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  • Rav Uriel Aviges

Leh Leha 5770

Note: Ce chiour a suscite beaucoup de questions auxquelles le Rav Aviges a repondu. Nous vous conseillons d'en faire lecture apres avoir lu ce dvar torah sur Leh Leha.


La parasha de Leh Leha nous parle d’Abraham, Abraham symbolise la bonté “le hessed”, le verset dit “donne la vérité à Jacob et la bonté à Abraham. Abraham symbolise la bonté par ce qu’il avait une tente qui était ouverte aux quatre directions dans laquelle il invitait les invites d’où qu’ils viennent. J’ai choisi de faire cette semaine une étude sur le hessed dans la torah.

Le mot hessed apparait à plusieurs reprises dans la torah. Cependant il y a un passage dans la torah ou le mot parait complètement hors contexte, c’est sur ce passage très étonnant de la torah que je veux m’arrêter d’abord.

Dans le lévitique 20:18 il est écrit

Si un homme épouse sa sœur, fille de son père ou fille de sa mère, qu'il voie sa nudité et qu'elle voie la sienne, c'est un acte de bonté (hessed), et ils seront exterminés à la vue de leurs concitoyens: il a découvert la nudité de sa sœur, il en portera la peine.

Le mot hessed ici parait complètement hors contexte, pourquoi le fait d’avoir des rapports avec sa sœur serait un acte de bonté?, et si c’est un acte de bonté alors pourquoi cet acte est-il condamné par la peine de mort? Rashi donne deux explications au verset, il dit

C’est un inceste (‘hessed) La honte, en araméen, se dit : ‘hassouda. Quant à l’explication midrashique, elle est la suivante : Si Qayin (Caïn) a épousé sa sœur, c’est que Hachem a accompli un acte de grâce pour construire le monde par lui, comme il est écrit (Tehilim 89, 3) : « Le monde sera construit par ‘hessed » (Sanhédrin 58b).

La première explication de Rashi parait étonnante rashi explique que le mot hessed utilisé dans le verset n’est pas un mot en hébreux mais plutôt un mot en araméen qui veut dire “la honte”. C’est une explication difficile car les mots en arameen sont rares dans le lévitique. Les mots en araméen apparaissent le plus souvent dans la genèse quant les protagonistes de l’histoire parlent araméen. Dans tous les chapitres précédent ce verset et les suivants, il n’y a aucune trace d’araméen. Pourquoi utiliser un mot en araméen alors que le mot en hébreux existe pour dire “une honte”?, et pourquoi créer une équivoque par un mot en araméen qui a une autre signification en hébreux comme le mot “hessed” ?

La deuxième explication apportée par Rashi interprète le mot hessed dans son sens littéral, et il nous dit que c’est par la bonté que D a permis à l’humanité de se développer dans un premier temps par des rapports incestueux. On a du mal à comprendre en quoi c’est une bonté que d’avoir des rapports entre frères et sœur.

Ce qui parait évident du verset c’est que la torah pense que les rapports sexuels interdits sont des actes de bienfaisance. Car donner de la jouissance à quelqu’un c’est le plus grand acte de hessed que l’on peut faire. Si c’est un acte de bonté de donner à manger à un étranger à plus forte raison que l’on peut dire que c’est acte de bonté de lui donner du plaisir sexuel. C’est pour cela que la torah appelle les rapports interdits du hessed de la bienfaisance.

La question qui se pose donc maintenant c’est de savoir pourquoi D a interdit des rapports sexuels avec des étrangers, alors qu’il a commandé à l’homme d’accueillir des étrangers à sa table, quelle est la différence?

(Il est clair que les interdits sexuels sont des “hukim” “des décrets”, mais un des rôles de l’étude de la torah c’est de chercher un sens aux hukim.)

On pourrait expliquer que si la torah a voulu que la sexualité soit envisagée uniquement dans le cadre du mariage, c’est par ce que la torah pensait que pour que le hessed soit total il fallait un lien fort entre les partenaires. Donner du plaisir d’une manière anonyme et disparaitre ce n’est pas véritablement du hessed, la torah voudrait astreindre moralement l’homme et la femme a une relation durable pour que l’acte de bonté soit parfait. Pourtant cette explication ne parait pas suffisante pour deux raisons. La première, c’est que logiquement cette proposition ne tient pas, en effet même si on suit la logique énoncée plus haut cela devrait être quand même une mitsvah d’avoir des apports sexuels de manière contractuelles, car même si ce n’est pas un acte de bonté parfait, c’est quand même un acte de bonté. Si quelqu’un ne peut pas donner un million de dollars à la tsedakah, il fait quand même une mitsvah lorsqu’il donne un dollar, on devrait utiliser la même logique dans la sexualité.

De plus le talmud dans Yomah 18 nous raconte que certains rabanim se mariaient lorsqu’ils étaient en voyage uniquement pour un weekend, et qu’en suite ils divorçaient leurs femmes. Le talmud ne voit aucun inconvénient dans ce type de mariage temporaire si les deux conjoints savent que le mariage ne durera pas plus que quelques jours. On voit donc que la raison pour laquelle la torah a limité la sexualité par le mariage, ce n’est pas pour créer des relations stables ou durables. Alors quel est le sens de cette mitsvah?

