• Rav Uriel Aviges

Bo 5770

Léviathan, érotisme et recherche identitaire

Le prophète Ezéchiel appelle l’Egypte “le grand tanin”, or à chaque fois que le mot tanin est utilisé avec l’article défini “le” dans la bible il désigne le Léviathan. Il y a un autre lien que l‘on peut faire entre les passages de la torah et la sortie d’Egypte du fait que le prophète Isaïe écrit que deux Léviathans, d’une part le Léviathan droit comme un bâton et d’autre part le Léviathan qui ondule comme un serpent. Le verset dit “En ce jour, l'Eternel châtiera de sa forte, grande et puissante épée le Léviathan, serpent droit comme une barre, et le Léviathan, serpent aux replis tortueux; il fera périr aussi le monstre qui habite la mer. 2 En ce jour, entonnez à son intention le chant de la Vigne de délices: 3 Moi, l'Eternel, je suis son gardien, à toute heure je l'arrose”. Or la dialectique bâton-serpent est toujours présente dans la sortie d’Egypte puisque Moshé tient un bâton qui se transforme en “tanin”, qui ensuite se retransforme en bâton. Dans un deuxième épisode de la torah le bâton d’Aaron avale les serpents des magiciens égyptiens.

Les commentateurs classiques des versets d’Isaïe, le rav Yossef Karo, le rav Kimhi, Rashi et le Even Ezra, expliquent que les deux Léviathans décrits par Isaïe symbolisent là les deux grandes puissances qui se battent toujours autour d’Israël. Ils expliquent qu’il y a toujours eu à travers l’histoire deux forces qui s’opposent autours d’Israël, cela a été l’Egypte et la Syrie, puis l’Egypte et Rome, puis les musulmans et les chrétiens, les forces de l’axes contre les alliés, on pourrait aussi dire l’OTAN et le bloc de l’est.

Il semble si on lit à travers les lignes du talmud et du Maharal dans son commentaire sur le talmud, que les deux formes de Léviathan symbolisent deux modalités de la sexualité masculine, il y a le sexe en érection et le sexe qui ondule. L’idée qui en ressort c’est que les deux puissances qui s’agitent autours d’Israël sont toujours dans une dialectique de recherche de masculinité, ils sont dans une dialectique de réaction, c’est là que les Léviathan se battent pour diriger le dynamisme de la réaction. Parfois ce sont les musulmans qui crée le dynamisme de la réaction lorsqu’ils cherchent à dominer le monde, parfois ce sont les chrétiens, mais, le fait est, qu’à chaque fois les deux puissances réagissent ensembles en étant tour à tour serpent et bâton, lorsque l’un devient bâton, c’est a dire un sexe en érection qui cherche à prendre le pouvoir sur le monde, le deuxième Léviathan résiste en cherchant à l’englober dans l’universalité. 

(Napoléon était bâton et la Russie et l’Allemagne étaient serpent, dans la deuxième guerre mondiale l’Allemagne et l’Italie et le Japon était bâton alors que les Etats-Unis et les alliés étaient serpent, les talibans sont bâtons et les alliés sont serpent, il y a toujours une dialectique d’encerclement et de contre encerclement dans la stratégie internationale.)

Israël est symbolisé par la vigne qui grandit grâce au mouvement incessant de l’histoire et du conflit des nations. Israël est “le vin gardé dans ses raisins” depuis les 6 jours de la création.

Le talmud dans Avodah Zarah 5 et Baba Batra 74 dit que D s’amuse avec le Léviathan, c’est à dire que la présence divine joue avec le déroulement de l’histoire et les mouvements des nations et qu’à travers cette histoire la présence D va se dévoiler complètement.

L’origine du Léviathan

La torah parle explicitement de la création du Léviathan dans le quatrième jour de la création en effet le verset dit au début de la genèse : “Dieu créa les cétacés énormes, et tous les êtres animés qui se meuvent dans les eaux, où ils pullulèrent selon leurs espèces, puis tout ce qui vole au moyen d'ailes, selon son espèce; et Dieu considéra que c'était bien.”

Rashi explique “Les cétacés : Des grands poissons de mer. D’après la haggadah (Baba Batra 74b), il s’agit du Léviathan et de son compagne, qu’Il a créés mâle et femelle. Il a tué la femelle et l’a conservée dans du sel à l’intention des justes dans les temps à venir. Car s’ils avaient fructifié et s’ils s’étaient multipliés, le monde n’aurait pas pu se maintenir devant eux.”

