• Rav Uriel Aviges

Terouma 5781

Updated: Mar 11

Recherche identitaire



1- Espèces d’espace

« Et ils me construiront un sanctuaire, pour que je réside au milieu d'eux ». Le but de la construction du tabernacle était de faire résider la présence divine au sein des enfants d’Israel. A priori, cette idée parait étonnante, car lorsque l’on crée un espace sacré, où la présence divine est sensée se révéler de manière dévoilée, on crée de facto, en même temps, un espace profane, où la présence de D n’est pas révélée. En créant un sanctuaire on confine la présence de D, dans un endroit fermé et limité.

Lors de la sortie d’Égypte, lorsque D demande aux hébreux d’offrir le sacrifice pascal, il demande d’asperger le sang du sacrifice, sur les linteaux de la maison, en conférant ainsi une dimension sacrée au foyer de chaque juif. En revanche, en demandant aux juifs de construire un sanctuaire, D semble s’éloigner de l’environnement quotidien des hébreux, pour se confiner dans une sorte de Disneyland de la religion.

La construction du sanctuaire ne semble donc pas permettre à D de résider au sein des hébreux, mais elle semble au contraire éloigner sa présence de la réalité quotidienne du camp, qui, lui, devient profane. Le temple circoncit la présence divine, dans un endroit, certes central et valorisant, mais peu fréquenté, puisqu’il n’était accessible, qu’après un processus de purification, qui, lorsqu’il était possible, pouvait durer plusieurs semaines.

Comment donc comprendre l’affirmation du verset « Et ils me construiront un sanctuaire, pour que je réside au milieu d'eux » ?

Selon la tradition, lorsque les enfants d’Israël ont terminé la construction du tabernacle, Moshé a écrit un psaume. Le psaume 91 qui commence par le verset suivant.

« Celui qui demeure dans le secret suprême, et s’abrite à l’ombre du Tout-Puissant ». Ce verset est énigmatique, d’abord, on ne comprend pas le rapport entre ce verset et la construction du tabernacle, ensuite, on ne sait pas de quel « secret suprême » il est question, et d’autre part, on ne sait pas non plus de quel ombre on parle.

Le midrash (nombres 12 a) explique

“Moshé a dit : « qui pourrait faire un temple ou D pourrait résider ? N’est-ce pas que le ciel et le cosmos ne peuvent pas le contenir…, le saint béni soit il a répondu : « je ne demande pas un temple en rapport à moi, mais en rapport à « leur force », en effet le ciel et la terre ne peuvent pas me contenir, mais tout ce que je te demande c’est dix mètres au sud et dix mètres au nord et quatre à l’ouest ». C’est pour cette raison que Moshé a dit : “celui qui réside dans le secret suprême, le saint béni soit-il, qui habite dans le secret de l’univers, qui voit tout et qui n’est pas visible, il a voulu s’assoir sous notre ombre.”

Ce midrash fait allusion, dans sa dernière partie, lorsqu’il définit D comme « celui qui voit mais que l’on ne peut pas voir », a un autre midrash commentant un autre psaume, le psaume 103 écrit par David.

Ce midrash est le suivant : (talmud berahot 10 A)

« Pourquoi David a-t-il dit ces cinq fois "Bénis le Seigneur, ô mon âme" ? Il lui a répondu « le verset fait référence à la relation entre l'âme de l'homme et Dieu. Les cinq occurrences de "Bénis le Seigneur, ô mon âme" corresponde aux cinq parallèles entre l'âme dans le corps de l'homme et la puissance de Dieu dans Son monde.

De même que le Saint, béni soit-il, remplit le monde entier, de même l'âme remplit le corps entier.

Tout comme le Saint, béni soit-il, voit mais n'est pas vu, l'âme voit mais n'est pas vue non plus.

De même que le Saint, béni soit-il, soutient le monde entier, de même l'âme soutient le corps entier.

Tout comme le Saint, béni soit-il, est pur, l'âme aussi est pure.

De même que le Saint, béni soit-il, réside dans une chambre à l'intérieur d'une chambre, dans son sanctuaire intérieur, de même l'âme réside dans une chambre à l'intérieur d'une chambre, dans les recoins les plus intimes du corps.