D’un autre coté, la torah interdit la prostitution professionnelle, mais qu’elle différence il y a entre des gens qui se marient pour un weekend et des gens qui ont des rapports avec des prostitué(e)s?

Si on envisage techniquement la question dans la halacha la question devient encore plus choquante. Car on sait que selon la halakha dans le mariage “on acquiert sa femme” “on achète sa femme par une valeur d’argent”, dit la première Mishna dans kidouchin, alors quelle différence entre un mariage et une passe. Est ce qu’il faut dire que lorsque l’on se marie on achète alors qu’avec une pro on ne fait que louer des services? Quel est l’explication de cette mitsvah? Que peut-on déduire sur la nature du hessed?

Il semble qu’au niveau halakhique pur ce qui crée l’interdit de la prostitution c’est la manière de donner l’argent à la femme, et l’intention de la femme quand elle le reçoit.

Je ne résiste pas au plaisir de citer un passage du chef d’œuvre autobiographique de votre ministre de la culture qui nous apprend beaucoup sur les rapports entre le prostitué et son client et le rôle au payement dans ce rapport

"Mon garçon est prêt à tout pour tenir son contrat ; le I want you happy qui ne connaît pas d’exception. [...] Le miroir de côté me renvoie notre image, moi comme un fou et lui comme un mort, et cette image me foudroie. Je suis pris d’un sentiment immense de compassion et de tendresse à son égard, à le voir si docile et démuni, alors qu’il m’avait paru le plus libre et le plus fort de tous, le jeune roi des clubs couché avec un autre salaud de menteur étranger en attendant que ça se passe"

“Il est revenu contre moi, la mine un peu voilée comme s'il était désolé d'être parti trop vite et regrettait son absence ; on recommence mais autrement, maintenant c'est moi qui décide et tout le plaisir est pour moi. Je n'ai jamais connu une telle sensation de plénitude et de puissance.”

Ce qui ressort de ces passages du livre de Frédéric Mitterrand, c’est que dans un premier temps, avant d’avoir payé sa passe, lorsqu’il regarde “son garçon”, Mitterrand se sent par rapport à son gigolo, vieux et faible et croulant. Dans un deuxième temps lorsqu’il paye, Mitterrand a l’impression d’être plus jeune que son gigolo est d’être plus fort que lui. On voit ici que le payement a un rôle dia-bolique. Etymologiquement le mot dia-bolique s’oppose au mot symbolique, symbolique cela veut dire lier un concept à une réalité, alors que le mot diabolique veut dire détacher les mots d’une réalité. Dans la prostitution le payement permet de détacher les protagonistes du monde réel pour jouer dans une mascarade. Dans le mariage il y a aussi un payement qui est donné à la femme mais le payement est symbolique, selon la halakha la valeur donnée a la femme pour le mariage peut être au minimum 20 centimes d’euro, c’est une somme symbolique, (je suis sure que Mitterrand n’a jamais trouve de gigolo à ce prix la même à Bangkok.)

Je vais faire une dernière citation littéraire plus courte avant de continuer mon développement. Je vais vous citer une phrase de Goethe dans Faust «L'homme tremble devant les maux qui ne l'atteindront pas et pleure continuellement les biens qu'il n'a pas perdus.»

Cette phrase de Goethe est d’une vérité troublante, tout le monde avait peur de la grippe porcine, mais personne n’avait prévu l’attentat du 11 septembre, personne ne s’attendait à la montée du nazisme, et tout le monde prévoyait Le Pen président. L’explication de ce phénomène psychologique décrit par Goethe vient à mon avis du fait qu’inconsciemment l’homme sait que les choses qui lui font peur ne l’atteignent jamais, il se rassure en ayant peur, au fond l’homme sait qu’il n’a rien à craindre des choses qui lui font peur. Il se dit “si j’ai peur de la grippe aviaire, alors il y a peu de chance pour qu’elle arrive vraiment”. Il en va de même avec les pertes, le fait de pleurer une perte permet à l’homme de sentir inconsciemment qu’il n’a rien perdu. Par ce que les véritables pertes on n’y pense pas, on ne les voit pas, cela serait trop difficile pour un homme de voir en face les véritables occasions perdu de sa vie, ce n’est que dans le monde futur, après la mort que l’homme peut voir la vérité en face.

Ce que l’on peut apprendre de ce passage de Goethe c’est que l’homme n’a pas naturellement un rapport symbolique au monde, c’est a dire que le langage sensoriel de l’homme n’est pas lié à la réalité du monde de manière naturelle, au contraire la perception sensorielle de l’homme est dia-bolique c’est a dire qu’elle crée un faussé entre la perception et la réalité. Pour dire la même idée de manière simple “l’homme n’est pas honnête avec lui même”, c’est ce que la Mishna dans Pirkei Avoth dit “ne te crois pas toi même jusqu’au jour de ta mort”.

