• Rav Uriel Aviges

Ki Tissa 5770


La parasha de la semaine, Ki Tissa, parle de la faute du veau d’or.

On lit aussi dans un deuxième sefer torah le passage de la vache rousse. La vache rousse était utilisée dans le processus de purification des individus qui étaient devenus impurs au contacte d’un cadavre. Chaque année ces deux passages de la torah sont lus ensemble, car on juxtapose la purification par la vache rousse à la faute du veau d’or, pour nous purifier de cette faute. Rashi cite à ce sujet le midrash Tanhouma en disant « Quant à l’explication midrashique, je l’ai découverte comme suit dans les écrits de Rabi Moche Hadarchan : « Ils prendront vers toi » (verset 2) – de leurs propres troupeaux. De même qu’ils se sont arrachés leurs propres pendants d’or pour la fabrication du veau (Chemoth 32, 3), de même prélèveront-ils sur leurs propres biens l’instrument d’expiation. « Une vache rousse » – Cela ressemble au fils d’une servante qui aura souillé le palais du roi. Vienne sa mère nettoyer les immondices ! De même, vienne une vache pour faire expier la faute du veau ».

Une des particularités du processus de purification par la vache rousse, c’est qu’il rendait pur celui qui avait été impurifié au contacte d’un cadavre, alors qu’il rendait impur le prêtre qui apportait l’eau à celui qui était purifié.

Les cendres de la vache rousse rendaient impur celui qui était pur tout en rendant pur celui qui était impur.

Le talmud dans Nidah 9a explique que l’enseignement de la vache rousse consiste dans le fait que la source de toute pureté c’est l’impureté. Le talmud cite à ce sujet le verset de job « qui donne le pur a partir de l’impur n’est ce pas le D unique ». Les commentateurs expliquent ce verset en disant que celui qui soutient que la pureté ne viens pas de l’impureté nie par la même le monothéisme. Car penser que l’impur et le pur sont deux essences distinctes revient à dire qu’il y a deux forces qui dominent le monde, has vechalom, une force absolument bonne, et, une force absolument mauvaise. Le faite de croire en un D unique implique de penser que le mal absolu ou le bien absolu n’existe pas. La pureté et l’impureté ne peuvent être que des valeurs humaines relatives au rapport à D.

Dans ce même passage du talmud, rabbi Meir soutient que le sang de la nidah (les règles) devient le lait maternel. Ainsi, le sang impur de la nidah est la source de la pureté, puisque selon la tradition talmudique c’est le lait maternel qui donne la pureté au cœur de l’enfant. (Dans Avodah Zarah 10b Tosfoth rapporte un midrash selon lequel l’auteur de la Mishna ne serait pas rabbi Yehudah Hanassi, mais plutôt le fils d’un empereur romain qui aurait été élevé par la mère de rabbi Yehudah Hanassi et qui aurait été purifiée parce qu’il avait bu le lait maternel de la mère de rabbi Yehudah Hanassi). On retrouve cette idée du lait maternelle comme source de pureté chez Moshe, Moshe est élevé comme un prince égyptien mais il se sent juif par ce qu’il a bu le lait de sa mère.

Les autres hahamim par contre interprètent ce verset de job d’une manière différente, pour eux, l’impureté devient pureté chez le père, puisque la semence de l’homme est impure et c’est à partir de cette semence que l’enfant est créé.

On peut trouver des illustrations des ces deux interprétations dans le processus de purification par la vache rousse. Rabi Meir voit l’impureté du sang de la nidah qui est purifié par la maternité en devenant du lait nourricier. Parallèlement dans la mitsvah de la vache rousse, c’est la mère du veau qui vient nettoyer les saletés de son fils. La mère est purifiée dans son rapport au fils. De plus, l’eau qui est aspergée sur l’impur pour le rendre pur est appelé dans le texte de la bible « l’eau de nidah » on voit encore que la nidah devient une source de purification.

