• Rav Uriel Aviges

Houkat 5767

1- La vache rousse, un acte incompréhensible qui nous oppose aux nations

La parasha de Houkat commence par nous énoncer la loi de la vache rousse, la première étape du processus de purification d’un individu ayant été en contacte avec un mort.

Au debut de la parasha Rashi nous rapporte le talmud dans Yomah qui relève deux anomalies dans le texte. La première est une anomalie lexicale. En effet les mot “houkat hatorah” qui introduisent le sujet sont en contradiction l’un avec l’autre. Une “houkah” est un décret, c’est-à-dire quelque chose dont on ne peut comprendre la logique. Cela n’est pas le cas de “torah” qui est un “enseignement” donc quelque chose qui doit être compris. La deuxième remarque du talmud concerne le processus dans lequel la vache rousse est sacrifiée. Nous savons que tous les sacrifices devaient être égorgés au temple. Or la vache rousse est le seule sacrifice (avec le bouc émissaire de yom kipour) qui n’était pas égorgé dans le temple mais à l’extérieure du camp (ce qui pour les autres sacrifices est formellement interdit et même passible de peine de mort). Le talmud en déduit donc que la vache rousse est un commandement de D’ qui est incompréhensible par la logique car tout concept de pureté et d’impureté est au dessus de la raison. Cela a entraîné bien des moqueries de la part des non juifs et c’est pour cela que la Torah demande aux juifs de faire ce sacrifice à l’extérieure du camps face au non juifs pour leur montrer notre détermination à suivre les commandements de D’ même s’ils échappent à la raison. On pourrait s’interroger sur cette interprétation du talmud qui semble prôner un rapport conflictuel avec les non juifs. En effet plusieurs passages des prophètes et de la Torah expliquent que le peuple d’Israël a une responsabilité pédagogique face aux nations et se doit être “une nation de prêtres” c’est-à-dire un peuple qui montre la voie vers D’. Le Hovat Halevavot (un maître médiéval) commence même son livre par plusieurs citations des prophètes qui selon lui illustrent l’obligation de prouver et de définir le monothéisme pour pouvoir justement l’expliquer par la raison aux non juifs afin que ces derniers puissent l’accepter. Cette vision des prophètes et du Hovat Halevavot semble être en contradiction totale avec le passage du talmud de Yomah cite par Rashi.

2- Quel est le sens des autres commandements de la Torah?

Le talmud qui considère le processus de la vache rousse comme étant un commandement qui dépasse la raison, dit donc de manière implicite que les autres commandements auraient un sens. Mais quel est-il?

Le Maharal dans son commentaire sur Rashi développe longuement l’idée de la Torah comme synonyme de raison et comme antinomique par essence à l’idée de décret incompréhensible.

Il cite à ce sujet Maimonide qui dans le Guide des Egarés prend partie pour les sages qui pensent que les mitsvot ont un sens. Cependant il s’oppose à Maimonide sur deux points.

Premièrement contrairement à ce que dit Maimonide, le fait que les misvots ont un sens n’est pas discutable. Il n’est pas envisageable pour le Maharal de penser autrement.

Deuxièmement pour Maimonide le sens des mitsvot c’est le rapport à l’Autre, à notre prochain (que cela soit des êtres humains, des animaux ou des végétaux). Pour le Maharal le sens des mitsvot c’est l’ordre cosmique de l’univers qui ne s’oriente pas dans une relation d’un sujet à un autre. Le Maharal cite aussi, pour la rejeter, une troisième opinion, celle de Nahmanide qui pense que le rôle des mitsvots est de rendre parfaite la personne qui les accomplit.

3- Comment le sens des mitsvot peut-il expliquer les détails de la loi?

Il n’empêche que quelque soit l’opinion soutenue on a du mal à expliquer les raisons de certaines mitsvot. Par exemple lorsque la Torah interdit de tuer un animal et son petit

le même jour. Maimonide dit que c’est pour épargner une souffrance à l’animal (celle de voir son enfant ou son père mourir en sa présence). Le problème est que la Torah interdit de les tuer le même jour même si ces animaux sont dans deux pays différents et qu’ils ne se voient pas. Par contre elle permet d’égorger un animal devant son père si on tue le père le lendemain… Comment expliquer l’argument de Maimonide?

La même critique peut s’appliquer sur la théorie de Nahmanide qui pense que la mitsvah a pour sens d’empêcher l’homme de devenir cruel. Mais alors pourquoi la Torah interdit-elle de tuer un père et son petit le même jour même lorsque ce sont deux personnes différentes qui exécutent l’animal? De plus l’interdit est uniquement de les égorger. On pourrait les tuer au revolver et les vendre à des non juifs par exemple. N’est-il pas aussi cruel d’abattre à l’arme a feux que de tuer à l’arme blanche?