Il est à noter que Rashi utilise l’expression le Léviathan et “ben zougo” ce qui implique une relation homosexuelle entre les Léviathan par ce qu’il s’agit en fait de deux males. 

Il y a un autre couple qui vit parallèlement au Léviathan il s’agit des “béhémoths” qui sont décrites dans Job, les versets disent à propos des béhémoths : Vois donc le Béhémoth que j'ai créé comme toi: il se nourrit d'herbe comme le bœuf. 16 Admire la force qui est dans ses reins, la vigueur qui réside dans les muscles de son ventre. 17 Sa queue se dresse comme un cèdre, les nerfs de ses cuisses sont entrelacés. 18 Ses os sont des tuyaux d'airain, ses vertèbres des barres de fer. 19 Il est une des œuvres capitales de Dieu: Celui qui l'a fait l'a gratifié d'un glaive. 20 Les montagnes produisent du fourrage pour lui, et là toutes les bêtes des champs prennent leurs ébats. 21 Il se couche sous les lotus, sous le couvert des roseaux et des marais, 22 Les lotus le protègent de leur ombre, les saules du torrent l'enveloppent. 23 Voici que le fleuve se gonfle et il ne s'en émeut point; il demeurerait plein d'assurance si le Jourdain lui montait à la gueule. 

Ces verset semblent décrire aussi une double modalité de la sexualité féminine le talmud note que “la vigueur qui réside dans les muscles de son ventre” qui semble décrire la fécondité féminine s’oppose à la “force qui est dans ses reins” qui semble plutôt être une sexualité masculine. De même que “Sa queue se dresse comme un cèdre” qui semble être un attribut masculin, s’oppose à “les nerfs de ses cuisses sont entrelacés” qui ont l’air d’être une description d’un organe féminin. D’autre part les béhémoths sont décrites dans les midrashim comme ayant un ventre énorme, elles cherchent toujours à grossir et à se remplir.

Il semble que le talmud interprète que chaque sexe male ou femelle a en lui même une double sexualité, chaque sexe est androgyne. Le talmud veut dire que D a créé toutes les créations dans une dualité male femelle. La dualité male femelle permet le dynamisme du monde et son mouvement, donc même l’homme et la femme en eux même sont male et femelle.

Le midrash dans Vayikra Rabah apporté dans le Maharsha sur Baba Batra 75a explique que le Léviathan et la béhémoth ne se rencontrent jamais. Ils ne se rencontreront que dans les temps messianique. Lorsque les temps messianiques arriveront et que le Léviathan rencontrera la béhémoth alors ils commenceront un combat mortel, ensuite D lui même devra les séparer et il les tuera lui même séparément pour nourrir les tsadikim de la chaire des deux monstres. Le midrash veut dire que l’homme et la femme ne peuvent jamais se comprendre et il ne se rencontre jamais, en fait l’homme aime une idée de la femme qu’il a en lui mais cette idee n’est pas conforme à la réalité de la femme, c’est une illusion. De la même manière la femme aime une idée de l’homme qu’elle a en elle, mais cette image de l’homme ne correspond pas la réalité du male, c’est une illusion. C’est cette illusion qui permet à l’homme et à la femme de coexister, l’homme vit dans la mer et la femme dans les montagnes, ils évoluent dans deux dimensions parallèles qui ne se touchent jamais. Le jour où elles se toucheront cela sera une haine mortelle entre la femme et l’homme. Il parait cependant nécessaire de s’interroger sur la nécessité de cette illusion. 

Dans les versets de Job qui parlent du Léviathan c’est le Jourdain qui est posé comme faisant le lien entre “la béhémoth” et “le Léviathan”

Les versets disent “ 23 Voici que le fleuve se gonfle et il ne s'en émeut point; il demeurerait plein d'assurance si le Jourdain lui montait à la gueule. 24 Peut-on s'en emparer quand il a les yeux ouverts, lui percer le nez avec des harpons? 25 Tireras-tu le Léviathan avec un hameçon? Lui feras-tu baisser la langue avec la ligne? 26 Lui passeras-tu un jonc dans les narines, lui perceras-tu la mâchoire avec un crochet? 27 Te prodiguera-t-il ses prières? Ou t'adressera-t-il de douces paroles? 28 Fera-t-il un pacte avec toi? L'engageras-tu comme un esclave perpétuel? 29 Te servira-t-il de jouet comme un passereau? L'attacheras-tu pour amuser tes jeunes filles?”