Par conséquent, ce qui a ces cinq caractéristiques, l'âme, doit venir louer celui qui a ces cinq caractéristiques, D. »

Le midrash explique que le tabernacle pouvait rendre visible l’invisible. Le midrash fait une association entre l’âme qui réside dans le corps en l’habitant complètement, en pénétrant l’intimité de sa profondeur, tout en étant invisible et l’omniprésence divine qui pénètre l’intime profondeur de l’univers tout en restant tout aussi invisible.

Ce qui rend l’âme visible, c’est le fait qu’elle voit, l’âme n’est pas visible dans le corps, mais on peut ressentir sa présence par le fait que, grâce à elle, le corps perçoit des sensations et qu’il en prend conscience. Et, c’est justement par ce que le corps ne peut percevoir que grâce à l’âme, qu’elle est invisible pour le corps. La conscience ne peut s’intégrer au corps que grâce à un point aveugle qui la rend parfaitement étrangère au corps.

Cette relation paradoxale que la conscience entretient avec le corps, est symptomatique de la manière générale dont l’homme s’identifie à son milieu tout en s’y sentant étranger.

L’homme a une relation contradictoire avec son milieu, d’un côté il s’y intègre parfaitement, et d’un autre côté, il s’y sent parfaitement étranger.

Il en résulte que l’homme ne peut « habiter » psychologiquement un endroit que par ce que cet endroit est définit par une opposition a un « contre endroit ».

Les espaces s’articulent entre eux par des oppositions, Il y a la rue par ce qu’il y a des bars, on sait que la rue n’est pas le bar, et que le bar n’est pas la rue. La rue, c’est là où on circule dans une direction plus ou moins claire, a une certaine vitesse, alors, que le bar, par opposition, c’est là où on s’assoit, ou l’on s’extirpe du mouvement, pour prendre du recul face à l’action de la vie. Sans les bars, la rue n’existe plus, sans la rue, le bar n’existe pas non plus.

L’atmosphère d’un bar ou d’un théâtre, d’un quartier, d’un wagon de métro ou d’une synagogue, ou d’un bureau sont toujours indescriptibles, car en fait, ces atmosphères n’existent que par ce qu’ils s’articulent eux même dans un environnement plus large et plus grand. On ne peut jamais décrire un lieu, on ne peut que le vivre.

Tous les espaces fonctionnent et se définissent par leur relation contradictoire a d’autres espaces, et c’est grâce à cette contradiction que l’homme est capable de les habiter psychologiquement. Vu que l’espace réel de la conscience, c’est le point aveugle qui articule la relation de l’âme au corps, c’est l’espace invisible du paradoxe et de la contradiction. C’est à travers cette espace paradoxale et invisible que l’homme peut habiter et vivre l’endroit.

Ainsi, la construction du tabernacle ne rejetait pas la présence de D hors du quotidien, au contraire, elle insérait le sacré dans le quotidien, comme le spectacle de la rue s’insère dans l’atmosphère du bar. Par la construction du tabernacle le sacré devenait omniprésent et invisible.


Pour ne pas me faire taxer de plagiat, et par soucis de clarté, je me vois obligé de citer un texte très célèbre de Foucault, sur son concept d’hétérotopie, dont je me suis inspiré dans le paragraphe précédent.

Avant cela, je dois dire, qu’Il y a cependant une différence fondamentale entre l’approche de Foucault et la mienne. Pour Foucault les hétérotopies sont des contre-endroits bien définit (les bateaux, les théâtres, les prisons etc..) qui sont nécessaires à la construction d’un espace publique (la société en générale). Les hétérotopies de Foucault sont des exceptions nécessaires à la construction d’un espace publique. Foucault ne systématise pas l’idée du contre-espace comme étant la modalité universelle permettant de vivre l’espace.

Même lorsqu’il parle d’hétérotopie dans le rapport de la conscience au corps, il ne systématise pas le rapport de la conscience au corps à partir de l’hétérotopie, le corps devient « hétérotopie », quand l’homme se regarde dans le miroir, pour lui c’est une expérience exceptionnelle, qui a lieu lorsque l’homme regarde son image sur un miroir, en revanche, j’ai voulu systématiser cette idée comme étant la modalité universelle de la relation au corps.