Ceci pose un gros problème d’ordre moral car si l’homme n’est pas honnête avec lui même, comment peut il être honnête avec les autres? Comment peut-on dire qu’un homme et une femme vont créer une liaison honnête et symbolique en phase avec la réalité alors que l’homme lui même est toujours déconnecté partiellement de cette réalité. Si l’homme se ment à lui même il est évident qu’il ment aux autres.

Lorsqu’un homme dit qu’il veut épouser une femme et qu’il l’aime est ce qu’il peut même théoriquement l’aimer vraiment? Selon la psychanalyse on aime toujours quelque chose en quelqu’un, mais jamais la personne elle même, car l’essence même de la personne nous échappe absolument. Si une femme veut se marier avec un homme qui est médecin par exemple, elle aura un discours officiel qu’elle se tiendra à elle même en disant que c’est par ce qu’il est intelligent et romantique qu’elle l’a choisi, mais en fait elle pense au sac Louis Vuitton et aux vacances aux Caraïbes qu’elle va pouvoir s’offrir. Si on suit à la lettre la Mishna de Avoth citée nous sommes tous des Frédéric Mitterrand déguisés en honnête homme.

Pourtant si la torah a dit que le mariage était une mitsvah cela prouve qu’elle pensait que fondamentalement l’homme et la femme étaient capables de dépasser ce stade de relation, mais comment?

La solution est en fait très simple.

En effet, On se ment à soi même, on ment aux autres, mais il y a quelqu’un auquel on ne ment jamais, c’est Hachem. Même lorsque l’on dit à D des choses que l’on ne pense pas vraiment on ressent très clairement la partie du discours qui n’est pas honnête. En fait la seule manière pour l’homme de recréer un discours symbolique, c’est à dire un discours en phase avec la réalité c’est de parler à D. C’est ce que dit le talmud qu’”’un homme et une femme lorsqu’ils ont mérité, ils ont la chehinah entre eux” il n’y a que la chehinah qui peut créer un lien honnête entre l’homme et la femme. C’est le sens de l’acte symbolique du mariage dans la torah.

Lorsque la torah dit “et D a mis dans sa bouche un souffle de vie” et que Onkelos traduit “il a mis dans sa bouche un souffle parlant” Onkelos voulait dire que ce qui nous relie à D fondamentalement c’est la parole, c’est le discours. L’homme n’est capable d’un discours honnête que s’il parle à D ou si il parle devant D. C’est ca le sens du mariage religieux, lorsque l’on se marie devant D, on peut être capable d’avoir un discours honnête avec soi même qui dépasse les mensonges dia-bolique que l’on se fait à soi même et que l’on fait aux autres.

Le véritable “hessed” acte de bienfaisance ne peut être fait que face à D, que lorsque l’on prend D à témoin. C’est pour cela qu’Abraham qui est le symbole de la bonté était aussi le symbole de ceux qui ont la foi, la emounah.

Dans la parasha Abraham refuse de prendre le butin de guerre que lui offre le roi de Sodome le verset dit "Le roi de Sodome dit à Abram: "Donne-moi les personnes, et les biens garde-les pour toi. 22 Abram répondit au roi de Sodome: "Je lève la main devant l'Éternel, qui est le Dieu suprême, auteur des cieux et de la terre; 23 et je jure que fût-ce un fil, fût-ce la courroie d'une sandale, je ne prendrai rien de ce qui est à toi; que tu ne dises pas: "C'est moi qui ai enrichi Abram! ". Cette traduction suit l'interprétation de Rashi. Mais Onkelos (qui est le traducteur araméen de la torah) traduit différemment, il remplace le "et je jure etc.." par et "je fais la prière a D en disant que fut-ce un fil fut-ce la courroie d'une sandale etc..". A première vue, cette traduction d’Onkelos parait étonnante, car on ne voit pas comment la déclaration d'Abraham au roi de Sodome pourrait être une prière. Cependant, on peut comprendre la traduction d'Onkelos si on accepte l'idée que tout contrat ou tout engagement avec autrui est une prière. Un engagement c'est une prière par ce que l'homme ne peut être honnête que devant D. Il faut se rapprocher de D le plus possible, c'est a dire qu'il faut prendre conscience de la présence de D, pour être honnête avec soi même, et évaluer l'authenticité de son engagement.

Deuxième partie le hessed et le commerce.

