• Rav Uriel Aviges

Bo 5771


1- L’Egypte et la génisse à laquelle on casse la nuque.

Dans la haftarah de la parasha de Bo (Jérémie 46-20) on peut lire les versets suivants « O Egypte, génisse aux belles formes, le boucher « kerets » s'avance du Nord, il s'avance ! ». Le talmud dans le traité de Yomah explique que le mot utilisé par le prophète « kerets », « le massacreur » désigne celui qui tue l’animal sans l’abatage rituel. La shehitah consiste à couper la carotide et la trachée, c'est-à-dire à tuer l’animal de face, alors que la génisse elle va se faire tuer par la nuque. 

Il est évident ici que le texte du prophète Jérémie fait allusion à une mitsvah de la torah qui se trouve dans le Deutéronome la mitsvah de la génisse a laquelle on casse la nuque. 

Dans le deutéronome 21 la torah dit « "Si l'on trouve, dans le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne en possession, un cadavre gisant en plein champ, et que l'auteur du meurtre soit resté inconnu, 2 tes anciens et tes juges s'y transporteront, et mesureront la distance jusqu'aux villes situées autour du cadavre. 3 La ville la plus rapprochée du cadavre étant déterminée, les anciens de cette ville prendront une jeune vache qu'on n'aura pas encore employée au travail, qui n'aura porté aucun joug. 4 Ces anciens feront descendre la génisse dans un bas-fond sauvage, où on ne laboure ni ne sème, et là, dans ce bas-fond, ils briseront la nuque à la génisse. 5 Puis s'avanceront les pontifes, descendants de Lévi; car ce sont eux que l'Éternel, ton Dieu, a désignés pour le servir, pour prononcer les bénédictions en son nom, et c'est par eux qu'est jugé tout débat, tout dommage. 6 Et tous les anciens de la ville en question, comme voisins du cadavre, se laveront les mains sur la génisse dont on a brisé la nuque dans le bas-fond. 7 Et ils diront tour à tour: "Nos mains n'ont point répandu ce sang-là, et nos yeux ne l'ont point vu répandre. 8 Pardonne à ton peuple Israël, que tu as racheté, Seigneur! Et n'impute pas le sang innocent à ton peuple Israël!" Et ce sang leur sera pardonné »

Pour comprendre cette mitsvah il est intéressant de s’arrêter sur deux midrashim rapportés par Rashi. Le premier midrash dit « Ils rompront : On rompt la nuque avec une hachette. Le Saint béni soit-Il a dit : « Vienne une génisse âgée d’un an qui n’a pas produit de fruits, et qu’on lui rompe la nuque dans un endroit qui ne produit pas de fruits, pour expier le meurtre de cet homme, à qui l’on n’a pas laissé le temps de produire des fruits ! » (Sotah 46a). »

Un autre midrash commente la phrase des sages de la ville en disant : « Nos mains n’ont pas versé le sang : Te serait-il venu à l’esprit que les Anciens du tribunal fussent des meurtriers ? [Cela veut dire, en fait :] « Nous ne l’avons pas vu et nous l’avons laissé repartir sans provisions et sans escorte » (Sotah 38b) ». Le fait d’escorter quelqu’un c’est lui donner du courage, (rav Haïm Schmulevits) et si les sages avaient soutenu la victime il aurait peut être réussit à se sauver. Le talmud apprend de la mitsvah de la génisse l’importance du fait d’accompagner quelqu’un.

On peut s’interroger sur le lien que le prophète Jérémie fait entre l’Egypte et la mitsvah du Deutéronome.

La comparaison de l’Egypte avec une génisse à laquelle on coupe la nuque se retrouve ailleurs.

En effet, lorsque Josef se révèle à ses frères il leur demande de porter leur père Jacob sur des chariots des « agaloth », or les « agaloth » cela veut dire aussi « génisses » en hébreux. 

