• Rav Uriel Aviges

Varea 5768

Le verset dit que D a endurci le cœur de pharaon il n'avait plus le libre arbitre, il était comme sous l'emprise d'une force qui l'empêchait de se contrôler, on pourrait dire que cette punition était une résultante de son comportement, car D punit mesure contre mesure, pharaon avait voulu rendre les juifs esclaves, c'est à dire prendre leur liberté, il est punit par la perte de sa propre liberté. {Nahamnide ainsi que d'autres commentateurs s'interrogent sur le degré de responsabilité de pharaon sur ses actes, vu que D lui avait enlevé le libre arbitre, Nahamnide explique que pharaon était cependant responsable d'être arrivé à ce niveau où D lui avait enlevé le libre arbitre, certains maitres de la morale (rav Haim Shmulevits) vont jusqu'à dire qu'au moment de la faute elle même l'homme n'a que rarement le libre arbitre, le talmud dit que l'homme ne faute que si un vent de folie est entré en lui, et on sait que le fou n'est pas tenu de garder les commandements, cependant la responsabilité vient justement du fait que l'homme en est arrivé à ce point où il a perdu la raison.) Rashi commente le verset en disant "j'endurcirais son cœur, puisqu'il a déjà fait du mal, et que je sais qu'il n’y a pas "de satisfaction d'âme"(cette expression est difficilement traductible, il y a une connotation de bonheur et de calme, "nahat ruah") chez les idolâtres pour les pousser à faire techouva, je préfère endurcir son cœur pour pouvoir faire des miracles et vous montrer ma puissance" Rashi dit ici quelque chose d'extraordinaire, ce qui pousse l'homme à faire techouva c'est le calme et la recherche du bonheur, si un homme ne fait pas techouva c'est par ce qu'il n'est pas calme et qu'il ne cherche pas le bonheur. D'un autre cote si un homme ne cherche pas à faire techouva D le renferme dans son système et l'empêche de sortir de sa propre dépendance à faire le mal.

Mais qu'est ce que c'est faire techouva? Maimonide dit que c'est reconnaitre ses fautes et décider de ne plus les recommencer, et Maimonide ajoute que même si la décision n'est pas réellement honnête et complète; on parle déjà de techouva simplement ce n'est pas une techouva parfaite, (et il semble que même cette techouva pharaon ne pouvait pas la faire) mais il faut comprendre quel peut être le sens d'une techouva qui n'est pas complète?

Il y a une mitswah spécifique de faire techouva a Yom Kippour, or à l'époque du temple à Yom Kippour pour pardonner les fautes du peuples juif, on envoyait un bouc expiatoire dans le désert qui portait sur lui toutes les fautes des juifs, qu'est ce que cela veut dire? Il faut aussi se demander pourquoi faire techouva c'est rechercher son bonheur et sa béatitude, puisque Rashi semble lier l'un avec l'autre. Regardons d'un peu plus près le processus de la techouva, quel est le regard que l'on porte à soi même, lorsque l'on veut faire techouva, et que l'on est confronté à des fautes que l'on n'a pas la capacité de changer, des averot sur lesquelles il n'a pas réellement de contrôle. Spinoza dit avec raison que les dépendances desquelles nous ne pouvons pas nous dégager, sont des aliénations qui viennent de conditionnements extérieurs, en fait l'homme par lui même dans son rapport à D est toujours pur, car son moi réel ce n'est que sa liberté, ce n'est pas lui qui faute de son propre grés si il ne peut pas se contrôler, c'est le conditionnement extérieur qui le fait fauter. La preuve c'est que seul à seul avec D il n'est pas heureux de son action. C'est cela le sens premier du bouc expiatoire qui supporte les fautes des juifs et qui pardonne toutes les fautes du peuple, lorsque le juif est honnête dans sa recherche du bien dans son dialogue avec D la faute réel vient de l'extérieures surtout si il sait qu'il ne pourrait pas rester au niveau de ce face à face et que malgré lui, il va recommencer à fauter. C’est ce que nous disons dans la prière de clôture de Yom Kippour que nous ne pouvons pas promettre de ne plus recommencer, mais que ces fautes futurs ce n'est plus nous c'est le mauvais penchant, "le bouc" qui symbolise le conditionnement. C'est à mon avis le sens dans les Psaumes de la protection que David demande de ceux qui veulent le faire fauter, qui sont toujours décrits comme des ennemis extérieure, car le mauvais penchant ne peut être nous que si nous avons le choix de nous en libérer. Mais alors pourquoi l'individu se laisse-t-il aliéner à un conditionnement qui le prive de liberté? Si l'on reprend l'idée de Rachi il y a ici un cercle vicieux, d'un coté le manque de bonheur empêche de faire techouva, d'un autre coté puisque pharaon ne veut pas faire techouva D l'aliène et lui retire son libre arbitre. La raison de l'aliénation c'est la fuite du calme ou la fuite du bonheur, pourquoi y aurait-il une fuite du bonheur qui empêcherait l'homme de faire techouva puisque la techouva c'est simplement se rendre compte que l'on est conditionné et de voir que notre volonté est ailleurs? Sartre est connu pour avoir expliqué que la liberté implique la responsabilité et que c'est par peur de sa responsabilité que l'homme fuit sa liberté. Cette explication parait faible aujourd'hui dans notre société post- modern où l'idée de responsabilité est très diluée, et qui malgré tout voit toujours plus la fuite en avant pour échapper à la conscience de soi dans une agitation toujours grandissante. La question qu'il faut se demander c'est si la conscience de la liberté c'est vraiment le bonheur comme Rashi semble le dire, ou bien est ce que la conscience de la liberté ne va pas plutôt faire naitre une sensation d'absurdité. Un homme sans aliénation a-t-il encore un sens social, si je me libère du conditionnement peut il y avoir encore un charme à la vie? Le conditionnement des publicités n'est il pas nécessaire?