Revenons à la question de départ, pourquoi l'interdit d'inceste avec sa sœur est-il qualifié de hessed par la torah plus que les autres interdits? A priori on peut répondre en s'appuyant sur Levi Strauss qui dit que c'est l'interdit des mariages frère-sœur qui a obligé les familles à s'échanger les femmes. Avant cet interdit les familles se mariaient à l'intérieur d'elle même, la femme avait un statut égale à l'homme, après l'interdit d'inceste les clans doivent s'échanger les femmes. A partir de ce moment, les femmes ne sont plus considérées uniquement comme des individus, elles prennent aussi le statut d’objets, elles ont une valeur. Les clans peuvent se les échanger, on peut acheter les femmes par la cérémonie du mariage. C’est l'interdit des rapports frère-sœur qui a fait de la femme un objet de désir ou de convoitise, un objet de valeur. Après l'interdit d'inceste le rapport homme femme change de nature, avant il n'y avait pas de comparaison possible entre les femmes, puisqu'elles étaient condamnées à se marier avec leur frère, la femme n'était pas un objet que l'on pouvait acquérir ou séduire, socialement il n'y avait pas de distinction entre les hommes et les femmes. Après l'interdit d'inceste, par contre, la femme devient un objet que l'on a besoin d'acquérir ou de seduire. La torah peut donc dire qu'une relation frère sœur c'est une relation qui est une relation de bonté pure, de hessed, puisqu'elle s'oppose a une relation homme femme basée sur l'acquisition et la possession de l'autre.

Cependant il est difficile de comprendre pourquoi la torah condamne une relation homme femme basée sur le hessed et qu'elle lui préfère une relation basée sur l'acquisition et la possetion. La mishnah dans Kidouchin, le traité des mariages, commence par la phrase "une femme peut être acquise de trois manières etc.." pour montrer que le mariage n'est envisageable que sous l'angle de la possession, pourquoi?

Le verset dit dans les Psaumes 19 "Les jugements de l’Eternel sont vérité: ils sont parfaits tous ensemble; 11 plus désirables que l’or, que beaucoup d’or fin, plus doux que le miel, que le suc des rayons." le Hafets Haïm interprète ce verset 11 en se basant sur le midrash de la manière suivante. Le verset met en opposition deux types de valeurs, le premier type de valeur c'est le miel, le miel est doux et il se consomme, il a une utilité, mais le miel n'est pas précieux, il n'a qu'une très faible valeur marchande. Le deuxième type de valeur c'est l'or, l'or ne sert pas a grand chose il n'est pas doux on ne le consomme pas, mais sa valeur marchande est grande. Ce verset nous apprend que les objets qui ont une grande valeur marchande sont en général des objets que l'on ne peut pas consommer. Ce sont des objets que l'on ne possède pas vraiment, puisqu'ils échappent à notre jouissance. 

Par exemple, si quelqu'un s'achète une maison et qu'il pense la revendre plus tard, il va s'interdire certaines modifications qu'il aurait voulu faire, si ces modifications rendent la maison plus difficile à revendre. Le fait d'acquérir quelque chose en lui donnant une valeur limite la possession que nous avons sur l'objet. Le fait d'acheter une femme avec de l'argent c'est dire implicitement qu'on ne la possède pas. Acheter une femme avec de l'argent c'est lui dire qu'on lui reconnait une valeur inestimable, une valeur dont le mari n'est pas le maitre ni le possesseur. La cérémonie du mariage a pour but de transformer une relation de type "pot de miel", c'est à dire une relation où l'on consomme l'autre et son plaisir pour en jouir, en relation de type "or fin", ou l'on donne une valeur à l'autre indépendamment de la jouissance qu'il nous procure.

Le hessed est un don gratuit mais il ne doit par rester gratuit

Rav Itzhak Hutner (dans le livre Pahad Itshak, Soucoth 20) rapporte une histoire de rav Israël Salanter. Un jour un rav qui visite rav Israël Salanter voit que rav Israël Salanter sort de chez lui pour apporter lui même une somme d'argent à un rav beaucoup plus jeune et beaucoup moins important que lui. Le visiteur est étonné il demande à rav Israël Salanter pourquoi il va apporter cet argent lui même à cette personne, et pourquoi rav Israël Salanter va-t-il donner une somme d'argent à ce rav alors qu'il n'est pas dans le besoin du tout.

Rav Israël Salanter répond, "j'apporte cet argent à ce rav par ce que je dois lui faire des reproches, or à chaque fois que l'on fait des reproches à quelqu'un, il faut d'abord lui apporter un cadeau." le visiteur demande à rav Israël Salanter d'ou tire-t-il cet enseignement et il lui répond qu'on le déduit d'un passage du talmud dans Yebamoth. 

Le talmud raconte que pendant 3 ans après la mort du roi Saül il y a eu une sécheresse en Israël, le talmud explique que cette sécheresse était causé pour deux raisons, la première raison c'était pour punir les juifs de ne pas avoir fait des honneurs mortuaire au roi Saül (en effet comme Saül s'était suicidé les juifs croyaient qu'ils ne fallait pas lui faire des éloges funèbres, mais ils avaient tort, on apprend de là que dans certains cas on a le droit de se suicider) et la deuxième raison de la sécheresse c'était par ce qu'il fallait que la famille de Saül répare la faute commise par celui ci lorsqu'il avait massacré la ville des kohanim de Nov (Saül a massacré la population de Nov par ce que les kohanim de Nov avaient aidé David à le fuir).

Le talmud déduit de cette histoire que D ne juge les personnes, comme par exemple ici Saül, qu'après leur avoir donne une beraha. Ici D donne à Saül des honneurs mortuaires des hespedim, mais en conséquence il le juge sur ses actions. On ne peut juger qu'après avoir donner quelque chose à quelqu'un, le jugement ne peut être qu'une conséquence du don. 