La théorie du Maharal quant à elle est la plus obscure. Comment donner une raison pour expliquer l’ordre cosmique ? Cet ordre nous échappe complètement! Où est l’entendement humain face à l’éternité? Si l’étude de la Torah c’est comprendre l’ordre cosmique de l’univers, comment le Maharal peut-il dire que la Torah est synonyme de raison?

4- Quelle est la nature de la raison humaine?

Pourquoi l’homme est-il si curieux? Pourquoi ne peut-il pas s’empêcher de vouloir cloner ou de fissurer l’atome même si cette curiosité parait suicidaire? Ceci nous renvoie à l’histoire d’Adam et Eve et à la connaissance du bien et du mal.

Kafka dans son commentaire sur la Genèse dit que la faute d’Adam et Eve c’est la curiosité. Celle de connaitre et de juger. On retrouve dans le texte biblique une relation entre cette curiosité et le fait de prendre conscience de soi, de la nudité de son corps. En fait comprendre et connaitre est une manière de prendre conscience de soi mais pas à la manière de Descartes lorsqu’il dit “je pense donc je suis” mais bien au contraire, par le fait que par la connaissance l’homme sent que son corps et son moi résistent à la pensée conceptuelle. Je comprends par défaut que je suis ce qui échappe à la compréhension. Le message de la Genèse selon Kafka c’est d’expliquer que l’homme est curieux de comprendre le monde pour pouvoir se positionner par rapport à lui, pour pouvoir prendre conscience de lui, même s’il résiste au concept et au jugement. A cause de cette curiosité, cette soif de connaitre qui le différencie essentiellement du singe, (-Kubrick commentaire sur Odyssée 2002-) l'homme se condamne à terme à mort {destruction atomique, clonage robotique}.

5- L'homme prend conscience de lui-même et se situe dans le monde grâce au langage et à la raison, comme ce qui résiste au langage et à la raison.

On peut illustrer cette idée par une nouvelle expérience conduite dernièrement par la NASA en vu d’un prochain voyage vers mars qui devrait durer trois ans. On s’est rendu compte en effet que les astronautes qui doivent rester pendant une longue période dans un espace confiné et isolé seraient excessivement stressés et auraient besoin d’une assistance psychologique voir même d’une thérapie. Cependant comme on ne peut se permettre de prendre un psy en mission, on a donc eu l’idée de créer un soutien psychologique opéré par un ordinateur. Il y a donc aujourd’hui beaucoup d’essais fait en ce sens en aveugle par le patient qui croit au début être en contacte avec un psy par l’intermédiaire de la machine. Les résultats montrent deux choses étonnantes.

Premièrement très rapidement la personne confrontée à la machine se rend compte qu’il est en face d’une machine. Il semblerait même qu’il y ait un neurone spécial dans le cerveau humain qui réagit pour détecter si il est en présence d’un autre être humain. Deuxièmement après avoir compris qu’il est en présence d’une machine, le patient réagit exactement comme il le ferait avec un être humain, et le discours de soutien a exactement les mêmes effets qu’il soit donné par un être humain ou par une machine.

De cette expérience on peut déduire que l’humain est au dessus du discours et du langage puisqu’il est au dessus de la machine et qu’il la reconnaît. Mais on apprend aussi que ce qui calme dans la parole, ce n’est pas la parole elle-même ni même l’interaction avec un autre. Ce qui calme c’est le positionnement face au discours, qui permet à l’individu de se dire “je ne suis pas ce que je dis, ou ce que je décris, je suis au dessus, au dessus du langage, ou de la raison”.

La raison rassure par ce qu’elle crée une interface entre nous et l’univers. Le désir de connaissance ou de compréhension est en fait une volonté de mieux prendre conscience de ce qui ne s’appréhende pas, c'est-à-dire prise de conscience de nous-même.

6- La géométrie est un existentialisme.

Euclide dit dans le cinquième postula: “si l’on prend une droite sur un plan et un point n’appartenant pas à cette droite, par ce point ne passe qu’une seule parallèle”, il crée un concept de droite en se basant sur la perception du monde que donne ses sens. Le concept de droite et de plan, correspondent (presque) à la perception de l'homme.

Par contre, lorsque plus tard Lobatchevski va découvrir que dans l’espace il peut y avoir une infinité de droites parallèles qui passent par ce même point, (c’est ce qui explique le mouvement des planètes autour des trous noirs) et lorsque Reeman dira que “pour une droite donnée, par un point n'appartenant pas à cette droite il ne passe aucune parallèle à la première droite”, (ce qui va être la base du concept d'espace-temps qui explique parfaitement le mouvement des astres dans l'espace), ils créent des concepts qui ne correspondent plus à la perception sensible de l'homme. D’une certaine manière on peut dire qu'avec eux, on rentre dans l’irrationnel car les concepts de droite géométrique ne correspondent plus à la perception de droite et de plan que nous donne nos sens. Nous faisons le sacrifice de la perception pour pouvoir mieux nous positionner face au mouvement des planètes, mais en énonçant ces théories on est entré dans l’irrationnel, car on sait que ces concepts mathématiques ne correspondent pas à notre perception du réel.