Pour Foucault, l’hétérotopie est un phénomène sociologique, qui explique la structure de l’espace social, j’ai repris son concept, dans une optique philosophique phénoménologique, ou psychologique, pour ensuite en faire un concept métaphysique et religieux.

Pour l’instant, je passe donc le micro à Foucault, qui comme vous le verrez certainement, écrit beaucoup mieux que moi.

« Il y a également, et ceci probablement dans toute culture, dans toute civilisation, des lieux réels, des lieux effectifs, des lieux qui ont dessinés dans l'institution même de la société, et qui sont des sortes de contre-emplacements, sortes d'utopies effectivement réalisées dans lesquelles les emplacements réels, tous les autres emplacements réels que l'on peut trouver à l'intérieur de la culture sont à la fois représentés, contestés et inversés, des sortes de lieux qui sont hors de tous les lieux, bien que pourtant ils soient effectivement localisables. Ces lieux, parce qu'ils sont absolument autres que tous les emplacements qu'ils reflètent et dont ils parlent, je les appellerai, par opposition aux utopies, les hétérotopies ; et je crois qu'entre les utopies et ces emplacements absolument autres, ces hétérotopies, il y aurait sans doute une sorte d'expérience mixte, mitoyenne, qui serait le miroir. Le miroir, après tout, c'est une utopie, puisque c'est un lieu sans lieu. Dans le miroir, je me vois là où je ne suis pas, dans un espace irréel qui s'ouvre virtuellement derrière la surface, je suis là-bas, là où je ne suis pas, une sorte d'ombre qui me donne à moi-même ma propre visibilité, qui me permet de me regarder là où je suis absent - utopie du miroir. Mais c'est également une hétérotopie, dans la mesure où le miroir existe réellement, et où il a, sur la place que j'occupe, une sorte d'effet en retour ; c'est à partir du miroir que je me découvre absent à la place où je suis puisque je me vois là-bas. À partir de ce regard qui en quelque sorte se porte sur moi, du fond de cet espace virtuel qui est de l'autre côté de la glace, je reviens vers moi et je recommence à porter mes yeux vers moi-même et à me reconstituer là où je suis; le miroir fonctionne comme une hétérotopie en ce sens qu'il rend cette place que j'occupe au moment où je me regarde dans la glace, à la fois absolument réelle, en liaison avec tout l'espace qui l'entoure, et absolument irréelle, puisqu'elle est obligée, pour être perçue, de passer par ce point virtuel qui est là-bas.”

2- Hétérotopies et construction identitaire

Dans la société moderne la fragmentation de l’espace, entraine une fragmentation identitaire. Une personne ne se comporte pas dans son lieu de travaille comme il se comporte chez lui à la maison, ou dans un restaurant ou dans une discothèque. Pour l’homme moderne, vivre c’est avant tout s’adapter à l’étiquette de l’endroit où il se trouve, l’homme se transforme en fonction de l’endroit où il évolue.

La version fasciste du darwinisme, prêchant que c’est le plus fort qui survit, a laissé place à la version gauchiste, qui pense que c’est celui qui sait s’adapter qui survit, et en effet, dans le monde actuel pour réussir, il suffit de savoir s’adapter.

Cette fragmentation de l’identité, est la marque de fabrique de l’homme du 21 -ème siècle, et elle rend la morale classique obsolète, vu que, ne serais ce que pour parler de valeur morale, il faut nécessairement admettre au préalable que « le sujet » ou « la personne » existe, comme étant une entité stable et définie, or l’identité personnelle n’existe plus.

Aujourd’hui, un homme peut condamner sans hypocrisie le vol et la malhonnêteté pendant plusieurs heures, un jour, et lui-même voler sans aucun scrupules le lendemain, puisque l’homme moderne n’a pas la conscience d’être la même personne suivant l’endroit où la situation où il se trouve.

La loi française sur la laïcité s’inscrit dans cette logique de fragmentation identitaire, puisqu’elle crée des espaces ou la religion peut être pratiquée, et d’autre ou elle ne peut pas l’être. Or, dans la société moderne, la religion a pour but essentielle de reconstruire et de réunifier l’identité du sujet.

