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  • Rav Uriel Aviges

Le rapport à l’argent

1- dans la parasha de la semaine dernière, la torah nous raconte que les juifs furent nourris dans le désert par la manne. Il y avait une loi spécifique à la manne qui interdisait aux juifs d'en garder du jour au lendemain, a l'exception du jour du chabat ou l'on pouvait en réserver du vendredi au samedi. Il semble que cet interdit de faire des réserves était motive par le fait que les juifs devaient avoir confiance en D. et qu'il devait penser que de la même manière que d' avait donne la parnassah aujourd'hui, il la donnerait demain. C'est dans ce sens que le Talmud dans guitin 38 rapporte les paroles de rabbi chimone ben lakish qui ne faisait jamais de réserve et qui le jour de sa mort avait laisse a ses héritiers une cuillère d'épice qu'il n'avait pas pu consommer avant de mourir , et il en était si triste qu'il a dit sur lui même le verset des psaumes qui parle du rasha et qui dit qu'il va mourir et qu'il abandonne aux autres sa richesse". Le gaon de vilnah pensait aussi que laisser un héritage à ses enfants marque un manque de confiance en D.

2- Pourtant un passage du Talmud dans ketouvoth 50 semble contredire cette idée. En effet le Talmud dit la bas qu'il est interdit de donner aux pauvres plus d'un cinquième de sa richesse de peur que le donateur perde son argent un jour et qu'il se retrouve dans le besoin. Il semble donc qu'au contraire l'homme doive faire des réserves et qu'il ne peut pas vivre au jour le jour en ayant confiance en D. même si il s’agit de faire une mitswah. Comment pourrait-on résoudre cette contradiction?

3- Une autre contradiction peut être constatée en ce qui concerne le rapport au travail. Dans un premier temps la torah semble considérer le travail comme une malédiction, la Mishna à la fin du traite de kidushin dit "est ce que tu as déjà vu un renard cordonnier ou un oiseau porteur, ces animaux reçoivent leur parnassah sans aucune difficulté, et pourtant, ils ont été créés pour me servir, n'est il pas logique que, moi, qui suis créé pour servir d', je puisse recevoir ma parnassah sans travailler? Ceci montre que le travail est une malédiction étrangère à la nature du monde, ce n'est qu'une conséquence des fautes commises par l'être humain". C'est évidement ce qui apparait dans la genèse, ou Adam est maudit par D. après qu'il ait mange le fruit défendu et que il lui dit "c'est a la sueur de ton front que tu mangeras du pain".

4- Pourtant, il semble que le travail de la terre soit considère comme la finalité des juifs après la sortie d'Egypte. Le passage dans le désert, ou les juifs mangeaient la manne, ne devait être que de courte durée, une période ou les juifs aurait du recevoir la torah qui, elle, ne peut s'appliquer que dans le monde du travail. Dans le deutéronome 8 la torah dit même que le fait de manger de la manne sans travailler est considère comme une malédiction une souffrance le verset dit et "il t'a fait souffrir et il t'a fait manger la manne", or la seule souffrance que l'on peut trouver dans la manne, c'est le fait qu'elle soit un don gratuit du ciel qui ne nécessitait pas un effort de l'homme. Il semble donc que contrairement à ce qu'affirmait la Mishna dans kidushin le travail soit la constitution première de la condition humaine, qu'il structure l'homme comme disait Simone Weil, et que la malédiction soit de ne pas travailler. Il faut donc résoudre cette deuxième contradiction.

5- Pour répondre à ces questions il faut d'abord s'interroger sur la malédiction de D' faite à Adam et Eve après la faute. D. dit a Adam "c'est a la sueur de ton front que tu mangeras du pain" et a eve il dit "c'est dans la souffrance que tu enfanteras et que tu éduqueras tes enfants". Or cette punition parait étonnante car D. avait promis a Adam "le jour ou tu mangeras du fruit tu mourras", comment se fait il donc que la punition de D' n'est pas celle qu'il avait annoncé au début, on sait bien, pourtant, que D' ne change pas d'avis!

6- Cette question nous pousse à penser que la douleur du travail ou de l'enfantement ne sont des malédictions que si on les dans la perspective de la mort. Quelqu'un m'a dit (comme dit la chanson) "comment se fait il que certains financiers a new York qui ont des millions et des millions, continuent a travailler et a amasser de l'argent; ne savent ils pas qu'ils ne prendront pas leur or avec eux dans la tombe?, pourquoi ne s'arrêtent ils pas de travailler pour profiter de la vie?". La réponse est que, justement, c'est par ce qu’ils ne vont pas prendre leur argent dans la tombe qu'ils continuent à travailler, pour eux le fait de laisser de l'argent c'est une manière dépasser la mort. De compter les points à la fin de la parti en se disant "voila, j'ai laisse un héritage, j'ai fait quelque chose de ma vie, j'ai produit quelque chose". Se tuer au travail est une manière de sublimer la mort. Comme le dit Freud, l'amour de l'argent est une déviation du stade anal, (au stade du plaisir annal l'enfant est heureux de voir ses excréments, car il voit qu'il a produit quelque chose). Dans ce sens le travail est une malédiction, car ce dépassement de la mort n'est qu'une illusion et ce n'est qu'une sorte de suicide lent. C'est la mise a mort que d. avait annonce après la faute. Il en va de même avec l'enfantement et le fait de faire grandir les enfant, si une femme le voit comme une manière de dépasser sa propre mort en se disant "je vais vivre a travers mes enfants qui sont ma productions" alors, la aussi, le fait de se tuer pour faire naitre déviant un suicide, un meurtre de soi même dans l'ambition d'une éternité qui restera illusoire.

