• Rav Uriel Aviges

Tazria Metsora 5770


Introduction

Pendant la période qui sépare la fête de pessah de la fête de chavouoth (qui commémore le don de la torah) on compte le « Omer ». Le Omer était une mesure d’orge (2.3 Litre) qui était apportée le lendemain du premier jour de pessah comme offrande à D. A partir du moment où l’on apporte cette offrande on compte 49 jours, et le 50ième jour, le jour de chavouoth, on apporte une offrande de pain levé. C’était la seule occasion ou l’on apportait du pain levé au temple, (puisque toutes les autres offrandes de farines apportées au temple étaient de la matsah). Le passage de la farine d’orge au pain levé, symbolise le passage de la nourriture animale à la nourriture humaine. L’homme sans la torah est comparé à un animal, il mange de l’orge, par contre grâce à la torah l’homme devient capable de changer la nature des choses.

Le Maharal explique que le don de la torah c’est la possibilité pour l’homme de réinterpréter la parole de D à l’image du levain qui change la nature de la pâte. Le jour de pessah est appelé dans la torah le jour du chabath, (le verset dit : « et vous compterez à partir du lendemain du chabath ») puisque les juifs sont passifs dans la libération, ils ne font que subir la libération de D.

C’est ce que symbolise le chabath, car le chabath existe indépendamment de l’homme, depuis la création du monde. Les juifs subissent passivement pessah comme ils subissent le chabath. Au contraire Chavouoth est déterminée « à partir du lendemain du chabath », le lendemain du chabath l’homme n’est plus passif, il devient un associé avec D.

Lorsque D donne un texte à l’homme, il donne à l’homme la possibilité de l’interpréter. Par le don de la torah, D permet à l’homme de passer de l’état de la matsah, qui est le pain du pauvre, de celui qui doit tout recevoir, à l’état de celui qui peut choisir et qui peut se responsabiliser devant D.

1- L’enseignement de Moshe a été perdu à jamais.

Pendant la période du Omer on lit Pirkei Avoth. La première Mishna de Pirkei Avoth commence par dire : « Moshe a reçu la torah du Sinaï et l’a donnée à Josué, qui la transmise aux sages ».

Cette Mishna est étonnante car nous savons que Moshe a transmis la torah à tout le peuple d’Israël, comment peut-on donc dire que Moshe a reçu la torah au Sinaï et qu’il l’a transmise à Josué uniquement ?

En fait, ce que la Mishna veut nous dire, c’est que la torah dont il est question dans Pirkei Avoth ce n’est pas la torah que Moshe a reçu de D, car cette torah que Moshe a reçu de D, il la effectivement donnée à tout le peuple d’Israël, la torah dont on parle dans Pirkei Avoth c’est l’interprétation personnelle de Moshe de la torah. Cette interprétation ne nous regarde pas, puisqu’elle ne nous est même pas transmise dans la Mishna, elle ne regarde que Josué, les autres juifs eux ont refusait cette lecture de Moshe de la torah, et ils assument dans l’éternité ce refus.

Ce que la Mishna dans Pirkei Avoth, veut nous transmettre par l’exemple de Moshe, ce n’est pas le message de Moshe à Josué, puisque ce message n’est pas explicite dans la Mishna, c’est le concept même d’interprétation de la torah. De même que Moshe a reçu une torah au Sinaï qui ne venait pas de D, mais qui était son interprétation propre de la torah, ainsi tout juif doit apprendre à interpréter la torah. C’est-à-dire qu’un juif doit être capable de faire une traduction et une interprétation de la torah qui lui est propre et qui soit transmissible.

Cette Mishna renferme cependant un paradoxe. elle demande à l’homme d’interpréter et d’acquérir « sa torah », alors qu’elle ne fait qu’énumérer des tradition qui sont reçus « des pères », comme si la fidélité à la tradition et la réception passive d’un enseignement étaient la condition à la lecture personnalisée des textes. Cette idée est paradoxale, il semblerait au contraire que la fidélité à la tradition soit une volonté de passivité chez l’élève et non pas un acte de personnalisation. Il faut comprendre pourquoi la réceptivité du discours d’un rav ce n’est pas une régression infantilise, où l’on cherche à se dégager de toute responsabilité en acceptant passivement le discours d’un autre, mais qu’au contraire la réceptivité et la fidélité soient les conditions à une interprétation propre.