Pour schématiser avec Euclide on ne comprend pas le mouvement des astres et avec Reeman on ne comprend plus les concepts que l'on utilise. En fait lorsque l’on comprend, on comprend que l’on ne comprend pas mais cela nous rassure car nous savons alors mieux qui nous sommes et où nous sommes.

8- L'étude de la Torah comme toute les études est donc avant tout l'analyse de sa structure conceptuelle.

Nous comprenons maintenant pourquoi l’étude de la Torah est vue comme une étude du sens de la mitsvah que le Maharal décrit comme “un enseignement raisonné” bien que paradoxalement l’étude de la Halacha et des détails de la loi soit la partie principale de l’étude de la Torah (comme le talmud le dit “D’ n’a dans le monde que les quatre coudées de la Halacha”). Car l’étude de la Torah n’est pas principalement une étude des raisons de la mitsvah mais bien plus une analyse de la structure de cette mitsvah car la compréhension de la structure conceptuelle d’une chose nous permet de nous positionner par rapport à elle c’est-à-dire de la “non comprendre”. Pourtant c’est bien cette incompréhension qui est la compréhension par défaut.

9- Rationnel et irrationnel les deux faces de la même pièce.

Dans le processus de purification de la vache rousse celui qui est pur devient impur et celui qui est impur devient pur. En fait le message de la vache rousse est de montrer qu’il n’y pas de différence essentielle entre le rationnelle et l’irrationnelle, que ce sont deux facettes d’une unique chose.

Lorsque le Maharal dit que l’étude de la Torah c’est “chercher la compréhension de l’ordre cosmique”, il ne veut pas dire qu’il faut avoir une vision objective de l’ordre cosmique pour étudier la Torah ou que l’étude de la Torah va nous donner une vision claire de l’ordre cosmique. Il veut dire que l’étude de la Torah c’est prendre conscience de la place de son moi dans cet ordre cosmique, et ceci en analysant la structure de la loi par des constructions conceptuelles qui découlent de cette loi, c’est-à-dire l’étude de la halacha.

Il en va de même pour Maimonide qui pense que la raison des mitsvot de la Torah c'est le rapport à l'autre. Elle permet en fait de positionner notre conception de l'autre et de son bien être. Il en va de même pour Nahmanide qui pense que le but de la torah c'est se perfectionner.

Prenons l’exemple de la mitsvah de prendre un etrog durant la fête de Soucoth. Dans le talmud on voit que la raison de cette mitsvah est de prendre un fruit “splendide” qui a besoin d'eau et de prier D' d’envoyer la pluie cet hiver pour ce fruit.

Mais pourquoi un etrog et pas un citron? Pourquoi faut-il qu'il ne soit pas taché à certains endroits et qu'il puisse l'être à d’autres? Quel est le rapport entre les détails de la mitsvah et son sens?

La réponse: “on en sait rien, mais au moins on sait définir notre notion de fruit “splendide” par rapport à la définition du fruit “splendide” dans la Torah. En analysant le concept de la Torah de “fruit splendide” on peut comprendre par défaut ce qu'est pour nous un fruit splendide, et nous positionner en tant qu'être humain face à la Torah exactement de la même manière que par des abstractions mathématiques ou philosophiques on peut se positionner dans le monde et l’appréhender d’une certaine manière.

10- L'homme est au dessus du langage et de la raison.

Je citerai ici Rabi Yehudah Ayache (rabbin algérien de la Renaissance) qui disait que énoncer une halacha (une loi) sans en comprendre la raison (c’est-à-dire la règle d’où

elle découle), ce n’est pas de l’étude de la Torah. Par contre écouter un midrash (un récit hagadique) même si on ne comprend pas la profondeur de la parabole, c’est déjà de

l’étude à partir du moment où on comprend le sens littéral du récit. Il explique que c’est pour cela que l’on dit le kadish uniquement après avoir lu de la hagadah, un récit talmudique et pas de la halacha ou des mishnayot, par ce que les mishnayot ne vont pas au fond des raisonnements halakhiques, alors que le récit est une étude en soi.

A mon avis le sens de cette remarque est que par le récit le lecteur se positionne de facto en fonction du récit et se retrouve renvoyé à lui même dans son rapport à cette enseignement, ce qui n’est pas le cas dans l’énoncé d’une loi non analysée qui reste étrangère au lecteur. Cela prouve bien que l'essence de l'étude de la Torah c'est le positionnement de soi face à la Torah. Dans le même ordre d'idée je citerai Rav Shah zal qui avait l'habitude de dire à tout ses élèves que lorsqu'ils étudiaient il ne devaient marquer que les questions qu'ils avaient mais pas les réponses, “car les questions sont toujours parfaitement justes, alors que les réponses ne le sont que partiellement”.

