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  • Rav Uriel Aviges

Shelah Leha 5768

Identité et liberté


La parasha nous parle des espions que Moshe a envoyé pour visiter la terre d'Israël, après une mission de 40 jours les explorateur reviennent et découragent les juifs d'entrer en Israël. Les explorateurs seront punis par Hashem qui les met a mort après une maladie atroce, alors que les juifs qui ont cru au récit des explorateurs, ils sont condamnes à errer dans le désert pendant 40 ans, ils ne mériteront pas d'entrer en Israël, ils devront mourir dans le désert, seuls Josué et Caleb sont épargnés puisque ce sont les seuls explorateurs qui ont encourage les juif à aller en Israël.

Le maharal remarque une contradiction dans Rashi et dans les midrashim.

Dans le chap. 13 verset deux le midrash raconte comment D lui même a choisi les explorateurs, c'étaient tous des justes, sur lesquelles D et Moshe eux même témoignent qu'ils étaient parmi les plus grand chefs spirituel de la génération. Si on suit ce midrash il semblerait que les explorateurs ont mal tourne lorsque ils ont visite la terre d'Israël et qu'ils ont eu peur des nations qui habitaient le pays. Cependant, le talmud dans sotah que Rashi rapporte dans le verset 26, déduit des versets que des le moment même ou les explorateurs étaient partis en mission ils étaient devenu des rechaim, c'est dire des renégats, et ceci, des le jour de leurs départs. Il semble donc qu'il y a une contradiction entre les deux midrashim rapportés par Rashi, d'un cote il semble que les explorateurs étaient des justes au moment de leurs départs, par contre d'un autre cote il semble qu'ils étaient déjà des renégats le jour de leurs départs.

Le maharal répond a cette contradiction de la manière suivante; en fait, les explorateurs eux même étaient des justes, mais puisque les juifs qui les envoyaient avaient une mauvaise intention, car en les envoyant les juifs cherchaient un prétexte pour ne pas aller en Israël, car ils manquaient de confiance en d. or, il se trouve que lorsqu'un juste est manipule et envoyé par un Racha, dans une mauvaise intention, ce juste devient automatiquement mauvais, a l'oppose un rasha envoyé par un juste devint automatiquement un juste.

Cette idée du maharal rappelle une idée similaire que mon Rav avait l'habitude de dire au nom de son Rav le Rav yeruham de mir.

En effet, on peut constater une contradiction entre deux passages du talmud. D'un cote le talmud nous raconte dans baba mestia 85 que les petit fils de Rabi Shimon bar yohai était un homme qui se prostitue de manière professionnelle, Rabi pour le sauver a envoyé son beau frère et il a ordonne le petit fils de Rabi Shimon bar yohai comme rabbin, en lui donnant beaucoup d'argent et en payant beaucoup d'élèves pour lui faire beaucoup d'honneur, mais malgré tout le petit fils de Rabi Shimon bar yohai voulait retourner a son ancien métier, mais au fur et a mesure le petit fils de Rabi Shimon bar yohai a pris gout a l'étude de la torah et il est devenu un grand saint l'image de son grand père et de son père.

Cette histoire est l'illustration de ce que le talmud dit ailleurs" il faut faire les mitswoth et étudier même par intérêt, par ce que par le fait que l'on étudie et que l'on accomplie les mitswoth dans un intérêt nous amènera à faire les mitswoth uniquement pour accomplir la volonté de D."

Cependant ce passage semble contredire un autre passage du talmud de Jérusalem haguigah chap. 2 halah 1, rapporte par tosfot haguigah 15, ou elisaha ben avouyah qui est un Rav qui a mal tourne et qui est devenu un rasha a la fin de sa vie, dit que la raison pour laquelle il a mal tourne c'est par ce que lorsque son père l'a consacre a l'étude de la torah il avait une mauvaise intention, et cette mauvaise intention de son père, (son père était intéressé par le pouvoir spirituel de la torah et pas par le fait de faire la volonté de D), a entraine qu'a la fin de sa vie, le fils a mal tourne, et qu'il est devenu un rasha, car "la fin d'une chose est bonne lorsque l'intention qu'il ya avait au début était bonne" (ecclésiaste). Il semblerait ici que le fait d'étudier la torah dans une mauvaise intention n'a par aide elisaha ben avouyah a’ accomplir la torah dans une intention pure, pourquoi? Pourquoi ce qui a marche pour le petit fils de Rabi Shimon bar yohai n'a pas marche pour elisha ben avouyah?

Rav yeruham de mir répond que l'élève ne peut pas avoir la bonne intention depuis le début, et il est normal que sont intention s'affine avec le temps, mais ce qui compte c'est l'intention du Rav, du maitre, dans le cas du petit fils de Rabi Shimon bar yohai, Rabi et son beau frère, qui étaient les éducateurs, avaient une intention parfaite, et lorsque un tsadik éduque un rasha le rasha devient automatiquement un tsadik, alors que dans le cas d'elisaha ben avouyah, le père avait une mauvaise intention, et comme l'éducateur avait un défaut, même si l'intention n'était pas très mauvaise, et pas vraiment impure, malgré tout, le défaut se retrouve sur l'élèves a un niveau bien plus grand que chez le maitre.

Comment se marche?

Hegel avait déjà remarque que l'homme se perçoit et se construit une identité par réaction au regard des autres, par exemple si on me dit que je suis un Rav alors je vais m'identifier au rôle de Rav et je vais réagir et penser en fonction de l'image d'un Rav au regard des autres.