Ceci est le sujet du cours. Mais avant d’affronter de face cette question du rapport au rav et de la régression infantilisée, je vais faire une digression par un autre passage du talmud dans Berahot 5a, qui peut paraitre étonnant au premier abord.

2- L’étude de la torah peut être l’expression d’une névrose

Le talmud dans Berahot 5a dit rabbi Levy fils de Hama dit au nom de rabbi Shimon fils de Lakish « un homme doit toujours exciter le bon penchant contre le mauvais penchant, comme il est dit « énervez vous et ne fautez pas », si il a réussi à dominer son mauvais penchant c’est tant mieux, sinon, il faut qu’il étudie la torah comme le verset dit « parlez dans votre cœur », si il a gagné, c’est tant mieux, si non qu’il récite le chema, comme le verset dit « sur vos lit », si il a gagne c’est tant mieux, si non il faut qu’il pense au jour de la mort, comme le verset dit « et taisez vous à jamais».

Ce qui est primordiale dans ce passage du talmud c’est l’ordre qui est donné, d’abord l’homme doit exciter son bon penchant contre son mauvais penchant, sinon l’homme arrive à dominer son mauvais penchant sans avoir besoin d’étudier la torah, il se trouve a un niveau supérieur a celui qui a besoin d’étudier. L’étude de la torah est vu comme un pis allé, un second choix, l’étude de la torah, c’est l’arme des faibles, mais il y a pire il y a celui qui a carrément besoin de penser à D et de faire le chema, ce niveau est encore inferieur au précédent. Reich Lakish pense que celui qui a besoin de penser à D est un homme d’une grande faiblesse, l’homme devrait être capable de vivre et de faire le bien sans penser à D, le fait de penser à D est décrit par le talmud comme un pis allé. Puis, il y a le niveau inferieur, celui qui a besoin de penser à la mort pour ne pas faire le mal, celui là est au plus bas de la hiérarchie du talmud. Il semble même que le talmud veuille opposer le désir d’une vie sauvage sans culture, dans l’excitation, qui serait le niveau suprême de la spiritualité, un niveau spirituel inferieur ou l’homme pense à la mort. Entre ces deux extrémités de la hiérarchie il y a deux étapes intermédiaires qui s’opposent à la volonté de vivre de l’homme et qui le rapproche à la conscience de la mort, ce sont l’étude de la torah et le fait de penser à D.

Il est intéressant de noter que rabbi Shimon fils de Lakish ne commence pas son enseignement en disant si l’homme est attaqué par le mauvais penchant il faut qu’il excite le bon penchant contre le mauvais penchant, rabbi Shimon dit « il faut exciter le bon penchant contre le mauvais penchant », même si en faisant cela on va surement exciter le mauvais penchant aussi. Pour Reich Lakish rien ne vaut l’excitation naturelle de la vie, tout ce qui est opposé à ce désir de vivre spontanément, comme par exemple l’étude de la torah et la conscience de D, ou la conscience de la mort, doit être écartée au maximum de la vie de l’homme.

Comment le talmud peut-il dire une chose pareille, pourtant ailleurs le talmud pense que le fait d’étudier la torah est plus important que le fait de sauver une vie humaine, comment comprendre qu’ici le talmud pense que le fait d’étudier la torah ne soit qu’un pis allé pour les faibles ?

Pour comprendre l’enjeu moral de ce passage du talmud il faut essayer de le recadrer dans une dialectique plus générale dans le rapport au désir et à l’intellect.