Cette reconstitution du « moi » dans la société moderne est une nécessité vitale, si on ne veut pas voir la société s’effondrer totalement moralement. Ou plutôt, on devrait dire, si on veut sortir de l’effondrement morale totale dans laquelle la société se trouve actuellement.

Si la religion peut s’extérioriser dans tous les espaces, alors, elle peut être le socle d’une reconstruction identitaire, si elle est confinée à certains endroits, elle devient une modalité de comportement comme une autre. Si on est juifs que chez soi ou uniquement à la synagogue, alors, on est juif nulle part, on pratique le judaïsme dans certains endroits, comme on encourage son équipe lorsque l’on va au stade, mais on n’est pas juif. La foi ne peut avoir un sens que si elle est consubstantielle à l’identité du sujet.

3- Le mishkan l’intrication de l’âme du corps du foyer et du cosmos

L’agrégation de l’espace, est une des composantes de la reconstitution de l’identité personnelle.

Le mishkan nous aide à comprendre comment l’homme peut réunifier l’espace dans lequel il évolue et du même coup reconstruire une identité cohérente.

Le mishkan tend à réunifier symboliquement l’âme a trois espaces fondamentaux, le corps, le foyer, et l’univers. C’est dans la prise de conscience de l’intrication de ces trois espaces que l’homme peut réunifier la conscience qu’il a de lui-même.

La société moderne antagonise tous ces espaces, dans le monde moderne, la conscience s’oppose au corps qui n’est plus considéré comme le support physique de la vie psychique, le corps est un ennemi qui doit ressembler à un model auquel le moi psychique ne peut pas s’identifier.

Le corps est lui-même antagonisé au foyer, l’homme n’est considéré productif et créatif que lorsqu’il est actif à l’extérieur de la maison, et le foyer est antagonisé a l’univers, puisque ce sont les ménages qui polluent et qui détruisent la nature.

Ces antagonismes entre la conscience et le corps, le corps et le foyer, le foyer et l’univers sont les trois antagonismes fondamentaux qui permettent par la suite de fragmenter l’identité personnelle suivant l’espace où l’individu évolue.

Puisque je suis étranger à mon corps, je dois adapter sa forme à l’endroit où je suis, puisque je suis étranger à mon foyer, je dois pouvoir voyager partout pour mon travaille, et puisque le foyer est l’ennemis de l’univers, la société et ses valeurs doivent primer sur les idées personnelles et la nature individuelle.

Le mishkan dans sa structure avait pour but de montrer symboliquement qu’au contraire, il y avait une harmonie naturelle entre la conscience de soi et le corps qui est son support, entre le corps et le foyer et entre le foyer et l’univers.

En effet la structure symbolique du mishkan reflétait à la foi l’univers cosmique, le corps humain, et le foyer.

En effet, la tente d’assignation était construite à l’image de l’univers.

Talmud baba battra 25

“le rabbin Eliezer dit : Le monde est semblable à une véranda partiellement fermée [le'akhsadra], fermée sur trois côtés, et le côté nord du monde n'est pas fermé par une cloison comme les autres directions. Le soleil commence sa révolution à l'est et passe au sud et à l'ouest, et une fois que le soleil atteint le coin nord-ouest, il se retourne et monte toute la nuit au-dessus du ciel à l'est et ne passe pas au nord.”

Comme l’univers, Le mishkan aussi ressemblait à une tente dont un des côtés était ouvert. C’était le côté est, qui était ouvert, le côté qui est toujours éclairé par le soleil, contrairement au côté nord qui ne l’est jamais. Dans le service du temple, les prêtres procédaient toujours dans un mouvement qui allait dans le sens contraire du mouvement du soleil, sauf à Yom kippour ou le grand prêtre procédait à l’aspersion du sang sur l’autel des encens en suivant le mouvement du soleil. Le temple est une représentation de l’univers ou l’homme prends la place du soleil, en se déplaçant de manière symétrique a lui. Yom kippour étant l’unique moment où l’homme pouvait copier le mouvement du soleil.

Les crochets en or dans le plafond du tabernacle représentent les étoiles du ciel (Chabat 99a), et les chérubins et les animaux brodés dans les tentures représentent les êtres célestes qui évoluent dans les sphères supérieures.

