• Rav Uriel Aviges

Chavouot 5778

Updated: May 27, 2019




  1. La désillusion comme source de jouissance

Dans le psaume 19 nous pouvons lire le verset suivant « Les jugements de l’Eternel sont vérité : ils sont parfaits tous ensemble ; 11 plus désirables que l’or, que beaucoup d’or fin, plus doux que le miel, que le suc des rayons. ». Le Hafets Haym dans son introduction a son livre sur kodchim explique que le verset vient montrer une singularité de la torah. Normalement les choses qui sont désirables, comme l’or et l’argent, ne sont pas douces ou même utiles, on ne peut rien faire avec des diamants, on ne peut rien faire avec des billets de banque. Tout ce qui a une valeur symbolique n’a pas de valeur utilitaire. Tout ce qui excite le désir, n’est pas ce qui apporte le plaisir ou la jouissance, la jouissance de l’objet désiré est presque toujours une désillusion.

Comme le dit Judah Abrabanel, (dialogues d’amour) on ne peut pas désirer et aimer, en général on désir ce que l’on n’aime pas encore et lorsque l’on aime on ne désire plus. Le Hafets Haym explique donc que le roi David a voulu montrer dans ce psaume l’originalité de la torah, qui est un objet de désir, qui donc possède un pouvoir symbolique puissant, comme l’or ou les diamants ; mais qui pourtant apporte aussi une jouissance physique intense comme le miel ou un pot de nutella.

Cette double qualité de la torah se retrouve dans l’articulation entre le compte du Omer et la fête de chavouot. Le compte du Omer est comparé, au compte d’une femme qui arrête d’avoir ses règles, et qui attends le moment ou elle pourrait avoir des relations avec son mari, et la nuit de chavouot est la nuit de la consommation sexuelle. Dans la liturgie et le midrash la nuit de chavouot est associée à une nuit de noce avec la torah, le don de la torah au mont Sinaï et le jour de la fête de chavouot sont comparées à un mariage. « C’est le jour de la hupah ».

La torah a donc ceci de particulier, c’est qu’en ce qui la concerne, la désillusion n’est pas une déception. En général, lorsqu’un homme désir quelque chose, lorsqu’il l’obtient, l’illusion symbolique qui avait créé le désir se dissipe, il y a un désenchantement et ce désenchantement apporte une déception.

Par exemple, Je pensais devenir un nouvel homme, en achetant mes chaussures Gucci, je les achète, je les porte et je me rends compte assez vite que ce ne sont que des chaussures et que je suis le même avec ou sans.

La déception est toujours proportionnelle à l’illusion.

Pourtant en ce qui concerne la torah, même lorsque l’on est désenchanté par la découverte d’une nouvelle réalité, on reste émerveillé et plein de désir, pourquoi ?

La torah, est une histoire, c’est un mythe qui nous émerveille elle nous mène en bateau, et quand on se rend compte que l’on s’était fait avoir par naïveté, qu’elle ne correspond pas à la réalité historique ou physique du monde qui nous entoure, alors au lieu de se dire, « ah quelle arnaque ! » on se retrouve encore plus émerveillé qu’avant, et on en redemande. Pourquoi ?

Avant d’expliquer ce phénomène je vais devoir d’abord le décrire à travers un exemple, qui va montrer justement que l’essence même de l’étude la torah, c’est toujours de prendre plaisir à la désillusion.

L’exemple est technique, par ce que c’est l’un des derniers que j’ai en mémoire.

Dans le talmud dans le traité Makot 6a, la guemrah cherche à définir une loi concernant les témoignages. Selon la torah, les témoins doivent être au minimum deux, mais ils peuvent être aussi beaucoup plus. Si dans un groupe de témoin un des témoins est lié par un lien de parenté a un des protagonistes de l’action, alors non seulement son témoignage personnel est invalide, mais il rend tout le groupe de témoins invalide.

C’est une loi de la torah selon laquelle « un témoignage », dont une partie des témoins est invalides, devient totalement invalide ». Par exemple, si lors d’un mariage, si en plus des deux témoins qui assistent au mariage, des membres de la famille aussi assistent au mariage, alors le mariage devrait être invalide. Puisqu’en plus des témoins valables il y a des témoins non valables.