La symbolique des hahamim qui voient l’impureté du sperme se transformer en pureté par la vie, se retrouve aussi dans le processus de la vache rousse, puisque le prêtre asperge l’eau purificatrice en la faisant gicler, et par cette action il devient lui-même impur, à l’image du père qui devient impur lorsqu’il éjacule. (Selon la halacha tout homme qui a une émission séminale devient impur, par contre celui qui asperge l’eau de la vache rousse ne devient pas impur lui-même, mais le verset dit textuellement « Quant à celui qui aura fait aspersion de l'eau lustrale, il lavera ses vêtements, et celui qui touchera à l'eau lustrale sera impur jusqu'au soir » -la raison pour laquelle la halacha n’est pas conforme à la littéralité du verset reste obscure-)

Il y a lieu aussi de souligner qu’a plusieurs reprises le talmud lie la dialectique du rapport père-mère, aux permutations des couleurs rouge et blanc.

Dans le texte du traité nidah cité, chez la mère, l’impureté est symbolisée par le rouge du sang de la nidah, et la pureté par la blancheur du lait, alors que chez le père c’est le contraire, l’impureté est symbolisée par la blancheur du sperme et la pureté est atteinte dans une transformation en rouge dans le sang de la vie.

Dans cette dialectique mâle-femelle où l’on retrouve dans le processus de purification de la vache rousse on peut trouver une contradiction.

En effet le midrash cité par Rashi dit : « Rousse » – Allusion à : « Si vos péchés sont comme le cramoisi ils deviendront blanc comme la neige » (Yechayah 1, 18). Le péché est symbolisé par la couleur rouge. « Sans défaut » – Allusion à Israël qui était sans défaut, et dont le veau d’or a été la cause des imperfections. Vienne [la vache] faire expiation et lui restituer sa perfection ! « Sur laquelle n’est pas monté un joug » – Allusion au fait qu’ils s’étaient débarrassés du joug céleste. « À Eléazar le pontife » (verset 3) – C’est autour d’Aaron le Cohen qu’ils se sont assemblés pour qu’il fabrique le veau.

Et étant donné qu’il l’a effectivement fabriqué, ce n’est pas lui qui a été chargé de ce service, car l’accusateur, ne peut se muer en défenseur (Roch Hachana 26a). « Il incinérera la vache » (verset 5) – tout comme a été incinéré le veau (Chemoth 32, 20). « Du bois de cèdre, de l’hysope et de l’écarlate » (verset 6) – Ces trois espèces correspondent aux trois mille hommes qui sont tombés à cause du veau d’or (Chemoth 32, 28), etc. Et de même que le veau d’or a rendu impurs tous ceux qui ont eu affaire à lui, de même la vache rend-elle impur quiconque la manipule. Et de même qu’ils ont été purifiés par sa cendre, comme il est écrit : « il le répandit sur la surface de l’eau » (Chemoth 32, 20), de même « ils prendront pour l’impur de la cendre de l’incinération du ‘hatath » (verset 17).

On peut observer une contradiction dans ce Rashi, car d’une part Rashi nous parle de vache comme étant celle qui remplace le veau, c’est elle qui va nettoyer la saleté de son fils. On pourrait donc s’attendre à ce que, lorsque la torah demande à Eléazar le fils de Aaron de s’occuper de la vache rousse, Rashi explique que D veut que cela soit Eléazar qui vienne réparer la faute de son père. Tout comme la mère (vache) répare la faute du fils (veau), le fils Eléazar devrait réparer la faute du père Aaron. Cependant, Rashi ne fait pas ce parallèle, au contraire Rashi interprète qu’Eléazar est l’anti-Aaron. C’est par ce qu’Aaron ne peut pas être le défenseur du peuple, que D a choisi son fils.

On ne comprend pas pourquoi la vache est vue comme la mère du veau, et qu’elle est associée à lui, alors qu’Eléazar est vu comme celui qui n’est pas Aaron. Dans les deux cas il est question d’un rapport de filiation, pourtant dans le cas du veau avec sa mère la filiation est vue comme une identification, alors que dans le cas d’Eléazar avec Aaron, la filiation est vue sous l’angle de la différenciation.