En fait, le conditionnement permet d'adapter l'homme à une société qui ne lui conviendrait pas naturellement et de laquelle il se sentirait étranger. Il semblerait donc que ce soit l'opposé de ce que Rachi dit, ce n'est pas parce que les idolâtres fuient le bonheur qu'ils recherchent le conditionnement extérieur, c'est justement pour fuir leur malheur qu'ils le cherchent. Il faut cependant comprendre pourquoi pharaon qui a tout, il est le roi sur la plus grande puissance du monde, pourquoi pharaon ce sent-il malheureux et cherche la fuite de son bonheur dans un conditionnement maniaque, pourquoi se sent-il étranger sur la terre? Et pourquoi se sont les juifs qui sont les étrangers par excellence qui sont ceux qui se sentent le plus attachés à leur bonheur et qui grâce à cela peuvent faire techouva. Tout le monde connait l'histoire (peut être vraie) du Kouzari qui, en arrivant en Israël, embrasse le sol de la terre avec tant d'amour, qu'un arabe ne supportant pas de voir quelqu'un aimant la terre avec tellement de force, le transperce de sa lance. En fait peut être que la haine antisémite viendrait du fait que les juifs sont le peuple qui goute le mieux les plaisirs delà terre. Le peuple le plus enraciné dans la matérialité, le moins castré, je pense à présent que Hitler ymach shemo qui dans Mein Kampf a mal analysé ses sentiments, ce n'est pas l' allemand qui est le plus proche de la nature et du chien, c'est le juif, (il suffit de comparer la musique de Beethoven à celle de Mendelssohn, il va sans dire que le talent du deuxième est infiniment plus petit que celui du premier, et surtout que le deuxième est un élève du premier mais justement qu'est ce que Mendelssohn a fait à la musique de Beethoven il l'a adoucit il la rendu pleurnicheuse et pathétique, il la rendu écoutable il l'a enraciné) pourtant les juifs sont le peuple du livre qui n'a pas de culture propre qui n'a même pas de terre à l'époque pharaonique en tout cas, mais est ce que cela ne serait justement pas la culture qui déracine l'homme du monde et du bonheur. En fait l'homme qui a le mieux décrit la difficulté moderne à ressentir la matérialité du monde c'est Proust, dans la recherche du temps perdu Proust essaie de montrer comment il n'arrive plus à ressentir sa vie, comme si elle le fuyait, jusqu'à ce qu'il arrive, dans le temps retrouvé, finalement, en trempant sa madeleine dans son café, à retrouver une sensation du présent grâce au recoupement de souvenirs passés dans la sensation du présent.