Evidemment, pour le talmud cette idée est improbable, car nous savons qu’en général les membres de la famille assistent au mariage. Le talmud va donc expliquer que ceux qui assistent à un évènement ne deviennent pas automatiquement témoins. Il dit donc la chose suivante

« Rava dit : C'est ce que nous disons aux témoins : « êtes-vous venus pour observer les procédures ou êtes-vous venu témoigner ? » Si les témoins disent qu'ils sont venus témoigner, alors si l'un d'eux est considéré comme un parent (ou autrement disqualifié), leur témoignage entier est annulé. »

Pour disqualifier un témoignage, les proches doivent avoir l’intention de témoigner, s’ils n’ont pas cette intention alors, ils ne sont pas des témoins et ils ne disqualifient donc pas le témoignage des autres témoins.

Cependant le talmud reste flou sur un point, a quel moment les proches peuvent il avoir l’intention de témoigner, (et invalider ainsi le témoignage des autres), est-ce au moment où ils assistent à l’action, dans un mariage, au moment ou l’on donne la bague, ou bien est-ce au moment où ils viennent au tribunal, pour voir le rabbin et rendre compte de la situation.

Rashi en expliquant ce passage du talmud dit la chose suivante

« היכי אמרינן להו - לקרוב ופסול למבדקינהו אם מתחלה לעדות נתכוונו »

c’est-à-dire : « Comment est-ce qu’on leur dit : « aux proches pour les vérifier, pour savoir si au début ils avaient l’intention de témoigner ».

le Ritvah, un des commentateurs principaux de Rashi, (rav Yom Tov de Séville 1260 1320) déduit de Rashi, que les proches rendent le témoignage invalide s’ils ont l’intention de témoigner au moment de l’évènement, même s’ils ne veinent jamais rendre compte de la situation au tribunal.

Le Ritvah dit en effet « Est-ce que vous êtes venue voir ou témoigner rachi a expliqué « êtes-vous venus témoigner lorsque l’action a eu lieu, et lorsqu’ils disent qu’ils sont venus témoigner lorsqu’ils voient l’action, ils deviennent témoins par cette intention elle-même, même s’ils ne sont pas venus au tribunal par la suite pour témoigner »

Ce qui donne en hébreux :

למחזי אתיתון או לאסהודי אתיתון. פירש רש"י ז"ל לאסהודי אתיתון בשעת מעשה וכי אמרי דלאסהודי נתכוונו בשעת ראיה הוו להו עדים מחמת אותה כוונה בלבד ואף על פי שלא באו לב"ד להעיד, 

Le Ritvah a interprété Rashi de cette manière, par ce que Rashi a dit « pour savoir si au début ils avaient l’intention de témoigner ». le mot « au début » semble exprimer clairement que c’est l’intention du moment du déroulement de l’action qui compte et pas le l’intention plus tardive d’un éventuel témoignage au tribunal.

Cette interprétation du Ritvah est l’interprétation classique de Rashi. Le traité de Makot, dans les yeshivot, c’est un traité que l’on étudie quand on est jeune, je l’ai étudié pour ma part la première foi quand j’avais 15 an, (je salue au passage la mémoire de mon ami Yehoshua Ya’aqov ben Hannah zatsal dont le yortsheit vient de passer il y a quelques jours, avec qui j’avais étudié ce traité la première foi) et j’avais toujours gardé depuis lors cette interprétation du Ritvah dans ma tête. c’est l’intention au moment du déroulement de l’action qui compte.

J’y ai cru, jusqu’à la semaine dernière,  ou lorsque je faisait la nième révision, le rav David Feinstein chehitah, nous a dit, que l’interprétation du Ritvah était discutable, car en fait lorsque Rashi dit « pour savoir si au début ils avaient l’intention de témoigner », en disant le mot « au début », Rashi implique que lorsque les témoins nous parlent, nous ne sommes plus au début, Rashi a mis de facto le lecteur dans une situation ou les témoins sont maintenant en train de témoigner devant le tribunal.

Pour Rashi, comme le Ritvah l’a dit, c’est certainement l’intention au moment du déroulement de l’action qui compte, mais contrairement à ce que dit le Ritvah, cette intention ne devient témoignage que si les témoins se rendent ensuite au tribunal pour dire leur témoignage. Car si ce n’était pas le cas Rashi n’aurait jamais utilisé le mot « au début ». de plus il parait peu logique qu’un témoin devienne témoin s’il ne rend pas compte de ce qu’il a vu au tribunal.

Quand j’ai écouté ça, je me suis dit « c’est sure qu’il a raison ! », « comment je me suis fait monté en bateau par le Ritvah pendant plus de 30 ans ! et comment cela fait que presque 800 ans que personne ne s’est rendu compte de ça !»