Le mishkan dans sa représentation symbolique signifiait que l’homme avait sa place dans l’univers, même si l’action de l’homme était diamétralement opposée à celle du soleil, même s’il transformait la nature, il y avait dans cette antagonisme apparent une complémentarité profonde qui était exprimée par le fait qu’a Yom kippour le soleil et l’homme allait dans la même direction.

L’abattage des sacrifices qui se faisait toujours au nord face au soleil, au nord-est le matin et nord-ouest le soir, indiquait que du fait que le nord n’était jamais éclairé par le soleil, de facto, le monde n’était pas fini et que c’était à l’homme de le parfaire, quitte a pour cela faire violence a la nature.


Il est évident que le sanctuaire est aussi associé à la maison et au foyer, puisqu’il y avait une table une lampe, un cendrier et une bibliothèque. A de nombreux endroit le temple est associé à une maison.


D’autre part, l’autel ou était brulées les graisses et les carcasses de certains animaux est comparable au système digestif de l’homme, ainsi la menora est associée aux yeux, l’autel des encens au nez, et la table à la bouche.

Dans les midrashim et la littérature rabbinique, de nombreuses fois, la torah associe le temple au corp humain à la maison et a l’univers. Le sens de cette triple association étant de représenter que schématiquement ces trois lieux de l’existence devaient rester intriqués et qu’il y avait une harmonie intrinsèque a cette association. C’est dans la prise de conscience de cette intrication que l’invisible devenait visible, que la présence de D pouvait être ressentie partout.

4- L’éducation et la fracture identitaire

C’est dans le contre-espace que l’individu est le plus sujet a un conditionnement identitaire. Les films conditionnent l’identité de celui qui les regarde plus que n’importe quel discours, par ce que justement, le film est un espace a deux dimension un espace, hors espace.

Lorsqu’un homme regarde un film, il ne fait pas que se projeter dans le rôle d’un personnage, il devient lui-même une image, dans le sens ou son corps devient pour lui-même une image. Le contre-espace, rend l’homme étranger a son propre corps.

Comme le dit Baudrillard :

« Si l'on considère le signe comme l'articulation d'un signifiant et d'un signifié, on peut définir deux types de confusion. Chez l'enfant, chez le primitif, le signifiant peut s'effacer au profit du signifié, c'est l'enfant qui prend sa propre image pour un être vivant, ou les téléspectateurs africains qui se demandent où est passé l'homme qui vient de disparaitre de l'écran. Inversement, dans l'image centrée sur elle-même, ou dans le Mass media, le message centré sur le code, le signifiant devient son propre signifié, il y a confusion circulaire des deux au profit du signifiant, abolition du signifié et tautologie du signifiant. C'est là ce qui définit la consommation, l'effet de consommation systématique au niveau des mass media. Au lieu d'aller au monde par la médiation de l'image, c'est l'image qui fait retour sur elle-même par le détour du monde (c'est le signifiant qui se désigne lui-même derrière l'alibi du signifié).”

En deux mots, lorsqu’un homme s’identifie au personnage d’un film, l’homme devient une image pour lui-même, il se désincarne et il s’extériorise de son propre corps. La construction identitaire qui s’opère chez l’homme lorsqu’il regarde un film ou qu’il lit un roman, déconnecte l’homme de la réalité.

En lisant un roman ou en regardant un film, l’homme change par ce qu’il s’est identifié à un modèle qui est hors espace, mais en ce faisant en s’extériorisant de son propre corps, il s’extériorise aussi du monde réel.

Ce qui se passe dans la salle de cinéma, se passe aussi à l’école ou au bureau, ces espaces hors espaces transforment la personnalité de la personne, en le déconnectant du réel. C’est la relation à l’espace qui gère la relation de l’homme a l’imaginaire.

Dans un espace fragmenté, comme celui du monde moderne, la limite entre le réel et l’imaginaire reste flou, l’homme ne sait pas avec certitude s’il est dans une fiction ou s’il est dans le monde réel, puisqu’il est en fait constamment déconnecté de son corps.

Lorsque au contraire, les espaces sont intriqués, alors, la distinction entre le réel et l’imaginaire est plus claire, puisque c’est grâce à l’intrication psychique des espaces, que l’homme « s’incarne » dans son corps et qu’il sort du monde de l’image.