3- la morale et la culture

Platon (qui est rapporté dans les 8 chapitres d’introduction de Maimonide aux Maximes des Pères), décompose l’âme humaine en trois parties. La première partie est l’âme basse qui est le siège de la concupiscence. A travers cette âme l’homme est toujours affamé, il veut toujours plus, plus d’argent plus de nourriture plus de plaisir plus d’honneur etc... La deuxième âme c’est l’âme de la passion, où l’homme se passionne pour des choses, cette âme est le siège de la motivation de l’homme à accomplir des choses. Puis il y a une troisième âme qui est l’âme de l’intellect. L’âme d’en haut et l’âme d’en bas se combattent pour la domination de l’âme des milieux.

D’un coté la concupiscence de l’âme d’en bas pousse l’homme à se passionner sans fin pour les plaisirs ou l’argent etc.., et d’un autre coté l’intellect commande à l’homme de dominer ses passions et de ne plus les subir.

Pour Platon l’homme ne peut réussir dans la société et la république que si il arrive à brider ses passions et à maitriser ses propres désirs. Pour Platon le rôle de l’éducation c’est justement de permettre à l’homme de maitriser ses désirs en sachant comment les exprimer et les contrôler. Pour les grecs les hommes peuvent, par l’intermédiaire de l’apprentissage de la musique de la poésie et du sport, arriver à maitriser leurs passions pour les exprimer de manière constructive. Grace à la domination des passions, qui passe par la culture, l’homme peut devenir un élément positif dans le développement de la cité. Cette vision platonicienne va être reprise avec quelque modification par la plupart des philosophes allemand et français.

Freud, avec le moi et le surmoi et le ça n’est qu’un autre exégète tardif du platonisme.

Opposé à Platon, on trouve les philosophes anglo-saxons, Bernard Mandeville par exemple dans « la fable des abeilles » pense que « ce sont les vices privés qui font la vertu publique », c'est-à-dire que c’est lorsque l’homme cherche à assouvir ses désirs qu’il devient un élément constructif de la société. Par exemple un homme à femme, en poursuivant ses désirs va créer le bonheur autour de lui. Pour attirer les femmes, il doit les amener au restaurant, les femmes elles doivent s’habiller et se parfumer, acheter des bijoux etc. or, toutes ces dépenses amènent le bonheur aux familles des commerçants. Le bien n’est pas à définir pour les anglo-saxons comme un concept abstrait défini par l’intellect, mais uniquement par « un mieux être qui se propage pour le plus grand nombre d’être vivant sensible ». Le bien n’est pas une donnée abstraite qu’il faut réaliser, le bien se construit dans le futur, et la fin justifie les moyens. Cette pensée anglo-saxonne est la base de la pense libérale actuelle, elle est liée à l’empirisme (toute vérité ne vient que de l’expérience, l’homme ne juge de quelque chose de vrai que par ce qu’il capable de le lier à une expérience passée), à l’utilitarisme et au pragmatisme (on ne peut juger d’une chose qu’à partir de ses conséquences).

Pour Platon l’homme fait avancer la société en bridant ses désirs et la culture et l’école sont la pour apprendre à l’homme à dominer ses passions, alors que pour Mandeville l’homme fait avancer la société au contraire en devenant insatiable dans la quête de ses plaisirs et la culture est un frein au développement social.

Il est vrai que dans la société moderne il y a une sorte de schizophrénie entre le monde de l’éducation et le monde du travail à ce sujet.

A l’école on apprend aux enfants et aux adolescents la discipline et la culture dans le but de leur permettre de dominer leurs passions, alors que dans le monde du travail et de la vie active, c’est au contraire la recherche insatiable des plaisirs qui est la norme du bien. Il en résulte que les étudiants qui entrent dans le monde du travail prennent un peu de temps avant de s’adapter et de rentrer dans le monde adulte, c’est déplorable.) (Le seul philosophe qui a systématisé la pensée anglo-saxonne, au point d’en faire une base pour l’éducation c’est Sade) Mais où se situe rabbi Shimon ben Lakish dans tout ca. Il est clair qu’il est anti platonicien, pour lui l’homme doit vivre énervé et excité, la culture et l’étude de la torah, et la peur de D c’est déjà un rapport à la mort qui est négatif pour l’homme. Mais rabbi Shimon ben Lakish diffère de Mandeville puisqu’il pense que l’excitation doit être orienté vers le bien, et pas vers le mal, il y aurait déjà un bien et un mal innés chez l’homme, et ces notions de bien et de mal innés chez l’homme passent avant le bonheur de la société.