Ainsi dans le cas des explorateurs qui sont envoyés dans une mauvaise intention par le peuple, il y a automatiquement une identification au rôle que le peuple attend de leur part.

Il en va de même avec un Rav et ses élaves, le maitre communique une image de ce qu'il attend de l’élève, et inconsciemment l’élève s'identifie à cette image.

Cependant en opposition à ce phénomène il y a le désir de liberté.

Sartre a parfaitement identifie le malaise lie a l'identification a un rôle, car cette identification a un rôle s'oppose a un désir de liberté de l'homme, qui cherche à se libérer et a être lui même par le choix.

Dans sa volonté de liberté l'homme vie l'identification a un rôle comme une absurdité difficile a supporter.

Cependant cette volonté d'être soi même et d'être libre, entraine elle aussi a un sentiment d'absurdité, tout aussi puissant que celui de jouer le jeu de l'autre, car l'homme qui veut être libre en faisant abstraction des valeurs de la société et du regard de l'autre se retrouve automatiquement dans un monde absurde ou tout se vaut et ou rien n'a de sens.

De plus on ne peut pas distinguer comme deux phénomènes sans rapport l'identification a l'image sociale d'une part, et la volonté d'être soi même d'autre part, car lorsqu'un homme veut s'identifier a une image sociale c'est au moment même ou il décide de jouer le jeux des autres, qu'il se rend compte qu'il n'est pas ce jeux et qu'il est lui même. La prise de conscience de sa liberté se fait chez l'être humain au moment même ou il la perd. (Merleau) Il y a donc une contradiction qui semble incompressible entre d'une part la nécessite d'une identité, et d'autre part et le désir de liberté chez l'homme.

Cependant la torah et les hahamim nous ont donne une solution, un des douze explorateurs qui n'a pas faute et qui n'a pas découragé le peuple, c'est Caleb, qu'est ce qu'il a fait pour être sauve? Il est parti prier sur la tombe des patriarches a Hébron, c'est à dire qu'il s'est abstrait de la mission des juifs qui l'envoyaient, pour s'identifier comme envoyé des patriarches, en se disant je suis l'envoyé des patriarches, j'ai une mission à remplir pour eux.

Josué, le deuxième explorateur qui n'a pas faute, s'identifie comme l'envoyé de D pour échapper a l'influence néfaste du complot des explorateurs.

Nous allons analyser de plus près les deux solutions.

La première celle de Caleb. Freud à remarquer dans son livre sur moise, que les juifs dans leurs prières et leurs cultes s'identifient tous les jours au scenario de l'histoire d'Israël, un des rôles de la prière rituel et des fêtes c'est de s'identifier à l'Israël biblique.

La halacha considère que la bénédiction la plus importante de la prière c'est celle ou l'on parle des patriarche, le fait de s'identifier a un peuple a travers un livre, la torah, que l'on lis constamment, ou a travers un rituel, n'est pas une maladie mentale, mais c'est la seule manière de construire une identité forte et solide sans remettre en cause la liberté. Puisqu’il y a par le rituel une identification à une histoire et a un rôle, sans que ce rôle s'oppose à la liberté, puisque ce rôle est inscrit dans un récit que l'on peut interpréter a l'infini, il n'y a pas d'enfermement dans ce rôle mais au contraire une symbiose entre le rôle et la liberté.

C’est ce que la torah veut nous dire en disant que Caleb en récompense va hériter la terre de Hébron, c'est à dire qu'il s'approprie la vie des patriarches en s'identifiant à elle.

Le deuxième solution, celle de Josué, c'est se sentir l'objet de D lui même, "que D te sauve de la mauvaise intention des explorateurs" a dit Moshe a Josué, la aussi, il y a l'idée que l'on est un objet pour D et puisque l'on a conscience d'être un objet, il y a une possibilité d'objectivation, c'est a dire la construction d'une identité, comme créature de D. Mais d'un autre cote, il y a dans cette identification a être l'envoyé de D, une conscience de liberté, puisque l'image de nous que D' nous renvoie laisse la place a l'interprétation, puisque le message de D est lisibles de différentes manière. C'est aussi ce que la parasha nous apprend au début, avec le fait que D laisse Moshe envoyer les explorateur bien qu'il pense lui même que c'est une mauvaise idée, malgré tout il ne permet au juif d'envoyer les explorateurs qu'après l'histoire de Miriam pour que les juifs aient la possibilité de prendre la leçon de cette histoire. (Maharal), il laisse aux juifs la liberté dans son dialogue avec eux.

La gemarah dans taanith 20 raconte l'histoire d'un homme très laid, un Rav l'insulte et cette homme répond "comment peux tu dire que je suis laid?, puisque c'est D' lui même qui m'a fait ainsi." C'est à dire, que le fait de se sentir l'objet de D' permet a l'homme de rétablir l'amour propre qu'il perd normalement lorsqu'il se sent l'objet des autres (quand il s'identifie au regard que les autres lui porte dans sa construction identitaire).

Grace a cette gemarah on peut trouver un nouveau sens a la bénédiction que les femmes font chaque matin "béni soit tu D qui m'a fait suivant sa volonté". Il semble que chez la femme la conscience qu'il y a de devenir un objet dans l'identification au regard des autres est plus forte que chez l'homme, or cette conscience de devenir un objet est par essence traumatisante et dépossédant de soi, c'est pour cela que les sages ont dit que la femme chaque matin doit se rappeler de prendre conscience qu'elle est avant tout l'objet de D et pas celui des autres, et que c'est grâce a cette conscience qu'elle peut s'aimer tel qu'elle est.