Le verset dit « Alors ils lui répétèrent toutes les paroles que Joseph leur avait adressées et il vit les voitures que Joseph avait envoyées pour l'emmener et la vie revint au cœur de Jacob leur père ». Rashi commente : « Toutes les paroles que Yossef leur avait parlées : Yossef leur avait donné un signe : Lorsqu’il avait été séparé de son père, il était occupé à étudier le passage de la Tora relatif à la génisse (‘egla) dont on brise la nuque (Devarim 21, 6) [en expiation d’un meurtre dont l’auteur n’a pu être identifié]. Aussi le texte spécifie-t-il : « il vit les voitures (‘agaloth) que “Yossef” avait envoyées », et non : « que “Pharaon” avait envoyées » (Beréchith Raba 94, 3). »

Je suis oblige de citer encore un dernier texte important avant de donner une explication, sur le lien qui lie l’Egypte a la génisse. C’est le texte du talmud dans Sotah 46.

Dans ce texte le talmud commente le passage de la genèse ou Pharaon a pris Sarah la femme d’Abraham comme épouse, (Abraham avait fait passé Sarah comme étant sa sœur). Lorsque pharaon est frappé de maladie la torah dit : « Pharaon manda Abraham, et dit: "Qu'as-tu fait là à mon égard? Pourquoi ne m'as-tu pas déclaré qu'elle est ta femme? 19 "Pourquoi as-tu dit: ‘Elle est ma sœur’, de sorte que je l'ai prise pour moi comme épouse? Or maintenant, voici ta femme, reprends-la et retire-toi!" 20 Pharaon lui donna une escorte, qui le reconduisit avec sa femme et toute sa suite. »

Le talmud commente « par le mérite que pharaon a eu d’avoir escorte Abraham pendant quatre pas, il a mérité que ses enfants ont pu dominer les juifs pendant 400 ans ». Ce passage du talmud parait difficile, pharaon a donné beaucoup de cadeau et d’argent à Abraham, on aurait pu penser que c’est par le mérite de l’argent que pharaon a donné Abraham qu’il a mérité de dominer les juifs. Pourquoi le talmud dit que c’est par ce que Pharaon a raccompagné Abraham qu’il a pu dominer les juifs ? En quoi le mérite de raccompagner Abraham était-il plus grand que celui de lui donner des cadeaux ?

Cependant, toutes les pièces du puzzle peuvent former une image et nous permettre de comprendre le message du prophète Jérémie.

Pharaon a escorté Abraham, par contre Jacob n’a pas escorté son fils Josef lorsqu’il est parti voir ses frères. C’est pour cela que Josef s’est fait attaqué par ses frères. 

Les frères de Josef et son père n’ont pas su donner sa chance à Josef, ils ne l’ont pas escorté, il lui on coupé la nuque, ils ont voulu l’empêcher de porter des fruits.

Mais, les Egyptiens, par contre, ont su donner sa chance à Josef, ils en on fait un roi. Les Egyptiens ont su accompagner Josef et lui permettre d’accomplir ses rêves. Lorsque l’on accompagne quelqu’un. On lui permet de réaliser ses rêves. 

C’est pour cela que l’Egypte est appelé par le prophète Jérémie la belle génisse. C’est par ce mérite que les Egyptiens ont pu dominer les juifs pendant 400 ans.

Le fait d’accompagner quelqu’un c’est aller dans son chemin, c’est lui donner la force de suivre sa propre route.

2- L’opposition entre le rachat et le raccompagnement dans le Pirkei de Rabi Eliezer. 

Le midrash met en opposition symétrique le concept de rachat et le fait de raccompagner quelqu'un. Pour les sages du talmud le fait de racheter quelqu’un s’oppose au fait de l’accompagner.

Le midrash dans le Pirkei de Rabi Eliezer 34 commente les versets du paume 49 « De ceux qui se fient à leurs biens, et se glorifient de l’abondance de leurs richesses, 8 pas un ne saurait racheter son frère, ni donner à Dieu le coût de sa rançon. 9 Le rachat de leur âme est à trop haut prix, il faut y renoncer à jamais. 10 Pensent-ils donc vivre toujours, ne pas voir la tombe? 11 Ils remarquent pourtant que les sages meurent, tout comme périssent le fou et le sot, en laissant leurs biens à d’autres »