11- Dans la prière c'est D’ qui parle, l'homme ne fait qu'interpréter le discours.

Ceci éclaire aussi le sens de la prière rituelle instaurée par les sages. En effet on pourrait s’interroger sur la raison de l’institution de cette prière qui formate le dialogue à D’, comme un rapport automatique et qui ne semble pas laisser la place à l’expression personnelle. Cependant lorsque l’homme commence sa prière il dit “D’ ouvre mes lèvres pour qu’elles disent tes louanges”. Lorsque nous prions D’, ce n’est pas nous qui parlons, c’est D’. Qu’elle est alors notre rôle? Le verset dit “les paroles viennent de D’, mais c’est de l’homme que vient le coeur”. En fait en fixant une prière rituelle avec un texte établie, qui pourrait être dit par un automate, les sages nous montrent que l’essence de l’homme ce n’est pas le langage structuré, mais bien plus l’interprétation que l’on fait de ce langage et l’intention que l’on y met car l’homme se retrouve justement en se positionnant face a ce discours. Lorsqu’il n’y a qu’à interpréter secrètement et silencieusement, c’est la que s’exprime l’âme humaine.

C’est le sens aussi de l’interdit de représenter D’ qui permet à chacun d’interpréter D’ à sa manière.

12- Le dialogue raisonné est une affirmation de son identité irrationnelle.

Pour répondre à la question initiale, il faut dire qu’il n’y a pas de contradiction entre un dialogue raisonné avec les nations dont parle le Hovat Halevavot et l'affirmation violente de notre foi face à eux par l’abatage de la vache rousse. Tout dialogue argumenté et raisonné nous ramène à la partie de nous qui résiste au langage et à la raison et nous permet d’affirmer avec plus de netteté et de fermeté notre identité et notre spécificité juive.

13- Fiction créative et fiction destructrice.

Pour conclure je vais citer le midrash parlant de Salomon qui ne comprenait pas le phénomène de transformation du pur à l'impure et de l'impure au pur par la vache rousse.

En effet dans le processus de la vache rousse celui qui prépare les cendres de la vache et qui va les asperger sur l’impur devient lui-même impure au moment où la personne qui reçoit l’aspersion devient pure. C’est ce détail surtout qui dépasse la raison de Salomon le plus sage des hommes.

Ailleurs le talmud lie ce phénomène de la purification à celui de création d’une idée à partir de rien, le “daat” qui est le seder taharot. Cela signifie que la purification est à l’image de la créativité mentale. Le message de la parah adoumah “la vache rousse” est justement de dire que toute créativité passe par la création d’un angle mort d'une fiction incompréhensible.

Lorsque Newton découvre les lois de la pesanteur. Il ne comprend pas comment ça marche, ni même ce que c'est exactement. Leibniz écrit après avoir accepter l'existence de ce phénomène “c’est un miracle qui ne peut pas s’expliquer par la science, il ne faut donc pas l'utiliser dans nos démonstrations”. Au début même pour les scientifiques les plus illustres, la loi de la pesanteur est une fiction. Mais c’est justement par la création de ces nouveaux concepts, d’abord mystérieux, qui ne correspondent pas parfois à notre perception du monde, que l’on peut créer un renouveau dans la vision des structures de l’univers. La connaissance passe par le mystère et n'en n'est qu'une facette, comme le pur et l'impur.

Le Ketsot Hahoshen, un commentateur sur Shulhan Aruch du 18e siècle, dit dans l'introduction de son commentaire, que tout renouveau intellectuel nécessite une torsion de l'esprit au départ. On pourrait opposer cette vue à l’interprétation d'André Neher de l'histoire du docteur Faust où le docteur vend son âme au diable pour retrouver sa jeunesse. André Neher, retrouve dans le fascisme allemand la même idée d'un peuple qui se noie dans une fiction idéale improbable pour sortir de l'impasse intellectuelle dans laquelle la société se trouve en cherchant un renouveau.

Il y a cependant une grande différence entre la fiction créative du Ketsot Hahoshen ou de Newton, et la fiction destructrice de Faust et du fascisme. La fiction destructrice fait table rase du présent et du passé pour s'identifier à une fiction totalement neuve et schizophrénique, alors que les fictions créatrices englobent les découvertes passées pour les recadrer et les englober. La théorie de l'espace-temps englobe la théorie de Newton sans la périmer. Dans l'étude du talmud les nouvelles créations conceptuelles ne peuvent contredire les auteurs antérieures, elles ne sont là que pour les expliquer ou les extrapoler.

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