J’ai perdu une illusion, mais ma réaction n’a pas été de dire, « bon puisque c’est comme cela alors je n’ouvrirais plus jamais un livre du Ritvah de ma vie », au contraire, je me suis dit, pourquoi le Ritvah a voulu expliquer Rashi comme ça ? qu’est ce qui peut paraitre peu probable dans la nouvelle interprétation de Rashi par rapport à l’ancienne etc. la désillusion n’a pas été une déception, par ce que je savais que la nouvelle théorie n’était aussi qu’une autre illusion.

Cette manière de raisonner et d’interpréter les textes, n’est se limite pas à l’exemple que j’ai donné, elle est la structure générale qui organise toute l’exégèse juive depuis l’époque de la Mishna jusqu’à ce jour.

C’est à travers cette dialectique de « désillusion/ illusion » que procède le midrash, la Mishna le talmud, les auteurs du moyen age et ceux du vingtième siècle. Il n’y a méthodologiquement, en fait, aucune différence entre l’étude technique de la halacha, ou l’étude du midrash ou même de la kabbale.

Lorsque Levinas interprète des passages du talmud en utilisant les méthodes de Chuchani, il est dans cette dialectique, il devient exégèse du talmud. Lorsqu’il sort de cette dialectique il devient philosophe. Benny Levy est né philosophe et mort philosophe.

Lorsque Kierkegaard interprète la bible, (même s’il n’est pas philosophe,) même lorsqu’ il y découvre des idées qu’aucun rabbin n’avait vu avant lui, il se démarque des exégètes juifs, par le fait qu’il ne cherche pas à rompre le charme d’une illusion pour en créer une nouvelle. Aucun exégète non juif de la bible, quelque soit le génie de ses interprétations, ne suit cette dialectique. Cette dialectique est une spécificité juive.

Ce rapport au savoir implante en l’homme plusieurs structure mentales, , elle lui apprend a toujours voir le bon cote des chose, car dans toute erreur il y a toujours quelque chose de positif et de vrai, l’homme apprend à ne pas avoir peur d’être déçu, puisque la désillusion devient une source de jouissance ; elle aiguise la curiosité et la recherche de la vérité, puisque la vérité n’est plus une frustration devant un réel omnipotent et cruel, mais bien au contraire, la réalité  est une création et un épanouissement.

En d’autres termes, l’exégèse talmudique rend l’homme romantique et forme de très bons dragueurs.

Dans cette optique, recevoir la torah a chavouot, après le compte du Omer c’est décider de chercher à briser les illusions du texte pour en créer de nouvelles, dans lesquelles l’on se reconnait mieux, par ce qu’elles nous paraissent plus vraisemblables.

  1. La torah et le lait maternelle

Les juifs ont l’habitude de consommer des produits laitiers le jour de chavouot, car la torah est comparée au lait maternel (tosfot avodah zarah 10b, Berahot 63b).

Le « panim yafot » (rabi pinhas Halévy horowitz 1731, 1805) s’interroge sur la juxtaposition systématique dans la torah être la fête de chavouot et l’interdit de cuisiner du lait avec de la viande. Et il explique cette juxtaposition en disant « Car la grande Lumière ne se dévoile la nuit de pessah que la nuit, mais le lendemain elle s’en va et commencent les jours du compte, qui est le début du jours des prémices, c’est-à-dire la fête de chavouot, car pendant ses sept semaines ils se purifient et ils se sanctifient, dans leur cheminement et leur ascèse jusqu’à la fête de chavouot, et pendant les sept semaines le sang monte il devient plus épais et il se transforme en lait, et tout le monde sait que ceci est la raison pour laquelle la torah a toujours mentionné l’interdit de manger du lait avec de la viande à propos de la fête de chavouot, car il ne faut pas mélanger la bonté et la rigueur d’une manière qui ne soit pas douce. »

Pour le talmud (nidah 9a) selon rabi Meir, le lait maternel est le sang des règles qui se transforme en lait. Dans la kabbale ce phénomène est appelle « l’adoucissement de la rigueur ».

La rigueur symbolisée par le sang est une réalité dans le monde, l’homme a besoin d’être confronte à la rigueur de la réalité du monde. Mais pour la supporter il doit l’adoucir, pour l’adoucir il faut se confronter à la rigueur du réel graduellement, en commençant par ce qui est doux.

Dans la halakha on peut commencer par boire du lait pour ensuite manger de la viande, on passe par la douceur pour ensuite arriver à la rigueur, mais il ne faut pas faire le contraire, c’est-à-dire manger de la viande et ensuite boire du lait, car c’est une chute de quitter la rigueur pour retomber dans la douceur.