Que s'est-il passé dans la tête de Proust? En réalité si on annalyse la maladie proustienne on se rend compte que sa difficulté vient du fait que tout ce qu'il voit est devenu un symbole, c'est dire à qu'il n'arrive plus à gouter la matière dans son état premier mais il la voit comme un référent à autre chose, une expérience ou une idée, (comme si quelqu'un voulant voire un paysage serait comme pas magie mis devant un tableau de maitre qui représente ce paysage) d'où la sensation d'étrangeté permanente chez lui, de fuite du temps, même lorsqu'il croit retrouver le temps avec sa madeleine, à mon avis, il se trompe, car il ne voit l'expérience que comme une référence à quelque chose d'autre, la sensation qu'il éprouve n'est pas la sensation réelle du présent. Cette sensation d'étrangeté on peut la ressentir très fortement tout les jours en buvant son café pour peu qu'on l'achète à Starbuck ou Dunkin Donuts, ce que l'on nous fait boire ce n'est pas du café c'est le concept du café, c'est la même chose avec les jeans Diesel, quand tu les portes ce n'est plus le jeans Diesel que tu portes c'est le concept élaboré par l'image de marque du jeans Diesel. Le conditionnement publicitaire a donc une double action aliénante: premièrement il coupe le rapport naturel de l'homme au réel il le déracine de son rapport fondamentale au naturel: son désir adéquate, deuxièmement il crée une dépendance par le conditionnement à quelque chose qui ne lui est pas naturellement correspondant: le concept (du jeans Diesel). Ce que fait la pub pour la masse, la culture le fait pour l'élite (le malaise proustien est à mon avis la racine du malaise sartrien). Le midrash est très extensif pour décrire la culture de pharaon qui connait toutes les langues qui se fait passer pour un dieu qui n'a pas besoin de déféquer, qui rejette en fait sa matérialité, qui est donc par la même dans une spirale aliénante de fuite du bonheur, il n'a plus de naha rouah, de béatitude pour faire techouva. Or dans une société de fuite aliénante, comme la notre ou celle de l'Egypte pharaonique, malheur à celui qui est heureux, car le malheureux à une haine jalouse de l'homme heureux, (c'était la jalousie la motivation de Hitler et celle des terroristes des twin towers) si la culture ou la société de consommation n'ont pas réussi à détruire spirituellement la personne, il reste l'abrutissement du travail, le Messilat Yesharim le dit au début de son livre, la seule raison pour laquelle pharon a abrutis les juifs de travail c'était pour les empêcher de faire techouva; et faire techouva nous dit Rashi c'est être heureux. On parle aujourd'hui du manque d'enchantement de la vie, et on pense que l'on peut lui en redonner par la poésie ou la mystique, ou même par le retour à un rythme, à une religion à laquelle on ne croit pas vraiment, quelle ânerie! Même Madona a abandonné la Kabala Mais si il faut comprendre que le bonheur comme le dit Rashi c'est la libération par la techouva, mais le problème du bonheur n'est pas résolu pour autant, car une fois libre il faut être conscient que l'homme libéré se retrouve seul dans un monde esclavagiste et absurde! Situation qui est de toute manière intenable, sauf si on vit dans une grande proximité constante avec D, ce qui n'est pas donné à tous et qui est très difficile, alors quelle est la solution? La solution nous vient comme toujours du Kouzari, rabbi Yehudah Halevi l'auteur du Kouzari, pour ceux qui ne le savaient pas, ne passe pas son temps uniquement à prier et à écrire des livres de philo, non, son job c'était d'écrire des chansons d'amour, même parfois un peu olé olé, un genre de Jean-Jacques Goldman, quoi, ce qui est amusant c'est que dans le Kouzari il ne renie pas son travail il dit que c'est normal que l'homme soit lié à la matérialité et qu'il vive dans un monde matériel (si ca vous fait penser à une chanson de Madona c'est normal ce sont des collègues) et il admet que ceci le détache de D et de la spiritualité, mais il dit c'était prévu par la torah, et que la solution c'est le shabbat. Ici je reprends le micro, le Zohar dit en rapportant les paroles du prophète qui dit au nom de D "et vos fêtes et vos néoménies mon âme répugne," (lorsque les juifs ne sont pas honnêtes dans leurs rapport avec D). Le Zohar remarque que le prophète n'a pas parlé du chabat. Le Zohar continue en disant "je vois de la que si un homme ne donne pas la charité et qu'il n'invite pas le pauvre D déteste ses fêtes mais pas son chabat", c'est à dire que le chabat a la force de redonner au juif le gout du bonheur même si il est isolé socialement et qu'il est seul et qu'il ne peut même plus donner, car c'est le jour du chabat la (le) compagne du juif qui lui permet de se retrouver dans un monde étranger. Le chabat c'est la sortie d'Egypte nous le disons dans le kidouch, c'est la recherche du bonheur, il faut savoir que dans la halacha l'honneur du chabat c'est de manger et de boire le mieux et le plus possible 3 repas ou le mieux est de manger du pain et de boire du vin en mangeant de la viande, et un 4eme à l'issue du chabat, Yom Kippour est appelé chabat par ce que Yom Kippour est purificateur de même que le chabat. Faire chabat c'est redécouvrir son désir de bonheur c'est ce que dit le talmud si tu te délectes le chabat D te donnera le désir de ton cœur, cela peut vouloir dire qu'il répondra à tes prières mais cela peut vouloir dire qu'il te rendra à ton vrai désir. C'est aussi le sens du talmud qui dit que celui qui fait shabbat même si il pratique l'idolâtrie comme la génération de Enoch il sera pardonné car Maimonide explique que la génération de Enoch est la première à avoir accordé un service sacrificiel en admettant un pouvoir spirituel aux forces de la nature (bien qu'ils savaient qu'un dieu unique règne dans l'univers) le shabbat permet de neutraliser le conditionnement de la culture ou de la société, qui déracine l'homme de la matérialité, sans que le juif ait à s'isoler ou à sortir même spirituellement du monde, car par cette journée l'homme se sèvre de la dépendance et garde sa liberté donc son bonheur, car ce n'est pas la culture ou la société de consommation le mal, le mal c'est l'aliénation à ces valeurs.

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