Le midrash dit « l’homme à trois amis durant sa vie, ce sont sa femme et ses enfants, son argent et ses bonnes actions. Au moment où l’homme quitte ce monde il fait entrer sa femme et ses enfants et leur dit : « je vous en prie, venez et sauvez moi du châtiment de cette mauvaise mort. Ils lui répondent et lui disent « n’as-tu pas entendu qu’il n’y a personne qui peut empêcher le jour de la mort ? Et n’est ce pas qu’il est écrit « aucun d’eux ne peut racheter son frère ». Et même son argent qu’il aime ne peut pas le racheter ainsi qu’il est écrit « ni payer sa rançon à D », pourquoi ? Car « trop cher et le rachat de leur vie et c’en est fini à jamais »… lorsque l’homme voit cela il fait rentrer son argent et il lui dit « je me suis fatigué pour toi jour et nuit. Je t’en prie rachète moi de cette mort et sauve moi. Et l’argent lui répond « n’as-tu pas entendu « la fortune ne sert à rien le jour du courroux ». Ensuite il fait rentrer ses bonnes actions et leur dit « venez sauvez moi de cette mort ; réconfortez moi et ne me laissez pas sortir du monde car vous avez encore à espérer de moi si je m’en sors ! Et elles lui disent : va en paix, nous t’accompagnons, avant que tu n’y ailles, nous te précéderons ainsi qu’il est dit « devant toi ira ta justice et le D fermera ta marche ».

Le midrash dit que l’homme ne peut pas racheter son âme même avec des bonnes actions. L’âme humaine n’a pas de prix. Mais, même si elles ne peuvent pas le racheter, les bonnes actions peuvent l’accompagner. En faites les bonnes actions sont déjà dans le monde futur avant que la personne n’y arrive.

Ce que le midrash montre c’est qu’il y a deux manières d’envisager ses bonnes actions. On peut envisager ses bonnes actions comme des accomplissements que l’on réussit dans ce monde. On peut regarder ses bonnes actions comme on regarde son argent, c'est-à-dire comme quelque chose que l’on possède et que l’on peut compter pour faire le bilan de sa vie. 

Si quelqu’un regarde ses bonnes actions de cette manière, il ne voit pas ses bonnes actions comme si elles se trouvaient dans le monde futur. L’homme regarde ses bonnes actions comme des réussites qui s’accomplissent dans ce monde. Si un homme regarde ses bonnes actions de cette manière, il n’en sera jamais satisfait. Aucune réalisation ne peut justifier le prix d’une vie.

Le midrash dit qu’il ne faut pas regarder ses bonnes actions ce cette manière. Il faut voir ses bonnes actions comme quelque chose qui se développe dans le futur indépendamment de nous. L’homme dit se dire « Mes bonnes actions se développent indépendamment de moi ». Le monde futur c’est le monde du mouvement où tout continue à vivre pour toujours. Les bonnes actions n’appartiennent pas à celui qui les produit, elles continuent à exister pour toujours après sa mort. Le monde à venir c’est le contraire du monde de la possession où l’on veut posséder pour compter.

Le désir de posséder ou de réaliser implique la conscience de la mort : c’est par ce que l’homme sait qu’il va mourir qu’il veut réaliser et accomplir, ou posséder. Le fait d’accompagner l’autre c’est une négation de la mort de l’autre, et par la même la négation de sa propre mort.

Le midrash veut dire que ce rapport aux bonnes actions qui est le rapport de l’accompagnement c’est le rapport que l’homme doit avoir avec sa femme et ses enfants. Si l’homme regarde ses enfant et sa famille comme un accomplissement de sa personne, comme une possession, il peut être sur que son amour sera limité, car chacun sait que l’on meurt seul. 

Le Keli Yakar dans le chapitre 21 de l’Exode commente le midrash cité en disant que ce qui limite l’amour d’un homme pour une femme et ses enfants c’est sa conscience de la mort. Puisque chacun sait qu’il va mourir seul, inconsciemment personne ne peut aimer de tout son cœur même les gens de sa famille. 

Pour briser la conscience innée de la mort l’homme doit d’envisager son rapport au monde et à l’autre comme un accompagnement. Le concept de l’accompagnement s’oppose à celui de la possession ou de l’accomplissement.