Cette ordre lait puis viande est véridique en ce qui concerne ce que l’on ingère en nous, mais en ce qui concerne, ce que l’on extrait de notre corps, l’ordre est inversé, c’est le sang des règles qui devient lait. Dans notre rapport à nous même nous devons être doux avec nous même pour ensuite être capable de devenir rigoureux, mais dans le rapport à l’autre, c’est le contraire qu’il faut faire, il faut d’abord être dure pour ensuite devenir doux.

Cette dialectique viande/lait est la même que celle de l’illusion et de la désillusion, qui constitue l’étude de la torah.

La torah est souvent comparée au lait maternel (tosfot avodah zarah 10b, Berahot 63b) puisque c’est cette même relation d’illusion et de désillusion que l’enfant entretient avec les seins de sa mère.

Comme le dit Winnicott « Au début, la mère, par une adaptation qui est presque à 100 %, permet au bébé d’avoir l’illusion que son sein à elle est une partie de lui, l’enfant. Le sein est, pour ainsi dire, sous le contrôle magique du bébé [...] l’Omnipotence est presque un fait d’expérience...

La communication faite à l’enfant est de l’ordre de : Viens vers le monde de façon créative, crée le monde ; il n’y a que ce que tu crées qui a un sens pour toi. Arrive ensuite : « Le monde est sous ton contrôle ». À partir de cette expérience d’omnipotence initiale, le nourrisson est capable de commencer à ressentir la frustration et un jour il arrive même à l’opposé de l’omnipotence, c’est-à-dire à avoir le sentiment de n’être qu’une poussière dans l’univers qui était là avant que le nourrisson ait été imaginé et conçu par deux parents qui prenaient plaisir l’un avec l’autre. N’est-ce pas à partir de être Dieu que les êtres humains parviennent à l’humilité propre à l’individualité humaine

Le sein est créé et sans cesse recréé par l’enfant à partir de sa capacité d’aimer ou pourrait-on dire à partir de son besoin

La faim se manifeste et le bébé est prêt à avoir l’idée de quelque chose. Il est prêt à créer une source de satisfaction à partir du besoin, mais il n’y a pas d’expérience précédente pour lui montrer à quoi s’attendre. Si, au moment précis où le bébé s’attend à quelque chose, la mère offre le sein et si elle lui permet de prendre son temps et d’explorer avec la bouche et les mains, peut-être avec son odorat, le bébé « crée » exactement ce qui se présente. Finalement, il a l’illusion que ce sein réel est exactement l’objet qui a été créé à partir du besoin, de l’envie et des premières pulsions d’un amour primitif. La vue, l’odeur, le goût sont mémorisés quelque part et au bout d’un certain temps le bébé peut créer un objet qui ressemble exactement au sein que la mère lui offre. Un millier de fois avant le sevrage, la mère peut exactement offrir cette introduction particulière à la réalité extérieure. Un millier de fois, le sentiment existe que ce qui était désiré a été créé et trouvé »

La torah permet d’articuler la relation entre le réel et l’imaginaire entre l’illusion et la désillusion, elle nous permet de gérer notre rapport au divin. Entre notre réalité interne subjective et la réalité externe objective.

  1. La fête des prémices

La fête de chavouot est appelée dans la torah la fête des prémices. L’idée de prémices dans la torah est toujours reliée à un autre concept celui de la « orlah », le prépuce. Lorsque l’on plante un arbre la torah commande de ne pas tirer profit des fruits pendant les trois premières années qui suivent la plantation, par ce qu’ils « orlah », prépuce. Les prémices sont les fruits qui viennent après la période des 3 ans de la orlah. De même dans toute la bible, c’est toujours le dernier né qui est le véritable héritier. Après et Havel, c’est Chet le dernier né d’Adan et Eve qui fonde l’humanité, ensuite, c’est Isaak qui prend précédence sur Ismaël, qui est pourtant le premier ne, ensuite Jacob prend précédence sur essav, josef, sur ruben, moshe sur Aharon, etc.,