Dans la même verve le rav Luzzato explique dans le Derech Hasahm, qu'après la amidah on fait les tahanounim par ce qu'après avoir reçu les bénédictions de D, c'est à dire un don gratuit de D, on est jugé par les accusateurs. Toutes les bénédictions et les dons ont pour conséquence un jugement, il faut donc reconnaitre ses fautes après la amidah pour sortir gagnant du jugement.

Le don est toujours gratuit, mais un jugement vient dans un deuxième temps comme conséquence du don. Le jugement n'est jamais premier, D ne juge jamais si il ne donne rien d'abord. c'est l'explication du talmud qui dit "gam zou letovah", "ca aussi c'est pour le bien", c'est à dire que quand l'homme reçoit une affliction, has vechalom, il peut être certain qu'en contrepartie D a décidé, à ce moment même, de lui donner une grande beraha, car D ne punit jamais sans donner avant.

L’homme doit imiter D come dit Maimonide. Le rav Luzzato dit "plus on ressemble à D plus on se rapproche de lui", ainsi l'homme ne doit juger ou reprocher son prochain qu'après avoir donné un don gratuit au préalable. Rav Itzhak Hutner explique que c'est la symbolique qui existe dans la filiation de Abraham et Isaac. Abraham c'est la bonté, il a pour fils isaac qui symbolise le jugement et la rigueur, pour nous montrer que le jugement ne peut être qu'une conséquence de la bonté. 

On peut ajouter qu'un don qui n'est pas suivi par un jugement ce n'est pas un don, ce n'est pas un acte de hessed, car un don qui reste sans fondements et sans rationalité est déstructurant pour la personne qui reçoit, de plus le don doit donner la possibilité à celui qui donne d'exprimer sa pensée à l'autre pour créer un lien. Le talmud dit "celui qui donne un cadeau à quelqu'un et qui ne dit pas que c'est lui qui le donne et ce qu'il lui donne, c'est comme si il n'avait rien donné" (on ne parle pas de tsedakah on parle d'un cadeau).

On comprend ainsi pourquoi le rapport frère-sœur est condamné par la torah, puisque c'est "un rapport de nature" qui ne se justifie pas par un choix rationnel. Si l'homme se marie avec sa sœur il le fait par ce que c'est la femme qu'il lui est destiné naturellement, le hessed ne peut pas se justifier par une rationalité. Le marie ne peut pas dire à sa femme, si cette femme est sa sœur, "je te donne cette bague par ce que tu es extraordinaire et tout le bla bla", la relation frère-sœur n'est pas valorisante pour les conjoints par ce qu'elle n'exprime pas un choix et une évaluation. Le mariage frère sœur est un acte de bonté qui ne peut pas se justifier par un discours rationnel, ce n'est pas un choix.

La relation frère-sœur chez Abraham et Sarah

À partir de là on peut proposer une nouvelle interprétation d'un passage de la parasha ou Abraham fait passer Sarah pour sa sœur

Le verset dit : Or, il y eut une famine dans le pays. Abram descendit en Égypte pour y séjourner, la famine étant excessive dans le pays.11 Quand il fut sur le point d'arriver en Égypte, il dit à Saraï son épouse: "Certes, je découvre que tu es une femme au gracieux visage.12 Il arrivera que, lorsque les Égyptiens te verront, ils diront: ‘C'est sa femme’; et ils me tueront, et ils te conserveront la vie.13 Dis, je te prie, que tu es ma sœur; et je serai enrichis par toi, car j'aurai, grâce à toi, la vie sauve."

Rashi commente Je sais que tu es femme au beau visage Le midrash explique qu’il ne s’en était pas rendu compte jusqu’alors, à cause de leur pudeur respective. Il en prenait à présent conscience à cause de ce qui était en train de leur arriver. Afin qu’il m’arrive du bien à cause de toi Par des présents.

 Le texte de la torah pose problème pourquoi Abraham veut il recevoir des présents de la part des égyptiens en tirant parti de la beauté de Sarah? Pourquoi Abraham découvre-t-il maintenant la beauté de Sarah et pas avant? Que veut dire Rashi quand il dit "Il en prenait à présent conscience à cause de ce qui était en train de leur arriver."

On peut proposer l'idée qu’Abraham s'est marié avec Sarah par défaut, en effet Sarah était la fille de son frère qui s'était jeté avec lui dans le feu de Casdim et qui y était mort. Abraham devait prendre soin de cette orpheline, il sentait le devoir de sa marier avec Sarah, c'est pour cela qu'il ne s'était jamais rendu compte de la beauté ou de la valeur de Sarah. Maintenant il se rend compte que Sarah est désirée par d'autres hommes, il prend conscience de "la valeur marchande de sa femme", sa femme n'est pas un "pot de miel" que l'on consomme, c'est un "lingot d'or" qu'il faut posséder et mériter. Les cadeaux qu'il veut recevoir des égyptiens sont nécessaires à Abraham pour qu'il transforme une relation frère sœur en une relation homme femme. 