Lorsque l’on accompagne quelqu’un on lui dit implicitement « je ne peux pas empêcher le fait que je dois me séparer de toi, mais partout ou tu iras tu ne seras pas seul je suis déjà là bas avec toi. »

Dans la cérémonie de l’enterrement juif le cœur de la cérémonie consiste à accompagner le cercueil. En accompagnant le cercueil on veut dire que l’on reste avec le mort dans le monde futur, dans le monde du mouvement.

3- La mitsvah de racheter les premiers nés.

La parasha de la semaine nous parle du rachat des premiers nés. Cette mitsvah s’applique à tous les premiers nés mâles qui ouvrent la matrice de leur mère. D demande aussi aux juifs de racheter les premiers nés des animaux cachères ainsi que les premiers nés des ânes. Les versets disent : « Lorsque l'Éternel t'aura introduit dans le pays du Cananéen, selon ce qu'il a juré à toi et à tes pères et qu'il te l'aura livré, 12 tu céderas à l'Éternel toutes prémices des entrailles: tout premier-né des animaux qui t'appartiendront, s'il est mâle, sera à l'Éternel. 13 Le premier-né d'un âne, tu le rachèteras par un agneau, sinon tu lui briseras la nuque et le premier-né de l'homme, si c'est un de tes fils, tu le rachèteras. 14 Et lorsque ton fils, un jour, te questionnera en disant: "Qu'est-ce que cela?" tu lui répondras: "D'une main toute puissante, l'Éternel nous a fait sortir d'Égypte, d'une maison d'esclavage. 15 En effet, comme Pharaon faisait difficulté de nous laisser partir, l'Éternel fit mourir tous les premiers-nés du pays d'Égypte, depuis le premier-né de l'homme jusqu'à celui de l'animal ».

Cette mitsvah du rachat des premiers nés possède une spécificité : c’est une des rares mitsvoth que l’on ne peut pas faire à l’aide d’un envoyé. Le père ne peut pas demander à quelqu’un racheter son fils pour lui. (Ceci est l’avis du rav Yossef Karo et du rav Moshé Issarlès dans le Shulhan Aruch Yoreh Deah, d’autres rabanim s’opposent à eux). La raison pour laquelle la mitsvah du rachat du premier ne peut pas être faite par un envoyé c’est par ce qu’elle est comparée aune mitsvah qui se fait dans le corps du père. Un homme ne peut pas demander à quelqu’un de se faire circoncire à sa place, puisque c’est une mitsvah qui doit opérer une marque dans le corps de celui qui l’accomplie, de la même manière le ra Karo pense que la mitsvah du rachat du premier né est une mitsvah qui doit laisser une empreinte dans le corps du père, c’est pour cela qu’elle doit être faite par le père lui-même et non pas par un envoyé. Un homme peut demander à un envoyé de faire la milah de son fils, par ce que la milah du fils ne doit pas laisser une emprunte dans le corps du père, donc elle peut être faite par une tierce personne. Par contre la mitsvah de racheter son fils doit être accomplie par le père lui-même, puisque cette action doit laisser une trace dans le corps du père.

Evidement cette idée du rav Yossef Karo et du rav Issarlès est tout à fait étrange car la mitsvah de racheter son fils consiste à donner 5 pièces d’argent à un Cohen, on ne voit pas en quoi cette action va laisser une trace dans le corps du père ?

On peut poser une question plus fondamentale sur la mitsvah de racheter un enfant par de l’argent, est ce que la vie humaine a une valeur marchande, comment peut-on penser que le fils a une valeur et que par cette valeur donnée au Cohen les juifs se dédouanent de la culpabilité de la mort des premiers nés des Egyptiens. Si les allemands payent de l’argent aux familles des victimes des nazis sont ils dédouaner de leur responsabilité morale pour cela ? 

Cette question nous apporte à une autre question pourquoi les juifs sont-ils tenu responsable de la mort des premiers nés Egyptiens ? Les juifs étaient les victimes d’un massacre, ils n’étaient pas des bourreaux. D a tout tenté pour libérer les juifs sans avoir à tuer les Egyptiens et cela n’a pas marché, alors pourquoi les juifs seraient-ils responsables de la mort de leurs bourreaux ? C’est comme si on culpabilisait les juifs qui se sont révoltés à Varsovie du meurtre de soldats allemands, c’est parfaitement fou ! 