Pourtant la dernière mitswah de la torah est justement un injonction interdisant d’inverser l’ordre des naissance a la fin du pentateuque on peut lire : «  Si un homme possède deux femmes, l'une qu'il aime, l'autre qu'il dédaigne; si l'une et l'autre lui donnent des enfants, et que le fils premier-né se trouve appartenir à la femme dédaignée, 16 le jour où il partagera entre ses fils l'héritage de ce qu'il possède, il ne pourra point conférer le droit d'aînesse au fils de la femme préférée, aux dépens du fils de la dédaignée qui est l'aîné. 17 C'est le fils aîné de la dédaignée qu'il doit reconnaître pour tel, lui attribuant une part double dans tout son avoir ; car c'est lui qui est le premier fruit de sa force, à lui appartient le droit d'aînesse. » comment expliquer cette injonction qui semble contredire le reste de la torah ? les kabbalistes expliquent que l’homme avait en lui un prépuce, qu’il fallait une période de purification de l’humanité pour que ce prépuce soit évacué. De même que lorsque l’on plante un arbre, il faut trois ans a l’arbre pour qu’il donne ses meilleurs fruits, de même il fallait une période de purification pour la masculinité, pour qu’elle se débarrasse de son prépuce, lorsque les juifs reçoivent la torah au mont Sinaï,  le prépuce de la masculinité est définitivement évacué, Aharon devient grand prêtre a la place de moise, et l’ordre des naissance doit être respecté, car à partir du don de la torah, c’est le premier né qui sera toujours le meilleurs et l’héritier. C’est pour cette raison que la fête de chavouot qui commémore le don de la torah est appelé la fête des prémices, puisque c’est par le don de la torah que le premier ne devient le meilleur.

La fête de pessah en particulier la nuit du seder est elle aussi associée a l’élimination du prépuce. La torah interdit celui qui a un prépuce de consommer l’agneau pascal, en arrivant en Israël, Josué doit circoncire tous les juifs pour qu’ils puissent manger l’agneau pascal.

Le Zohar dit à ce sujet :

« Lorsque les hébreux étaient en Egypte, ils étaient sous la domination de « l’autre cote », et ils étaient donc unis dans l’impureté, comme la femme qui a ses règles et qui se retrouve uni dans l’impureté, tous les jours ou elle voit du sang, lorsque les juifs se sont circoncis, ils sont entre dans la partie sainte appelée « alliance », lorsqu’ils ont fait cela, les écoulements impurs se sont arrêtés pour eux, comme lorsque la femme arrête d’avoir ses règles, et d’où savons-nous que lorsqu’une femme arrête d’avoir ses règles, elle sort de l’impureté, par ce que le verset dit « elle comptera pour elle sept jours » ici aussi, puisqu’ils sont entre dans le domaine de la sainteté, ils sont sortis des écoulements impurs, c’est pour cela que D a dit à partir de ce moment commence le compte de la pureté. »

Le parallèle que le Zohar fait entre l’écoulement des règles et la circoncision parait étrange.

Pour le comprendre, il faut se remémorer un autre passage de la bible. Pour créer Eve D doit prendre une cote de l’homme. La bible dit explicitement que si l’homme désir la femme, c’est par ce qu’elle vient de lui, elle vient de ses entrailles. Comme disent les versets « L’Éternel-Dieu organisa en une femme la côte qu’il avait prise à l’homme, et il la présenta à l’homme. 23 Et l’homme dit : "Celle-ci, pour le coup, est un membre extrait de mes membres et une chair de ma chair ; celle-ci sera nommée Icha, parce qu'elle a été prise de Ich." 24 C'est pourquoi l'homme abandonne son père et sa mère ; il s'unit à sa femme, et ils deviennent une seule chair”

Or, Si le premier homme a désiré sa femme par ce qu’elle était détachée de lui, pourquoi les autres hommes désirent ils les femmes, bien qu’elles n’aient pas été arrachées de leur chair ? le talmud explique que par la circoncision, lorsque l’on enlève le prépuce, le mohel arrache  la partie vaginal qu’il y a en l’homme, (puisque le prépuce entoure le gland et procure une sensation similaire a celle du vagin de la femme), et a cause de cette perte et de cet arrachement traumatisant l’homme va chercher l’objet qui lui manque par ce qu’il lui a été arraché. (talmud kidoushin 2b).

Comme les seins de la mère, le prépuce est un objet transitionnel qui permet à l’homme de créer un espace entre lui et le monde, entre l’imaginaire et le réel.

Ce que la circoncision apporte par rapport au sein maternel, c’est une identité ethnique et genrée. par la circoncision, l’homme s’identifie à cette relation spécifique qu’il a avec le monde et le réel. Il se reconnait en elle. C’est par cette identité qui le différentie ethniquement qu’il devient capable de gérer cette espace transitoire entre le réel et l’imaginaire, entre le sacré et le profane, entre ce qui est rationnel et ce qui ne l’est pas.