C’est par le regard des autres hommes que l'homme prend conscience de la valeur de sa femme. C’est ce que la mishnah dit "comment danse-t-on devant la fiancée? En disant à son fiancé qu'elle belle et gracieuse", la mitsvah de réjouir la mariée et le mari, en considérant la femme comme un objet de désire fait parti intégrante de l'acte des kidouchin, qui a pour but la mise en valeur de la femme. 


Question :

Tu prouves qu’un ‘don’ ne peut être un don tout à fait gratuit. Mais de la même manière que tu fais une distinction entre la tsedaka et le don, j’ai l’impression qu’on peut aussi faire une distinction entre le hessed et le don.

1/ En quoi ce que fait le rav Salanter est du Hessed ?

2/ Les actes mortuaires sont considérées comme des vrais actes de Hessed, et ils sont (sauf preuve du contraire) vraiment gratuits.


Réponse :

Pour répondre à ta deuxième question je vais citer un verset auquel tu sembles faire référence

« Les jours d'Israël approchant de leur terme, il manda son fils Joseph et lui dit: "Si tu as quelque affection pour moi, mets, je te prie, ta main sous ma hanche pour attester que tu agiras envers moi avec bonté et verite, en ne m'ensevelissant point en Egypte »

Rashi commente Bonté et vérité La bonté que l’on témoigne aux morts est une « bonté de vérité », car on n’en attend rien en retour (Beréchith raba 96, 5).

On peut jouer sur les mots de Rashi, en effet, l'acte de hesed qui est fait avec un mort est appelé dans la torah (parahsat vayehi) "hesed chel emeth", "un hesed de vérité". On peut interpréter cette tournure comme voulant dire que le hesed que l'on fait aux morts, c'est le hesed le plus parfait, c'est dans ce sens que ta question est pertinente. Mais on peut interpréter cette tournure de phrase différemment, car le hesed "la bonté" s'oppose radicalement à la vérité, au "emeth", "le hesed chel emeth", ne serait donc pas du hesed à l'état brut à part entière, cela serait une combinaison entre deux contraires. La raison pour laquelle cela ne serait pas un vrai hesed c'est par ce que justement c'est un don gratuit. Si on suit cette interprétation ta question est répondue d'elle même car le hesed fait à un mort ce n'est pas un hesed à l'état pur.

La première remarque porte sur la différence entre la tsedakah qui doit être anonyme et le hesed. Le point de différence entre la tsedakah et le hesed vient du fait que lorsqu’un don est suivi d'un message ou d'une explication il devient structurant pour la personne. La personne peut rattacher le don à une rationalité qui lui apporte une valeur propre, l'homme sent qu'il mérite ce don par le jugement de celui qui donne. Au contraire un don qui n'est pas suivit par un jugement est déstructurant et déstabilisant pour celui qui le reçoit, car il ne pense pas mériter le cadeau. Dans la tsedakah le fait de donner de manière non anonyme est déstructurant pour celui qui reçoit car celui qui reçoit se sent incapable de se justifier à lui même cadeau qu'il reçoit.

Rav Salanter fait du hessed en apportant de l'argent à la personne qu'il va réprimander et en lui faisant des honneurs en l'apportant lui même, c'est cet acte de hesed qui lui permet de faire un acte de jugement sur l'autre.



Question :

On avait déjà abordé le verset du Lévitique une autre fois. Je ne me souviens plus exactement dans quelles circonstances on en avait parlé. On avait parle aussi de ses rabbins qui se mariaient un weekend quand ils étaient en voyage.

Tu as bien expliqué la différence fondamentale d'acquisition entre une femme et une prostituée. Tu dis que le hessed véritable c'est celui où on prend D en témoin. Pourtant quand on invite des étrangers à la maison il n'y pas de cérémonie ou de bénédictions qui prendraient D à témoin. C'est pour cela que je ne sais pas si on peut dire que l'essence du hessed réside dans le fait d'inviter D dans les relations humaines (homme-femme pour le mariage ou hôtes-invités dans le cas social).

Tu as parlé aussi de la différence fondamentale entre l'acquisition de la femme par l'homme dans le cadre du mariage et dans celui de la prostitution. Pourtant il me semble que la différence réside d'abord dans l'intention de l'homme dans le premier cas de choisir la mère de ses descendants alors que dans le deuxième cas il ne lui viendrait pas à l'esprit une seconde de choisir la mère de ses enfants parmi des prostituées. Même si des gens se marient sans avoir ou vouloir d'enfants, la question se pose inévitablement car l'engagement du mariage sous entend l'idée de fonder une famille. C'est pourquoi j'ai un peu de mal à comprendre les mariages éclairs de ces rabbins voyageurs car on a l'impression que c'est juste un artifice pour éviter la comparaison avec la prostitution. Car finalement les protagonistes savent pertinemment que ces relations restent comme tu dis des relations pot-de-miel.

La fin n'est pas très claire pour moi. Pourquoi Abraham a-t-il besoin des cadeaux des égyptiens pour passer de la relation frère-sœur a celle d'homme-femme? Jouent-ils le rôle de l'argent dans un mariage? Ou seraient-ils une allusion au hessed? (ca rappelle d'ailleurs les coutumes sépharades d'échanger des cadeaux durant le henné).