Le fait d’avoir une conscience claire de l’omniprésence de D, permet de réintriquer les espaces les uns avec les autres, puisque D est partout, et de cette manière de se reconnecter avec le réel.




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Les documents

וַיְדַבֵּר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה לֵּאמֹר. ב דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְיִקְחוּ-לִי תְּרוּמָה: מֵאֵת כָּל-אִישׁ אֲשֶׁר יִדְּבֶנּוּ לִבּוֹ, תִּקְחוּ אֶת-תְּרוּמָתִי. ג וְזֹאת, הַתְּרוּמָה, אֲשֶׁר תִּקְחוּ, מֵאִתָּם: זָהָב וָכֶסֶף, וּנְחֹשֶׁת. ד וּתְכֵלֶת וְאַרְגָּמָן וְתוֹלַעַת שָׁנִי, וְשֵׁשׁ וְעִזִּים. ה וְעֹרֹת אֵילִם מְאָדָּמִים וְעֹרֹת תְּחָשִׁים, וַעֲצֵי שִׁטִּים. ו שֶׁמֶן, לַמָּאֹר; בְּשָׂמִים לְשֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה, וְלִקְטֹרֶת הַסַּמִּים. ז אַבְנֵי-שֹׁהַם, וְאַבְנֵי מִלֻּאִים, לָאֵפֹד, וְלַחֹשֶׁן. ח וְעָשׂוּ לִי, מִקְדָּשׁ; וְשָׁכַנְתִּי, בְּתוֹכָם. ט כְּכֹל, אֲשֶׁר אֲנִי מַרְאֶה אוֹתְךָ, אֵת תַּבְנִית הַמִּשְׁכָּן, וְאֵת תַּבְנִית כָּל-כֵּלָיו; וְכֵן, תַּעֲשׂוּ.

L'éternel parla à Moïse en ces termes: 2 "Invite les enfants d'Israël à me préparer une offrande de la part de quiconque y sera porté par son cœur, vous recevrez mon offrande. 3 Et voici l'offrande que vous recevrez d'eux: or, argent et cuivre; 4 étoffes d'azur, de pourpre, d'écarlate, de fin lin et de poil de chèvre; 5 peaux de bélier teintes en rouge, peaux de tahach et bois de chittîm; 6 huile pour le luminaire, aromates pour l'huile d'onction et pour la combustion des parfums; 7 pierres de choham et pierres à enchâsser, pour l'éphod et pour le pectoral. 8 Et ils me construiront un sanctuaire, pour que je réside au milieu d'eux, 9 semblable en tout à ce que je t'indiquerai, c'est-à-dire au plan du tabernacle et de toutes ses pièces et vous l'exécuterez ainsi.

Midrach rabah Bamidbar 12 3

וְעָשׂוּ לִי מִקְדָּשׁ וְשָׁכַנְתִּי בְּתוֹכָם, אָמַר משֶׁה מִי יוּכַל לַעֲשׂוֹת לוֹ מִקְדָּשׁ שֶׁיִּשְׁרֶה בְּתוֹכוֹ, (מלכים א ח, כז): הִנֵּה הַשָּׁמַיִם וּשְׁמֵי הַשָּׁמַיִם לֹא יְכַלְכְּלוּךָ וגו', וְאוֹמֵר (ירמיה כג, כד): הֲלֹא אֶת הַשָּׁמַיִם וְאֶת הָאָרֶץ אֲנִי מָלֵא וגו', וְאוֹמֵר (ישעיה סו, א): הַשָּׁמַיִם כִּסְאִי וְהָאָרֶץ הֲדֹם רַגְלָי וגו'. אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֵינִי מְבַקֵּשׁ, לְפִי כֹּחִי אֶלָּא לְפִי כֹּחָן, כְּשֶׁאֲנִי מְבַקֵּשׁ כָּל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ אֵינוֹ יָכוֹל לְהַחֲזִיק כְּבוֹדִי וְלֹא שֶׁמֶשׁ אֶחָד מִשֶּׁלִּי, אֶלָּא אֲנִי אֵינִי מְבַקֵּשׁ מִיָּדְךָ אֶלָּא עֶשְׂרִים בַּדָּרוֹם וְעֶשְׂרִים בַּצָּפוֹן וּשְׁמוֹנֶה בַּמַּעֲרָב. לְכָךְ משֶׁה אָמַר: ישֵׁב בְּסֵתֶר עֶלְיוֹן, הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁהוּא יוֹשֵׁב בְּסִתְרוֹ שֶׁל עוֹלָם הוּא רוֹאֶה אֶת הַכֹּל וְאֵינוֹ נִרְאֶה, הוּא נִתְאַוָּה לָלוּן בְּצִלֵּנוּ.

