• Rav Uriel Aviges

Pekoude 5774

Dans ce cours nous parlons de la difference entre le rapport a D en israel et en exil tel qu'il est decrit dans le zohar. Les matériaux qui ont servi a construire le temple portatif du desert provenaient d'Egypte. Ceux qui ont servi a construire le temple de Salomon venait du Liban et de Syrie, les fonds et les matériaux qui ont servi a construire le deuxième temple venaient d'Irak. Le zohar explique que les matériaux qui ont servi a construire tous les temples provenaient de l'exterieure d'israel, par ce que ce sont les juifs de l'exil qui créent la spiritualité necessaire au dévoilement de la shehinah en israel, dans ce cours nous expliquons comment fonctionne la complémentarité spirituel des juifs d'Israel et de l'exil.

Dans notre parasha, la torah continue de nous parler de la construction du mishkan, le temple portatif. Cette fois ci, elle compte le poids de l’or et de l’argent qui ont été nécessaire à la construction du tabernacle. Cette insistance sur le compte du financement montre que le dévoilement infini et surnaturel de la présence de D dans le mishkan, ne pouvait s’effectuer qu’à travers quelque chose de fini et de comptable. (Zohar)

Les matériaux du mishkan sont comptés, ils sont définis et finis. Le Zohar remarque aussi que les matériaux de construction qui ont servi à la construction du tabernacle ne venaient pas de la terre d’Israël, ils venaient d’Égypte.

De même lorsque le roi Salomon a construit le temple de Jérusalem, il l’a construit avec des matériaux qui provenaient de l’extérieur d’Israël, du Liban et de Syrie, de même lorsque le roi Cyrus a organisé la construction du deuxième temple il l’a fait en utilisant des matériaux venant majoritairement de Babylonie. 

Le Zohar en déduit que c’est en exil, dans le monde de la finitude comptable que l’on construit les ustensiles spirituels qui permettent le dévoilement spirituel infini de la shehinah en Israël. 

Cependant la torah ne semble pas expliquer comment fonctionne le saut du fini à l’infini. Si le mishkan est construit avec des produits comptables et pesés, la révélation de D dans le mishkan est elle surnaturelle, la Mishna dans le traité d’avoth, explique que 10 miracles surnaturels se produisaient quotidiennement dans le mishkan. Le talmud dit aussi que miraculeusement l’arche sainte n’occupait aucun espace physique dans le Saint des Saints. Comment dans le mishkan on passe du naturel au surnaturel ? Comment comprendre qu’un endroit fini puisse contenir la présence divine infinie et surnaturelle?

Cette question peut être élargie de la manière suivante, si D est partout comment comprendre que certains lieux sont considères saints et d’autres comme profanes ? Pourquoi D résiderait-il plus en Israël qu’à l’extérieur d’Israël ? De même comment comprendre que le peuple juif est un peuple élu, pourquoi D s’adresserait-il plus aux juifs qu’aux autres nations 

Pour répondre à ces questions, je vais citer le livre de la création.

Dans le livre de la création il est écrit « D a créé le monde à travers trois choses, à travers le livre, à travers le compte, à travers le récit ». Le gaon de Vilnah et d’autres commentateurs expliquent que le livre fait référence à l’espace, le compte fait référence au temps, et le « récit » fait référence à la rationalité et à la conscience humaine. D aurait créé trois réalités dans l’univers, l’espace, le temps et la conscience de l’homme.

On peut déduire de cette phrase du livre de la création deux idées phares. La première, l’humanité est un élément de la création, mais il n’est pas le seul élément de cette création. La deuxième idée c’est que le temps et l’espace échappe à la conscience de l’homme et à sa rationalité. En effet, le livre de la création considère la conscience, l’espace et le temps comme trois réalités distinctes existant à part entière, chacune dans une dimension propre.

Lorsque l’homme essaie d’appréhender le fonctionnement de la physique du monde il est obligé d’isoler un objet de recherche. Après avoir isolé un objet de recherche, il peut identifier des règles qui régissent l’objet déterminé donné. De même, l’homme peut expérimenter ce qu’il ressent au contacte de certains environnement physiques donnés et délimités, mais au fond l’espace et le temps dans leur généralité et dans leur totalité, échappent toujours au discours fini de la rationalité humaine. 

La science ne fait que repousser les limites de l’inconnu, mais elle est incapable de connaitre fondamentalement l’essence du monde. L’essence de l’espace et du temps échappe au discours humain qu’il soit rationnel ou artistique.