7- A mon avis, l'ambition sociale des juifs, et l'ambition qu'ils ont pour leurs enfants, viens du fait qu'ils ont une conscience plus aigu de l'eternite de l'âme, que les autres nations et qu'il devient donc pour eux plus nécessaire de laisser une emprunte, une construction, mais cette ambition ne peut être qu'angoissante par ce qu'elle est vouée a l'échec dans son essence même.

8- Alors qu'elle est la solution! Le ramah au début des lois de chabat dit que l'on a l'habitude de couvrir les haloth le chabat en haut et en bas en souvenir de la manne. Or les commentateurs demandent:" nous savons que la manne ne tombait pas le chabat, alors pourquoi faudrait il se souvenir de la manne le chabat? Et ils répondent que le chabat est, en son essence, le résumé du monde future, et dans le monde future les justes sont assis avec leurs couronnes sur la tête et ils mangent de la manne, c'est aussi le sens de la mitswah de manger du poisson le chabat qui correspond au poisson Léviathan que d' donne a manger aux justes dans le jardin d'Eden, et la viande correspond au taureau sauvage du désert que d' donne au juste dans le monde céleste. Et le vin du kidouch c'est le vin garde dans ses raisins depuis le début de la création (une fameuse année du cru comme disait Levinas) que d' donne aux justes dans le monde céleste.

9- Le rav guershon de novahrdock avait l'habitude tout les vendredi de s'habiller dans son linceul et de mimer son enterrement car il pensait que les bougies du chabat correspondent a la lumière que D' allume sur la tête du mort pour le guider dans le monde future, en fait, le chabat est la pour permettre a l'homme de comprendre son éternité, pour qu'il prenne conscience de son vivant qu'il ne va pas mourir quand son corps se séparera de l'âme, le chabat est la pour habituer l'homme a la vie qu'il aura après sa mort, pour qu'il commencer a la vivre des maintenant. Se délecter le chabat en oubliant le lendemain, c'est des aujourd'hui, vivre après sa mort dans la dans la délectation du paradis, c'est comprendre que nous sommes eternel qu'il n'y a pas de mort à transcender par l'effort ou le sacrifice de soi. Comme dit Saint-Exupéry dans le petit prince «. Tu auras de la peine. J'aurai l'air d'être mort et ce ne sera pas vrai... », Il faut apprendre à vivre avec cette connaissance.

10- Ainsi, le travail est une malédiction si on le regarde comme la réalisation de sa vie. Mais c'est la finalité de l'homme et son ultime réussite, si, après avoir pris conscience de son éternité, l'homme travail gratuitement pour s'associer avec d' dans la création du monde. Si rabbi chimone ben lakish ne veut pas laisser d'héritage, c'est par ce qu'il veut montrer que la réalisation de l'homme est ailleurs, qu'il ne peut pas survivre a travers son argent. Par contre lorsque le talmud dit qu'un homme ne doit pas dépenser tout, il ne peut donner plus d'un cinquième de sa richesse à la charité.

11- Il faut aussi remarquer que la torah décrit trois étapes dans le rapport au travail. Le premier c'est le travail comme une malédiction c'est le rapport du travail qui transcende la mort c'est l'étape d'Adam. Le deuxième c'est le travail absurde, c'est le rapport de Josef (et du mashiah fils de Josef) qui sait que tout vient de d', et que donc tout travail n'est qu'une comédie que l'homme se joue, alors que le destin s'accomplie de toutes les manières. (C’est pourquoi on reproche a Josef d'avoir dit au maitre du vin de se souvenir de lui, l'erreur n'était pas d'avoir agit, mais d'avoir agit dans une direction ou la réussite était improbable en gardant en fait confiance en une intervention miraculeuse de d', puisque tout est miracle, l'erreur est d'avoir dissocie la confiance en d' de l'action dans la monde) c'est aussi le niveau des juifs dans le désert. Puis il y a le niveau ultime du roi David et des juifs en Israël, qui se réalisent par l'action et le travail, non pas parce qu'il cherche a transcender la mort ou par ce que le résultat dépend d'eux, mais uniquement par ce qu'il veulent s'associer a D' dans la création du monde, (c'est aussi se rapport qu'il faut avoir dans l'éducation des enfants, c'est pour cela que D. en veut au roi hizkiah qui ne voulait pas procréer car il savait que son fils serait un mauvais roi, car comme dit le prophète "ceci est l'affaire de d', et pas celle de l'homme,", l'homme doit agir de son mieux et le résultat n'est pas sa responsabilité car il ne lui appartient pas.