A la lumière du passage précédent du talmud on peut proposer une réponse à cette question.

Le talmud en citant rabbi Meir nous explique que pour la femme, la pureté est atteinte par la maternité, avant cela la femme est impure lorsqu’elle a ses règles. Par contre pour l’homme, comme le disent les hahamim, c’est l’inverse qui se produit. L’homme est naturellement pur, ce n’est que lorsqu’il éjacule qu’il devient impur. Pour l’homme le fait de participer à la création de la vie c’est une source d’impureté. Comment comprendre cette inversion du rapport à la pureté chez l’homme et la femme dans le lien à l’enfant ?

On peut comprendre cette dialectique si on reprend l’idée que l’impureté est toujours liée à l’idée de mort. Pour la femme chaque fois qu’elle est nidah et qu’elle a ses règles c’est une partie d’elle-même qui meurt. L’œuf qui est mort ne reviendra jamais, la femme ne peut pas volontairement interrompre cette manière de mourir, pour une femme vivre c’est aussi mourir. La conscience « d’être à la mort » est sa manière naturelle d’envisager la vie. On peut dire que la femme a conscience de la vie comme étant un long cheminement vers la mort, une course contre la montre de l’épuisement biologique.

Par contre le talmud pense que l’homme raccourcit sa vie à chaque fois qu’il éjacule. Le talmud pense qu’à jaque fois qu’un homme répand sa semence il perd une partie de sa vie. On peut citer à ce sujet un passage de Maimonide dans les lois relatives à la morale qui synthétise différent passages du talmud « La matière séminale est la force du corps, sa vie, et la lumière des yeux. Plus elle est émise, plus le corps se gâte, sa force diminue, et sa vie s’abrège. C’est ce que dit [le roi] Salomon dans sa sagesse : « Ne donne pas aux femmes ta force ». Celui se livre abondamment aux rapports est pris de vieillesse [avant son temps], sa force diminue, ses yeux faiblissent, etc. Et il souffre de bien d’autres maladies. Les médecins ont dit : Un sur mille meurt d’autres maladies, et mille meurent d’un excès de rapports. C’est pourquoi, il convient de prêter attention à cela si l’on veut vivre en bonne santé. » (En espérant que cela ne tombe pas entre les mains du ministère de la sante, après le tabac et l’alcool, il ne manquerait plus qu’il fasse campagne contre ca.)

Il en ressort que pour la femme le fait de donner naissance à une valeur rédemptrice, c’est une victoire contre la mort une projection dans l’être, une purification. Alors que pour l’homme le fait de donner naissance c’est une prise de conscience de sa finitude, une prise de conscience de la mort. Leonard Cohen dit dans une de ses chansons « tu vois ta mort inscrite dans le regard de ta fille ». J’ai lu dernièrement dans un des livre de Gérard Hadad où il psychanalyse des alcooliques (je ne lis pas ce genre de livre en général, mais c’est ma mère qui me l’a envoyé âpres avoir regarde les vidéo des cours) que pour lui c’était une évidence que la conscience de la mort s’enracine chez l’homme avec la paternité, lors de la naissance de ses enfants.

Plus généralement, Je pense que la conscience de la mort s’enracine chez l’homme à travers toutes ses créations. Celui qui bâtit un empire financier sait que s’il réussit son empire lui survivra, le fait de savoir que son œuvre est indépendante de lui, et qu’elle est plus solide que lui, éveille l’homme à une conscience aigue de la mort. Il en va de même pour celui qui fait une famille ou une œuvre artistique.

Il y a chez l’homme, dans l’accomplissement de toute création une prise de conscience de sa propre finitude. Paradoxalement, Cette conscience de la mort entraine l’homme dans une spirale de volonté de puissance et de création ; puisqu’il sait qu’il va mourir, l’homme veut être capable de laisser le plus de traces possibles. Mais plus il laisse de trace plus il sait qu’il va mourir.

