Isaac et Jacob. Les patriarches ne pouvaient donc pas recevoir les chemins éternels de D. la torah ne pouvait être donnée qu’à un groupe qui reste éternellement sans changer, et les hébreux ne sont devenus un groupe qu’après la sortie d’Égypte.

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