La torah on le voit dans le texte cité de la parasha ordonne aussi de racheter le premier né des ânes par un agneau. Si le juif ne veut pas donner un agneau pour racheter son âne, alors on doit casser la nuque de l’âne. Rashi explique cette mitsvah en citant le midrash « Et toute ouverture d’un âne : Et non celle de tout autre animal impur. Il s’agit ici d’une décision spéciale de la Tora, les premiers-nés des Egyptiens étant comparés à des ânes. » Et Israël a l’agneau. 

Ce qui est difficile à comprendre c’est le fait que la torah demande de casser la nuque de l’âne si on ne le rachète pas, cette action parait cruel envers l’animal. Il faut savoir que la torah interdit de faire souffrir les animaux. Rashi explique cette mitsvah de casser la nuque de l’âne en disant « Tu lui briseras la nuque : On lui brise la nuque en le frappant par-derrière pour le tuer. Du moment que le propriétaire à fait subir un préjudice au Cohen, il devra lui-même subir un préjudice ». Cette explication est très difficile à comprendre car on sait que la torah ne cherche pas à endommager un juif ou un Cohen de manière gratuite. Par exemple si un homme vol il rend le double de ce qu’il a volé, si il ne peut pas payer alors il travaille en tant qu’esclave pour la personne volée, le voleur ne va jamais en prison. Puisque la prison pénalise le criminel sans dédommager la victime. Ici dans la mitsvah du rachat de l’âne, la torah semble aller contre son principe de bon sens qui interdit de faire des lois cruelles qui pénalisent tout le monde. On peut s’interroger et se demander pourquoi ? Pourquoi ici la torah fait une loi qui fait perdre le Cohen aussi bien que le propriétaire, et pourquoi la torah demande-t-elle de tuer l’âne d’une manière aussi sauvage et barbare ?

Je vais essayer de répondre à ces questions de la manière suivante

On peut avancer que la mitsvah de racheter les premier nés avait pour but de faire sortir le père juif de son rapport à ses enfants comme des possessions ou des accomplissements. Pour avoir avec ses enfants un rapport d’accompagnement, ce rapport que les Egyptiens avaient su avoir avec Josef, alors que Jacob n’avait pas pu avoir ce rapport avec son fils. Les juifs ont une culpabilité dans la mort des enfants Egyptiens par ce qu’en vendant Josef sans lui donner sa chance, ils ont entrainé l’exil en Egypte.

De plus, la mitsvah de racheter le premier né ne peut pas être faite par un envoyé, c’est une mitsvah qui doit changer le rapport du père a son propre corps. Il faut qu’en rachetant le premier né le père comprenne que le monde n’est pas fini, et qu’il et lui-même immortel. C’est par ce qu’il est immortel qu’il devra accompagner son fils. C’est-à-dire qu’il doit aider son fils à suivre son propre chemin, et à se séparer de lui, tout en restant proche de lui. 

Ce rapport au fils est aussi le rapport qu’un homme doit avoir avec ses bonnes actions, et toutes ses réalisations.

Si le père ne rachète pas le premier né de l’âne on tue l’âne, pour montrer exceptionnellement que le résultat n’est pas ce qui compte, que l’homme n’a pas un devoir d’accomplissement dans sa vie, même si tout le monde perd, mieux vaut occasionner une perte que déifier le désir de résultat. 

On peut aussi expliquer la mitsvah de casser la nuque de la génisse ou de l’âne dans cette optique.

En effet, la torah considère que l’on marche à reculons vers la mort. Selon la torah plus on vit plus on s’éloigne de la mort.

Le mot « panim » la face signifie « le passé » en hébreux. En hébreux on dit « lefanim » pour dire « avant », par contre « l’arrière » est lie au futur on dit « ahare » pour dire « après ». L’hébreu est la seule langue au monde ou le passé est lié avec le visage et la face. Pour la torah le passé c’est ce que l’on a devant soi, alors que le futur est lié avec le dos et la nuque. En hébreu, nous avons notre futur derrière nous. Dans l’hébreu contrairement à toutes les autres langues on a le passé devant soi et le futur derrière soi. On marche à reculons. Qu’est ce que cela veut dire ?