Le verset 23 peut être lu comme se rapportant à la béhémoth rapportée plus haut aussi bien qu’au Léviathan dont on parle dans la suite de la prophétie. 

Le talmud dans Baba Batra 75 explique que le Léviathan est occupé à boire l’eau du Jourdain c’est pour cela qu’il ne commence pas à se battre avec la béhémoth, la béhémoth se sent hors d’atteinte tant que le Jourdain est rempli d’eau. Lorsque le Léviathan aura fini de boire l’eau du jourdin alors il s’attaquera à la béhémoth dans un combat mortel. Mais que symbolise l’eau du Jourdain ou la mer en général?

Il y a dans la torah une double symbolique de l’eau la première symbolique c’est la chose qui cache du regard qui dissout les choses, les poissons sont invisibles dans la mère ils ne peuvent pas être touchés par le mauvais œil. La deuxième symbolique de l’eau c’est les désirs, l’eau fait pousser les plantes de manière spontanée, l’eau va partout naturellement comme le désir qui grandit et qui suit une expansion naturelle chez l’homme.

On peut donc avoir une double lecture du passage du talmud dans Baba Batra qui commente de texte de Job. La première lecture est simple c’est le désir qui fait la jonction entre le Léviathan et la béhémoth, c’est ce désir qui permet en fait aux deux espèces de coexister dans une illusion réciproque de l’autre, à la fin des temps le désir va disparaitre et le Léviathan et le béhémoth ne pourront plus se supporter par ce qu’ils se verront tel qu’ils sont.

Mais on peut aussi avoir une deuxième lecture du talmud si on interprète l’eau comme l’élément qui cache qui recouvre et qui dissout. En fait l’homme et la femme se sentent comme dissouts dans la race humaine, ils ont besoin de se sentir unique et irremplaçable, ils ont besoin de se créer une identité propre qui les définit. Pour cela ils sont obligés de se créer une illusion sur leurs conjoints, l’homme pense que sa femme est spéciale par ce que grâce à ça il pense être lui aussi spécial. C’est la même chose pour la femme la femme pense que son mari est extraordinaire ou elle attend le prince charmant parfait par ce que ainsi elle se sentira elle même extraordinaire et hors du commun. Le désir érotique tire sa base dans la recherche d’une identité. Nietzche pensait que l’amour passion était né avec le christianisme, c’est parce que le christianisme avait rejeté la sexualité naturelle, que l’amour et la sentimentalité amoureuse était nés. Car les sentiments amoureux étaient comme la sublimation de la sexualité dans quelque chose de spirituel. Simmel donne une autre interprétation, l’érotisme est né avec la recherche identitaire, et la recherche identitaire est né avec les mouvements migratoires et la notion d’étrangeté.

Si, dans l’antiquité l’amour sentimental n’existe pas vraiment c’est par ce que le problème de l’identité ne se posait pas. Pour Simmel la sentimentalité amoureuse est le fruit de la société moderne car l’homme est devenu remplaçable, un engrenage dans une machine, il a besoin de s’identifier dans quelque chose d’unique, cette identification, c’est l’érotisme.

Si on prolonge la pensée de Nietzche et celle de Simmel on arrive à deux conclusions tout à fait opposées. Pour Simmel plus la société va devenir impersonnelle, plus l’identité individuelle va devenir problématique, plus l’homme va s’enfoncer dans la sentimentalité amoureuse et le fétichisme érotique. Pour Nietzche au contraire puisque le tabou sur la sexualité du christianisme tombe, la sentimentalité amoureuse est condamnée à disparaitre. Pour Nietzsche la société devrait retomber dans une sorte de tribalisme primitif africain ou tout le monde à des rapports sexuels avec tout le monde, où la notion de famille disparait, et où les enfants deviennent les enfants d’une tribu.

En fait on peut dire que les deux mouvements coexistent actuellement, il y a des réactions dans le sens de la sentimentalité exacerbée (Christophe Lambert et Sophie Marceau, les psychanalystes juifs sur Akadem) et d’un autre coté un retour au tribalisme, que l’on appelle aujourd’hui “les familles reconstituées” (Sarkozy, Lacou-Labarthe et Jean Luc Nancy).