La torah condamne l’idolâtrie, pourtant la torah elle-même décrit D comme une personne, à lire le prophète c’est une sorte de père noël assis sur un nuage, en quoi le judaïsme se démarque t il de l’idolâtrie puisqu’il attribue une personnalité à D ? et si on renonce à attribuer une personnalité à D ne devient-il pas de facto une sorte d’équation mathématique ? c’est la question que semble poser Henri Atlan a travers son œuvre. Il ne voit pas d’alternative entre le père noël et les équations de maxwell, cette incapacité à envisager un espace transitoire entre le réel et l’imaginaire, s’explique par une difficulté à accepter la spécificité d’une identité ethnique et historique.



Pendant le cours, un des élèves (ruben marciano) a demande si j’avais une source dans le talmud pour soutenir mon interprétation du texte de Routh).

Il y a une source a mon avis dans le talmud sur le rapport au lesbianisme chez les moabites.

Le talmud dit

Yevamot 76b

מ"ט אמר ליה שאל עליה דכתיב (שמואל א יז, לח) וילבש שאול את דוד מדיו כמדתו וכתיב ביה בשאול (שמואל א ט, ב) משכמו ומעלה גבוה מכל העם א"ל דואג האדומי עד שאתה משאיל עליו אם הגון הוא למלכות אם לאו שאל עליו אם ראוי לבא בקהל אם לאו מ"ט דקאתי מרות המואביה

pour quelle raison Saul a-t-il dit à Abner qu’il devrait se renseigner sur David? Comme il est écrit: "et Saul vêtu de David avec son vêtement [maddav]" (I Samuel 17:38), qui indique que les vêtements étaient de taille de David [kemiddato]. Et il est écrit en ce qui concerne Saül: «de ses épaules et vers le haut, il était plus haut que n’importe quel homme du peuple» (I Samuel 9:2). En voyant que ses vêtements s’adaptent à David, Saül commença à craindre que ce soit David qui était destiné au trône, et il demanda donc à connaitre son lignage. À ce moment, Doeg l’Edomite dit à Saül: avant de vous renseigner sur la question de savoir si oui ou non il est apte à la royauté, renseignez-vous sur la question de savoir si oui ou non il est même apte à entrer dans la Congrégation. Quelle est la raison de ces doutes? C’est qu’il descend de Ruth la Moabite, et les Moabites sont définitivement interdits d’entrer dans la Congrégation.

א"ל אבנר תנינא עמוני ולא עמונית מואבי ולא מואבית אלא מעתה ממזר ולא ממזרת ממזר כתיב מום זר

Abner lui dit: nous avons déjà appris qu’il n’y a pas de place pour une telle inquiétude. Comme le dit le verset: «une ammonite ou une Moabite ne sera pas entrer dans la Congrégation du Seigneur» (Deutéronome 23:4), l’enseignement qu’un homme ammonite est interdit d’entrer dans la Congrégation, mais pas une femme ammonite; et de même, un homme Moabite est interdit d’entrer dans la Congrégation, mais pas une femme Moabite. Doeg lui dit: Cependant, si tel est le cas, dire que le verset qui le rend interdit pour un mamzer d’entrer dans la Congrégation rend interdit seulement un mâle mamzer, mais pas une femelle mamzer. Abner répondit: il est écrit: «un mamzer», qui doit être compris non pas comme un substantif, mais comme un adjectif, désignant une étrange tache [mum ZAR], celui qui est défectueux en raison d’une relation interdite, et cela vaut pour les mâles et les femelles semblables.

מצרי ולא מצרית שאני הכא דמפרש טעמא דקרא (דברים כג, ה) על אשר לא קדמו אתכם בלחם ובמים דרכו של איש לקדם ולא דרכה של אשה לקדם היה להם לקדם אנשים לקראת אנשים ונשים לקראת נשים אישתיק

Doeg retorqua : si oui, dire qu’il est interdit pour seulement un homme égyptien d’entrer dans la Congrégation, mais pas une femme égyptienne. Abner répondit: ici, il est différent, comme la raison de l’interdiction enregistrée dans ce verset en ce qui concerne les ammonites est explicite: «parce qu’ils ne vous ont pas rencontré avec du pain et de l’eau sur le chemin, quand vous êtes sorti de l’Egypte» (Deutéronome 23:5). Puisque c’est la manière d’un homme d’aller de l’avant pour rencontrer des invités mais ce n’est pas la manière d’une femme d’aller de l’avant, les femelles n’ont pas été incluses dans cette interdiction. Doeg contrée: pourtant, les hommes auraient dû sortir pour rencontrer les hommes, et les femmes pour rencontrer les femmes. Abner était silencieux, car il ne savait pas comment répondre à cette objection.

Or, il est très surprenant que le talmud retienne malgré tout a la fin, la permission des femmes moabites, puisque l’argument de doeg semble conclusif.