L’homme ne se sent vivre que lorsque ce qu’il a contribué à créer peut exister de manière autonome, comme le talmud le dit, la pureté arrive pour l’homme lorsque l’enfant nait. Mais devant l’autonomie de sa création l’homme est du même coup mis face à son inutilité et à son absurdité.

Il en résulte un rapport très différent chez l’homme et chez la femme dans le rapport à l’enfant et à l’autre et à la création en général.

Pour la femme tout rapport à l’autre est avant tout un rapport de projection, la mère se projette dans ses enfants, elle y voit une continuation de sa vie, une victoire sur la mort, la mère a du mal a faire une différence claire entre ce qui est « elle » et ce qu’est « sa famille ». Alors que le père a un rapport de possession (ou de jouissance) sur sa famille, puisqu’il meurt, il veut pouvoir faire un bilan et compter les points (ou il veut pouvoir utiliser et jouir).

On comprend donc que chez la femme la purification dans la vie passe par un rapport d’identification, alors que chez l’homme le rapport à la vie se fonde sur une mise à distance de l’autre. Ainsi, la vache qui symbolise le rapport maternel est identifiée au veau, c'est-à-dire à son fils, alors qu’Eléazar est mis en opposition à Aaron son père dans le processus de purification.

L’essence de la pureté c’est la transformation d’un état à un autre, c’est cette transformation qui est l’essence de la vie. Le contraire de la transformation c’est la répétition. La conscience de la mort n’est pas dissociable de la conscience de la vie elle en est le moteur. Ce qui entraine une conscience de la vie chez la femme, c’est la conscience de la mort, c’est cette conscience qui lui permet de se projeter dans la vie des autres, c'est-à-dire d’aimer, et chez l’homme c’est la conscience de sa finitude qui lui commande de créer pour laisser une multitude de trace.

Le sens et l’existence

Ici je cite un passage d’un dvar torah de mon beau frère Frank Benhamou qui cite une Mishna dans Yadaym chapitre 4

Les Saducéens disent : nous avons entendu sur vous –pharisiens- que vous dites que les livres saints rendent les mains impures, et non les livres d’Homère !

Rabbi Yohanan ben Zakhay dit : c’est tout ce que nous avons sur les pharisiens ? Ne disent-ils pas eux même: les os des ânes sont purs, mais pas ceux du grand prêtre Yohanan !

Ils lui répondirent : l’impureté est suivant l’affection portée, [si les os des ânes ne sont pas impurs alors que ceux des hommes le sont] c’est pour que les hommes ne fassent pas de fourchettes et de couteaux avec les os de leurs parents –par affection s’entend- .

-Les Saducéens admettaient la Torah écrite, mais comme code de lois, pas de Torah orale pour eux ; ils savaient donc que les os de l’homme sont impurs et ceux de l’animal ne le sont pas. Les hahamim en comprennent la raison : il y a tout lieu de rendre impurs les os des hommes, car sinon –le deuil est parfois si dur !- on ferait des couverts des vieux os de nos parents, pour les avoir toujours à côté de soi !-

[Rabbi Yohanan] enchaina : il en est de même pour les livres saints, c’est parce que nous les aimons que nous leur faisons porter une impureté.

Bien sûr la prémisse du raisonnement est fausse : ce ne sont pas les os de nos ancêtres qui sont impurs, mais ceux des hommes en général.

La conclusion est donc tout aussi fausse. (Fin de la citation de mon beau frère).

J’ai trouve un passage du Maharal qui essaie d’interpréter cette Mishna et de répondre à la question de mon beau frère. Le Maharal explique que le message des hahamim aux saducéens consiste à dire que la pureté et l’impureté ne sont pas intrinsèques aux objets. Pour le Maharal même un cadavre n’est pas impur en lui-même. Ce qui rend le cadavre impur c’est la difficulté que l’homme a à lui donner un sens.