Mais revenons à Job. Le livre de Job pose le problème de la justification de la souffrance humaine devant D. pendant 39 chapitre Job se plaint du fait qu’il soufre et que cette soufrance ne peut pas être justifie devant D. Puis, soudainement le texte de Job se termine en queue de poisson, D décrit à Job le Léviathan et la béhémoth. Il dit à Job ça te fait pas peur de parler à quelqu’un comme moi qui n’a même pas peur du Léviathan? Et Job répond “ah! tu as raison le Léviathan est terrifiant, je retire toutes mes plaintes”.

si vous ne me croyez pas je peux vous citer le texte des versets que voici “Son ventre est garni de tessons pointus, il promène comme une herse sur le limon. 23 Il fait bouillonner les profondeurs comme une chaudière; il rend la mer semblable à un bassin d'onguents. 24 Le sillage qu'il laisse derrière lui est lumineux: on dirait que les vagues ont la blancheur de la vieillesse. 25 Il n'a pas son pareil sur la terre, lui qui est fait pour ne rien craindre. 26 Il regarde avec dédain tout ce qui est élevé: il est le roi de tous les fauves altiers. Job répondit à l'Eternel et dit: 2 Je sais que tu peux tout et qu'aucune conception ne dépasse ta puissance. 3 " Qui ose disais-tu dénigrer mes desseins faute d'intelligence?" Oui, je me suis exprimé sur ce que je ne comprenais pas, sur des choses trop merveilleuses pour moi, que je ne connaissais pas. 4 "Ecoute-donc ajoutais-tu, c'est moi qui parlerai; je vais t'interroger et tu m'instruiras." 5 Je ne te connaissais que par ouï-dire; mais maintenant je t'ai vu de mes propres yeux. 6 C'est pourquoi je me rétracte et me repens sur la poussière et sur la cendre”.

Quel peut être le sens de ces versets?

On peut tenter de les expliquer à la lumière des idées de Simmel, Job a perdu sa famille et son argent il est malade assis sur un tas de fumier, il demande à D, comment il peut justifier cette souffrance? Où est sa justice. D lui répond que la vie humaine ne peut être qu’un arrachement au confort, le confort c’est le fait de se dissoudre dans le Léviathan et de perdre son identité complètement, l’homme ne se sent exister que lorsqu’il arrive à dépasser son confort physique. Job est terrifié par le Léviathan il comprend que si il était resté pépère toute sa vie avec ses millions et sa famille nombreuse il n’aurait jamais existé il n’aurait jamais pu dialoguer avec D. il n’aurait été qu’une écaille du Léviathan, l’existence et l’identité ne peut s’obtenir que par un arrachement à son confort. La création et le confort de la vie de famille sont deux modalités de la sexualité qui restent antinomiques. 

Je vais expliciter plus cette idée à travers un écrit du Ari Zal qui explique un passage de la parasha de Chemoth, lorsqu’on nous fait le récit de la milah du fils de Moshé par sa femme tsiporah. 

Les versets disent (4 24) Pendant ce voyage, il s'arrêta dans une hôtellerie; le Seigneur l'aborda et voulut le faire mourir. 25 Séphora saisit un caillou, retrancha l'excroissance de son fils et la jeta à ses pieds en disant: "Est-ce donc par le sang que tu es uni à moi?" 26 Le Seigneur le laissa en repos. Elle dit alors: "Oui, tu m'es uni par le sang, grâce à la circoncision!" Rashi explique en citant le midrash Et l’ange « réclama sa mise à mort » Parce qu’il n’avait pas circoncis son fils Eliezer. Et cette négligence le rendait passible de mort. Une braytha nous apprend : Rabi Yossi a enseigné : Loin de nous l’idée qu’il ait pu se montrer négligent ! Mais il a fait le raisonnement suivant : « Vais-je circoncire l’enfant et me mettre en route ? L’enfant sera en danger pendant trois jours ! Vais-je le circoncire et attendre trois jours [pour la guérison] ? Le Saint béni soit-Il m’a pourtant ordonné : “Va, retourne en Egypte !” » Pourquoi, alors, a-t-il été puni ? Parce qu’il s’est préoccupé d’abord de son hébergement [au lieu de procéder immédiatement à la circoncision] (Nedarim 31b). L’ange avait pris la forme d’un serpent et il avalait [Moshé] en commençant par la tête jusqu’aux hanches, puis il le rejetait et recommençait par les pieds jusqu’au membre viril. C’est ainsi que Tsiporah a compris que c’était à cause de la circoncision (Nedarim 32a).