Le discours humain fonctionne par une sorte de fétichisation du réel, pour analyser réfléchir ou discourir, l’homme doit nécessairement abstraire et découper des morceaux de réel finis et limités. L’homme ne peut réfléchir qu’à partir d’exemples ou d’expériences définis, de ce fait, lorsqu’il commence à parler, il admet que le réel dans sa totalité lui échappe absolument.

C’est pour cette raison que le livre de la création dit que la conscience discursive de l’homme, « le récit », n’existe pas dans la même dimension que l’espace ou le temps, l’espace et le temps dans leurs essences sont imperméables au récit humain.

Cependant le récit humain ne peut exister que par ce qu’il se rapporte à l’espace ou au temps.

Le talmud dans le traité de kidouchin explique qu’il faut compter les lettres de la torah, et les lettres du livre des psaumes. Ce que le talmud veut dire en disant cela, c’est que la torah est un discours fini, et qu’il est supporté par des lettres physiques. Or ces lettres elles même, qui supportent le discours, sont irréductibles au discours. Les mots ne pourraient pas exister sans lettres, mais la lettre ne fait pas partie du mot. La lettre, en tant que réalité physique occupant un espace donné, échappe au sens qu’elle créé et qu’elle transporte par le mot. De même le réel échappe à n’importe quel discours pourtant sensé le décrire.

La torah est l’aspect « sipour » « récit » de la création, il exprime le monde tel qu’il est perçu par la rationalité discursive de l’homme.

Mais de même que la lettre échappe au mot, le temps et l’espace échappent à la torah.

D’où la nécessité de se lier à D par d’autre voix que l’étude de la torah, des voix qui captent l’essence du temps ou l’essence de l’espace.

Le chabath et les fêtes, mettent l’homme en relation avec le rythme du temps, tel qu’il existe au delà de la réalité du discours humain. Le temps échappe au discours de la torah, mais il n’échappe pas à celui qui observe le chabath.

On ne peut pas comprendre rationnellement, pourquoi le chabath est différent des autres jours de la semaine, mais cela ne veut pas dire qu’il ne l’est pas. Nous n’avons pas accès à la dimension réelle du chabath à travers le discours, car le temps dans son essence échappe à l’homme et a sa perception rationnelle.

Si l’homme a des difficultés à percevoir le temps, que dire que la perception de l’espace ? C’est pour cette raison que l’on ne peut pas non plus comprendre pourquoi une terre peut être plus sainte qu’une autre terre.

Lorsque Jacob s’est endormi à Beth el il a dit « ceci est la porte du ciel ». Ce qui veut dire que bien que les trois dimensions de l’univers évoluent de manières différentes et non coordonnées, il y a certains moments et certains lieux, où ils coïncident. Il y a certain lieu ou le temps et l’espace et le récit font corps. Jusqu'à maintenant, les coïncidences des trois dimensions n’ont existées que de manières fugaces et temporaires, mais dans le monde futur, la coïncidence entre l’espace le temps et le discours se fera de manière continue et naturelle.

Du fait que la rédemption est la résultante d’une triple coïncidence, on comprend pourquoi la venue du messie ne dépend pas uniquement des actions de l’homme. Il dépend aussi du temps et de l’espace, le talmud pense que le temps et l’espace sont libres et qu’ils sont habités du libre arbitre au même titre que l’homme.

C’est pour cela que le talmud parle souvent de ne pas « s’opposer au temps », du « mécréant auquel le temps sourit gentiment », comme si le temps possédait une conscience à part entière dans l’univers. C’est ce qui explique aussi le rapport fantaisiste des rabbins avec la chronologie, le temps peut s’accélérer ou ralentir, et même revenir en arrière.

De même, l’espace est libre, il peut décider de se contracter ou de s’élargir. Dans la genèse la terre est maudite par D, par ce qu’elle a décidé d’avaler le sang d’Abel, et par ce qu’elle a permit à Ève de cueillir son fruit interdit. Or, on ne peut pas maudire quelqu’un qui n’a pas de libre arbitre, la terre comme le temps est libre. Lorsque D montre au roi David l’emplacement de Jérusalem, le verset dit textuellement et « D répondit à la prière de la terre ». Ailleurs, le talmud dit que Jérusalem se trouve sur le mont Sinaï, l’espace est libre, il n’est pas figé.

La rédemption ne dépend pas uniquement du bon vouloir de l’homme, elle dépend du bon vouloir de l’espace et du temps. Il est évident que l’on n’a aucune notion du mode de fonctionnement de la liberté du temps ou de l’espace.