Le Maharal explique que la mort c’est l’absurde dans l’absolue pour l’homme, c’est pour cela qu’elle est impure. L’impureté d’un cadavre n’est problématique que lorsqu’il s’agit d’aller au temple et d’avoir un rapport à D. L’impureté n’existe pour l’homme que dans son rapport à D, c'est-à-dire que l’impureté n’existe que dans un rapport au sens et aux valeurs morales. Les saducéens qui n’acceptent pas la torah orale pensent que la torah n’est pas compréhensible par la raison, pour eux l’impureté et la pureté émanent de l’essence même des choses, et pas de la conscience de l’homme. Les saducéens pensent que l’impureté et la pureté sont des propriétés transcendantales de certains objets, alors que les sages pensent que l’on ne peut pas dissocier les lois de la torah de l’entendement humain. C’est pour cela que les sages se permettent d’interpréter les lois, alors que les saducéens ne se le permettent pas. La Mishna a voulu illustrer cette discussion entre les sages et les saducéens en prenant l’exemple d’un cadavre pour montrer que selon les sages même les lois relatives à l’impureté d’un cadavre doivent être interprétées à la lumière de la raison, et non pas par l’immédiateté d’une sensation mystique. (Le Maharal dit cela dans un éloge funèbre qu’il fait sur un rav de son époque qui est édité dans certaines éditions à la fin du livre des nombres).

Cette idée du Maharal reprend l’idée précédente selon laquelle il ne peut pas y avoir de pureté ou d’impureté absolue, tant que l’on croit en un D unique. Du fait que toutes les choses sont également les œuvres de D, le pur et l’impur ne peuvent être que des valeurs humaines. Le pur et l’impur ne sont qu’une hiérarchie de valeur qui s’établit nécessairement pour l’homme dans le rapport à D.

On peut peut-être un peu développer cette idée, puisqu’à travers le rapport au pur et à l’impur c’est la dialectique entre le sens et l’existence qui est abordée. Le sens ne peut être qu’une création de l’homme, l’existence et la vie sont essentiellement imperméables à des jugements de valeur ou de moral. L’existence est absurde dans son essence, elle dépasse le sens. C’est ce que dit le Maharal en expliquant la Mishna de Yadaym, essentiellement même un cadavre n’est pas impur. Mais on peut quand même montrer une rupture entre la pensée juive et la pensée existentielle classique. Pour le philosophe moderne le sens que l’homme donne au monde est une déconnection de la réalité absurde du monde. Pour le philosophe moderne, la pureté morale ou la pureté de sens ne peuvent exister qu’au prix d’un arrachement à l’existence naturelle. La raison et la morale sont à chaque fois vu sous l’angle de la mort, en effet en créant des valeurs l’homme tue une partie de lui-même. En bref, la philosophie moderne n’a pas résolu de manière satisfaisante la contradiction entre la raison et l’existence. Ceci conduit l’homme moderne à accepter l’absurdité comme étant la condition première de son existence. Ce qui est peu réjouissant.

Mathématiquement, la seule manière de rétablir le lien entre la raison et l’existence c’est la croyance en un D unique. Puisque D dépasse l’existence et il dépasse la raison, il est la seule manière de faire le lien. La croyance en D est la seule posture possible pour justifier la loi et l’existence dans un seul mouvement.

La création et la répétition

Le Or Hahaim dans le début de Chemoth s’interroge sur la manière précipitée dont les juifs sont sortis d’Egypte il dit la chose suivante

« On pourrait se demander pourquoi D n’a pas voulu libérer les juifs avant le temps prescrit et pourquoi D a-t-il fait sortir les juifs au dernier moment, au moment ou, si ils étaient restés encore un instant, ils auraient été captures définitivement, au point que D ait besoin de sortir les juifs dans un grand empressement.