Mais, si le bien et le mal existe chez l’homme même sans la torah, et si la culture et la peur de D sont antinomiques à l’amour de la vie, alors pourquoi D nous a-t-il donné la torah ? Comment comprendre que le talmud dise ailleurs que le fait d’étudier la torah est plus important que de sauver la vie humaine ?

4- La torah que l’on reçoit d’un rav et la seule culture non névrotique

Après avoir dit que l’étude de la torah est supérieure au fait de sauver des vies humaines, le talmud continue en disant (Megilah 16 b) « l’étude de la torah est plus importante que la construction du temple car tant que Barouh le fils de Nouria était vivant, Ezra ne l’a pas laissé seul pour aller en Israël ». Le talmud cherche à expliquer une anomalie historique, pourquoi le prophète Ezra, (qui a été le grand leader des juifs lors du retour en Israël après l’exil babylonien), n’est il revenu en Israël que 5 ans après que le temple soit reconstruit ? Le talmud répond que Ezra avait un rav qui s’appelait Baruch ben Nouria, et que tant que Barouh ben Nouria était vivant, il était plus important pour Ezra de recevoir la torah de son rav plutôt que d’aller construire le temple.

Si on veut réconcilier l’enseignement de rabbi Shimon ben Lakish dans Berahot 5 avec celui du talmud dans Megilah, Il semble donc qu’il faille faire une distinction entre l’étude que l’on fait en recevant l’enseignement d’un rav, et l’étude que l’on fait sans la recevoir d’un rav. L’étude que l’on fait en recevant d’un rav est supérieure au fait de sauver des âmes humaines elle est aussi supérieure à la construction du temple, par contre l’étude de la torah de D, que l’on apprend des livres, elle, n’est qu’un pis allé pour les faibles par ce que cette étude brime le désir vivre.

5- Le fait d’être pris en charge par un rav n’est il pas une régression infantiliste ?

Quel est le sens de cette distinction ? Pourquoi était-ce si important pour Ezra de recevoir l’enseignement de Barouh ben Nouria ?

Ailleurs, le talmud compare Ezra à Moshe Rabenou lui-même, on sait que Ezra était déjà âgé à l’époque du retour des juifs en Israël, Ezra aurait très bien pu étudier la torah tout seul en Israël où l’enseigner aux autres, comme il l’a fait par la suite. Qu’elle était l’importance pour Ezra de recevoir l’enseignement d’un rav ? Le talmud dans Chabath 119b dit que l’on n’interrompt pas les enfants qui étudient la torah de leurs maitres même pour construire le temple. Il semble que le talmud compare Ezra à un enfant qui reçoit l’enseignement de son maitre, quel est le sens de cette comparaison ?

On sait d’autre part que Ezra a été le plus grand réformateur du judaïsme après Moshe, il a changé l’écriture, il a instauré des prières etc.., comment comprendre que parallèlement à ces reformes, on nous dit qu’Ezra était comme un enfant qui recevait l’enseignement de son maitre ?

Pourquoi l’enseignement que l’on reçoit de son maitre se place-t-il à un niveau supérieur à celui de l’étude de la torah de D ? Cela parait aberrant puisque l’on sait que la torah d’un maitre ce n’est qu’une lecture subjective et partiale ? L’étude de la torah de D devrait être à un niveau supérieur à celui de l’étude de la torah d’un maitre ? La volonté d’avoir un maitre n’est il pas un désir de régression à l’état de l’enfance. Recevoir d’un maitre n’est ce pas chercher à être pris en charge par un autre ?