Réponse :

1- Sur ce que tu dis "Tu dis que le hessed véritable c'est celui où on prend D en témoin. Pourtant quand on invite des étrangers a la maison il n'y pas de cérémonie ou de bénédictions qui prendraient D. a témoin." Je ne voulais pas dire que le hesed réside dans le fait de prendre D à témoin. Je voulais simplement dire que le fait de prendre D à témoin permet une véritable honnêteté dans ses sentiments et dans son engagement. Il est vrai que ce n'est que dans l'échange du plaisir sexuel qu'un engagement est ordonné dans la halacha, on ne demande pas d'engagement lorsque l'on invite des gens à manger, au contraire on invite surtout les étrangers (comme nous le dit le Maharal dans son commentaire sur chabath).

Je n'ai pas expliqué ce point de différence entre la nourriture et le sexe dans la halacha dans le mail alors que c'était la question à partir de laquelle j'étais parti au départ. Je te remercie de mettre le doigt sur cette faute logique.

Ceci dit, on peut répondre à la question en utilisant l'idée que j'ai donnée dans le cours. Il faut simplement rajouter un autre constat psychologique et une autre citation littéraire je pense qu'elle est de voltaire (mais peut être c'est de rousseau, il faut Google pour vérifier) c'est une citation très courte "l'abstinence rend fou". Ce que l'on peut déduire de cette citation c'est que les plaisirs du corps en général sont des stabilisateurs psychique, les plaisirs physiques permettent à l'homme de se lier à la réalité, ils le sauvent de la folie. On peut manger pour calmer son angoisse, ou se faire faire un massage etc. 

La deuxième idée qu'il faut introduire c'est qu'il y a une différence essentielle entre le plaisir sexuel et le plaisir de manger, c'est que lorsque l'on mange on ne peut pas manger de la nourriture virtuelle. Alors que dans le sexe il y a une grande partie virtuelle dans le plaisir. Pour le talmud toute excitation sexuelle part de l'intellect. 

Si on met bout à bout les deux idées on peut répondre à la question du départ de cette manière: dans la gestion des plaisirs sexuels la torah a voulu une cérémonie symbolique qui permette à l'homme de se lier à travers son plaisir à la réalité et non pas de se détacher de la réalité. C’est à dire que la torah a demandé le mariage et a interdit la prostitution. Par contre en ce qui concerne la nourriture cette cérémonie et ces engagements n'avaient pas lieu d'être par ce que intrinsèquement la nourriture est une réalité physique qui n'est pas virtuelle.

on peut même rajouter pour le fun, que la nourriture est symbolique par nature, c'est a dire qu'elle peut être utilisée par la halacha pour lier un concept abstrait a une réalité, par exemple dans le kidouch ou dans le seder de pessah ou dans les simanim de Roch Hachana. Alors que le sexe n'est pas symbolique par nature c'est pour cela que la halacha s'attache à lui imposer des symboles pour le lier à une réalité. (L’honnêteté des conjoints est la réalité qu'il faut lier à la sexualité).

2- Quand tu dis "Même si des gens se marient sans avoir ou vouloir d'enfants, la question se pose inévitablement car l'engagement du mariage sous entend l'idée de fonder une famille. C'est pourquoi j'ai un peu de mal à comprendre les mariages éclairs de ces rabbins voyageurs car on a l'impression que c'est juste un artifice pour éviter la comparaison avec la prostitution". On ne peut pas dire cela si c'était un artifice les rabbins ne le feraient pas. Si les rabanim le faisaient cela veut dire que ces mariages sont conformes à l'optique idéale de la mitsvah. Le talmud dans Yebamoth est très explicite sur le fait qu'il y a une mitsvah de se marier même si on ne va pas procréer, le plaisir sexuel est une fin en soi car il est nécessaire à l'épanouissement spirituel de l'homme selon la torah. 

Méthodologiquement, je pense que lorsque l'on essaie de donner un sens au mitsvoth il faut essayer de trouver un sens qui puisse expliquer le plus de détails possible de la halacha, car si non l'explication reste partiale. Par exemple, Maimonide explique que l'interdit de faire la shehitah d'un animal le même jour que sa mère est du au fait qu'il faut préserver les races des animaux, Nahmanide lui objecte que la halacha n'interdit que de tuer l'enfant et sa mère et pas l'enfant et son père, alors que selon l'explication de Maimonide dans le guide des égarés l'interdit devrait inclure la mère et le père, pour Nahmanide si la raison de Maimonide était véridique elle devrait pouvoir expliquer les détails de la halacha. Du fait que la cérémonie du mariage n'implique pas une relation durable, (puisque techniquement un mariage temporaire est envisageable) nous oblige à penser que le sens du mariage dans la halacha ce n'est pas cette relation.