L’ange prend la forme d’un serpent et il attaque Moshé parce qu’il s’est occupé de l’hébergement d’abord. Pourtant tant qu’il était en chemin l’ange n’a pas attaqué Moshé. Par ce que Moshé était parti accomplir la mitsvah de libérer le peuple d’Israël, ce n’est que lorsqu’il arrivé dans l’auberge que l’ange attaque Moshé. Par ce qu’il ne fait pas de mitsvah en cherchant un hôtel.

Le Ari Zal demande comment peut-on dire que Moshé ne faisait pas une mitsvah lorsqu’il cherchait un hôtel? Il était avec sa femme et ses deux enfants, et l’un des enfants n’avait à peine 8 jours, est ce qu’il aurait du les laisser dormir dans la rue? S’occuper de sa famille ce n’est pas une mitsvah?

Le Ari Zal prouve de ce midrash de manière irréfutable que s’occuper de sa famille ce n’est pas une mitsvah! En tout cas si on compare cette mitsvah à celle de sauver le peuple d’Israël.

Un des élèves du Ari Zal le Siftei Kohen prolonge le commentaire de son rav en expliquant la suite des événements à la lumière des enseignements de son maitre. On sait que juste après cette circoncision qui sauve la vie de Moshé, Tsiporah divorce de Moshé, son beau père ne va la ramener qu’après le don de la torah en essayant de recoller les morceaux. Pourquoi divorce-t-elle? De plus, le plus étonnant c’est qu’Aaron le frère de Moshé qui était pourtant connu pour être le champion du “chalom baith” puisque c’est lui qui arrivait à faire la paix entre les hommes et les femmes, ajoute de l’huile sur le feux et il pousse Moshé à divorcer il lui dit selon le midrash “qu’est ce que tu ramènes ta femme et tes enfants ici, on soufre déjà assez avec ceux qui sont ici maltraités par les égyptiens?”

Comment comprendre ce comportement d’Aaron?

Le siftei kohen explique que Tsiporah a compris que D ne mettait pas au même niveau la mission de Moshé pour sauver le peuple d’Israël, et la mitsvah qu’il avait de s’occuper d’elle, puisque Moshé avait été attaqué par un ange lorsqu’il s’occupait de l’hôtel. Or l’ange ne faisait qu’accomplir la mitsvah de D. Tsiporah a donc compris qu’elle n’allait être qu’un bâton dans les roues de Moshé s’il devait délivrer le peuple d’Israël, elle a donc décidé de divorcer et de retourner chez elle. Aaron doit convaincre Moshé que c’est pour le bien de sa famille qu’il doit divorcer.

Comment comprendre cette interprétation du Ari Zal il est évident que c’est une mitsvah de s’occuper de sa famille? Ce que le Ari Zal voulait dire c’est que l’homme (ou la femme) doivent être conscient qu’il y a une contradiction inaltérable entre les modalités du développement de leurs êtres, chez l’homme il y a le bâton, et il y a le serpent. Chez la femme Il y a “la queue qui se dresse comme un cèdre” et les nerfs des cuisses entrelacés”. Dans les deux cas on a à faire à une dialectique entre la création et le développement de l’être à travers la création et le confort de la vie familiale et il y a le development de l’être par l’arrachement à soi. Ces deux développements male femelle sont antagonistes. Job ne peut exister devant D que lorsqu’il perd sa famille, tant qu’il est dans le confort familiale il ne connait D que par oui dire, il est comme tout le monde. Il peut acquérir une identité propre qu’à travers la création et l’arrachement à soi. La réalisation de soi par la famille et la réalisation de soi par l’action sociale ou spirituelle sont fondamentalement antinomiques, comme le Léviathan et la béhémoth, on ne peut que les gérer en cherchant un équilibre mais on ne peut pas les concilier, c’est cette inconciliabilité qui crée le mouvement et le dynamisme de la vie familiale et de la création sociale. C’est cet antinomisme identitaire qui crée la dynamique des mouvements entre les nations. Moshé voulait montrer à Pharaon à travers le miracle du serpent que la période de domination du serpent tortueux était passé et que c’était maintenant le tour du serpent droit comme un bâton de prendre le dessus, (le serpent droit comme un bâton symbolise Joseph dans la kabbale, par ce qu’il a la rectitude et la droiture d’un bâton sur lequel le monde est soutenu) il fallait séparer les deux peuples et les inscrire dans une dynamique conflictuelle ouverte.

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