C’est a mon avis le sens du talmud dans kidouchin lorsqu’il dit : « comptons les versets de la torah ! » et qu’il répond « mais nous ne savons pas le nombre exacte de ces versets, puisque certains versets peuvent être considère comme un seul ou comme plusieurs versets », de même le talmud dit « comptons les lettre des la torah » et le talmud répond « mais nous ne connaissons pas le nombre exacte des lettres de la torah. » halahiquement parlant, les paroles du talmud sont incompréhensibles, car un livre de la torah auquel il manque un lettre est complètement invalide, de même que le nombre des versets de la torah est indiscutable car il est une tradition remontant à Moise.

Ce que le talmud veut dire dans ce passage, c’est que l’espace réel symbolisé par les lettres du rouleau, n’est pas figé, l’espace est libre de se contracter ou de se dilater.

Ainsi, le peuple d’Israël est le peuple élu car il est « une porte du ciel », c'est-à-dire, qu’à travers Israël, a certains moment, il s’opère une connexion entre les trois dimensions de l’être, qui sont l’espace le temps et le récit. Cette coïncidence est pour le moment temporelle ou accidentelle, mais dans le monde futur elle sera continue et stable.

Le peuple d’Israël n’a pas à chercher à influencer le temps ou l’espace, il doit avant tout être fidele à son discours, à son récit, c’est de cette manière qu’il fait advenir le monde futur. La torah et la pratique des mitsvot permettent à l’homme de s’harmoniser et de vivre à la mesure du rythme de l’espace et du temps, c’est à travers la réalisation de cette harmonie que le monde futur peut advenir. 

Il ne peut y avoir qu’un endroit élu, et qu’un seul temps choisi. Car l’homme est seul dans l’espace et dans le temps. L’homme nait seul et meurt seul, il vit son temps dans une solitude absolue. De même l’espace qu’un homme occupe ne peut être occupé que par un seul individu à la foi. L’homme est seul dans l’espace et le temps, par contre, il ne peut pas être seul et communiquer travers le discours du récit. 

Si le discours est universel par essence, le rapport à l’espace et au temps n’est pas une expérience collective. La Mishna dit dans pirkei avoth « chaque homme a un endroit qui lui correspond et un temps qui lui correspond ». Chaque homme est le messie du temps qu’il vit et de l’espace qu’il occupe. 

Mais, la dimension du discours implique une expérience collective, elle nécessite l’existence d’un peuple. La délivrance ne peut pas être universelle, par ce qu’elle s’inscrit dans une relation à l’espace et au temps, mais elle ne peut pas être individuelle par ce qu’elle s’inscrit aussi dans le rapport au langage et au discours. C’est pour cette raison qu’elle ne peut se réaliser que par un peuple choisit qui fait « un », tout en étant fragmenté et mosaïque. 

Les philosophes et les chrétiens n’envisagent que l’aspect du « récit » de l’existence, pour eux la rédemption ne peut être qu’universelle et prévisible. Les Spinozas et autres Atlan parlent de fantasmagorie des rabbins, lorsqu’il est question de l’élection d’Israël ou d’une terre sainte.

Les philosophes font abstraction de la réalité fondamentalement irrationnelle de l’espace et du temps. Pourtant, l’histoire d’Israël démontre qu’à certains moments, l’histoire sort du récit rationnel de l’humanité. Comment comprendre la shoah ? Comment comprendre la guerre des six jours ou celle de kippour ? Comment comprendre qu’il y ait des juifs aujourd’hui en Israël qui lisent la torah sur des rouleaux identiques à ceux que l’on utilisait il y a 3000 ans ? Où est le récit qui rationaliserait ces événements contemporains et récents ? Si il faut accepter ces accidents comme des événements qui brisent le récit de l’humanité, pourquoi ne pas accepter aussi l’ouverture de la mer rouge, le don de la torah et les dix plaies d’Égypte ? 

Le peuple d’Israël n’est ni coupable ni victime de son histoire, il ne l’a pas mérité par ce qu’il était meilleur ou pire que les autres, le peuple d’Israël est simplement inscrit dans le récit qui amène la rédemption finale, il est la lettre qui supporte le discours.

Ce récit libérateur possède sa propre rythmique, cette rythmique peut s’accorder à celle du temps et de l’espace ou s’y opposer. Parfois la torah suit l’ordre chronologique, parfois elle s’y oppose. Il est certain que plus peuple juif reste fidele à son récit, plus il interprète fidèlement sa partition, plus il a de chance de s’harmoniser avec l’espace et le temps pour ouvrir définitivement les portes du ciel.

©2018 by Uriel Aviges.