On peut répondre à ces questions grâce à l’idée que nous avions déjà exposée précédemment. Cette idée consiste à dire que les juifs devaient élever les étincelles de sainteté qui étaient emprisonnées dans les 50 portes d’impureté, or, si D les avait sorti avant ce temps limite de la rédemption, les juifs n’auraient pas pu purifier la partie des étincelles qu’ils devaient purifier durant la période du temps restant. Sache, que les juifs ont pu atteindre par l’intermédiaire de Moshe les 49 portes de la sagesse, et la raison pour laquelle il n’ont pas atteint la 50eme porte, provient du fait que les juifs n’ont pas été assimiles dans la 50eme porte de l’impureté, et qu’il n’ont pas eu a la purifier en sortant d’Egypte. Le fait que les juifs ne sont pas entres dans les 50 portes d’impureté a entraine qu’ils n’ont pas pu atteindre les 50 portes de pureté. Mais, D nous a promis que dans la fin des temps les juifs vont entrer dans les 50 portes d’impuretés et qu’ils pourront grâce a cela atteindre la 50 Emme porte de pureté.

Les juifs en Egypte n’auraient pas pu survivre aux 50 portes d’impureté du fait qu’ils n’avaient pas encore reçu la torah. Mais la génération du messie ne sera pas mise en danger dans l’immersion des 50 portes d’impuretés puisqu’ils seront les enfants de la torah.

C’est ce que symbolise la matsah qui montre l’empressement avec lequel D a libéré les juifs d’Egypte, au point que la pate de leur matsah n’a pas pu lever. » Fin de citation.

On pourrait se demander pourquoi le Or Hahaim pense qu’il est impossible d’atteindre la pureté si on n’atteint pas l’impureté d’abord, on pourrait lui objecter qu’il y a beaucoup de justes qui ont connu la pureté sans connaitre l’impureté.

Pour répondre à ces objections on peut expliquer, à la lumière des enseignements de mon rav, que le Or Hahaim cherche à dire que l’essence de la pureté c’est la transformation. Celui qui n’a jamais été impur ne peut pas devenir pur, puisque la pureté c’est la transformation d’une chose impure en une chose pure. La recherche de pureté selon la torah ce n’est pas la recherche d’un idéal vierge de tout existence qui nierait la vie, c’est au contraire la transformation de l’expérience du passé en quelque chose de nouveau.

Ce qui n’est pas pur c’est ce qui se répète. La mort c’est la répétition normalisée. Celui qui a toujours été juste n’est pas impur, mais il n’est pas pur non plus, la vie c’est la transformation du sens de l’expérience passée.

Question d'un lecteur:

Tu dis (et c’est ce qui ressort clairement de Rachi) : on  juxtapose la purification par la vache rousse a la faute du veau d’or, pour nous purifier de cette faute. Quel est le lien logique entre la faute et impureté? Quand une femme est nidah, ou que quelqu’un est impurifié par le contact d’un mort ou d’un sefer torah, on ne peut pas dire qu’il a fauté! Et inversement on peut etre un impie et etre pur!

Réponse du rav Aviges:

L'idée de l'impureté c'est l'idée de la disparition d'un potentiel, la fin d'une possibilité, c'est le cas  de la mort et de la nidah etc.. Dans la faute il y a cette idée d'une occasion perdue Même dans le livre on peut dire qu'il y a une potentialité de la spiritualité qui est détruite puis ce que tout ce qui n'est pas conforme au livre devient interdit. Pour revenir à l'idée d'impureté liée à la faute du veau d'or, je n'ai pas cité le Rashi en entier, mais dans le texte de Rashi il est apparent que l'on n'est pas totalement dégagé des conséquences de la faute du veau d'or, il faut donc à chaque fois chercher à transformer la faute en quelque chose de purificateur. La purification c'est changer le mal en bien en tirant les leçons et le conséquences du passé. la purification c'est la transformation de la conscience de la mort, en volonté de vivre. Dans un raport à la faute la purification c'est transformer la conscience d'un échec en une volonté de se depasser.

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