Moshe a dit qui pourrait faire un temple ou il pourrait résider. N’est ce pas que le ciel et le cosmos ne peuvent pas le contenir…., le saint béni soit il a dit je ne demande pas un temple en rapport a moi mais en rapport a leur force, en effet le ciel et la terre ne peuvent pas me contenir, mais tout ce que je te demande c’est dix mètres au sud et dix mètres au nord et 4 a l’ouest, celui qui réside dans le secret suprême, le saint béni soit qui habite dans le secret de l’univers qui voit tout et qui n’est pas visible, il a voulu se reposer sous notre hombre.

Foucault heterotopies

Il y a également, et ceci probablement dans toute culture, dans toute civilisation, des lieux réels, des lieux effectifs, des lieux qui ont dessinés dans l'institution même de la société, et qui sont des sortes de contre-emplacements, sortes d'utopies effectivement réalisées dans lesquelles les emplacements réels, tous les autres emplacements réels que l'on peut trouver à l'intérieur de la culture sont à la fois représentés, contestés et inversés, des sortes de lieux qui sont hors de tous les lieux, bien que pourtant ils soient effectivement localisables. Ces lieux, parce qu'ils sont absolument autres que tous les emplacements qu'ils reflètent et dont ils parlent, je les appellerai, par opposition aux utopies, les hétérotopies ; et je crois qu'entre les utopies et ces emplacements absolument autres, ces hétérotopies, il y aurait sans doute une sorte d'expérience mixte, mitoyenne, qui serait le miroir. Le miroir, après tout, c'est une utopie, puisque c'est un lieu sans lieu. Dans le miroir, je me vois là où je ne suis pas, dans un espace irréel qui s'ouvre virtuellement derrière la surface, je suis là-bas, là où je ne suis pas, une sorte d'ombre qui me donne à moi-même ma propre visibilité, qui me permet de me regarder là où je suis absent - utopie du miroir. Mais c'est également une hétérotopie, dans la mesure où le miroir existe réellement, et où il a, sur la place que j'occupe, une sorte d'effet en retour ; c'est à partir du miroir que je me découvre absent à la place où je suis puisque je me vois là-bas. À partir de ce regard qui en quelque sorte se porte sur moi, du fond de cet espace virtuel qui est de l'autre côté de la glace, je reviens vers moi et je recommence à porter mes yeux vers moi-même et à me reconstituer là où je suis; le miroir fonctionne comme une hétérotopie en ce sens qu'il rend cette place que j'occupe au moment où je me regarde dans la glace, à la fois absolument réelle, en liaison avec tout l'espace qui l'entoure, et absolument irréelle, puisqu'elle est obligée, pour être perçue, de passer par ce point virtuel qui est là-bas.


Baudrillard la societe de consomation p191

Si l'on considère le signe comme l'articulation d'un signifiant et d'un signifié, on peut définir deux types de confusion. Chez l'enfant, chez le• primitif», le signifiant peut s'effacer au profit du signifié (c'est l'enfant qui prend sa propre image pour un être vivant, ou les téléspectateurs africains qui se demandent où est passé l'homme qui vient de disparaitre de l'écran. Inversement, dans l'image centrée sur elle-même, ou dans le Mass media, le message centré sur le code, le signifiant devient son propre signifié, il y a confusion circulaire des deux au profit du signifiant, abolition du signifié et tautologie du signifiant. C'est là ce qui définit la consommation, l'effet de consommation systématique au niveau des mass media. Au lieu d'aller au monde par la médiation de l'image, c'est l'image qui fait retour sur elle-même par le détour du monde (c'est le signifiant qui se désigne lui-même derrière l'alibi du signifié).



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