3- Quand tu dis "La fin n'est pas très claire pour moi. Pourquoi Abraham a-t-il besoin des cadeaux des égyptiens pour passer de la relation frère-sœur a celle d'homme-femme? J'avoue que pour moi aussi ce n'est pas clair, mais j'ai voulu dire qu’Abraham voulait valoriser sa femme à ses propres yeux, si les égyptiens lui font des cadeaux pour honorer la beauté de Sarah cela veut dire qu'elle a de la valeur. Ce n'est pas simplement une femme qu'il devait épouser par nécessite naturelle par ce qu'elle était de sa famille.



Deux remarques supplémentaires sur le cours de Leh Leha suite à des discutions avec les élèves

Lorsque je parle de l'honnêteté avec D pour voir clair dans ses sentiments, je ne parle pas nécessairement du D des croyants. Je parle du D des pragmatistes américains, on peu dire que je parle du D de Barak Obama.

C’est à dire que chaque homme a une conception de D en lui, cette conception est une réalité psychologique. Même un homme qui ne croit pas en D, et qui rejette son existence has vechalom, peut dialoguer avec l'idée de D qu'il y a en lui. Cette idée de D est comme une sorte de miroir de notre conception de la perfection absolue. À travers le dialogue intérieur avec cette conception l'homme peut voir clairement ses sentiments, il peut sentir dans quelle mesure les mots qu'il utilise traduisent sa pensée et dans quelle mesure il la trahisse. Cette conscience de D est un miroir avec lequel on peut dialoguer pour voir ce qu'il y a réellement en nous.

Pour le croyant cette idée de D ce n'est pas D, c'est une interface a travers laquelle on peut se lier a D. dans la Kabala et les midrashim cette interface est appelée "matatron".

L’idée de "la femme objet" revient souvent dans le mail. Ce que j'ai voulu montrer c'est que l'on ne peut pas valoriser la femme sans en faire un objet, c'est mathématique. C’est dans ce paradoxe que ce trouve coince le mouvement féministe, si on revendique des droits a la femme, on en fait un objet, et si on veut sortir de l'objectivation de la femme alors on ne peut plus rien revendiquer. La seule manière de sortir de cette impasse c'est soit de nier en bloque l'identité féminine en disant femme= homme ce qui est un mensonge a mon avis. Soit de revendiquer de manière nihiliste des droits dans un mouvement de violence pure et gratuit sans que cette revendication ne s'adresse à personne. Cette position est difficilement tenable, mais c'est pourtant la position des féministes actuels.



Question :

Comment peux-tu dire que l'on ne ment pas devant D alors que dans la parasha Sarah dément avoir ri, alors qu'elle avait effectivement ri ?

Reponse:

Tu fais références à ces versets :

Le Seigneur dit à Abraham: "Pourquoi Sara a-t-elle ri, disant: ’Eh quoi! en vérité, j'enfanterais, âgée que je suis!’ 14 Est-il rien d'impossible au Seigneur? Au temps fixé, à pareille époque, je te visiterai et Sara sera mère". 15 Sara protesta, en disant: "Je n'ai point ri"; car elle avait peur. II répondit "Non pas, tu as ri."


C’est une bonne question!

Mais on peut dire qu'au fond d'elle même Sarah savait qu'elle mentait. 

Ce que je veux dire c'est que les mots n'expriment jamais totalement nos sentiments, même lorsque l'on est honnête avec soi même. Nos sentiments sont complexes et multiples et ils dépassent le langage, on aime et on déteste en même temps la même personne ou la même chose. Les mots définissent des sentiments qui sont toujours trop blancs ou trop noirs par rapport à la réalité de notre pensée intérieure. D’une certaine manière dès que l'on commence à parler on se ment à soi même. Par contre, lorsque l'on parle à D en utilisant des mots, on ressent, au moment même où l'on parle, la mesure de ce qui est honnête dans le mot que l'on dit et la partie du mot qui dépasse notre pensée ou notre sentiment intérieur. Le dialogue avec D nous permet de nous positionner avec plus de clarté face au langage. C’est ce que je voulais dire en rapportant la traduction d'Onkelos qui dit que l'âme vivante que D a insufflé à l'homme c'est la parole. L’homme ne peut vraiment saisir son positionnement face au mot que grâce à D.



Question:

Tu dis que le mariage est un engagement devant D. Ce n'est pas vrai! C’est la conception chrétienne du mariage, dans le judaïsme lorsque l'homme donne une bague à la femme il ne mentionne pas D, le mariage se fait devant témoins et pas devant D, le mariage selon la torah c'est un acte laïc! Franck Benhamou.

Reponse:

C'est vrai, mais je parlais de la hupa et des berahot qui y sont faites puisque ce sont ces berahot qui permettent la femme à son mari. Selon l'avis de Nahmanide qui est retenu dans la halacha, selon la torah il n'y a aucune obligation de se marier avec des kidouchin, ce n'est qu'une option que la torah donne au conjoint de manière facultative. C’est un acte laïc. Cependant les rabbins ont rendu obligatoire le mariage et surtout la hupa et les berahot pour permettre des rapports sexuels c'est dans ce sens que j'ai défini le mariage comme un engagement devant D.