On retrouve la même idée dans Zevahim 13a ou rabbi Tarfon qui était plus âgé que rabbi Akivah dit à rabbi Akira après avoir écouté un de ses cours « il lui a dit « Akivah tout celui qui se sépare de toi c’est comme si il se séparait de sa propre vie », cette exclamation n’est elle pas exagérée ?, rabbi Tarfon n’était il pas capable d’ouvrir un livre tout seul ?

6- Régression et sado masochisme

Certains psys pensent que dans 80% des cas le ciment qui maintient la relation d’un couple c’est le sado masochisme. Il semble aussi que la relation sado masochiste soit presque toujours liée à une volonté de régression infantiliste. On peut proposer schématiquement le type de relation suivant. Si un homme a eu une relation harmonieuse avec sa mère et qu’il la regrette, alors il va chercher une femme autoritaire qui va le dominer. Grâce à cette domination il aura l’illusion de retomber en enfance, et de revivre la relation avec sa mère. Par contre, si un homme était dominé par une mère autoritaire dans son enfance, il aura tendance à chercher une femme sur laquelle il pourra exercer sont autorité de telle manière à ce qu’il puisse sentir comme si il se vengeait de sa mère, sur sa conjointe.

Parallèlement, si une femme a eu une relation harmonieuse avec son père et qu’il lui manque, elle va chercher un homme autoritaire qui la prend en charge et qui l’infantilise en la considérant comme un objet, mais si une femme au contraire a souffert de l’autorité parentale elle va chercher à se venger de son père en hurlant sur son mari. Comme la nature est bien faite on trouve toujours chaussure à son pied.

(Ce tableau est schématique vu que les relations humaines sont complexes et elles ne se laissent jamais définir comme totalement harmonieuse ou totalement dis harmonieuses, de plus, dans le rapport nostalgique au passé l’home passe son temps à réécrire son histoire en fonction de ses expériences présentes, il y a donc beaucoup de fluctuation dans les désirs relationnels, c’est ce qui explique les divorces.)

Ce qui importe dans cette constatation c’est de savoir pourquoi l’homme bascule d’une relation d’amour à une relation de haine. Dans l’exemple d’un l’homme qui aime sa mère et qui se sentait aimé par elle, on ne voit rien de sado masochiste dans cette première étape de la vie sentimentale, il n’y a pas ici de haine de soi ou de haine de sa mère, à ce stade il n’y a qu’une relation d’amour. Alors pourquoi lorsque ce même homme va chercher une femme qui remplace sa mère, y aura-t-il un changement de registre, pourquoi va-t-on passer chez l’individu d’un sentiment d’amour de soi et de l’autre, à un sentiment de haine de soi et de l’autre ? Qu’est ce qui fait le basculement ?

Le point de basculement c’est la nostalgie et le sentiment d’absence.

C'est-à-dire que dans tout ces cas de figure la raison de la relation sado masochiste tient au fait qu’il y a une fuite du présent et une volonté de revivre le passé, c’est le désir nostalgique, et la non-acceptation de l’absence, qui sont la base de la haine soi et de la haine de l’autre. La femme qui cherche à se venger de son père dans une relation autoritaire avec son mari, cherche à réécrire son enfance, et à revivre le passé différemment, elle veut réécrire son histoire. De même si un homme cherche à régresser en enfance c’est sa volonté de revivre le passé qui fait naitre en lui sa haine de lui-même et de l’autre.

La raison de la haine c’est toujours la nostalgie du passée.

Contrairement à Levinas, je ne pense pas que la nature de la haine soit uniquement une fermeture à l’existence de l’autre, la haine c’est aussi une relation d’ouverture sur l’autre, mais c’est une relation d’ouverture dans la nostalgie du passée. La haine des nazi et toutes les haines raciales ont pour racine la nostalgie d’un passée perdu à jamais.

Quel rapport avec la relation au rav et Pirkei Avoth ?

7- Le dialogue avec le rav empêche la régression nostalgique, elle confronte l’homme à l’instant.