Cela signifie qu’au début de sa vie on ne voit qu’un mur en face de soi, et plus on avance plus on gagne en perspective plus on est capable de comprendre ce qui s’est passe de puis le début.

La mort est au début, elle n’est pas à la fin. Plus l’homme avance dans sa vie plus il devient capable de comprendre quelle est l’histoire de sa vie plus il devient capable de comprendre qu’elle est le tableau devant lequel il est depuis qu’il est né.

C’est ce mouvement à reculons qui est l’essence du mouvement de l’accompagnement.

Dans le judaïsme l’homme ne voit pas sa vie comme quelque chose qui doit aboutir à une fin il voir sa vie comme un mouvement continue qui s’explique a fortiori. La mort était au début, lorsque l’on ne comprenait pas, plus on avance, plus on prend du recul plus on comprend le sens du mouvement, plus on vit.

L’homme peut arriver à nier absolument la conscience de la mort en accompagnant les autres. En accompagnants nos amis partout où ils vont en les gardant toujours proche de nous dans notre pensée, même lorsque l’on se sépare d’eux.

Lorsqu’un homme s’ouvre à l’existence de l’autre même lorsque l’autre se sépare de lui, alors il a accès à l’éternité. 

Les Egyptiens ont su donner sa chance à Josef, mais ils n’avaient pas la vision du judaïsme qui nie la mort dans son essence.

Les Egyptiens cherchaient donc à faire des réalisations des accomplissements, les Egyptiens devaient justifier leur existence par des créations (pyramides). Une fois que leurs créations ont été accomplies leur rôle dans l’histoire était terminé. La nation égyptienne ne pouvait pas être éternelle, puisqu’elle avait la culture du résultat et de l’évaluation. C’est ce que le verset de Jérémie dit « l’Egypte est une belle génisse mais le boucher vient lui casser la nuque par le nord », c'est-à-dire que le rôle de l’Egypte dans l’histoire est fini. Le temps de Nabuchodonosor arrive. C’est ce que symbolise la mitsvah de casser la nuque de la génisse ou celle de l’âne.

4- Epilogue

Je ne peux pas m’empêcher de rajouter deux idées qui découlent directement de mon dvar torah. La première concerne le talmud de Jérusalem dans le traité de Behoroth. Le talmud se demande pourquoi la mitsvah de racheter les premiers nés se fait uniquement sur le premier né de la mère, et pas sur celui du père. Le talmud explique la mitsvah de racheter les premiers né a pour but le pardon de la vente de Josef. Josef était le premier né de sa mère. Le talmud dit « vous avez vendu Josef qui était le premier né de sa mère, vous devez racheter pour vous pardonner tout les premiers nés des mères. ».

Il y a deux questions que l’on peut poser sur ce passage du talmud. La première c’est que se passage du talmud semble contredire le texte de la torah, puisque la torah dit clairement que la mitsvah de racheter les premier né est liée a mort des enfants Egyptiens et pas à la vente de Josef.

On peut répondre à cette question par le dvar torah que nous avons dit, en effet, la raison pour laquelle les juifs doivent se racheter de la mort des Egyptiens, c’est par ce qu’ils étaient rendu coupable face à eux par la vente de Josef. 

On peut demander une deuxième question sur le talmud de Jérusalem : pourquoi la torah exempte la tribu de Levy de la mitsvah de racheter les premiers nés, alors que Levy avait participé à la vente de Josef ? (question de rai Akivah Eiger). On peut répondre à cette question si on tient compte du fait que « Levy », c’est celui qui accompagne. Le mot « Levy » vient du mot « levaya » accompagnement. Par essence la tribu de Levy est celle qui accompagne les autres tributs d’Israël, ils n‘ont pas d’héritage foncier dans le pays. C’est pour cela que les Levy sont exempts de la mitsvah du rachat des premiers nés, puisque les Levy ont un rapport inné à l’accompagnement qui s’oppose à la possession.

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