Il me semble que l’on est obligé d’expliquer que le talmud veut dire dans ce passage que les femmes de Moab avaient un problème avec le lesbianisme et c’est pour cette raison que l’on ne peut pas les culpabiliser de ne pas avoir apporter a manger aux femmes juives.

Les documents


זוהר כרך ג (ויקרא) פרשת אמור [דף פח עמוד א]

א"ר חייא כתיב וספרתם לכם ממחרת השבת מיום הביאכם את עמר התנופה, מאי קא מיירי, א"ל הא אוקמוה חברייא אבל ת"ח ישראל כד הוו במצרים הוו ברשותא אחרא והוו אחידן במסאבותא כאתת' דא כד היא יתבא ביומי דמסאבותא, בתר דאתגזרו עאלו בחולקא קדישא דאקרי ברית כיון [דף צז עמוד ב] דאתאחדו ביה פסק מסאבותא מנייהו כדא אתתא כד פסקו מנה דמי מסאבותא בתר דאתפסקו מנה מה כתיב (ויקרא טו) וספרה לה שבעת ימים, אוף הכא כיון דעאלו בחולקא קדישא פסקא מסאבו מנייהו ואמר קודשא בריך הוא מכאן ולהלאה חושבנא לדכיותא,

Lorsque les hébreux étaient en Egypte, ils étaient sous la domination de « l’autre cote », et ils étaient donc unis dans l’impureté, comme la femme qui a ses règles et qui se retrouve uni dans l’impureté, tous les jours ou elle voit du sang, lorsque les juifs se sont circoncis, ils sont entre dans la partie sainte appelée « alliance », lorsqu’ils ont fait cela, les écoulements impurs se sont arrêtés pour eux, comme lorsque la femme arrête d’avoir ses règles, et d’où savons nous que lorsqu’une femme arrête d’avoir ses règles, elle sort de l’impureté, par ce que le verset dit « elle comptera pour elle sept jours » ici aussi, puisqu’ils sont entre dans le domaine de la sainteté, ils sont sortis des écoulements impurs, c’est pour cela que D a dit a partir de ce moment commence le compte de la pureté.

פנים יפות שמות פרק כג

שאין האור הגדול ההוא שמתגלה בליל פסח אלא בלילה, אבל בבקר מסתלק ומתחילין ימי הספירה שהוא ראשית יום הביכורים שהוא השבועות שבשבעה שבועות אלו מתטהרים ומתקדשים בדרך הילוכם בעליותם עד חג השבועות. וכתבו עוד שבימי הספירה נתעלה כמ"ש [נדה ט א] דם נעכר ונעשה חלב וידוע שזה הטעם בשר בחלב שלא לערב החסדים והגבורות שלא בדרך המיתוק ואין להאריך בזה:

Car la grande Lumière ne se dévoile la nuit de pessah que la nuit, mais le lendemain elle s’en va et commencent les jours du compte, qui est le début du jours des prémices, c’est-à-dire la fête de chavouot, car pendant ses sept semaines ils se purifient et ils se sanctifient, dans leur cheminement et leur ascèse jusqu’à la fête de chavouot, et pendant les sept semaines le sans monte il devient plus épais et il devient du lait, et tout le monde sait que ceci est la raison pour laquelle la torah a toujours mentionné l’interdit de manger du lait avec de la viande a propos de la fête de chavouot, car il ne faut pas mélanger la bonté et la rigueur d’une manière qui ne soit pas douce.

Psaume 19

Les jugements de l’Eternel sont vérité: ils sont parfaits tous ensemble; 11 plus désirables que l’or, que beaucoup d’or fin, plus doux que le miel, que le suc des rayons.

Winnicott

Au début, la mère, par une adaptation qui est presque à 100 %, permet au bébé d’avoir l’illusion que son sein à elle est une partie de lui, l’enfant. Le sein est, pour ainsi dire, sous le contrôle magique du bébé [...] L’omnipotence est presque un fait d’expérience

La communication faite à l’enfant est de l’ordre de : Viens vers le monde de façon créative, crée le monde ; il n’y a que ce que tu crées qui a un sens pour toi. Arrive ensuite : « Le monde est sous ton contrôle ». À partir de cette expérience d’omnipotence initiale, le nourrisson est capable de commencer à ressentir la frustration et un jour il arrive même à l’opposé de l’omnipotence, c’est-à-dire à avoir le sentiment de n’être qu’une poussière dans l’univers qui était là avant que le nourrisson ait été imaginé et conçu par deux parents qui prenaient plaisir l’un avec l’autre. N’est-ce pas à partir de être Dieu que les êtres humains parviennent à l’humilité propre à l’individualité humaine