Le talmud dans Roch Hachana 25b dit « jerubaal bedoro ke Moshe bedoro », « jerubaal dans sa génération est come Moshe dans sa génération », cela veut dire que le plus grand des imbéciles si il est le rav, il doit être considéré comme Moshe Rabenou. Le talmud ne veut pas dire que, même si le rav est un imbécile, on doit accepter sa parole, comme si tout ce qu’il disait était vrai, uniquement par ce que c’est le rav. On a bien vu, que les juifs ont rejeté l’enseignement de Moshe et qu’il n’y a que Josué qui l’a reçu, et par la suite seule une poignée de sages ont recueilli cet enseignement avant qu’il disparaisse.

Bien que Moshe n’était pas un imbécile, les juifs ne se sont pas sentis obligés d’accepter ce qu’il disait en son nom propre, donc le talmud ne dit pas qu’il faut accepter tout ce que le rav dit. Ce que le talmud veut dire, c’est justement que de la même manière que les juifs avait un face à face avec Moshe et qu’ils n’acceptaient rien de ce qu’il disait sans s’être révoltés au moins trois ou quatre fois à chaque fois, de la même manière, les élèves doivent avoir un rapport de doute face au message du rav.

Mais s’il faut douter du message du rav, à quoi sert le rav ? À quoi servait Moshe ?

Moshe était nécessaire pour que les juifs ne se sentent pas face au néant lorsqu’il recevait le message de D. en effet D n’a pas de visage, pour l’homme D est avant tout vécu comme une absence, si la loi venait directement de D, les juifs n’auraient pu avoir avec D qu’un rapport nostalgique. Les juifs ne trouveraient dans la torah qu’une volonté de revivre un paradis perdu. Par contre, du fait que D avait un porte-parole et que ce porte-parole avait un visage humain, une présence instantanée dans le présent, les juifs pouvaient dialoguer avec D dans le présent. Si on parle à Moshe c’est comme si on parlait avec D. Dans le désert les juifs n’avaient pas à être nostalgiques d’une vérité perdue et inaccessible, ils étaient au contraire devant la réalité d’une vérité à acquérir dans le présent à travers un combat dialectique avec Moshe.

Barouh ben Nouria avait le même rôle pour Ezra. Lorsqu’Ezra écoute Barouh ben Nouria c’était comme si D lui parlait, et ce message de D qui passait par le rav était supérieur a celui qu’Ezra recevait par prophétie, car dans la prophétie D est toujours absent, c’est une non-présence, alors que dans le rapport au rav D est présent, dans l’instant de l’actualité. C’est pour cela que Ezra était le plus grand réformateur du judaïsme tout en étant celui qui était le plus à l’écoute de la tradition, car le rapport au rav VIVANT permet le dialogue avec D. Le talmud dans Roch Hachana conclu, c’est ce que le roi Salomon dit « ne demande par pourquoi les jours passés étaient meilleurs que les jours présents, car penser de cette manière c’est un manque d’intelligence ».

Pour revenir à l’enseignement de rabbi Shimon fils de Lakish cité dans le traitée de Berahot. On comprend que rabbi Shimon ben Lakish dénonce l’étude de la torah et même la crainte de D comme pouvant être l’expression d’une haine de la vie, et une névrose. Pour ce rav, l’étude ne doit pas être une manière de sublimer ses désirs, car dans ce cas l’étude de la torah serait une névrose, une desaptitude à vivre le présent. L’étude de la torah doit être au contraire une chose qui nous motive à vivre le présent et à désirer la vie, sans se soucier du futur ou du passà. (il est à noter que c’est ce même rav qui se sentait coupable d’avoir laissé en héritage une cuillère d’haricot à ses enfant par ce qu’il n’avait pas eu le temps de la manger avant de mourir, c’est lui aussi qui a été tué par son rav par ce qu’il lui avait dit qu’il ne lui servait à rien).

La seule étude de la torah qui permet d’augmenter le désir de vivre et qui renvoie l’homme dans le présent c’est l’étude de la torah que l’on fait dans le rapport dialectique avec le rav. (Il est connu que rav Haim Shmulevits avait l’habitude de dire que le rav cela pouvait être une institution, comme la yeshivah dans laquelle on étudie.)

©2018 by Uriel Aviges.