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  • Rav Uriel Aviges

Emor 5769


La parasha de la semaine nous parle des fêtes et de certains sacrifices qui devaient avoir lieu au temple à ces occasions. La torah commence par parler de Pessah et de l’offrande d’un omer (2,3 litre) d’orge qui était apportée à cette occasion, ensuite la torah donne le commandement de compter 49 jours puis de fêter au cinquantième la fête de chavouoth où l’on devait apporter deux grand pains de farine levée. Ensuite la torah nous parle de la fête de Roch Hachanah “le jour du souvenir” et de Yom Kippour.

Etrangement, entre Chavouoth et Roch Hachanah, la torah intercale le commandement de laisser “la péah”, (le coin de son champs) aux pauvres, et le commandement de laisser aux pauvres le “leketh” les petites gerbes qui tombent des fagots (chap. 23, 22). Rashi cite le midrash qui s’interroge sur cette bizarrerie apparente du texte et il dit “Rabbi Avdimi le fils de Rav Yossef dit “pourquoi le verset a-t-il donné ces mitswoth (la mitswah de péah et de leketh) entre les fêtes, après pessah et Chavouoth et avant Roch Hachanah et Yom Kippour? Pour t’apprendre que celui qui donne la péah et le leketh aux pauvres ont peut considérer à son sujet qu’il construit le temple et qu’il y apporte des sacrifices”.

Le Maharal dans son commentaire sur Rashi s’interroge sur la spécificité attribuée à la mitswah de “péah” par le Midrash. En effet, quand le Midrash dit que celui qui accomplit la mitswah de péah est considéré comme si il avait construit le temple, il semble exclure à ce sujet celui qui donne de la “tsedakah” aux pauvres. Pour le Maharal le midrash veut montrer ici une différence essentielle entre celui qui donne un don aux pauvres et celui qui donne la péah. Quelle est cette différence?

Le Maharal explique que cette différence tient au fait que la mitswah de péah est une “injonction impérative” adressée à l’homme, quand un homme laisse la peah, il doit laisser un coin de son champ abandonné de manière anonyme au premier pauvre venu. Le propriétaire d’un champ ne peut pas destiner le coin de son champ à un pauvre en particulier. Par contre lorsque l’homme pratique la charité, (qui reste une obligation de la torah) il le fait avec coeur par ce qu’il ressent de la compassion. La compassion et la sentimentalité qui interviennent dans la mitswah de donner de la tsedakah, diminuent l’aspect impératif de la mitswah.

Or, plus une mitswah est de nature impérative, plus elle s’impose absolument à la volonté de l’homme, plus elle est une injonction venant de l’extérieur, plus elle est essentiellement liée à D.

Le Maharal donne une parabole pour expliquer cette idée, il compare celui qui donne la tsedakah à quelqu’un qui construit un jardin pour le roi, et celui qui donne la péah à celui qui construit une maison pour le roi. Le Maharal dit qu’il est évident que celui qui construit la maison atteint un niveau supérieur à celui qui construit un jardin, car la maison est une nécessite impérative pour le roi, alors que le jardin ne sert au roi que pour se promener et se détendre. Ainsi la peah est une nécessite impérative pour le roi puisque c’est une injonction qui s’impose à l’homme de manière absolue, sans faire appel à une sentimentalité subjective, alors que la tsedakah n’est qu’un jardin puisqu’elle reste liée à la sentimentalité de l’homme.

{Ce n’est pas la peine d’être un géni pour faire le lien entre ce passage du Maharal et la pensée de Levinas. Il y a d’autres passages où le Maharal parle de l’imposition impérative de la mitswah sur l’homme comme étant un lien à D et donc à la transcendance. (Les deux plus clairs passages du Maharal dans son commentaire sur Chabath, lorsqu’il commente le talmud qui compare le passage du talmud qui dit que “recevoir la face de l’étranger comme recevoir la face de la chehinah” et lorsque le Maharal commente le passage du talmud qui dit que les juifs ont accepté la torah par ce que D avait renversé la montage sur eux comme une marmite”.}

Cependant ce passage du Maharal pose plusieurs problèmes.

Le plus évident est que la péah n’est pas une imposition absolue de la torah, en effet la Mishnah dans péah dit: “voici les choses qui n’ont pas de limites: la péah…” la première chose est la péah, il est donc difficile de penser que la péah est un impératif absolu

De plus dans la mitswah de tsedakah le fait d’avoir pitié fait partie de la mitswah de donner la tsedakah, le verset dit “ne rend pas ton coeur dur”, “et D te donnera de la pitié et tu auras pitié”. Comment le Maharal peut-il donc considérer que le rapport à D passe uniquement par l’accomplissement de la mitswah considérée comme une injonction impérative! De plus nous savons que D n’a pas besoin de nos mitswoth, que veut donc dire le Maharal?

La réponse il semble que D a voulu donné la mitswah de péah sans donner la mesure de cette mitswah à l’homme comme pour dire “donne ce que tu veux! Crée ta propre morale! Tu n’es pas astreint même à suivre les valeurs de la morale humaine! Et c’est à travers cette liberté absolue que l’homme peut créer un dialogue avec D.

Si l’homme ne prend pas la responsabilité de ces choix et qu’il se décharge pour définir toutes ses valeurs sur la torah alors il ne peut pas faire un face à face avec D, c’est à dire qu’il ne peut pas amener un sacrifice sur l’autel.