Le sein est créé et sans cesse recréé par l’enfant à partir de sa capacité d’aimer ou pourrait-on dire à partir de son besoin

La faim se manifeste et le bébé est prêt à avoir l’idée de quelque chose. Il est prêt à créer une source de satisfaction à partir du besoin, mais il n’y a pas d’expérience précédente pour lui montrer à quoi s’attendre. Si, au moment précis où le bébé s’attend à quelque chose, la mère offre le sein et si elle lui permet de prendre son temps et d’explorer avec la bouche et les mains, peut-être avec son odorat, le bébé « crée » exactement ce qui se présente. Finalement, il a l’illusion que ce sein réel est exactement l’objet qui a été créé à partir du besoin, de l’envie et des premières pulsions d’un amour primitif. La vue, l’odeur, le goût sont mémorisés quelque part et au bout d’un certain temps le bébé peut créer un objet qui ressemble exactement au sein que la mère lui offre. Un millier de fois avant le sevrage, la mère peut exactement offrir cette introduction particulière à la réalité extérieure. Un millier de fois, le sentiment existe que ce qui était désiré a été créé et trouvé

אמר רבי יוסי במה דברים אמורים וכו' מה יעשו שני אחים כו': היכי אמרינן להו

§ The mishna teaches that Rabbi Yosei says: In what case is this statement said…what shall two brothers do in a case where they, together with others, saw someone who killed a person? Rabbi Yosei says that it is only with regard to cases of capital law that one disqualified witness voids the entire testimony, and Rabbi Yehuda HaNasi says that this is the halakhaeven with regard to cases of monetary law. The mishna continues and says that it is only if the witnesses forewarned the perpetrators that they are classified as witnesses capable of voiding the entire testimony. The Gemara poses a question: How do we, the members of the court, formulate what we say to the witnesses in order to ascertain whether their intent was to testify?

אמר רבא הכי אמרי' להו למיחזי אתיתו או לאסהודי אתיתו אי אמרי לאסהודי אתו נמצא אחד מהן קרוב או פסול עדותן בטלה אי אמרי למיחזי אתו מה יעשו שני אחין שראו באחד שהרג את הנפש:

Rava says: This is what we say to the witnesses who come to the court: Did you come to observe the proceedings or did you come to testify? If the witnesses say they came to testify, then if one of them is found to be a relative or otherwise disqualified, their entire testimony is voided. If the witnesses say that they came to observe, in that situation, what shall two brothers do in a case where they saw someone who killed a person? It is certainly unusual for those who witnessed the murder to not even attend the court hearing.

Rashi

היכי אמרינן להו - לקרוב ופסול למבדקינהו אם מתחלה לעדות נתכוונו:

Comment est ce qu’on leur dit : « aux proches pour les vérifier, pour savoir si au début ils avaient l’intention de temoigner »

Ritvah

חידושי הריטב"א מסכת מכות דף ו עמוד א

למחזי אתיתון או לאסהודי אתיתון. פירש רש"י ז"ל לאסהודי אתיתון בשעת מעשה וכי אמרי דלאסהודי נתכוונו בשעת ראיה הוו להו עדים מחמת אותה כוונה בלבד ואף על פי שלא באו לב"ד להעיד, וכן כתב רשב"ם ז"ל בפרק יש נוחלין (ב"ב קי"ג ב') גבי ההיא דשנים שנכנסו לבקר את החולה דדוקא נכנסו לבקר אבל נכנסו להעיד הוו להו עדים ואין כותבין דין, שאין עד נעשה דיין מכיון שנתכוון לראות על דעת להעיד ואף על פי שלא העיד, וכדאמרינן הכא דאי אמרי לאסהודי אתינן הוו להו עדים ומיפסלי כשרים אמטולתייהו כאילו העידו, וכש"כ אי אתו מעיקרא למיחזי והשתא אתו לב"ד להעיד והעידו, זו שיטת רש"י ז"ל ונכדו הרשב"ם ז"ל לפי לשונם,

Est-ce que vous êtes venue voir ou témoigner rachi a expliqué « êtes-vous venus témoigner lorsque l’action a eu lieu, et lorsqu’ils disent qu’ils sont venu témoigner lorsqu’ils voient l’action, il deviennent témoins par cette  intention elle-même, même si ils ne sont pas venus au tribunal par la suite pour témoigner..

51 views

Recent Posts

See All

Hanouca 5780

דמשק אליעזר חדושים וביאורים על האבי עזרי בהלכות חנוכה : pdf

©2018 by Uriel Aviges.